« Le rêve de Torkel » d’August Strindberg traduit par Elena Balzamo

Un cours texte d’un grand écrivain suédois très bien traduit et joliment mise en page par Zulma. Un moment de lecture au soleil fort agréable, une belle littérature intelligente, plus subtile que ne le laisse supposer la trame très dichotomique entre bien et mal.Une littérature que notre post-modernisme trouvera passée car moralisante. Parfois il est bon de rappeler des choses simples pour permettre la vie en société. C’est un très beau livre sur ce passage mystérieux entre l’enfance et l’age adulte, le moment où nous perdons nos illusions sur le paradis de nos rêves, mais sans perdre notre capacité à rêver. Ce moment où nous acceptons que le monde, la vie ne sont ni beaux ni laids dans leurs essences mais qu’ils sont ce que nous construisons en les vivant.

C’est un très beau texte. Un texte fait de symétrie, les deux iles face à face si loin si proche, les randonnées pour atteindre leurs points culminants, les rencontres symétriques, les départs aussi. Torkel découvre progressivement que chaque coté, celui de Sakmsund et de Fagervik, lui apporte un savoir indispensable pour grandir et devenir un homme. La construction, le discours pourraient paraitre très manichéens après une lecture superficielle. Le génie de Strindberg est de transformer ce monde qui semble noir ou  blanc en un immense dégradé de gris rehaussé de taches de couleurs, bleu, vert, violet, si vives sous le soleil scandinave de juillet. Et il y a les odeurs de la Baltique (omniprésente), de la forêt, de la quarantaine où on nettoie les peaux. Strindberg est étonnement sensuel et son écriture souple, sans à coups est un bonheur.  Chaque personnage est complexe, multiple. Torkel apprend d’un père malhonnête, l’honnêteté; le méchant craint pour sa dureté, lui donne la clé pour pénétrer dans le monde de son rêve, le couple angélique ne l’est pas temps, le monde accueillant devient un enfer. Le talent de l’auteur est de varier la découverte des parts d’ombre ou de lumière de chacun, soit de façon très explicite, soit au détour d’une phrase avec grande finesse.

Je vous conseille la lecture de cette superbe nouvelle, et pour vous donner envie…

« Ces gens-là n’avaient plus rien à lui intimer, la distance n’existaient plus: il ne se trouvait plus en bas l’échelle, mais dehors; il ne se mesurait plus par rapport à eux; le malheur l’avait grandi et l’avait rendu libre. »

« L’orage s’éloigna; le coup avait été tiré, le sang avait coulé- le calme régnait à nouveau »

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