La mort en Zamonie en 3057

En 3057, en Zamonie, la mort est devenue une affaire sérieuse et complexe. Tout a commencé en 3014 avec deux affaires.

Depuis 4 ans, en Fromageriequipue (FQP), une jeune femme était en état pauci-relationnel, après un accident de chauve souris géante. Les soignants qui  la nourrissaient, la nettoyaient, la massaient régulièrement pour que sa peau de jeune femme reste intègre, lui parlaient en faisant tous ces petits soins du quotidien. Ces soignants ont eu le sentiment que la jeune femme ne voulait plus vivre. Ils proposent l’arrêt des soins pour qu’elle s’éteigne paisiblement. Ils ont l’accord du compagnon. le couple avait évoqué cette situation. La jeune fille qui aimait la liberté du vol en chauve souris le soir, n’aurait jamais supporté d’être clouée à son lit, dépendante à l’extrême des autres. La décision fut difficile, longue, car laisser partir celui qu’on aime est dur, mais elle est prise. Les soins sont arrêtés, en particulier alimentation et hydratation. La fin va venir lentement.

Alors que le processus est entamé, une partie de la famille se souvient de l’existence de la jeune aéronaute. Elle n’est pas d’accord avec l’arrêt et este à la cours de Vinusbulle. La décision prend du temps. La justice sait prendre son temps. Finalement, elle oblige les soignants, qui avaient pris une décision difficile, quatre ans de soins au contact ne s’effacent pas d’un claquement de doigt, eux qui se rendaient compte de la futilité de leur pratique. Elle les oblige à la reprise des soins. Terriblement sentiment que celui de la négation de l’évaluation clinique de professionnels, d’un coup, on niait leurs compétences. Que ce moment dut être difficile. La justice avait tranché, il fallait soigner la jeune fille et ne jamais arrêter sinon c’est mal.

Au même moment, en Hamburguriequischlingue (HQS), une jeune femme est enceinte, elle se lève et son cœur s’arrête. Son mari qui ne la voit pas revenir, la découvre, inanimé, il est sauveteur et fait ce qu’il a appris. Elle est transportée dans une réanimation et malgré les soins, son cerveau est irrémédiablement perdu. Elle est en mort encéphalique. Le fœtus vit encore dans le ventre de sa mère morte, du moins son cœur bat. La famille souhaite l’arrêt des soins, impliquant la mort du foetus, dont personne ne sait si il n’est pas lui aussi en mort encéphalique. La loi de HQS interdit d’arrêter les soins à une femme enceinte en mort encéphalique. Le mari est désespéré, il part dans un combat judiciaire. Un juge tranche, vite, les soins prodigués sont futiles, il faut tout arrêter. Le respirateur est arrêté. Un homme va devoir se reconstruire après la mort de la femme et de l’enfant qu’il n’a pu sauver.

Ces deux jugements en apparence contradictoires dans des situations très différentes, en des régions très différentes de Zamonie ont profondément marqué les esprits. Dans un magnifique mouvement de démocratie medicocharlatanesque, ce n’était plus le médecin ou sa famille qui allaient décidés mais l’homme de loi. Ceci a ouvert la porte à l’évolution que nous connaissons.

Après l’affaire de FQP, les soignants décidèrent que dans ces conditions, il n’y aurait plus d’arrêts de soins, trop compliqués, trop difficiles, trop déstructurant pour les équipes. Bien évidement, un an plus tard, une décision de justice obligeât une équipe à arrêter les soins d’un patient pauci-relationnel. Une belle concorde nationalo-zamonienne donnât naissance à la loi suivante: toute personne majeure devait anticiper ces situations difficiles pour que les réponses soient enregistrées dans le dépositoire ultime des décisions finales (DUDF). Il fallait répondre à:

Si vous êtes en situation pauci-relationnelle, que souhaitez vous?

  1. Continuer les soins quoi qu’il arrive,
  2. Que mon père, ma mère, ma femme, ou X décide pour moi,
  3. Arrêt des soins après un mois, 6 mois, un an, deux ans, Y mois ou ans de soins sans évolution
  4. Tout arrêter immédiatement.

Si vous êtes en mort encéphalique, que souhaitez vous? Si vous faites un arrêt cardiaque que souhaitez vous? La réponse à cette dernière question est tatouée sur le thorax de tout citoyen zamonien de plus de 17 ans. Je ne détaille pas les réponses que vous connaissez tous.

Ces directives anticipées devaient couper cours à toute discussion.

Pendant deux ans, ceci fonctionna, à 17 ans vous deviez dire à la puce de votre carte vitalus ce que vous souhaitiez en cas de mort encéphalique, d’état végétatif ou de tout entre-deux limitant votre jugement. Un jeune homme avait chuchoté à sa puce qu’il ne voulait pas vivre en état végétatif et souhaité l’arrêt des soins rapidement. Après un accident de char dinosotracté. Il est pauci-relationnel. L’équipe arrêta. La famille n’était pas d’accord. Elle alla en justice, disant que le jeune homme était dépressif au moment de ses dires puciens et qu’on ne pouvait pas faire confiance à cette puce qui était connu militante « anti-life ». La famille amena des témoins qui jurèrent qu’à la date du choix, le jeune homme n’allait pas bien, mais qu’après il avait dit qu’il voulait vivre dans tout les cas. Il n’avait juste pas eu le temps de changer son avis, ou sa puce de mauvaise foi, ne l’avait pas écouté. Le juge hésita,écouta la famille, la puce, les témoins et trancha en faveur de la famille. Ceci fut un tremblement de terre, on ne pouvait plus faire confiance à sa puce. Il y eut des cris, des hurlements, rien n’y fit. La loi fut modifiée. Le choix devait se faire devant un notarius avec trois témoins indépendants après examen charlatano-psychiatrique approfondi par trois experts qui devaient déclarer tout lien d’intérêt avec des croque-morts, des sociétés de réanimation, etc.

La société pensait avoir trouvé la solution définitive. Malheureusement, un cas particulier vint bousculer cette belle construction légale. Un patient en mort encéphalique avait déclaré devant l’ensemble du collège habilité à recevoir sa déclaration trois avant qu’il était donneur d’organe. Son frère, membre de la secte Réanimatuscorpus, croyant en la réincarnation, s’opposa au prélèvement. Son frère s’était converti récemment à cette nouvelle religion qui veut que le corps soit laissé intègre sous peine d’absence de réapparition sous une forme quelconque. Le frère expliqua que les délais d’expertise était longs et avait empêché la modification de son statut. Il produisit moult témoins de sa secte. Le juge ne put rien faire d’autres que d’interdire tout prélèvement. Le législateur dans sa sagesse immense et devant la pression de divers groupes s’attela à affiner la loi. Le statut devait être validé tout les jours devant témoins et experts. On ne pouvait changer d’avis que toute les 24 heures, aucune réclamation ne serait plus jamais acceptée. La loi ultime de la fin de vie dans la dignité et le respect des désirs (LUFVDRD) de chacun était nait.

Nous avions enfin le modèle parfait encadrant la mort, pardon la fin de vie dans la dignité et le respect des désirs de chacun. La mort est devenue une affaire très sérieuse et rigoureusement encadrée. Nous avons juste du développer l’expertise charlatano-psychiatrique pre-mortelle. Actuellement, en Zamonie, il existe deux professions qui font travailler 40% des citoyens. Il s’agit des témoins et des experts. Les sociétés de témoins se sont développées, vos amis n’acceptaient plus de valider quotidiennement votre statut, alors des petits malins ont inventé la profession de témoins de choix de fin de vie dans la dignité ultime (CFVDU). Nous passons actuellement deux heures de nos journées à parler de notre mort, de notre moral, de nos angoisses et de nos choix pour notre fin.

Nous avons pu faire disparaitre le chômage. Ces questions permanentes ont généré un peu d’angoisse chez nos contemporains, mais tant de tranquillité pour le législateur. Une nouvelle profession est apparue, psychoconseiller en angoisse de mort. Nous sommes passé en 30 ans d’une absence de parole sur le sujet à son omniprésence. Heureusement que la LUFVDRD existe car depuis une dizaine d’années et malgré l’apparition de nombreux nouveaux médicaments et approches thérapeutiques, il y a une véritable épidémie de suicides…

Peut être que nous n’allons pas si bien dans notre désir de maitriser nos ultimes moments.

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5 réponses à La mort en Zamonie en 3057

  1. Babeth dit :

    Et bientôt, nous aurons la LPOF (Ligue de Protection des Organes des Foetus) qui exigera le maintien en vie des foetus viables pour le don d’organes…

  2. ML dit :

    Amusant, j’avais tenté aussi de la projection sur mon blog, mais j’allais moins loin que toi. Par contre, je note un truc, que ce soit en 2033 ou en 3017, nous parlons de la cartus vitalus. Qui aura donc évolué pour devenir aussi la cartus mortalus, selon ce que tu prévois !
    http://www.cris-et-chuchotements.net/article-virage-culturel-120698742.html

  3. Cam dit :

    Tombée par hasard sur votre blog au hasard d’errances sur la toile, et particulièrement sur ce post…. J’adore! Tellement vrai! Une projection effrayante car complètement crédible!
    Au passage, sur la fiche d’information « directives anticipées » de la SFAP, le premier paragraphe stipule bel et bien que « Le médecin n’est pas tenu de s’y conformer si d’autres éléments venaient modifier son appréciation »…. Le médecin… pas le juge!

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