Dune suivi du Messie de Dune Franck Herbert 1965 et 1969

Il est des livres qui vous accompagne toute votre vie. J’ai attaqué ma quatrième lecture du seigneurs des anneaux dans sa nouvelle traduction, je le lis tous les dix ans depuis l’age de 15 ans. Je vous conseille de découvrir ces nouvelles voix portées par la traduction de Daniel Lauzon. Il faut soutenir ce très beau travail. Si Tolkien est devenu une icône littéraire dépassant le cercle des amoureux de l’imaginaire, ce n’est pas le cas de Franck Herbert.

J’ai lu Dune à 16 ans, j’étais tombé sur une édition de poche dans une librairie d’Annecy. Ville au combien humide, clin d’œil du dieu ironique des livres, découvrir cette ode au désert au bord d’un lac, la lecture est le sel de notre vie. Je me souviens avoir dévoré ce texte fabuleux. Comment ne pas s’identifier à ce jeune Paul dont le père meurt ? Moi qui venait de perdre le mien. J’avais été ébloui par la puissance d’évocation du texte d’Herbert, par la richesse de son monde, liant science, religion, pouvoir, économie. Les fremen promettaient tant de liberté naissant de la contrainte. Je n’avais pas osé replonger dans ce monde craignant d’être déçu, de ne plus retrouver l’élan, le souffle du vent d’Arrakis, l’odeur acre des Sietchs, l’excitation de la lutte contre l’oppresseur qui ne peut aboutir qu’à une nouvelle oppression…

J’ai exhumé un volume réunissant Dune et le Messie de Dune  pour ma fille ainée, dans une partie de ma bibliothèque auquel j’ai un accès épisodique. Elle ne l’a pas lu et comme il trainait, j’ai replongé. Je n’ai pas été déçu, loin de là, j’ai retrouvé mon adolescence et les années m’ont donné les connaissances pour admirer le talent d’Herbert. Ce livre écrit il y a 50 ans n’a pas pris une ride. Le coup de génie d’Herbert est d’avoir virer l’informatique de son monde.  Il a par contre formidablement anticipé, l’explosion de la génétique, l’importance des neurosciences et de la pharmacologie. Il a écrit une tragédie antique. Il y a un souffle shakespearien chez lui, surtout dans le messie, série de huis-clos et de trahisons pour arriver à la tragédie finale. Je suis épaté par la cohérence de ce monde, par l’articulation technique, pouvoir et religion.

Il n’hésite pas à sacrifier les personnages. Les retours improbables (Duncan Idaho) sont au service de l’intrigue et pas l’inverse comme bien souvent. Un ouvrage majeur de la littérature anglo-saxonne que ce Dune. Vous ne pourrez pas finir le texte sans verser l’eau pour ces héros en quête d’amour. Car c’est aussi un formidable roman d’amour. Je n’avais probablement pas saisi ça dans ma première lecture. L’amour déborde de ce texte et ce n’est pas banal dans la SF. L’amour et les relations complexes à nos ascendants, la mère de Paul décide pour lui, cette révélation le transformera. La mère de Paul, fait de sa sœur un monstre par pur égoïsme. Il y a une dimension psychanalytique indéniable. Rien n’ai jamais simple dans l’univers d’Herbert comme dans la vie.

Si vous ne l’avez jamais lu, je vous le conseille. Acceptez de plonger de lâcher une part de rationalité, nous portons un peu plus que notre propre identité caché en nous. Les niveaux de lectures sont nombreux, témoignant du fait que c’est une œuvre importante. Je pourrais disserter sur une vision de la génétique et de l’épigénétique qui affleure tout le long du texte. Sur l’importance de l’environnement pour exprimer tout le potentiel d’une sélection génétique. Sur la pharmacogénétique, si l’épice allonge la vie, elle ne donne la prescience qu’a quelques uns, perdants de la loterie génétique. C’est une des grandes leçons du texte, connaitre l’avenir ne peut que rendre malheureux, et dire que nous dépensons tant pour le déchiffrer dans nos gènes…

Si vous connaissez un peu la SF vous pourrez aussi vous amusez à voir les emprunts à ce monde que de nombreux auteurs non pas hésité à faire. Quand j’avais lu le trône de fer, j’avais eu une impression de déjà lu, j’ai enfin trouvé d’où ça venait…

La science-fiction n’est pas un genre littéraire, c’est de la littérature. Comme les autres livres, il y en a des bons et des moins bons. Avec Dune, vous tiendrez une pépite.

Je finirai en parlant d’un recueil collectif d’auteurs français qui font l’imaginaire actuel. Il s’appelle « Faites demi-tour dès que possible ». Il s’agit du tour de France de 14 auteurs à la sauce imaginaire. C’est un véritable régal. Intelligent, cultivé, bien écrit, parfois brillant (DCDD, le cul du loup (pourquoi Marseille est une ville dégueulasse), mon dieu qu’il ferait bon sur la terre des hommes (Il n’aurons pas l’alsace et la lorraine) , la tour eiffel part en ballade (ode au microbiote, totalement d’actualité), le chamois des Alpes (neige mémorielle), le berceau des lucioles(neuroscience sauce nicoise)), ces auteurs qui ne font pas les gros titres méritent qu’on leur tire un coup de chapeau et surtout qu’on en fasse la promotion. C’est paru chez La Volte et c’est réjouissant.

Bonne lecture, les livres ne s’usent que si on ne les lis pas…

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6 réponses à Dune suivi du Messie de Dune Franck Herbert 1965 et 1969

  1. wain" dit :

    Je plussoie, Dune est une oeuvre majeure, immense souvenir de lecture lycéenne (tout comme LSDA), 2 fois relue, 2 fois appréciée différemment… L’aspect géopolitique, stratégique , est aussi important … Merci pr le conseil de lecture, c’est un recueil de nouvelles ?
    Ds un style différent, tenant moins de l’épopée et assurément moins ambitieuse, mais que j’ai trouvée brillante, la Horde du Contrevent, de Damasio , découverte à reculons, m’a surprise par sa haute qualité littéraire : une belle lecture que je vous conseille si vous ne l’avez pas déjà faite 🙂

    • PUautomne dit :

      Oui c’est un recueil de nouvelles, le saut du chamois est une nouvelle de Damasio, où vous retrouverez son style et un hommage à un grand roman de Stephenson (snow crash, en français le samourai virtuel).

      • wain" dit :

        merci 🙂 j’ai souvent du mal à apprécier les nouvelles à leur juste valeur, mais la critique donne envie. A propos de critique, misère, je viens de me plonger ds votre LibraryThing… ce n’est pas avec une mine pareille que ma to-read-list va diminuer .
        (et j’en profite pour écrire que je partage votre critique sur « D’autres vies que la mienne », qui est le titre qui me vient en tête qd on me demande un livre qui m’a marquée, ou qd je cherche un livre à offrir… )

  2. elio dit :

    Bonjour,
    Merci pour le conseil,
    et concernant le commentaire de Wain », je recommande aussi vivement la Horde du Contrevent. Damasio fait un travail formidable de recherche de vocabulaire et de jeux de mots dans ses livres. Son premier livre « La zone du dehors » est tout aussi prenant, mais plus « hard-science » que la Horde du Contrevent, qui est plus « fantasy ».

  3. ERLINA dit :

    J’ai aussi Franck Herbert quelque part dans ma bibliothèque, je l’ai lu aussi à 16 ans et c’est aussi un des mes livres initiatiques préférés…Merci de me donner envie de me replonger dans ses œuvres !

  4. Pierre dit :

    Merci pour cette immersion à laquelle je ne m’attendait pas en voyant apparaitre le titre de la newsletter ! Surtout que c’est d’actualité chez nous : j’ai racheté il y a peu pour mon fils de 14 ans ces deux tomes qui sont maintenant en vente en un seul, pensant qu’il aurait plus envie de s’y plonger que dans les miens, tous jaunis… Mais ce gros volume l’a découragé et il a plus volontiers pris les miens ! J’ai lu la totalité de la série deux fois à quelques années d’intervalle dans la même tranche d’âge, sachant qu’il y a après ces deux premiers tomes et jusqu’à « La maison des mères » encore quelques milliers de pages pour faire le tour d’une saga qui ne vous laisse plus repartir. Avec le cycle de la Fondation et Le Monde des Ā, ce sont les trois cycles SF qu’il faut avoir lu ! Mais rien ne sert d’en parler, il faut lire pour comprendre…

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