La joie de la correction

Je viens de finir de corriger mes copies de DFGSM3, 349 exactement. J’ai bien occupé mon week end entre ça et l’astreinte. Corriger les copies est un exercice fastidieux mais plein d’enseignements. Je vois là où j’ai réussi à faire passer un message, ils savent tous qu’une colique néphrétique fébrile est une urgence, là où j’ai failli. J’apprends de ce travail.

L’année dernière, je soulignais ma difficulté à comprendre comment les étudiants pouvaient faire confiance à leurs petits camarades du ronéo. Sur 350 étudiants, il y a en présentiel entre 30 et 50 carabins, toujours les mêmes et un intrus qui prend le cours pour les autres. On le reconnait facilement, tout seul dans son coin, avec son téléphone pour enregistrer le cours, parfois, et demandant systématiquement le support de cours en fin. Il vient une fois de temps en temps prendre des notes en ce lieu mystérieux qu’est la faculté de médecine. Il n’a probablement plus trop l’habitude, s’il l’a déjà eu un jour, de se concentrer pendant une heure trente à deux heures, d’écouter, de retranscrire, comprendre alors qu’il n’a pas forcément vu le cours d’avant. L’exercice est difficile.

Cette année, j’ai mesuré comment l’erreur peut se propager par ce système. Plus de la moitié des étudiants (entre 150et 200) m’ont parler comme cause principale de  colique néphrétique de la présence d’un caillot dans les voies excrétrices au lieu d’un calcul ou d’une lithiase. Quand vous en avez un qui écrit ça, vous vous dites: « quel nul », quand c’est le dixième, vous trouvez ça bizarre, au centième, vous allez vérifiez que dans votre présentation mise en ligne, il y a bien écrit « lithiase ou calcul » (une dizaine de fois). Ce qui est le cas.Vous comprenez subitement qu’en cours vous avez du dire caillou et qu’il a été entendu caillot, écrit caillot, et transmis caillot. Plus de la moitié d’une promotion aura appris qu’une colique néphrétique est due majoritairement à un caillot et pas à un calcul. La honte.

CNIl y a quelques choses d’un peu déprimant à voir son message déformé, transformé, pour ne pas dire mutilé. Plus de la moitié d’une promotion qui doit passer pas mal de temps sur son smartphone ou son ordinateur sans parler de sa tablette n’est pas capable d’aller au moins regarder la présentation mise en ligne, juste pour vérifier.

Ça ne donne pas vraiment envie de se casser la tête à faire cours, à réactualiser et à se poser des questions sur le contenu de l’enseignement. Il y a une forme de mépris vis à vis de l’enseignant et de la connaissance qui est insupportable ou attristante, je ne sais pas.

klothoQuand j’imagine que j’ai parlé de Klotho dans un cours, pour les ouvrir à autres choses, pour montrer comme le domaine est dynamique, passionnant et plein d’avenir. Je suis à coté de la plaque comme enseignant, pas de doute. Tant pis, j’aimerai toujours les Moires et on ne m’empêchera pas de parler de la fileuse (Clotho). J’ai essayé de ne pas trop faire mon Atropos malgré ma déception, merci à Lachésis.

Il n’y a plus qu’à se consoler avec la belle voix d’Ester Rada.

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13 réponses à La joie de la correction

  1. Gallezot dit :

    Il faut continuer à faire cours, pour le petit groupe de résistants, qui est présent à chaque fois! A mon époque lointaine où les ECN n’existaient pas, ce petit groupe , j’en faisais partie… Je n’ai jamais pu apprendre dans une ronéo, besoin qu’on m’enseigne les choses, qu’on me raconte la médecine … J’ai encore le souvenir auditif de certaines anecdotes. S’il vous plais continuer pour les 15 péquins ! Peut-être revoir une nième fois la sélection en P1 … Il y a beaucoup d’ânes dans les rangs… Tous les profs ne sont pas passionnants non plus…

  2. Cazaubon dit :

    Pour ce genre d’horreur, y’a pas la notion de note éliminatoire ou connerie donnant beaucoup de points négatifs ?

  3. Aucun soucis, avec les qcm ça n’arrivera plus…

  4. Un interne de passage dit :

    Quand je suis passé en P2 (en 2007) j’ai commencé par faire partie des 30 résistants. Puis 1 mois après la rentrée j’ai déserté les amphis tellement les cours ressemblaient à ceux de la P1. Trop de détails inutiles, un manque cruel d’intégration des notions fondamentales pour notre future pratique clinique. Ceci étant illustré par l’examen de biochimie de fin d’année : dessinez les étapes de la stéroïdogénèse. Il fallait faire une dizaine de schémas de molécules à un examen de P2… Et on pouvait réussir sans savoir à quoi servait cette voie métabolique. Toujours cette arrière goût de P1 où l’on nous demande de décrire mais pas de comprendre.
    En D1 ce fut la même déception, jusqu’à la D2 où la découverte de la « vraie vie » en stage et des cours cette fois pragmatiques sous formes d’ED en petits groupes m’ont fait revivre.
    Il n’est donc pas toujours question de mépris de la part des étudiants pour leurs enseignants ; pour ma part j’aurai appris dans les bouquins pendant ces deux années, car l’enseignement lui-même était bien souvent ridicule, mis à part celui de quelques orateurs exceptionnels, trop rares malheureusement.
    Dur dur que d’enseigner la médecine…

  5. biolaine dit :

    Pourquoi ne pas travailler et ré-actualiser le cours avec le partenariat des étudiants justement ?
    Cela vous permettrait
    – de ne pas voir votre message déformé
    – d’être sur que les connaissances seront apprises correctement
    – d’avoir des retours sur votre cours (par le ou les étudiants qui prennent la ronéo), par exemple en prenant un peu de temps pour discuter avec le groupe d’étudiants qui s’occupe de la néphro.
    – un gain de temps par rapport à si vous aviez à écrire ce poly de cours vous-même
    – de proposer un support de cours bien plus complet et pratique qu’une présentation ppt, qui comme son nom l’indique n’est pas un support d’apprentissage mais bien un support de présentation.

    Une fois que ce polycopié validé par vos soins et réactualisé chaque année est réalisé, pourquoi s’embêter à faire un cours magistral ?
    Proposez une séance de question/réponses, de cas cliniques, de travail en groupe, de LCA… Dont les étudiants seront plus friands et qui leur sera encore plus utile !

    • PUautomne dit :

      Je ne demande que ça de travailler avec les étudiants, il suffit juste qu’il me contacte. Je suis à leurs dispositions.
      Je ne demande que ça de ne plus faire de cours magistral. Le question réponse à 300 j’ai du mal à y croire. Les cas cliniques pour en avoir fait un paquet, je suis pas bien plus convaincu.
      Je pense que le cours magistral tant décrié reviendra un jour à la mode. Il suffit de voir ce qui s’est passé avec les QCM. Ce n’est que ma pauvre opinion de vieux ringard. Quand je vois le succès des MOOC, je me dis que le cours magistral à un bel avenir. Je crois au travail régulier du sujet à la remise en question sur le cours pour l’adapter le travailler. Je donne plein de références, en anglais, car c’est important de travailler son anglais pour un étudiant en médecine.

      • biolaine dit :

        C’est vrai que dans ma fac ce genre de choses c’est fait grâce à une impulsion des étudiants mais pourquoi cela ne viendrait-il pas d’un enseignant ?

        Pour les questions-réponses à 300, une solution très pratique : les app type « mQlicker » qui permettent de faire du télévoting en direct avec n’importe quel appareil connecté. (je tiens à préciser que je n’ai pas de conflit d’intérêt avec mQlicker ^^) j’ai vu ce système utilisé de nombreuses fois dans des promos différentes et c’est à la fois très simple et très pratique pour gérer un enseignement interactif avec un grand groupe.

        Pour moi le succès des MOOC ne montre pas que le cours magistral a un bel avenir, mais qu’au contraire c’est le cours dématérialisé qui en a un ! Ce qui est aussi mis en évidence par le fait aussi que les étudiants sont assez peu motivés pour aller en amphi…
        Mais ce n’est que mon opinion naïve de jeune externe qui en a ras-le-bol de manger des bouquins ^^

        Je trouve votre blog très utile et suis largement prête à discuter et débattre de pédagogie 🙂 N’hésitez pas à me contacter par email

        • PUautomne dit :

          Le désir des étudiants est important. Les étudiants trouvent toujours qu’on impose du haut vers le bas et s’en plaignent. J’aimerai bien qu’on vienne me voir en me proposant des bidules pédagogiques rigolos à mettre en œuvre en collaboration et pas en attendant que ça tombe direct tout cru.
          Le cours magistral dématérialisé reste un cours magistral. Ce qui n’est plus supporté c’est le fait qu’on impose un moment et un lieu.
          J’aime bien lire et j’adore dévorer du bouquins. Je regrette de ne pas avoir assez de temps pour le faire.

  6. Titinettecendrée dit :

    L’apprentissage par problèmes, ça marche bien: leur donner quelques références à consulter avant le cours, prévoir des cas concrets, des exercices, des questions pour mobiliser le contenu des références, voire élargir un peu… en leur expliquant qu’il faut aussi qu’ils aillent chercher eux même les infos, leur filer des exercices à faire à la maison, et faire une interro notée à chaque cours: ça les oblige à bosser régulièrement et à se poser des questions, ils viennent en cours, se bougent donc pour venir, garder un rythme. Le coup du caillot… c’est effrayant… Mais ce n’est pas ta faute: ce sont de vrais petits moutons ! Surtout fais leur un retour musclé sur ce problème ! C’est grave, ils vont se ridiculiser s’ils apprennent de manière aussi négligente ! En tous cas, je ne me generais pas pour leur remonter les bretelles là dessus !

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  8. GUERRINI dit :

    Je faisais partie des irréductibles qui étaient toujours en cours,
    Vous êtes un excellent professeur ! Quand on sort de votre cours on a tout compris et on a qu’une envie aller chercher encore plus loin et approfondir.
    Je n’aurai manqué vos cours pour rien au monde !
    Vous faites naître des vocations, depuis vos cours je suis passionnée de néphrologie
    Pitié ne vous découragez pas il y a encore tellement de carabins qui vont être passionés par vos cours !

    PS : certains d’entre nous auraient bien aimé avoir la correction du cas clinique de l’examen !

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