Pour un dimanche

Si vous ne savez pas quoi faire en ce dimanche, je vous conseille d’écouter le très stimulant Gérard Berry en conversation avec Étienne Klein. Quand deux amoureux des mots et des ambiguïtés du langage se donnent rendez vous c’est très agréable. Au delà du Witz, Gérard Berry est un scientifique spécialiste de la programmation informatique qui a des choses passionnantes à nous apprendre. J’avais écouté une première fois dans place de la toile ce grand savant. Dans cette conversation, il explique de façon simple et brillante que l’information est au cœur de nos vies et les futurs enjeux de cette science. Après vous aurez envie d’aller plus loin en écoutant ses conférences au collège de France. Pour des liens, vers les langages synchrones comme Esterel, c’est ici. Si vous préférez vous intéresser à ses fonctions de régent de déformation au collège de Pataphysique, voici le texte sur les poids et mesures, franchement brillant. Quand j’écoute des mathématiciens, je regrette profondément de ne pas avoir été plus sérieux au lycée. J’aurai aimé qu’on m’explique l’importance de cette science pour comprendre de façon formelle la complexité du monde. Gérard Berry donne envie d’apprendre, de fouiner, de transmettre aussi. La science est une véritable aventure. Son discours sur l’importance de la science dite fondamentale, lancé l’air de rien est une vraie bombe contre la politique actuelle. Dans les projets de recherche, nous ne devons plus poser des questions fondamentales (pas de gros mots) pour l’avancée de notre discipline, mais anticiper les réponses que nous aurons après avoir fait les expériences. Ceci nie totalement l’approche scientifique, si je connais le résultat à quoi ça sert que je fasse la manip? Mais dans le même temps si vous voulez refaire une étude qui a déjà été publiée car vous pensez qu’elle était moyenne ou étrange dans ses résultats, vous aurez beaucoup de mal à convaincre un bailleur de fond de l’importance de la réplication indépendante. Nous sommes dans un système qui veut du scoop, prévisible, sans réplication, la négation de la science. Ainsi, on arrive à l’aventure des STAP cells, cas d’école, montrant les extrêmes limites du système. Quand on entend comment Nicolas Martin maltraite, souvent, la science sur France Culture tous les matins, mon optimisme débordant est freiné.

Pour prolonger la discussion, vous devez lire la fantastique note de blog de Carnet Zilsel sur le dernier canular/imposture dont a été victime une revue de sociologie française. Je l’ai découvert grâce à Baptiste Coulomb, dans sa note vous retrouverez d’autres exemples classiques de canulars (Proust, Perec, François George, Sokal, et les autres). Ce qui est inquiétant, c’est que j’en ai déjà lu une bonne moitié. La note est, pour moi qui ne connait rien à la sociologie, ni ne connait Maffesoli, passionnante. Elle rejoint et illustre magnifiquement les limites du système scientifique actuel. Il est impressionnant de voir comment dans des champs très éloignés sur des continents différents, il y a une convergence dans la production d’une pseudo-science. Je pense alors au guide de survie contre les médecines alternatives qui s’adapterait assez bien à la sociologie maffesolienne, si j’ai tout compris.

Sinon la semaine prochaine, le 12 mars 2015, c’est World Kidney Day. La campagne (« kidney health for all) de cette année s’articule autour d’un thème « Drink a glass of water« . Sur la page, vous découvrirez tout les outils de notre formidable post-modernité, les hashtags (#glassofwater , en français #verredeau), la page Facebook, et le concours de selfies. Comme si boire un verre d’eau pouvait prévenir les maladies rénales chroniques, j’ai déjà parlé de ça. Le rationnel supportant cette assertion est tellement faible que je me demande comment ceci peut être mis en avant. Je vais jusqu’en bas de la page et merveille, je découvre la réponse.

WKD_danoneJe suis convaincu que Danone est prêt à distribuer gratuitement plein de petites bouteilles à l’humanité souffrante dans sa lutte altruiste contre les méchants fabricants de sodas. Amusant non? Pour ceux que ça intéresse, une vision critique de l’article qui soutient la pensée hydrophile. Il est important de faire connaitre les maladies rénales chroniques. Est ce une bonne idée de le faire ainsi? J’en suis peu convaincu.

Je soutiens quand même le World Kidney Day 2015 mais buvez à votre soif sans plus.

Le dessin vient de chez Mrzyk et Moriceau.

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Une réponse à Pour un dimanche

  1. ucelli dit :

    Ah , bravo !
    quand je vous lis:  » nous ne devons plus poser des questions fondamentales …. mais anticiper les réponses que nous aurons après avoir fait les expériences. Ceci nie totalement l’approche scientifique,….. si vous voulez refaire une étude qui a déjà été publiée car vous pensez qu’elle était moyenne ou étrange dans ses résultats, vous aurez beaucoup de mal à convaincre un bailleur de fond de l’importance de la réplication indépendante. Nous sommes dans un système qui veut du scoop, prévisible, sans réplication, la négation de la science »

    On ne peut que se féliciter de voir cette vision relayée.

    Vous êtes mur pour lire le bouquin terrible de Penston : Stats.con
    Titre jeux de mot, au lieu de Stats.com. Con = arnaque
    Après c’est la corde. (Allégoriquement bien sûr)
    Il va un peu loin le Penston.

    La lecture des papiers est trop souvent un exercice de déminage, de détricotage du « spin » et des enthousiames mal placés. Yenamare.

    Les gens un brin sérieux ont lu force articles de méthodologistes fustigeant en gros
    – l’utilisation quasi exclusive d’odds ratios (sans dire les valeurs qui ont un sens en pratique)
    – ou des risques relatifs toujours mirobolants , en évitant soigneusement les écarts de risque « delavraievie » i.e. de risque absolu,
    – de méthodes statistiques si possible imbittables (pardon).

    Tout cela avec l’évitement maladif de l’expression de résultats souvent pitoyables ou absents avec des instruments qui en exposeraient cruellement la misère comme par exemple
    – le NNT (number needed to treat: nombre de patients qu’il faut traiter pour eviter un décès ou tout autre critère de jugement, ah comme vous disiez l’autre jour, la concision merveilleuse de l’anglais) ou son énantiomère, le NNH (number needed to harm, nombre …. pour léser) ,
    – les différences toutes simples de risque absolu.

    Tout ne peut s’y résoudre mais tout de même que d’astiquage de chromes et de poudre aux yeux !

    Quant au sponsors pousse-à-l’eau … ils ont gagné. Il suffit de voir tous ces gens, une bouteille à la main, sur le bureau , comme s’ils arpentaient l’Atacama. Peur de tomber en lyophilisat, terrorisés. Psîîîîtttt ! Y’a plus rien !

    Un commentaire en partie critique de Penston
    http://www.u.arizona.edu/~shahar/commentaries/Int%20J%20Pers%20Cent%20Med%20published.pdf

    Un survol du Stats.con.
    http://www.jpands.org/vol16no2/bookreviews.pdf

    http://www.amazon.fr/STATS-Con-Fooled-Statistics-Based-Research-Medicine/dp/1907313338

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