Premier jour de Kidney Week 2014

Je suis à Philadelphie pour la grand messe de la néphrologie mondiale, le congrès de l’American Society of Nephrology. 13000 participants du monde entier, des conférences en continu, des stars du domaine, des nouveautés, du réchauffé. Comme les temps changent pour la première fois le sac du congrès (qui est très moche) et le porte badge ne sont pas sponsorisé par l’industrie mais par une université et son centre de recherche en néphrologie, le Vanderbilt center for kidney disease (VCKD). Une des plus grande difficulté avec ce congrès est de choisir les sessions où on va. Je regarde le programme, j’hésite jusqu’au dernier moment, sauf pour deux, trois choses indispensables, style aller voir ce que racontent les concurrents directs et en sortir pas trop inquiets (à tort peut être). J’assiste systématiquement aux plénières car il y a toujours des orateurs remarquables.

Le 13/11/2014 à 8h, le discours présidentiel fut remarquable par le Dr Moe. Un grand moment de vision prospective de la néphrologie moderne. Il ne faut plus parler de maladies rénales mais de santé du rein. Nous devons travailler à la santé du rein (Kidney Health), ceci peut paraitre sémantique mais traduit la mentalité positive qui doit présider à la prise en charge des patients.

B2UvMPvIgAAvDf9.jpg largeKey slide from Moe #KidneyWk14 pic.twitter.com/XGeI1A1fJH

Elle a souligné l’importance de l’implication des néphrologues dans les politiques de santé pour que nous soyons acteurs et pas uniquement victime de ces dernières. Nous devons utiliser les nouvelles technologies pour attirer les jeunes dans la spécialité, au moment d’une désaffection importante des programmes de residency aux USA. La situation en France est différente car la spécialité est choisie par les internes. Il y a un enjeu important qui est la recherche et ses besoins de financement pour améliorer la santé rénale. La recherche en néphrologie est sous doté aux USA et en France n’en parlons pas. Tout est dans ce tableau.

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Les patients avec une MRC stade 5 représente 1% des patients financés par medicare par contre ils consomment 7% du budget. Favoriser la recherche pour ralentir la progression de l’insuffisance rénale chronique et pour diminuer les comorbidités est essentiel. Améliorer la santé rénale, c’est diminuer les couts, il faut apprendre aux politiques, le plaisir différer d’investir pour faire des économies. Enfin pour améliorer la santé rénale,  nous devons nous intéresser au sciences sociales pour améliorer le parcours de soins, comprendre les résistances,  etc.

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Elle a fini par la nécessité impérative de faire de la recherche pour améliorer les techniques d’épuration extra-rénale et la qualité de vie pour les patients en EER. J’étais très content d’entendre ça. J’ai le sentiment de ne pas me tromper de combat scientifique. Dans son discours, il y avait une vraie vision d’avenir. Excitant.

La conférence scientifique a été faite par Douglas Melton et son approche innovante du traitement du diabète. Il nous a fait un grand numéro montrant l’intérêt de l’approche cellules souches encapsulées pour traitement le diabète en rétablissant la production d’insuline. En 2 à 3 mois son laboratoire est capable à partir de cellules d’un patient de développer des cellules béta pancréatiques en grande quantité produisant de l’insuline. Les résultats ont été publié dans Cell le mois dernier. Vous pouvez accéder au papier et à une vidéo par là. Le modèle est très beau et après avoir écouté son talk on ne peut être que convaincu.

Après ces deux très beaux topos, les posters, rien de bouleversant.

Ensuite, j’ai opté pour une session intitulé  » Tweets, Likes, and Blogs: How to Use Social Media for Your Patients and Your Benefit« . J’ai fait un TL que vous pouvez retrouver sur twitter. Il y a sur le blog d’AJKD une excellente note. Ce fut une superbe session, pour commencer le Dr. Bryan Vartabedian (@doctor_V) et son « public physician« . Le médecin sur les réseaux comme l’écrivain public d’antan, nous sommes là pour aider les personnes malades. Nous devons être présents sur les réseaux sociaux pour lutter contre les mauvaises influences, ceci fait aussi partie de notre métier. Il prend l’exemple de Wakefield et de son influence délétère sur la couverture vaccinale dans le  monde anglo-saxon. Si les 65000 pédiatres américains faisaient bloc sur les réseaux sociaux, il est probable que son influence négative pourrait être facilement contrebalancé. Le message est « Impliquez vous dans ces nouveaux modes d’échange car ils sont là et si nous n’y sommes pas, d’autres y seront ». Il faut occuper la place.

le deuxième orateur, le Dr. Margaret Chisolm (@whole_patients), a été pour moi la meilleure, posée, calme, diapos minimalistes, discours simple et complexe à la fois. Quand un psychiatre parle à des néphrologues, c’est passionnant. Il faut être professionnel sur les réseaux sociaux. Quand nous parlons nous sommes des médecins et nous avons un devoir comme dans nos relations avec nos patients de donner le meilleur de nous même en faisant attention. Pour faire attention il faut réfléchir. J’adore quand on me dit qu’il faut utiliser son système nerveux central avant de poster sur les réseaux sociaux. La démarche à avoir tient en un mot, 5 lettres, T-H-I-N-K.

T=True, est ce que ce que je dis est vrai?
H=Helpful, Est ce que ce que je dis est utile?
I=Inspiring, Est ce que ce que je dis va avoir un impact positif, va faire réfléchir?
N=Neessary, Est ce que ce que je dis est nécessaire?
K=Kind, Est ce que mon propos n’est pas outrageant?

Cette attitude est importante et nous devrions tous nous en inspirer sur les réseaux sociaux mais aussi dans la vie de tout les jours et peut être que le monde irait un peu mieux si nous pensions un peu avant d’agir. Vous trouverez les 10 règles pour le professionnalisme en ligne ici ou sur ma TL. Elle a soulevé deux choses que je n’ai pas encore réglé qui sont les histoires de patients, même si maintenant je demande l’autorisation avant de poster et la problématique de l’anonymat. Elle m’a fait réfléchir en tout cas.

Le troisième orateur est une patiente, une e-patiente, Sarah Kucharski (@afternoonnapper) son exposé fut passionnant. Les réseaux sociaux sont une formidable opportunité pour partager notre savoir et échanger avec les patients. C’est important. Ce n’est pas parce que nous savons faire un diagnostic que nous savons soigner une personne, cette phrase est centrale, importante et nous devons la méditer. Rien ne prépare un individu à être malade, rien, pour cette raison nous nous devons d’être bienveillant. Je trouve essentiel que les patients viennent parler aux médecins dans nos lieux de pouvoir que sont les congrès médicaux.

Enfin le dernier, la star de la blogo-twitto-sphère néphrologique mondiale, Dr. Joel Topf (@kidney_boy). Il nous a fait un grand numéro sur l’utilisation de twitter. Bon je n’ai pas appris grand chose mais ce fut très agréable. Sa présentation est en ligne là, une très bonne introduction pour l’utilisation de ce merveilleux et détestable outil qu’est twitter.

L’après midi, je suis aller écouter cette session qui fut intéressante sur un sujet que je ne connais pas l’inflammasomes. Nous avons une fabuleuse machinerie intracellulaire (trois pièces le récepteur (NLRP3 par exemple), un adaptateur (ASC) et un effecteur (caspase 1 par exemple)) qui est responsable de la signalisation qui va conduire à l’inflammation . Le sujet est franchement complexe et après ces différentes présentations par des gens qui connaissent très bien et qui ont beaucoup publiés, la conclusion est que nous ne comprenons pas grand chose. C’est un sujet important et je vous conseille de lire un peu, en particulier les revues suivantes. nri3523 1387.full 1-s2.0-S0092867414004759-main

J’ai fini avec cette session de présentations orales. Les deux plus amusantes furent, celle qui montre qu’après la dilatation d’une sténose des artères rénales, sur le rein controlatéral le débit de filtration glomérulaire baisse, vous me direz rien de nouveau, effectivement Goldblatt le retour mais il fallait le montrer, c’est fait. L’autre qui sera probablement utile est la mise au point de nouvelles colonnes pour éliminer le sFlt1 dans les préeclampsies. On gagne un dizaine de jours pour le bébé sans effets secondaires. Il va quand même falloir qu’un jour qu’il fasse un essai randomisé. Le reste ne fut pas passionnant.

Une bonne première journée de congrès, toujours motivant de voir et d’entendre des gens intelligents.

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7 réponses à Premier jour de Kidney Week 2014

  1. nfkb dit :

    On sent l’enthousiasme dans ta note, c’est cool 🙂

    A propos de la santé en général, on m’a fait suivre cet article d’un chirurgien qui écrit des livres à succès aux US http://nautil.us/blog/being-mortal-atul-gawandes-rx-for-how-to-end-our-lives j’ai trouvé ça intéressant… Peut être que la santé vue côté du malade est très différente de celle côté médecin. Il y a vraisemblablement des concessions à faire des deux côtés mais l’idée est intéressante.

    Je suis content de lire l’histoire de l’acronyme THINK. Quand je fais un billet « médical » j’essaye d’être dans cette veine là mais on dérape vite et ce petit truc va vite devenir mon FAST HUG (http://www.nfkb0.com/2011/04/06/fast-hug/) du blogging je pense.

    J’aurais bien aimé voir les diapos minimalistes de la psychiatre, je n’aime pas trop les PPT et je suis du genre à faire très très minimaliste quand je dois en faire

    Enjoy your muffins 🙂

    PS la connexion via Twitter du système de commentaire ne marche pas pour moi, c’est récurrent… des histoires de MAJ de ton wordpress ?

  2. cube dit :

    Déjà merci pour ce blog, merci de m’avoir réconciliée avec la néphrologie….
    Ces histoires de patients posent un vrai problème, difficile à résoudre… mais pourtant ce sont ces histoires qui marquent le plus les esprits (ou le coeur).
    Vous n’auriez pas évoqué ces problèmes de grossesse chez ces femmes jeunes, atteintes de maladie grave, j’aurais sans doute été beaucoup moins préparée à ce qui m’est « tombé dessus » il y a peu. Je n’ai pas d’autre terme pour qualifier cette consultation entre deux -10mn-, le soir, la veille d’un jour férié, d’une patiente que je ne connais absolument pas -normal, je suis remplaçante-, un dossier dont les atcds ne sont pas renseignés… et une grossesse sous AVK…
    Le motif de consultation étant « les BHCG ne sont pas assez « hautes » d’après la dame du labo »… et non le ttt à coté (moi j’avais deux neurones tournant en boucle, grossesse, AVK, OMG),pas la maladie lupique sans bilan depuis plus de 5 mois… Comprendre, recadrer, essayer d’aider sans juger…. Ces blogs médicaux m’ont aidé…. et j’espère avoir pu aider un peu ma patiente.
    Merci !

  3. Ping : La dialyse portable | PerrUche en Automne

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