Où est le meilleur service de cardiologie français?

Il est difficile d’échapper aux classements de nos hebdomadaires sur les services hospitaliers. Je trouve ça bien de donner la possibilité aux patients d’avoir une idée sur la qualité ou la performance du service hospitalier dans lequel, ils vont se faire soigner. Nombreux sont ceux à refuser ce genre d’approche. A mon sens dans un monde connecté et ouvert, c’est une erreur.

Il est facile pour moi d’être peu critique sur le sujet. Ma spécialité est rarement sous les feux de la rampe. Quand on parle de transplantation rénale, les journalistes mettent ça dans la case urologie, c’est dire leur méconnaissance du sujet. Si vous voulez vraiment savoir où se place votre centre transplanteur préféré allez regarder sur le site de l’agence de la biomédecine. Il y a plus de critères d’évaluation, plus pertinents (funnel plot de la survie à un an et cinq ans) que le nombre de transplantations réalisées dans l’année.

Je suis tombé sur l’Express et sa magnifique une sur la cardiologie. Il y a trois classements, le traitement de l’infarctus, l’angioplastie et le pontage aorto-coronarien. Avant de regarder le classement, j’ai regardé la méthodologie (très EBM comme approche, non). Il y a 7 critères retenus, le nombre de séjours (plus on reçoit mieux c’est), la durée moyenne de séjours (plus elle est courte  mieux c’est), le pourcentage de patients bénéficiant d’une angioplastie, la lourdeur des interventions (j’aimerai savoir comment il l’évalue, probablement avec le GHM, ce qui limite le sens de la lourdeur, mais bon c’est un autre débat), la diversité (j’ai pas compris), la complexité des patients (même remarque que pour la lourdeur) et enfin la notoriété (distance maison-centre). Après avoir lu la méthodologie, vous pouvez arrêter. Il est étonnant de se limiter à ces données pour évaluer la qualité des soins en particulier pour l’infarctus du myocarde. A mon sens, la qualité de la prise en charge devrait d’abord être évalué sur la mortalité intra hospitalière, puis à J30 et un an. Ces données sont récupérables si on s’en donne la peine (plus difficile que d’aspirer les données de l’ATIH).

La question que je me pose quand je rentre pour une pathologie aussi grave qu’un IDM ou un pontage aorto-coronarien: « est ce que je vais mourir ou non ? »

Toujours pour l’IDM, un reflet de la qualité de la prise en charge est le traitement mise en place durant l’hospitalisation, il est étonnant de ne pas avoir utilisé les chiffres qui existe déjà car nous avons participé à une étude en 2010 sur ce sujet, les résultats sont ici. Pas très difficile à récupérer.

Vous voyez que pour faire un classement, on pouvait se poser des questions un peu plus pertinentes que simplement compter le nombre d’entrées, la DSM et le PMSI.

Mes critiques méthodologiques ne sont pas finies. Comment la note sur 20 est obtenue? Chaque indicateur est noté sur 100 puis pondéré. Le gros problème est qu’on ne nous dit pas quels sont les barèmes utilisés pour chaque indicateur. Pour le bac,  en fonction de vos compétences, vous préférez avoir math coefficient 6 et philo coefficient 1 que l’inverse. Il est vraiment dommage de ne pas avoir ce barème.

Enfin, j’avais compris que les 7 critères sont utilisés, je tourne la page et je vois que les beaux tableaux ne comporte que 5 critères, il en manque 2. Nous n’avons pas d’explications pour cette absence, les deux manquants sont ils utilisés mais pas présentés, pas utilisés mais alors pourquoi.

Pour finir un dernier point, c’est bien de classer, ce serait encore mieux de dire si les différences entre les notes obtenues par les différents établissements sont statistiquement significatives ou simplement dues au hasard ou à l’utilisation arbitraire d’un barème.

Vous voyez que ce classement, dont je ne remets en aucun cas l’intérêt potentiel, est peu satisfaisant essentiellement pour des raisons méthodologiques. Je suis allez regarder celui du nouvel observateur, les remarques sont les mêmes. Le classement est peu différent et pour cause même source, même faiblesse méthodologique. Les différences sont probablement explicables uniquement par des choix de pondération. Je ne vois aucune revue scientifique accepter un travail avec de telles faiblesses, il ne passerait même pas la barrière de l’éditeur. Ce n’est pas très étonnant quand on voit que dans une pathologie comme l’hyperactivité les journalistes mettent le plus souvent en avant des articles scientifiques dont les résultats seront invalidés quelques années plus tard (je vous conseille vivement la lecture de cet article).

Vous pouvez vous amusez à lire ces classements. Il faut juste savoir que leur signification est à prendre avec des pincettes. Comme patient, j’aimerai avoir un classement plus pertinent, ce serait bien si les hebdomadaires faisaient un travail d’investigation plus fouillé. Pour la santé, ils peuvent s’inspirer de ProPublica.

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8 réponses à Où est le meilleur service de cardiologie français?

  1. Bonjour PUa

    Et le critère : « là où se font soigner les cardiologues et leurs familles quand ils sont malades », tu en penses quoi ?

  2. Jean Valla dit :

    D’expérience, les correspondants, leurs familles, leurs amis, se font traiter chez leurs correspondants habituels, parce qu’ils les connaissent et connaissent leur résultats souvent depuis de longues années. Ensuite, il est extrêmement difficile (et dangereux) de vouloir réaliser une évaluation précise imposée : risque de sélection des patients, refus du risque trop élevé, etc… Pour l’évaluation, la stratification en groupes homogènes de risque est elle même très difficile et imprécise au final si en face on a un taux de complication faible. Donc toute évaluation extérieure et encore plus toute comparaison est vraiment très difficile et aléatoire. Celui qui est le mieux placé finalement, c’est celui qui est a l’intérieur de l’équipe, celui qui voit ce qui se passe, pourquoi ça se passe, comment ça se passe : anesthésiste ou cardiologue ou au final correspondant. Pour le reste les statistiques sont intéressantes, mais n’ont que valeur indicative que très grossière.

  3. doudou dit :

    tout a déja été dit et redit comme ici parfaitement sur l’imbécilité de ces classements ,le plus lamentable est qu’ils peuvent intervenir dans la politique interne des ars et chu:cher chef de service vous avez perdu 5 places nous en profitons pour ne pas vous donner le matériel/personnel promis!
    l’exemple de l’infarctus n’est pas le meilleur pour la critique car paradoxalement les critères peuvent devenir pertinents commepour le vainqueur toulousain presque constant
    – qualité du ramassage par le samu 31 parfaitement coordonné avec les départementaux meme au delà de la région
    -structure assurant comme objectif fondamental d’organisation interne le 24/24 7/7 grace à l’esclavage des internes et assistants et la mise à disposition du personnel, maintenant en bonne coordination avec le privé,d’ou jamais aucun refus d’admission
    on aboutit à la prise en charge de beaucoup de malades graves venant de loin et restant peu du fait de la demande permanente de places soit bingo au classement et ce en parfaite indépendance de la qualité technique des soins : elle y est mais ceci est une autre histoire ,l’essentiel de la démarche dans la construction était strictement politique: assurer au niveau régional l’égalité de prise en charge des patients
    les problèmes d’autres régions viennent de la qualité de la chaine de transport et des problèmes d’organisation interne ne permettant la réception de tous les patients sans parler de la pagaille parisienne
    « in memoriam Jacques PUEL »

  4. Ping : En France, ayez une maladie rénale, c’est la meilleure spécialité | PerrUche en Automne

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