Deux pages de canceropublicité

Dans l’avion, j’adore les magazines des compagnies aériennes. J’aime ce monde beau, plein d’optimisme, de lieux paisibles fait de rencontres plus passionnantes et enrichissantes les unes que les autres. Un monde sans violence, ni maladie, ni pauvreté, pas de guerre, pas de conflit, un monde ouaté, le but est probablement de ne pas stressé le voyageur. Ces magazines sont fascinants. Ils sont de merveilleux vecteurs publicitaires, à l’unisson du ton général, luxe, calme et volupté. Dans les versions US de ces petites bijoux, il y a des publicités médicales. Deux ont retenus mon regard, toutes les deux dans le domaine du cancer.

La première vante une triplette de chirurgiens plastiques faisant dans la mastectomie radicale pour prévenir le cancer du sein. Nous avons le témoignage, bref, d’une previvor, ces femmes qui vivent avant de vivre. Qu’est ce que prévivre?

Il est mis en avant  non pas  le fait d’éviter une maladie grave mais celui qu’esthétiquement le résultat sera intéressant. Le but est de détendre, rassurer le lecteur, pas de l’angoisser. On a presque envie d’avoir une mutation dans BRCA1 rien que pour rencontrer Frank, Scott, Christopher et leurs bistouris magiques. En plus, il y a une application gratuite, on se demande à quoi elle sert mais ce n’est pas grave, il faut ce symbole de modernité. Génomique, chirurgie, reconstruction et numérique, grand chelem.

mastectomyLa deuxième nous vante un monde médical où ce n’est plus un individu avec une maladie qui rencontre un soignant, mais un cancer qui rencontre le génie du soignant sans l’intermédiaire de son porteur. L’histoire de Paul et John est belle, émouvante. Un cancer incurable, heureusement Paul a inventé un traitement formidable (de la radiothérapie, car il est radiothérapeute Paul), il ne rencontrera jamais John, mais celui ci va bénéficier de son génie, on ne sait pas trop comment mais le cancer incurable va disparaitre. Cette page est fascinante. Elle a une dimension quasi mystique. Nous sommes dans l’ordre du divin, du miracle, pas de rencontre entre des individus mais une rencontre entre le mal (le cancer) et le bien (le traitement de Paul). L’université de Floride est heureuse de cette communion, et oui les affaires sont les affaires.  La médecine avance comme ça.

paul et johnJ’ai eu un haut le cœur, une vague nausée, pourtant l’avion ne bougeait pas. Serait ce ce monde merveilleux de la médecine triomphante et déshumanisée? Non impossible ce futur est si beau, fait de calme, luxe et volupté, où nous abandonnons notre cancer à Paul qui s’en charge pendant que nous buvons un bon café.

Je tourne la page, je retrouve une jolie photo d’ile paradisiaque, ma nausée persiste. Je pose le joli magazine et je m’endors pour essayer d’oublier cet eden médical. Notre futur s’annonce sombre.

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3 réponses à Deux pages de canceropublicité

  1. Gelule dit :

    Ca me semble juste tres representatif de la medecine aux USA. Je n’ai pas le recul pour savoir depuis quand c’est comme ca, par contre.
    Mais tout est pretexte a « divinification », et glorification d’une medecine toute-puissante. Je ne compte pas le nombre de pubs a la radio, dans les journeaux, dans les transports en commun (oui oui) pour des centres de soin, des centre de chirurgie, des centres de radiologie….
    C’est un ensemble de choses dans une societe tres tournee sur l’apparence et le demonstratif. Par exemple, les initiatives « to raise funds and/or awareness » sur telle ou telle pathologie sont legion, qui me font a chaque fois plus l’effet d’un show bien orchestre que d’une information sur la maladie…
    Et histoire de rappeler la realite brute face a cette medecine et cette sante de papier glace, il y a les infos sur les difficultes d’acces aux soins et la mise en place (enfin) de l’affordable care act…

  2. « le cancer, un fléau qui rapporte » de Nicole Delépine écrit en 2013 nous alerte aussi sur la situation en France

  3. chantal dit :

    Ce n’est pas une bonne médecine, mais du commerce tout simplement! Helas, il arrive en douce sur le sol européen et personne en s’inquiéte. Maintennat, on n’attend plus être malade pour se soigner, non on soigne pour s’assurer d ene jamais être malade. C#est absurde! Car les véritable malade seront consideré comme des flans! qui ne veulent rien faire pour aller mieux, alors qu’il n’y a point de remede. du moins, je n’ai pas encore entendu qu’on guerisse le diabéte ou l’arthrose!

    Il n’y a pas que chez vous de la nausée, chez moi aussi et bien plus. Pour des conneries d ece genre, les asurances payent mais point pour une prise en charge à long treme d’un traitement anti-douleur. Sortir 200 euro mensuellement de sa poche n’est pas facile et le monde médical à l’USA existe bien en Allemagne! mais sur la pointe des pieds!

    Bonne soirée et bon Mai!

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