Lectures de vacances

J’ai lu pendant mes vacances. J’aimerai avoir la même facilité à écrire. Je resterai un lecteur jamais un « écriveur ». Plus un spectateur qu’un acteur, j’en ai trop l’habitude pour changer maintenant. Je suis éclectique dans mes choix. Je me laisse guider par mes gouts mais aussi par le hasard, pour faire chic on dirait sérendipité, ce n’est qu’un nom de l’errance intellectuelle heureuse.

J’ai commencé par un magnifique recueil de poème d’Anise Koltz, puis un PF Hamilton le premier tome des aventures de Mandel. Il est très fort pour tisser des mondes, mais il a toujours un peu de mal à boucler l’intrigue. C’était agréable de retrouver cet immense auteur de SF, grand spécialiste de space opera qui se lance ici dans une uchronie anglaise, que certains ont qualifié de néo-libérale, pas d’une originalité folle mais du bon boulot.

Après une découverte, l’origine de l’homme de Christine Mondalbetti. Sans la fabrique de l’histoire, je n’aurai jamais lu ce livre paru il y a dix ans. Il est très bien, ce n’est en rien une biographie de Jacques Boucher de Crèvecœur de Pertheso mais un véritable exercice littéraire très bien mené et passionnant. Comment écrire un livre? Quel rôle pour le narrateur, ses rapports au héros, au lecteur? Ce qui pourrait être et ne sera pas car hors du champ du récit, bien que fort intéressant. En lisant, j’ai eu  l’impression d’une série de photographies.

Quand je regarde des photos, des bons clichés, je me demande toujours ce qui se passe avant et après. Ici, elle tente de répondre à ces questions. Elle photographie une scène et la dissèque, imagine les possibles autours et parfois les avants et après. Son style est déroutant et nécessite un véritable effort au début. Ceci traduit probablement l’existence d’un vrai style. Après la phase d’apprentissage, vous finirez le livre avec regret. J’ai très envie de découvrir d’autres textes de Mme Mondalbetti.

Après je me suis régalé avec les liaisons culinaires d’Andreas Staikos, je connais très mal la littérature grecque mais les deux exemples (Les Sept Vies des chats d’Athènes par Takis Théodoropoulos) de cette année me font regretter ce manque. Ils sont fous, mais vraiment complétement allumés. Si vous voulez passer un moment réjouissant lisez ce formidable petit livre d’amour, ou plutôt de jalousie doublé d’un bon livre de recettes grecques (j’en ai testé quatre), un délice à savourer mais que j’ai malheureusement englouti.

Comme la littérature grecque, je ne connais pas bien, pour ne pas dire pas du tout la littérature japonaise. J’ai lu par radinerie Naufrages de Akira Yoshimura.

J’explique pourquoi par radinerie. J’ai reçu une offre d’un vendeur d’origine sud-américaine, pour l’achat de deux livres d’actes sud, il m’en offrait un troisième. Je n’avais pas d’idée alors j’ai laissé le hasard choisir et ce fut ce grand choc littéraire. Depuis longtemps je n’avais pas été happé par un texte étrange de cette façon.

Nous suivons les aventures quotidiennes d’un garçon de 11 ans sur un rivage japonais dans une période indéterminée. La vie est rude, un combat incessant contre la misère et le climat. La survie et l’intégrité de la communauté passe par la transformation des habitant en naufrageurs. Ils allument des feux sur la plage pendant les mois d’hiver pour attirer les bateaux imprudents, horrible condition de la survie de ce village. Il y a une tension entre la joie des naufrageurs et la terreur des naufragés, l’histoire est terrible et pourtant on comprend les villageois. Nous avons de l’empathie pour ces pauvres gens. Il faut éviter que les pères et les filles ne se vendent pour nourrir la famille. Le roman est sous tendu par une très belle réflexion sur l’acquisition de la connaissance et l’importance du savoir, même dans ces lieux très isolées. La mer est la source du bien et du mal. C’est la dernière partie du roman. Elle est effrayante et illustre comment l’absence de savoir tue. Comment l’appât du gain tue. Une belle allégorie de notre époque qui laisse songeur et un peu sonné. Ce texte est âpre, fort et d’une très grande poésie. Les descriptions de la mer, du rivage, de la forêt sont d’une puissance d’évocation rare avec un économie de moyens toute nippone. Vous lisez deux lignes et vous sentez l’odeur de la mer, vous voyez le vert, le rouge, le bleu, la mer qui se brise sur les rochers. Ce texte réussit l’alliance rare entre poésie et réflexion philosophique, une œuvre riche, très riche. Probablement un livre qu’aurait aimé le héros de ma lecture suivante.

Une fois de plus j’ai découvert ce livre grâce à France Culture, Martin Eden, de Jack London. Ce roman a une puissance qui vous laisse sans voix et sans mots, juste l’envie d’applaudir l’auteur. Le héros est sans limite, illustration de la puissance du vouloir, mais aussi fragilité de l’homme seul, un livre sur l’humanité, sa solitude, les échecs, la réussite, l’amour, l’amitié et la folie. Un roman sur la force de la volonté, comment partir de rien pour arriver au sommet et plonger. Un roman cent fois imité jamais égalé, le talent suinte à chaque page. Un grand texte sur la beauté de l’apprentissage, sur le plaisir d’apprendre. Martin Eden est un monument de la littérature, un souffle qui vient du large vous emporte, vous entraine, vous remue. Vous touchez la misère, vous sentez l’excitation du savoir, vous vibrez en écrivant, la main et les baisers de ruth vous électrise. Vous connaissez le bonheur, la dépression, la douleur, la chaleur, la faim. Grâce à Jack London, vous devenez Martin Eden. Votre réussite ne vous apporte rien, car vous êtes seul. Vous n’avez pas changé, personne ne vous aimait et vous voilà adulé, vous creviez de faim et on vous gave, pourtant vous n’avez pas changé, seul le regard de la société s’est modifié. Vous êtes passé de rien à un génie, sans rien faire de nouveau. Créateur on vous méprisait, à l’arrêt de la création, on vous vénère. Vous travailliez d’arrache-pied, on vous négligeait, vous ne produisez plus rien, on vous adule. Injustice de ce monde médiatisé et bourgeois, sensibilité géniale de London. Ce roman a une actualité étonnante, l’industrie du spectacle est démontée, il est fabuleux.

La fin est splendide. Le suicide de martin est atroce et magnifique, de la grande, très grande littérature, vous coulez avec lui. Bouleversant, émouvant, prodigieux, je le comprends tant martin. Je vous conseille en passant l’émission qui m’a soufflé cette lecture.

Petite enquête sur le plagiaire sans scrupules de héléne Maurel-Indart, une lecture amusante et un peu fade après les deux romans précédents. Un questionnement intéressant sur la limite flou entre création et plagiat en littérature, la frontière est beaucoup plus claire en science. Vous aurez toutes les ficelles pour plagier san vous faire prendre, ce qui est maintenant assez difficile. La conclusion que j’en tire est, si vous voulez être un très bon plagiaire et éviter de vous faire prendre la main dans le sac, vous allez devoir passer beaucoup de temps et dépenser pas mal d’énergie. Vous feriez mieux d’utiliser ces deux ressources pour faire preuve de création. Le conseil semble bon.

Quattrocento de Stephan Greenblatt. Un passionnant essai sur un personnage inconnu, de moi, de la renaissance italienne, le Pogge. Un grand universitaire nous montre ce magnifique siècle qui entrainera la découverte des siècles païens de l’antiquité. C’est bien écrit, trépidant, intelligent, drôle, brillant.
Cet essai est un roman de l’intelligence. Comment des hommes passionnés par la forme ressortent des textes capitaux par le fond. Ma première lecture d’Épicure m’avait laissé pantois. J’étais devenu épicurien. La relecture régulière des maximes me rempli toujours de joie et de plaisir.
Cet essai me donne envie de lire Lucrèce. Je fais mes humanités. C’est une très belle introduction à l’épicurisme. Le plaisir, la lutte contre la douleur, l’atomisme, c’est excitant et toujours d’actualité. Il est troublant de lire comme la lutte contre l’obscurantisme est permanente, comme les ressorts sont toujours les mêmes. Il est fascinant de voir comme les enjeux persistent, liberté de pensée, lutte contre la dictature de la police de la pensée religieuse ou de la norme bien pensante. J’écoute parallèlement une vie d’Elvis Presley, les échos sont étonnant entre ces moments si éloignés et sans lien évident sauf celui de la lutte contre la bêtise humaine et tentative de concilier le plaisir et les contraintes de la croyance religieuse.
L’histoire des papes de cette période ne pouvait que donner envie de croire en autre chose, la découverte de Lucrèce ne pouvait que donner envie, malgré les risques, de propager cette pensée profonde et brillante. Ce livre nous rappelle la fragilité de la culture, comment les bibliothèques, Alexandrie par exemple, ont disparu sous les coups de boutoir de l’intolérance et de l’ignorance, comment de tout temps les livres sont les cibles de tous les intégrismes. Le livre est un outil de grande subversion.
Si vous voulez savoir qui est l’ennemi de l’intelligence, qui veut être le dictateur, chercher le destructeur de livres. Je vous laisse le chercher en nos temps troublés.
Cet essai est une ode à la beauté, à l’intelligence, à la tolérance, à l’amour des textes, à la puissance de l’esprit humain, grandiose.
Comme quoi des universitaires peuvent sortir de leur tour d’ivoire et transmettre une vision du monde passionnante et excitante. Lisez ça.

Habitations imaginaires, trois court textes de Poe, des exercices de style sans intérêt. Le cabinet de curiosités, une série de courtes nouvelles ou plutôt des contes par Kubin, pas passionnant.

Enfin, j’ai fini mes trois semaines de vacances par Cryoburn, un nouvel épisode de la saga de Miles Vorkosigan. Ce n’est pas le meilleur de la série mais il est tellement agréable de retrouver le nabot galactique, qu’on pardonne facilement certaines faiblesses. Un boulot honnête de Loïs McMaster Bujold, elle a du métier, une valeur sur. Si vous n’avez pas encore lu cette fabuleuse série récompensée à de multiples reprises (prix Hugo et Locus), vous pouvez vous jeter dessus et dévorer. Un seul problème, pendant quelques jours vous ne pourrez rien faire d’autres que tourner les pages. Je vous ai prévenu.

Des lectures diverses et variées qui m’ont aidé à passer cette période agitée et difficile. Lire et encore lire, tournez des pages, pour s’évader, pour réfléchir, pour le plaisir. Sentir le grain du papier aux bouts des doigts, l’odeur du livre neuf. Mesurer sa fragilité quand il prend l’eau. S’extasier encore et toujours devant ce miracle qu’est le langage, un nombre limité de lettres, de mots pour transmettre tout le champs des émotions et des sensations, quelle merveille. Les livres sont mes compagnons depuis l’age de 5 ans, j’ai l’impression que je ne suis pas près de les abandonner.

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