Rhubarbe et Orlistat, même combat

Il y a un an et demi, lors du passage à l’OTC de l’orlistat (Alli pour ne pas le citer ou Xenical dans sa forme prescrite par le docteur), j’avais alerté sur les risques de cette drogue pour les reins des patients voulant maigrir en utilisant cet inhibiteur de la lipase.

La néphropathie induite par ce produit est identique à celle de la rhubarbe, dépots d’oxalate dans le rein. Si la rhubarbe apporte une charge importante en oxalates, ici, le mécanisme est plus subtil.

Après inhibition de la lipase intestinale, il y a une augmentation de la concentration en acides gras libres dans la lumière intestinale. Ces acides gras vont chélater le calcium et limiter la formation d’oxalate de calcium dans le tube digestif. La concentration en oxalate libre va augmenter, favorisant son absorption. Elle s’accompagnera d’une augmentation de l’élimination rénale et d’une hyperoxalurie dite entérique ou secondaire (c’est une complication classique des grêles court ou des bypass digestifs et de l’insuffisance pancréatique exocrine). Cette hyperoxalurie secondaire peu se compliquer de lithiase rénale oxalo-calcique et d’insuffisance rénale après précipitation de cristaux d’oxalate de calcium dans les tubules rénaux. Si vous prenez de l’orlistat, évitez de manger des aliments riches en oxalate (rhubarbe, épinards, oseille, cacao, betterave, le café soluble, persil, thé très infusé, céleri, chocolat, figues sèches, des groseilles, des framboises, haricots secs) .

Il existe trois cas cliniques dans la littérature rapportant une insuffisance rénale aigüe (IRA) secondaire à la prise d’orlistat associée à une nephropathie avec des dépots de cristaux d’oxalate. Dans aucun des cas cliniques, la richesse de l’alimentation en oxalate n’est évaluée.

Un groupe canadien vient de publier dans Archives of Internal Medicine l’analyse de 953 patients qui ont pris de l’orlistat.

  1. M. A. Weir et al., « Orlistat and Acute Kidney Injury: An Analysis of 953 Patients », Archives of Internal Medicine 171, no. 7 (2011): 703-704.

Ils ont comparé l’incidence de l’IRA dans l’année précédant la mise sous orlistat et dans l’année suivant la prescription. Il y a 5 cas (0,5%) d’IRA dans l’année -1, durant l’année +1, 18 cas (1,8%) la différence est statistiquement significative (p=0.01). L’orlistat n’a pas d’effet sur le risque de présenter une hémorragie digestive (6 épisodes pour chaque année).

Ce travail apporte de l’eau à mon petit moulin. La limite principale de l’étude est de ne pas connaitre les causes de l’IRA. Il serait intéressant de pouvoir revenir aux dossiers des patients pour connaitre la cause de cette multiplication par trois du risque d’IRA sous orlistat.

Ma conclusion ne change pas:

« L’orlistat rejoint les médicaments que je ne prescrirai jamais. Il rejoint aussi la liste des médicaments anodins dont il faut rechercher la prise chez tous patients se présentant avec une poussée d’insuffisance rénale aiguë dont la cause n’est pas claire. »

Il est peut être temps pour les tutelles de se poser quelques questions sur ce formidable produit. 1,3% des patients qui en prennent avec une insuffisance rénale aiguë dans l’année, ce n’est pas un effet secondaire exceptionnel. Ça ne vous rappelle rien, des gens qui veulent maigrir, qui prennent un produit sans risque et on s’aperçoit qu’il n’est pas si anodin pour le coeur. On peut espérer que le réveil de nos amis du 93 aille un peu plus vite, les laboratoires commercialisant l’orlistat n’étant pas tricolores…

En tout cas, ne mélangez pas orlistat et ma recette de tarte à la rhubarbe, il en va de votre fonction rénale.

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13 réponses à Rhubarbe et Orlistat, même combat

  1. Chantal dit :

    Quel chocolat? au lait ou noir?

    Bonne soirée

    • PUautomne dit :

      Les deux, c’est le cacao qui est la source d’oxalate, moins il y a de cacao moins il y a d’oxalate.
      Bonne journée

      • chantal dit :

        Merci. Heureusement que je ne prends peu de médicaments (traitement ophtalmologique) et n’aime pas la rhubarbe vu ma consommation quotidienne de chocolat noir (40 à 60 gr).

        Votre note est intéressante. Je ne crois pas qu’on pense souvent à des interactions entre médicament/ aliments ou maladie / aliments (sauf pour le diabète) et des mélanges à ne pas faire.

        Bonne journée

  2. ISKE dit :

    Je viens de jeter mon flacon d’Alli , heureusement à moitié plein.
    Ne crois-tu pas qu’il faudrait diffuser ces infos au grand public (radio ou sites de santé)?Les personnes qui prennent ce genre de produit (dont je fait partie) ne sont pas prêtes à risquer de tels effets secondaires elles sont surtout mal informées.

    • PUautomne dit :

      C’est une bonne idée de jeter le flacon d’Alli.
      La diffusion va se faire progressivement. Le problème c’est que le niveau de preuve est encore insuffisant pour que l’affsaps prenne le risque de l’interdire. Je pense qu’il y a suffisamment de données pour qu’elle retire la commercialisation over the counter. Ensuite c’est au prescripteur de surveiller régulièrement la créatininémie et de donner les bons conseils hygiéno-diététique.
      Le risque existe toujours avec un médicament, ensuite il faut arriver à déterminer si le jeu en vaut la chandelle.
      Bonne journée

  3. boris cohen dit :

    Quand j’exerçais en officine, je déconseillais ce produit systématiquement mais pour d’autres raisons. En effet l’inhibition de la lipase entraine une malabsorption des molécules liposolubles, ce qui est le cas de nombreux médicaments, mais aussi de la vitamine k…
    Encore une autre raison de le retirer immédiatement de la vente. Ce que je trouve dingue, c’est le manque d’information indépendante disponible sur ce produit.

    Personnellement, je conseillais aux gens de suivre quelques RHD avant l’été et de ne rien prendre….

  4. essai66 dit :

    Bonjour,
    je viens de découvrir ce blog par le CBM, c’est une source d’infos inestimable.
    Merci pour vos apports.
    Pour les commentaires, je pense que certains ont bloqué sur le chocolat…Comme quoi, les mots sont importants. Le point ici n’est pas le chocolat; le problème c’est le médicament. Manger du chocolat n’est pas mauvais pour la santé, même si on prend du café soluble avec. (Ou alors, vous avez vidé le supermarché en 1h…)
    Un « médicament » qui ne lutte contre aucune maladie ( être en surpoids n’en est pas une je suppose…) a NECESSAIREMENT une balance bénéfices-risques négative. Le seul bénéfice: perdre du poids ( oui dsl, mesdames et demoiselles, mais je trouve que c’est faible). Le risque: tout un tas d’effets secondaires ( même la diarrhée, si « petit » effet secondaire que ce soit, c’est cher payé pour perdre du poids…)
    Arrêtons de penser que ça se règle au médicament (mais surtout ce qui n’est PAS une maladie) , l’industrie pharmaceutique utilise cette faiblesse au détriment de la santé pour se faire du pognon.

    • chantal dit :

      Si le surpoids n#est pas une maladie, alors pourquoi les médecins vous disent d#en perdre dès qu’on a un peu ou les campagnes de « prévention » montrent comme facteur à risque le surpoids?

      Je ne me suis pas bloqué sur le chocolat, mais je n’aurais jamais pense que certains aliments et un médicaments puissent être incompatible entre eux.

      Le poids devient un poids pour les gens. La pression est forte aussi bien dans les magazines, les émissions de télévisions, l’œil de la société envers les gens qui ont un poids trop haut. Cela ouvre un marché fantastique entre les centre de fitness, de welness, de produits pour amincir qui font mincir uniquement le portemonnaie de la personne concernée. Pour tenter de perdre du poids, il faut trouver ou tomber sur les aliments qui font grossir la personne, en changer les habitudes alimentaires en gardant la notion de plaisir à manger et se mettre à des activités physiques (il suffit de marcher une demie heure quotidiennement) pour une équilibrer son poids et son bien-être.

      Un régime contre sa nature (ses penchants naturels envers le plaisir des aliments) ne tiendra pas longtemps et on reprend encore plus. Mais devant l’industrie de la minceur, le bien-être individuel ne compte pas. D’ailleurs actuellement, on veut rendre un peu co-responsable les gens en surpoids du déficit du système d’assurance de maladie (du genre surpoids égal diabète – et pour un diabétique le chocolat est mauvais – , surpoids égal arthrose, etc) .

      Bonne soirée

  5. Ping : Un médicament contre l’obésité pointé du doigt | Missions Santé

  6. essai66 dit :

    Bonjour,
    oui vous l’avez dit chantal, le surpoids est un facteur de risque. Pas une maladie en tant que telle, comme le cancer ou le sida. Mais loin de moi l’idée de dire que le surpoids n’est pas un « problème ». Je crois que tout ce qui se développe autour du surpoids ( ce que vous décrivez : centre bien être, fitness etc…) n’est pas à mettre au rencard. Ca participe au message  » le surpoids est un problème global, auquel il n’y a pas UNE solution miracle, mais dont la clé est dans une somme de changements personnels concernant l’activité physique, l’alimentation, la confiance, le travail etc… ». Ces changements concernent la vie elle même, et chacun de nous et dieu sait que c’est difficile de changer.
    Je vous rejoins par ailleurs.
    Bonne journée!

    • chantal dit :

      Bonjour Essai66,

      entièrement d’accord avec vous, le changement vient de nous-même, de notre motivation et il y a autant de variations (solutions) qu’il y a d’humains. Mais je trouve impossible cette manière de culpabiliser d’office les gens en surpoids, eux qui peuvent avoir pleins de raison valables pour leur état (maladie, deuil, etc) .
      Ce n’est pas la pub du corps mince (ou faire une heure dans un centre de fitness si ensuite on se récompense avec du gâteaux et de la chantilly ) qui va nous aider ou donner envie à/de perdre du poids, mais nous même, un jour et surtout sans médicament.

      Bonne soirée

  7. Ping : Le thé est dangereux pour les reins | PerrUche en Automne

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