Quand une erreur fait le bonheur d’un malade

Une série de tweets sur la médecine pénitentiaire, m’a rappelé une histoire assez drôle. C’est encore une erreur, cette fois ci les torts sont partagés.

Elle est assez vieille et je pense qu’il y a prescription.

Ce devait être mon deuxième choix d’internes dans le service et j’étais encore aux soins intensifs. C’était la fin de l’été ou le début de l’automne. Nous recevons un coup de fil d’un hôpital périphérique qui souhaite nous transférer un patient. Il a une insuffisance rénale aiguë. Il s’agit d’un détenu. Ce n’est pas très simple dans un soin intensif, les détenus. Les infirmières râlent évidement. Les gentils messieurs en bleu dans le couloir des soins, ce n’est pas une présence qu’on apprécie. Cet élément extérieur dans un lieu qui à l’habitude vivre en vase clos est toujours perturbant. De plus, ils peuvent voir ce qui se passe dans les box d’à coté. Le respect de l’intimité des patients n’est pas vraiment optimal. Clairement, cette venue n’enchante personne, d’autant plus que les confrères nous le vendent comme pre mortem.

Ils arrivent, nous l’installons. Il est effectivement en très mauvais état général. Il a d’après ce que nous arrivons à comprendre pris des médicaments, pas très clair. Il a une insuffisance rénale avec une acidose sévère et une kaliémie limite et il est anurique depuis 72 heures. On l’équipe et on le dialyse. Dans l’empressement, nous n’avons même pas remarqué que son escorte est partie sans laisser d’ange gardien. Personne ne s’en plaint.

On le soigne, nous sommes là pour ça, pas pour vérifier que la pénitentiaire fait son boulot.

Il est sympathique notre nouvel ami. Contre toute attente, il s’améliore rapidement. Nous discutons. Il nous explique qu’il a fini sa peine, que la prison c’est dur, mais heureusement c’est fini. Rapidement, tout le monde l’aime bien, il est drôle et souriant. En une quinzaine de jours, il récupère complétement. Il aura dialysé trois fois. Nous ne saurons jamais ce qu’il a pris comme toxique. Nous concluons à une nécrose tubulaire aiguë d’origine toxique. Quand nous voulons le faire passer en hospitalisation, il nous dit:

« Oh, je préférerai sortir. J’ai fini ma peine, c’est pas pour rester encore enfermer, je vais bien. »

Pourquoi pas, mon chef est d’accord. Je lui trouve, un rendez vous assez proche pour le suivi. Un problème pour la sortie: pas de vêtements. Dans ces cas là, il y avait toujours quelqu’un pour trouver des frusques. Et le voilà sortant sur ses deux jambes, nous promettant de revenir bientôt nous voir.

Une dizaine de jours plus tard, je suis dans le monitoring, le téléphone sonne.

-Allo soins intensif néphro.

-Bonjour, M dirlo de la direction du centre de détention de Onchercheundétenu.  M Poudredescampette est bien hospitalisé chez vous?

-Oui, en fait non, il l’a été, il est sorti.

-Comment il est sorti?

-Il allait mieux, il était sortant et il est parti.

-Comment parti? Mais vous savez qu’il était incarcéré?

-Oui. Il nous a dit qu’il avait fini sa peine, alors on l’a laissé partir.

-Comment? Mais pas du tout, il a encore plusieurs mois de détention. Ce n’est pas possible. Les gardiens l’ont laissé partir?

-Il n’y a jamais eu personne avec lui.

-Quoi? Comment?  Il n’y avait pas de policier ou de gardien?

-Non, il a été amené et personne n’est resté.

-Quoi? Comment? Et vous n’avez pas demandé la présence de gardiens.

-Non pourquoi? il est dangereux? Personne n’est resté, on a trouvé ça bizarre. Ensuite, il nous a dit qu’il avait fini sa peine. Nous n’étions plus étonné.

-Ce n’est pas possible vous avez laissé s’enfuir un détenu, vous êtes responsable de son évasion.

-Attendez, il n’y avait personne pour le garder, ce n’est pas nous qui nous occupons de la surveillance des détenus hospitalisés.Nous ne sommes responsables de rien.

Je savais comment ça se passait. Nous avions à l’époque pas mal de détenus qui venait dans le service.

-Je suis désolé, on dépose le patient en vrac, on s’en occupe, personne ne reste, que voulez vous qu’on fasse? Nous ne sommes pas de la pénitentiaire. Je suis médecin pas gardien.

-Oui, oui vous avez raison, mais quand même vous l’avez cru?

-Oui, il était sympathique.

La conversation s’achève avec des précisions sur sa tenue, la date exacte de la sortie, la date du rendez vous et d’autres détails.

Nous avons prévenu notre chef de service, qui a bien rit comme tout le service.

Inutile de vous dire que notre évadé n’est jamais venu à son rendez vous de suivi …

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4 réponses à Quand une erreur fait le bonheur d’un malade

  1. Borée dit :

    Un commentaire pas du tout constructif…
    Mouhahahaha ! C’est drôlissime.

  2. Stockholm dit :

    « Bin oui, il était sympathique » est désormais consacrée LA réponse du siècle !

    Je suis fan.

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