Lectures de vacances

J’aime lire, les vacances sont un bon moment, plus de calme, moins de préoccupations. Cette année, je n’ai pas énormément lu, trop occupé au plaisir du voyage en famille. J’étais parti avec 5 livres.

J’ai commencé par Kafka. L’année dernière à la même période, j’avais lu le Procès et j’avais été bouleversé. Je voulais faire un note qui n’est resté qu’à l’état d’ébauche, comme beaucoup de choses, dans ma tête. Je suis parti avec un recueil de nouvelles dont le titre est « Dans la colonie pénitentiaire et autres nouvelles ».

Il contient la majorité des textes publiés du vivant de l’auteur. J’ai déjà lu ces courts textes, il y a une vingtaine d’année. Je les relis avec plus de plaisir, la patine du temps m’a amélioré comme lecteur. Relire après une longue période est agréable, je connais, mais je découvre des détails ou des évidences car j’ai changé, évolué. La garce de vie nous a joué tant de tours que je suis un peu moins prétentieux, plus ouvert. Ces nouvelles sont géniales. Elles sont terribles et si justes sur la folie humaine. Kafka est un écrivain de grand talent. En quelques lignes, vous voyez la machine et le lieu désertique qui l’accueille, vous êtes le médecin couché auprès de la plaie béante de son patient, vous êtes dans le désert avec les chacals. Chacun lit dans Kafka ce qu’il veut,ceci est du au génie de ce terrible praguois. Je suis convaincu que tout médecin devrait avoir lu Kafka, tant il en dit sur notre pratique, sur la perception des autres et sur la psychologie humaine. Je relis toujours avec plaisir et bonheur « le verdict » ou « un médecin de campagne », je vous les conseille.

Passage à un tout autre genre, de la science fiction, du space opéra, l’éveil du Léviathan (the expanse 1) par James SA Corey, premier volume de la série the expanse.

Il s’agit de SF moderne avec une position très critique du modèle libéral et du lobby techno-scientifique, le tout dans un mélange de space opéra assez conventionnel avec combat de vaisseau, de vie extraterrestre type Alien touillé avec une bonne dose de personnage de polar assez classique. Le gloubiboulga pourrait paraitre indigeste, la pièce montée fonctionne très bien. Les héros sont attachants, l’intrigue se tient et l’écriture est agréable. La fin permet de boucler le tome sans suspens inutile mais donne très envie de lire la suite. Il s’agit d’une réussite.

Le troisième livre est un classique de la littérature cubaine, « Contrebande » d’Enrique Serpa.

Un roman étrange et fascinant, aussi fascinant que le héros auquel le narrateur aimerait tant ressembler, le requin, à moins que le vrai héros soit la mer, peut être l’humanité, en tout cas c’est un roman peu banal. Il montre la misère cubaine, déjà, l’écrasement par l’ogre américain, qui feront le lit de la révolution. Et puis il y a le narrateur, anti héros, désagréable dans ces atermoiements permanents, jamais sympathique mais que l’on suit, car nous lui ressemblons tous. Il est très humain, il est l’illustration de nos petites lâchetés, nos faiblesses, nos hontes, nos désirs, notre incapacité à être à la hauteur de nos rêves ou de nos espoirs. Toujours près à faillir, soutenu par l’image héroïque est romanesque du requin, comme si nous avions toujours besoin de littérature pour avancer un pas de plus. Roman violent, roman naturaliste, l’auteur a un rare talent de la description. La nature, la mer, les hommes sont en majesté même les plus sales, les plus humbles, les plus répugnants, la littérature les parent d’une beauté étonnante, dans un écrin de ciel et de mer qui donne envie de partir sur la Buena Ventura chargée de mauvais rhum pour une Amérique encore au régime sec. Beau roman.

Retour à la science fiction, ici plutôt tendance Dark, un huis clos dans un espace qui est le monde, « Silo » de Hugh Howey.

J’aime ces auteurs qui font mourir le héros auquel on commence à s’attacher à la page 53 sur 640. Il a en plus le bon gout, contrairement à l’auteur du trône de fer, de ne pas trop répéter l’exercice. Les gens meurent, d’autres survivent. Il dessine en un monde très cohérent, fort, très angoissant, encore de la critique sociale de notre monde. La place du DIT est assez proche de celle qu’on imagine dans les théories complotistes pour les gafa ou les puissances occultes de la finance. Les méchants sont très méchants, les gentils, très gentils, et puis ça se brouille, ça devient moins net, l’image se trouble, plus de subtilité émerge. Les raisons se dévoilent, on se surprend à comprendre le très méchant, à douter de la gentille héroïne. Le paysage se grise, rien n’est simple. L’auteur a du talent, beaucoup de talent. La narration est de qualité, bien qu’il ne maitrise pas toujours bien la temporalité. Ce n’est que le premier tome de la trilogie comme pour the expanse. Les livres pas encore achetés s’accumulent, je suis inquiet pour mes nuits.

Enfin, j’ai fini dans une étrange boucle avec encore un auteur praguois, Jana Cerná et « Son pas dans le cul, aujourd’hui ».

Il s’agit d’une longue lettre d’amour. Amour intellectuel, charnel, physique, certains parleront de pornographie, je ne crois pas, elle est crue car elle aime cet homme. L’amour, c’est aussi ça, osez dire ce que l’on désire car j’ai confiance, une confiance aveuglement lucide en l’autre. Le texte est superbe portée par un désir intense. Il est très émouvant et excitant. Le courage qu’il faut pour écrire ça à un homme dans le contexte historique de l’époque. Jana Cerna a une liberté, un refus de la convention, une puissance érotique, qui aujourd’hui en nos temps de dictature molle de la masse font du bien. Il faut la lire d’un trait. Vous soutiendrez, en plus, un chouette éditeur. J’avais commencé avec un tchèque écrivant allemand, je finis avec une tchèque écrivant en tchèque. Elle est la fille d’une certaine Milena qui a reçu, elle aussi, des lettres troublantes d’un prénommé Franz.

Elles étaient vraiment bien ces vacances.

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