Surveillance ECN 2013

Voilà, la surveillance de cette ECN est terminée. L’épreuve s’est bien déroulée, sans accroc, du moins dans mon centre.

Deux jours à distribuer des sujets, à ramasser des copies, à faire signer des feuilles d’émargements. Deux jours à regarder des étudiants écrire, me dire que j’allais devoir corriger cette montagne de mots. Deux jours à accompagner des étudiants aux toilettes, à donner des feuilles de brouillons, à blaguer avec deux, trois d’entre eux, à écouter le ralage,  le soulagement, les bruits de couloirs. Deux jours à expliquer que non ce n’est pas grave de s’être trompé de couleur, il suffit juste de bien noter le numéro du sujet. Deux jours, à déambuler, à regarder son portable, à essayer de lire des articles. Deux jours à lire des sujets et découvrir qu’une des couleurs dominante fut la néphrologie. Deux jours à discuter avec les collègues de choses et d’autres, à se souvenir de notre internat, des trois concours, au deux zones, puis la zone unique, passer en septembre puis en mai-juin. Deux jours à nous moquer de ceux qui réalisent que l’année de naissance des candidats est celle de leur année d’internat. Je fais le malin, mais bon, quand l’interne commence à te dire « monsieur », tu vieillis de 10 ans d’un coup, salaud de jeune.

Je suis fatigué ce soir, je crois que le stress des étudiants contaminent les surveillants, du moins moi. Nous sommes aussi un peu tendu, l’envie que tout se déroule sans anicroche, l’angoisse d’une annulation.Mentalité de bon élève qui ne supporte pas l’échec.

J’espère que tous les étudiants profiteront bien de cet intervalle de temps, de ce non temps, de cette suspension, qui est l’attente des résultats. Après les résultats se sera autre chose. Il faut profiter de ce petit moment de soulagement, sans pression du lendemain. Ne plus se poser de questions sur ses réponses, plus rien ne pourra les changer dans le camion de la Brinks. J’avais bien aimé ce moment là de soulagement béat, de grand vide, plus d’objectifs de révision, plus de fiches, plus rien, juste ce sentiment d’avoir fait du mieux que je pouvais, pour ne rien regretter.

Je conseille à tous les D4 d’utiliser au mieux leur stage d’été si ils en ont uns. Prendre des vacances, oui, mais ne pas complétement décrocher, profiter de ce stage  pour mettre en pratique le savoir qu’ils ont accumulé. Commencer à faire joujou à l’interne sans la pression qui ira avec le premier choix.

Prenez soins de ces derniers moments de liberté, de non stress, ensuite vous ne connaitrez plus jamais la même tranquillité d’esprit. Vous vous régalerez car vous ferez un des plus beaux métiers du monde mais vous devrez renoncer à votre quiétude. Vous aurez des moments de doute, d’angoisse, mais quand vous verrez le regard reconnaissant du patient qui va mieux, que vous verrez votre premier patient réanimé sortir de l’hôpital debout, quand vous verrez le bébé de la patiente que vous avez mis en dialyse 15 ans plus tôt, vous serez heureux et vous comprendrez la magie de ce métier fabuleux.

Préparez vous à ce génial rollercaster émotionnel qu’est ce boulot que vous avez choisi. Vous avez beaucoup travaillé, pour être bien classé, mais surtout pour soigner au mieux l’autre, pour être à la hauteur de ses attentes. Vous avez traité du papier, vous allez soigner des individus malades. Rien ne vous préparera à la prise de responsabilité de la vie des autres, sauf peut être Boulgakov, lisez ce fabuleux texte: « récits d’un jeune médecin« . N’hésitez jamais à parler de votre souffrance, de vos peurs, de vos échecs, trouvez vous un confident, un ami, un compagnon, une compagne, avec qui vous pourrez partager, pour alléger le poids de la rencontre avec la mort.

Vous avez achevé la première étape de votre formation, la plus simple, la mise en pratique vous tend les bras comme une amante impatiente. Aimez vos patients, aimez les sincèrement et vous prendrez beaucoup de plaisir.

Soignez et amusez vous bien.

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3 réponses à Surveillance ECN 2013

  1. doudou13314682 dit :

    partageant tout je rajouterais juste:si vous n’avez pas votre premier choix ne déprimez pas dans ces dispositions d’esprit vous trouverez toujours de quoi vous réaliser!
    simplement apprenti néphrologue avez vous de bonne raison si vous pouvez de ne pas aller en Zamonie…

  2. Laurent dit :

    Tous les ans la même nostalgie m’envahit, alors que je n’ai passé les ECN qu’il n’y a 5 années. Et tous les ans le même souvenir de vide immense, de désoeuvrement, de « qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire, maintenant que je ne dois plus travailler? »…

    Et en lisant votre paragraphe sur le stage d’été, je me suis souvenu de mon dernier stage de D4, en réa chir, dans le service qui m’a donné envie de faire cette spécialité (que je pratique à présent), dans l’hôpital où j’ai franchi les portes pour la première fois en tant que soignant. Le meilleur stage de mon externat (avec le SMUR et la réa méd dans le trio de tête): faisant fonction d’interne mais sans les courriers à dicter, avec les horaires d’interne mais sans le salaire, avec les gardes 1 jour sur 3 ou 4 mais sans le vivre comme une contrainte… Je souscrit complètement à vos propos, ne pas se servir de ce stage comme d’un tremplin avant de faire le grand saut serait une erreur! Je me jetais sur tous les KT artériels, les VVC, les dopplers transcraniens, les ETT etc…

    J’ai eu de la chance, j’ai pu faire le stage que je voulais, j’ai eu le classement qui m’a permis de faire ce que je voulais, c’est vrai. Mais je suis persuadé que ce stage, peu importe où il est fait, est fondamental pour faire la transition.

    Je souhaite à tous les futurs nouveaux internes de choisir la spécialité de leur rêve. Mais je sais aussi que les déceptions du mois de juillet-août-septembre sont vite gommées, quelle que soit la spécialité ou la ville finalement choisie.

    Et pour finir, une petite blague:
    « Savez-vous comment on appelle le dernier des ECN? On l’appelle Docteur. »

    Enjoy!

  3. MimiRyudo dit :

    Très joli billet, humain et cernant parfaitement les sentiments qui nous envahissent à la fin des ECN.
    Pas mal pour un vieux 😉

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