Quand l’ASC prédit le MMSE merci ONTARGET, l’acronymite une maladie grave sans doute

La protéinurie (Pu, et oui voilà ce que signifie PU) a été longtemps le parent pauvre des analyses biologiques, seul le néphrologue s’acharnait à en demander, râlant quand il ne l’avait pas et vouant aux gémonies tous ces ignares incapable de comprendre la beauté et l’importance de déterminer la présence des protéines dans les urines.

Ce temps est fini.

La protéinurie et l’albuminurie sont en passe de devenir pour les cardiologues, du moins dans la littérature, le nouveau graal pour stratifier le risque cardiovasculaire. Nos amis anglais avait vu le coup arriver en proposant une nouvelle classification des maladies rénales chroniques l’intégrant.

L’albuminurie pourrait devenir un moyen de dépister les patients avec des troubles cognitifs si cette étude ancillaire de ONTARGET et TRANSCEND est confirmé.

  1. Joshua I Barzilay et al., “Albuminuria and Decline in Cognitive Function: The ONTARGET/TRANSCEND Studies,” Archives of Internal Medicine 171, n°. 2 (Janvier 24, 2011): 142-150.

Les auteurs de ces deux études ont eu la bonne idée de faire une albuminurie sur créatininurie (ASC) et un MMSE (30 points au maximum, si < ou= à 24 on peut suspecter une démence) aux plus de 28000 (28384) participants de cette étude.

Cette étude, avec toutes les limites possibles de ce genre d’analyse à posteriori comparant à peu près tout ce qu’il est possible de comparer, montre une association entre le risque d’avoir un MMSE<25 et la présence d’une albuminurie. Cette effet persiste après l’analyse multivariée. Cette analyse est indispensable car les patients avec une microalbuminurie (3551) ou une macroalbuminurie (1004) ne sont vraiment pas les mêmes que les 23829 autres. Ils sont plus pour tout (vieux, hypertendus, diabétiques, artériopathes, fumeurs) en pratique, ils ont rencontré Monsieur Plus sauf pour l’école et l’activité physique.

L’odd ratio de présenter un MMSE<24 à l’entrée dans l’étude est de 1,27 (1,12-1,45) pour les patients avec une microalbuminurie (définie par une ASC entre 3,5 et 35 mg/mmol)  et de 1,51 (1,22-1,87) pour ceux avec une macroalbuminurie (définie par une ASC >35mg/mmol). La présence d’une microalb à l’inclusion prédit le risque de perdre trois points de MMSE durant les 56 mois de suivi médian (OR=1,23 (1,08-1,39), pas la présence d’une macroalb (petit problème de puissance certainement).

De façon formidable et uniquement dans le groupe macroalb, le telmisartan protégerait de la perte de 3 point de MMSE, mais comme la présence d’une macroalb n’est pas prédictif de les perdre… On peut le voir aussi dans le sens inverse. Quand on fait autant d’analyses statistiques, on trouve toujours quelques choses qui arrange le sponsor. C’est ce qui me gène dans ce travail.

Enfin les auteurs finissent en beauté par évaluer l’impact de changer de groupe d’albuminurie sur la détérioration du MMSE. Il montre que de passer dans un groupe supérieur d’albuminurie, c’est pas bon. Si par contre vous passez de microAlb à normal vous protéger vos neurones, ils n’arrivent malheureusement pas à montrer la même chose pour la macroalbuminurie (et on revient à l’effet miraculeux du telmisartan). Je ne résiste pas à vous montrer la figure.

Malgré mes réserves sur la multiplication des comparaisons et sur les effectifs disproportionnés dans les différents groupes, c’est une étude remarquable. Avoir fait des MMSE à 28000 personnes, chapeau.

Ce travail confirme que rein et cerveau sont fragiles. Protéger le rein pourrait être bénéfique au cerveau. Soyons clair, le travail le démontrant reste à faire. Ici, nous n’avons qu’une piste.

Sans rein, notre joli systéme nerveux dont nous sommes si fier n’existerait pas. Quand le rein ne fonctionne pas bien, le cerveau souffre. La cause de ce lien n’est pas évidente, l’hypothèse la plus probable est la dysfonction endothéliale.

L’albuminurie pourrait être un très bon moyen de suivre les capacités cognitives des patients. Il reste à savoir si le contrôle de la protéinurie améliore le pronostic cérébral. Un sacré chantier. Peut être que les neurologue vont rejoindre les néphrologues et feront de la neuroprotection comme nous faisons de la nephroprotection, une bien belle convergence entre les deux organes les plus complexes de l’organisme. Comme quoi homer Smith en appelant son livre « from the fish to the philosopher  » ne se trompait pas.

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5 réponses à Quand l’ASC prédit le MMSE merci ONTARGET, l’acronymite une maladie grave sans doute

  1. Merci d’avoir précisé : « avec toutes les limites possibles de ce genre d’analyse à posteriori « ….
    et autre bémol : fiabilité et reproductibilité du MMSE qui peut se discuter… l’analyse pyschologique et/ou psychiatrique est nécessaire à l’interprétation d’un résultat de MMSE…la quantification par un score d’un déficit cognitif est plus sujette à caution qu’une mesure pondérale de protéine urinaire.
    La piste de réflexion ext néanmoins ouverte, à mette en parallèle du rapprochement de certaines formes d’ Alzheimer avec les démences vasculaires par ex.

  2. Babydoc dit :

    Le problème avec la maladie d’Alzheimer (et toutes les autres pathologies neuro-dégénératives) est l’absence de traitement efficace.. On peut donc se poser la question de l’intérêt d’un diagnostic précoce si derrière on ne peut rien proposer

    • PUautomne dit :

      Je suis d’accord sur l’utilisation des médicaments, je pense que le soin ne se limite pas à la prescription de cachets. Je me dis que dépister pour expliquer la maladie à l’entourage, pour mettre en place des mesures de protection du patient qui commence à avoir des troubles cognitifs c’est peut être bien. Je ne suis pas un spécialiste du domaine, loin de là.

      • Babydoc dit :

        Effectivement nous sommes d’accord sur le rôle de prévoyance et de projection dans le futur du diagnostic précoce.
        Cependant on peut s’interroger sur l’effet épée de Damoclès d’un tel diagnostic pour un patient qui aurait encore toute sa tête si j’ose dire. L’effet d’annonce et l’angoisse concomittante sont tout de même à mettre en balance avec les éventuels effets « préparateurs » d’un tel diagnostic.

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