Quand la vessie claque… La réponse

Mon petit jeu n’a pas passionné les foules. Mes lecteurs ne sont pas des grands fans d’urologie. Je suis toujours fasciné, probablement car j’ai ce comportement, par la négligence de certains vis à vis de leurs symptômes.

La cause de l’insuffisance rénale qui malheureusement va rester chronique et terminale est bien évidement d’origine obstructive comme vous avez pu le voir avec les cavités pyélocalicielles franchement dilatées (3cm).

Les images suivantes étaient plus originales que ces banales dilatations.

quizz lah rep

Il fallait voir un magnifique globe vésical (1) et un impressionnant diverticule vésical (2) et la communication entre les deux (flèche). Le volume du diverticule est équivalent à celui de la vessie. Ce diverticule est acquis sur une vessie à l’origine normale. Le diverticule est l’issue à travers le detrusor (le muscle vésical qui permet la vidange de cette dernière) de la muqueuse. Le patient présente un volumineux adénome de la prostate responsable d’un obstacle chronique qui a détruit sa vessie en raison de l’hyperpression chronique. On parle de vessie claquée. Il y a ensuite un retentissement sur le haut appareil avec une destruction du parenchyme rénal conduisant à la dialyse.

quizz lah2rep

Il fallait voir sur la dernière image dans le fond du diverticule une lithiase (le +). Les urines stagnantes peuvent se compliquer de formation de lithiase et/ou se surinfecter.

Nous récupérons tous les ans un a deux patients comme celui ci, toujours sur des adénomes de la prostate avec des histoires de dysurie puis d’incontinence qui durent depuis des années. Les hommes vivent avec, jusqu’au jour où l’insuffisance rénale chronique terminale les rattrape. J’espère que vous avez remarquez son urée sanguine qui est tout sauf banale (112 mmol/l).

J’ai une  fascination pour ces hommes qui oublient ou négligent leurs symptômes. Ils vivent avec, jusqu’au maximum de ce que la physiologie autorise. Je suis sur que je pourrais agir comme eux.

Une forme de procrastination extrême…

 

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6 réponses à Quand la vessie claque… La réponse

  1. Jérôme dit :

    Ce sont les fêtes, surtout…

    C’est toujours un plaisir de vous lire. Il est passionnant de découvrir comment fonctionne la médecine.

  2. Koenig Anne-Sophie dit :

    Bonjour, je commente très peu mais j’aime beaucoup vous lire.
    Dans ce genre de cas, peut-être le syndrome de l’autruche : si je ne vois rien et que je ne dis rien, ça disparaitra tout seul.
    J’ai le souvenir d’une hydrocèle chez un homme jeune pourtant, son scrotum pendait jusqu’au niveau des genoux, il ne pouvait plus mettre de sous-vêtements depuis plusieurs années, il avait la taille d’un gros melon….

  3. Jean Valla dit :

    Merci pour ce cas intéressant et rare. Je n’ai plus fais d’uro depuis mon internat, et je n’ai pas fait de stage d’uro pendant. Je me souviens de quelques rétentions aiguës, avec parfois IR aux urgences. A l’époque il n’y avait pas d’uro scan. On traitait par cathé sus pubien. J’ai l’impression de ne plus voir de cathé sus pubien dans les services ou quand on demande a l’urologue de passer pour rétention post op. Est-ce devenu désuet?
    D’autre part j’ai aussi vu plusieurs de mes collègue s’assoit allègrement sur leurs symptômes. Un chirurgien de centre anticancéreux attendre des mois avec une hématurie… Un neurochir avec des metas compressives rachidiennes d’une prostate découverte à cette occasion etc… Ajoutons à ça une kyrielle de collègues qui fument, un taux de suicide chez les médecins double de celui de la population (notamment chez les anesthésistes femmes), c’est plus que procastination, c’est plus qu’un mode de déni, mais peut être le signe que cette profession est a risques, et qu’actuellement le tableau ne fait que s’aggraver ?

    • PUautomne dit :

      Oui, je ne sais pas de quoi c’est le symptôme. Ma famille a payé le prix de cette négligence. Des fois je me dis que tout simplement ceux sont les cordonniers les plus mal chaussés. Une profession à risque car un métier dur, on ne le répétera jamais assez, ce n’est pas un métier complétement comme un autre. Se coltiner toute sa vie avec la mort, la souffrance et l’angoisse des autres n’est pas la chose la plus épanouissante si on est pas prêt.

  4. Jean Valla dit :

    Poser le problème c’est le résoudre a 50%.
    J’ai quelques idées sur ce problème, mais actuellement notre société ne pense qu’à clouer au pilori ses médecins, a les asservir via de multiples contraintes administratives, judiciaires et financières, en oubliant que seule la plus grande sérénité et la plus grande indépendance sont garants d’un service top performance. Ce service top performance doit passer par la reconnaissance de la société envers ses médecins (reconnaissance dont la dégradation actuelle semble depuis longtemps politiquement et médiatiquement orchestrée), et par l’intégrité des médecins (dont il est vrai certains très minoritaires exagèrent). La pression au moment d’une décision grave et irrévocable est devenue trop grande, l’absence de droit a l’erreur, l’absence de défense réaliste en cas d’attaque, la législation toujours plus contraignante et souvent inadaptée et inutile représente une charge quotidienne a croissance exponentielle, l’absence de possibilité de déléguer certaines tâches, la diminution des moyens ne permettant plus d’avoir de secrétaire dédiée, la charge croissante de travail, la notion inculquée depuis tout petit que nous sommes au service de nos malades et qui nous pousse a travailler alors que d’autres seraient depuis très longtemps en arrêt de travail, a accepter des horaires qui feraient hurler d’indignation le délégué syndical de base, l’incertitude de l’avenir, tout cela concorde a faire reposer sur le médecin lambda un poids qu’il ne peut plus porter. Alors il se néglige de plus en plus, et la moindre contrainte supplémentaire peut le faire basculer. L’attitude qui consiste a se négliger, est de mon point de vue une attitude d’épuisement, et aussi de déni pour ne pas rajouter une contrainte qui serait trop lourde a porter et interférerait trop avec le quotidien. C’est au maximum un suicide passif, attitude similaire à celle que l’on rencontre chez ces patients abandonniques qui ont trop de problèmes a gérer.
    Pour finir, et pour sensibiliser un peu ceux qui liront ce post, juste une étude sur la mortalité par suicide chez les médecins qui est largement supérieure à celle de France Télécommunication. Pourquoi n’y a il eu aucune mesure de prévention chez les médecins alors qu’à France télécommunication de PDG a été remercié ? Pourquoi accentue on encore la pression alors que la profession continue a se dégrader et à le dénoncer ? http://www.apima.org/img_bronner/suicide_medecins.ppt

  5. fredoc dit :

    souvenir: consultation pour douleur abdominale, globe au dessus de l’ombilic, IRA: homme de 40 ans: l’obstacle était:…un phimosis

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