Une insuffisance rénale aigue, pensez aux cerises…

J’adore les cerises. Quand j’ai lu un article sur leur efficacité pour prévenir les crises de goutte, je me suis dis: « intéressant pour mes patients ». Vous me direz que ça apporte du potassium, je suis d’accord, la prudence s’impose. J’ai trouvé un essai non publié dans clinicaltrials sur leur utilisation en rhumatologie.

L’effet antiinflammatoire des cerises passent probablement par leur richesse en anthocyanines. Les polyphénols jouent aussi un rôle. J’ai un peu plus de mal à comprendre leur effet hypouricémiant.  Les anthocyanines inhibent les cyclooxygénases, comme les antiinflammatoires non stéroidiens (AINS). Des produits fortement concentrés en jus de cerises pourraient avoir les effets secondaires des AINS. Ce risque est théorique, bien sur.

Souvent on me pose la question est ce que les AINS sont responsables d’insuffisance rénale? Un article donne la réponse, je trouve de façon assez convaincante. La réponse est oui. La consommation d’AINS pendant quelques jours entraine une diminution du débit de filtration glomérulaire (DFG) mesuré, même chez des personnes sans insuffisance rénale au départ. Il s’agit d’un effet hémodynamique qui passe par une levée de la vasodilatation de l’artériole afférente. Si en plus, il y a prise d’un inhibiteur de l’enzyme de conversion(IEC), qui lève la vasoconstriction de l’artériole efférente, l’effet sur le DFG peut être très important. L’anomalie se corrige à l’arrêt.

Pour revenir aux cerises, je vous conseille la lecture de cet article récent d’AJKD. C’est un simple cas clinique. Il suggère, que chez certains patients, la consommation de fortes doses de jus de cerises concentrés peut être responsable de poussées d’insuffisance rénale aiguë, comme ce qui est observé avec les AINS. L’histoire est simple. Un patient insuffisant rénal prenant un traitement standard, diurétique et IEC pour son HTA, se présente avec une poussée d’IRA. Il n’a rien changé dans sa vie sauf la prise de jus de cerises concentré. Il n’a pas de signes de deshydratation extra-cellulaire. Le néphrologue arrête le jus, les IEC et les diurétiques. La fonction rénale s’améliore. Il reprend le traitement de fond. La créatinine reste stable. Ceci ressemble étrangement à ce que l’on peut voir quand un patient prend des AINS. Le cas est crédible. On aurait aimé une épreuve de réintroduction de la boisson à base de cerises.

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L’auteur s’est amusé à évaluer la dose d’anthocyanine quotidienne ingérée par son patient et à la convertir en équivalent-AINS. Le patient prenait une dose correspondant à une posologie d’ibuprofene de 600 à 1200 mg.

Je vous conseille la lecture de ce cas clinique qui est vraiment très, très bien écrit. Un modèle du genre.

Cette histoire nous rappelle que les produits dit naturels sont composés de produits actifs avec leurs effets secondaires et leurs risques propres. Il faut être prudent quand on consomme des alicaments qui bien souvent n’ont jamais été validés dans de bonnes études. Croire qu’on ne peut avoir que des bénéfices sans risque est d’une immense naïveté.

Si vous prenez des médicaments modifiant l’hémodynamique intra-rénale, comme des IEC, des sartans, des diurétiques, faites attention au jus de cerises concentré. Sa consommation pourrait entrainer une dégradation de votre fonction rénale, je vous rassure réversible à l’arrêt.

Le jus de cerises concentré est facile à trouver sur internet. Avant d’en consommer, demandez conseil à votre pharmacien ou votre médecin pour connaitre sa compatibilité avec votre traitement habituel.

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Une réponse à Une insuffisance rénale aigue, pensez aux cerises…

  1. docadrenaline dit :

    Comme le disait ma grand-mère : « La ciguë, c’est naturel ! »

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