On a pas d’argent mais on fait des conférences

Lancement d’un grand barnum médiatico-sanitaire avec le comité de pilotage de la Grande (grande avec une majuscule, j’aurai trouvé grosse plus ambitieux) conférence de santé. Je n’arrive pas à comprendre à quoi elle va servir, ni comment le processus se mettra en place. Il y aura des auditions, où seront entendus toujours  les mêmes acteurs/experts/personnalités qualifiées. Il y aura un rapport, qui finira comme tous les rapports sur une étagère du ministère de l’éducation où il prendra gentiment la poussière. Il y aura une jolie Grande conférence en janvier,  plein de mots seront dits, les idées volèteront dans la salle comme des papillons et comme eux leur espérance de vie sera brève. Des ministres viendront dire tout le bien qu’ils pensent de ces travaux, si importants, pour le futur de la santé, si importante, des français.

Certains auront avancé leur pions carriéristes, d’autres auront eu leur bâton de maréchal.

L’ambition de cette Grande conférence de santé est vaste, revoir toute la formation et la carrière des médecins. Manifestement, les soignants français ne soignent plus correctement. Il faut revoir leur formation. Manifestement, les français veulent une nouvelle médecine. Il faut inventer des nouveaux métiers. Manifestement, les carrières ne sont pas satisfaisantes. Il faut… donner plus d’argent et tout ira bien. Comme la ressource est limitée, nous savons que le versant carrière ne sera que des propositions creuses.

Concernant la formation initiale, le système actuel sera pointé du doigt. Pas assez ci, pas assez là, trop de ci, trop de là. Le système n’est probablement pas parfait, mais je crois qu’il forme encore des médecins compétents. J’ai un conflit d’intérêt, j’y participe et j’aime ça. J’imagine que nous auront droit aux marronniers classiques. Le scandale du PACES, faisons disparaitre le numerus clausus et nous verrons disparaitre les désert médicaux et le gâchis insupportable de la première année. L’hospitalocentrisme de la formation, vidons les hôpitaux des étudiants et tout ira bien. MOOC et simulation formeront de façon moderne et efficiente des étudiants qui ne veulent surtout plus sortir de chez eux et aller au monde. Le drame de la vie d’internes, forme moderne de l’esclavage, entre le petit pakistanais qui fait de briques à 6 ans et les ouvriers sur les chantiers du mondial Qatari, nous retrouvons les internes en médecine. Là aussi enlevons ces pauvres étudiants aux fouets des méchants hospitalo-universitaires, ces maitres de forges modernes, et tout sera réglé. Je fais confiance à quelques membres du COPIL de la Big conference of Health, je ne comprends pas pourquoi le nom n’est pas en anglais, tellement plus moderne, pour faire passer ces messages. Questions complexes et douloureuses, nous aurons des réponses simples et surtout indolores.

Pour le reste, je ne sais pas. Il a déjà été proposé une réflexion sur les nouveaux métiers de la santé, sans que rien ne bouge beaucoup. Pour les parcours professionnels et les modes d’exercices, je reconnais une totale incompétence.

J’aime la France, ces grèves, ces agences gouvernementales multiples et variées, ses Grandes conférences, ses gros rapports et son centralisme.

la formation initiale et continue des professionnels de santé ;les métiers et compétences ;et les parcours professionnels et les modes d’exercice

Source : Lancement du comité de pilotage de la Grande conférence de la santé – Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

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Une réponse à On a pas d’argent mais on fait des conférences

  1. dsl dit :

    Bien d’accord avec le ton.
    S’il fallait un mot d’ordre pour le changement, je dirais supprimer les barrières !
    Les barrières entre l’hôpital et la ville, entre les spécialistes et les généralistes, entre la ville et la campagne, entre le secteur 2 et le secteur 1, entre la médecine et les autres disciplines scientifiques, entre la médecine et les laboratoires pharmaceutiques, entre le public et le privé…
    Que chacun puisse passer de l’un à l’autre (avec des règles évidemment) de manière à pouvoir s’enrichir des différents savoir et enrichir l’ensemble du système.

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