Ne paniquez pas, c’est le printemps des poètes

J’aime le street art car il décale notre regard. Il surgit au coin d’une rue imprévisible, surprenant, parfois d’une beauté étonnante et souvent dérangeant. Le street art est une poésie urbaine. Comme le poète, le street arteur utilise le matériau brut, mots ou rues, pour le transformer, le transcender et nous interpeller. J’aime la poésie même si je n’en lis pas assez. J’aime le street art, même si je n’en vois pas assez. Poésie et art de rue, si nous nous donnons la peine d’écouter, de voir, nous interrogent. La violence, parfois nous rebute, nous bloque, passé le choc émotionnel, ils nous poussent à la réflexion et vous savez que c’est du grand art.

Hier, j’ai eu un petit choc en découvrant ça. Regardez bien, le lieu où a été graphé ce pochoir.

dont_panicJ’adore.

J’aime cet appel, à ne pas avoir peur de l’autre, de cet autre si troublant, si dérangeant.

« Don’t panic, I’m psychotic » sur les murs de l’hôpital psychiatrique, un cri pour ne pas enfermer ces malades, pour leur laisser un espace dans notre société qui a tant de mal à accepter la différence, la vraie différence. Le malade psychotique fait peur et pourtant, il sont le plus souvent victimes de violences que coupables de violences. Ceux sont des personnes fragiles qui ont besoin de soins. Ils ne sont pas facile à soigner, jamais. La majorité des unités de somatique ont du mal à accepter ces patients un peu différents. Ils sont difficiles, aucun doute mais en refusant de céder à la peur, il est possible de fournir un soin de qualité. Le médecin joue un rôle majeur, si il  ne stigmatise pas le patient, si il le soigne comme un autre, l’équipe suivra et le patient sera intégré dans la structure comme tout autre malade. L’enjeu est important car les psychotiques ont de nombreux problèmes somatiques souvent pris avec retard du fait de la pauvreté symptomatique, de leur comportement et de la peur qu’ils inspirent encore. La qualité du soin fournit aux psychotiques est un reflet de l’humanité du système de santé. Se battre pour une accessibilité égale est un gage  pour l’avenir de tous.

J’aime vraiment ce tag.

Hier soir, sur France culture, il y a eu le lancement du printemps des poètes. L’émission « drôle de drame » est magnifique. Je vous conseille d’écouter cette heure de poésie militante et musicale. La poésie n’est jamais plus belle que dites à haute voix. Les récitants sont de talents et les textes splendides. Écoutez, lisez de la poésie, c’est tellement bon pour le moral, cette intelligence bourrée d’émotion.

La gagnante du 5é concours Andrée Chedid du poème chanté est venue interpréter un magnifique poème de Jacques Lacarrière.

Les feuilles sont l’espoir des racines
Les fleurs, celui des branches
Et le bourgeon, celui de la ramure

Pour nous, quelle sève à notre espoir ?

Le ramage est l’espoir de l’oiseau
Le clapotis, celui des eaux
Le chuchotement, celui des vents

Pour nous, quel chant à notre espoir ?

La rose est l’espoir de la tige
Le bleu, celui de l’océan
Et le vert, celui du printemps

Pour nous quelle couleur à notre espoir ?

Le miel est l’espoir de la ruche
Le vin est celui de la vigne
Et la miche est celui du blé

Pour nous, quelle saveur à notre espoir ?

La proie est l’espoir du rapace
Le venin, celui du serpent
Le butin, celui du pirate

Pour nous, quel destin à notre espoir ?

Espérer n’est pas nécessaire pour entreprendre le futur.
Réussir n’est pas nécessaire pour persévérer le présent.

Jacques Lacarrière, A l’orée du pays fertile, Seghers, 2011

Je me suis permis de mettre en ligne la version chantée par Paulka, très, très émouvante, gaie et pleine d’espoir. J’espère que ce magnifique poème devenue chanson sera reçue par le public. Le texte et la chanteuse le mérite…

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Écoutez toute l’émission, la suite est aussi géniale, vous verrez la poésie, ce n’est que du bonheur.

Ne paniquez pas, c’est poétique…

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