Note piégée

J’aime la radio et depuis mon stage post doctoral, surtout France Culture.

Je vous conseille d’écouter cette émission d’Adèle Van Reeth, la première d’une série sur l’âme russe. Elle porte bien évidement sur Pouchkine. L’invité est André Markowicz pour parler du chef d’œuvre du premier poète russe « Eugène Onéguine ». Elle se déroule, tout va bien, intéressant, un peu convenu. J’aime bien Markowicz car c’est une spécialiste du silence, du blanc de réflexion, ce qui à la radio est toujours déroutant. Quand je l’écoute, je pense à John Cage. Et puis à la minute 32, il prend le pouvoir. Il ne veut pas répondre à la question et pendant 5 minutes de grâce, il explique pourquoi l’écriture est un acte fondamental du hors soi, de mise à distance, de mis en musique de l’altérité. C’est brillant, juste et très émouvant. Il explique, simplement, qu’un grand écrivain est celui qui prête sa plume à la voix de ses héros. Il donne des timbres, des expressions originales, des lieux communs. Nous ne parlons qu’avec des lieux communs. Et seule la lecture est capable de rendre ce jeu, ce travail sur les voix. La puissance de la littérature et des grands auteurs, Pouchkine, Proust, Borges, Tolkien, est de travailler sur le langage, sur la diversité, à travers l’unicité de la langue, des langues. Merci, M Markowicz pour cette belle leçon, cette ode à la littérature et à la lecture.

Vous aurez forcément envie de lire ou relire Onéguine et tout Pouchekine après cette émission.

Pour comprendre que la santé n’est pas qu’une affaire de médecins, mais un jeu social, économique et intime, il faut écouter la passionnante série d’émissions des nouveaux chemins sur la santé. Pour découvrir ou redécouvrir, Montaigne et Nietzsche et dans la troisième émission, l’actualité de Foucault/Canguilhem (Foucault a tout dit sur l’expert, au delà de la psychiatrie).

Ce caractère ubuesque est, au contraire, lié de façon très positive au rôle d’échangeur qu’exerce l’expertise pénale. Il est directement lié aux fonctions de cette expertise. Pour en revenir une dernière fois à Ubu (on le quittera là), si l’on admet – comme j’ai essayé de vous le montrer la dernière fois – qu’Ubu est l’exercice du pouvoir à travers la disqualification explicite de celui qui l’exerce, si le grotesque politique est l’annulation du détenteur du pouvoir par le rituel lui-même qui manifeste ce pouvoir et ce détenteur, vous comprenez que l’expert psychiatre ne peut en effet être que le personnage même d’Ubu.

La santé ne peut suivre la définition délirante de l’OMS. La santé clinique est une histoire individuelle. Le but du médecin dans les maladies chroniques ne doit pas être de chercher une guérison hypothétique, mais d’accompagner la personne malade vers un nouvel état d’équilibre, différent du précédent. La maladie est vectrice d’une nouvelle identité qui génère une angoisse dans notre société obsédée par le moi unique alors que nous sommes multitudes. Je vous conseille la lecture de Jean luc Nancy et de Michaux qui a écrit les pages les plus lumineuses sur l’identité et les transformations de celle ci dans la postface de « Lointain intérieur ».

Avec la définition de l’OMS, je connais peu de gens en pleine santé, je ne sais même pas si ils en existent. Elle fait le lit de la médicalisation à outrance de tous nos petits malheurs, et ce n’est pas fini, malheureusement.

Pour vous remettre, un peu de douceur gainsbourienne par Jacky Terrasson, en attendant son très bon nouvel album (take this).

 

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5 réponses à Note piégée

  1. Bonjour, nous ne retrouvons pas votre compte sur twitter. Est-ce une démarche volontaire? Qu’est ce qui la motive? Cordialement, Eric DOURIEZ

  2. tomkiewicz dit :

    un nephrologue, qui plus est PUPH qui cite Gori, Michaux, Markowicz dans un même texte, ça reveil, ça stimule, ça redonne de l’espoir…
    j’ai la chance de connaitre personnellement Markowicz, il est tel que vous le préssentez, bonne analyse, et en plus, il est adorable! Comment concilier PUph et revolte contre la normativité ambiante? je resiste dans mon petit village-de-dialyse armoricain encore et toujours à l’envahisseur-audit-expert, alors ça fait du bien quand les emminences partagent un tant soi peu mes reflexions.
    pour l’hyponatremie, je jubile aussi, car au bout de dix ans de cours au pauvre eleves infirmières de fougères, j’ai finallement aussi réduit mon message à « restriction hydrique » hé bien ça marche!
    salutations respectueuses.

    • PUautomne dit :

      Merci pour votre commentaire. La lutte contre la normativité passe par la clinique encore et toujours. Cette étonnante rencontre entre deux individus, moment passionnant où nous cherchons une solution individualisée en suivant quelques lignes directrices simples pour comprendre la complexité.
      Vous pourrez dire à M Markowicz que je suis un grand fan de ses traductions et de ses mots.

  3. interne interniste dit :

    Bonsoir, je suis votre blog depuis plusieurs années et il m’ a déjà beaucoup apporté (notamment les cas cliniques). Un remerciement particulier pour cette note sur André Marcowicz… Je suis en train de lire Eugène Onéguine et c’est un véritable cadeau. Merci d’avoir joué les intermédiaires 😉

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