A toi, ami cardiologue

Merci de t’occuper de la pression artérielle de ce patient transplanté. Tu dois trouver que je suis très mauvais et tu as voulu marqué les esprits par une prescription qui ferait s’effondrer la tension. Démontrant au monde que la pression artérielle est une histoire de cardiologues et de personne d’autre. Il avait une molécule qui n’était pas à plein dose, j’aurai bien augmenté la posologie pour commencer. Non, il fallait une rupture dans la thérapeutique, montrer qui était le maitre de la tension artérielle. Tu as fait le choix d’un inhibiteur calcique. Pourquoi pas? Il avait déjà eu des œdèmes avec de l’amlodipine, soit, admettons, retentons la dihydropyridine, mais pourquoi choisir chez ce patient qui prend de la ciclosporine, la nicardipine ? Pourquoi ne pas regarder dans le Vidal les risques d’interactions ?

Nicardipine_interactionBon tu as prescris pourquoi pas, mais pourquoi ne pas avoir surveillé sa créatinine et son taux de ciclosporine? Juste pour adapter la posologie. Un truc de néphrologue, pas digne d’un cardiologue que de demander une créatininémie et une ciclospororinémie? Peut être est ce juste un oubli. Moi aussi j’oublie plein de choses quand je prescris des médicaments, mais j’essaye de surveiller les interactions avec les molécules que je connais mal. Je n’y arrive pas toujours. Comme tout le monde je fais des erreurs. On apprend beaucoup de ces dernières.

Ce matin, il vient à la consultation avec une tension médiocrement équilibrée malgré le glorieux Loxen. Le problème vient probablement de son surdosage en ciclosporine, le taux a presque doublé et  la créatinine sanguine a pris 100 µmol/l. Je te remercie. Grâce à toi, je n’ai pas eu à réfléchir sur la cause de l’insuffisance rénale aiguë de ce patient. J’ai eu quelques minutes de repos cérébral.

J’ai arrêté la nicardipine. J’espère que tu ne m’en voudras pas trop. Je déteste arrêter les prescriptions des autres. Je déteste interagir dans la relation thérapeutique nouée entre le patient et son médecin. J’espère que tu ne m’en voudra pas trop. Il reviendra dans quelques jours pour vérifier que la créatinine retrouve ses valeurs habituelles et qu’il ne s’agissait que d’une interaction médicamenteuse.

Le rein est une grande victime de la iatrogénie. Nous ne le répéterons jamais assez, devant toute poussée d’insuffisance rénale aigue, toujours rechercher la prise médicamenteuse.

Ce contenu a été publié dans Médecine humeur, Néphrologie, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à A toi, ami cardiologue

  1. NoTill dit :

    Bonjour.
    Je suis souvent surpris de la propension de mes confrères cardiologues à changer de molécule avant d’avoir atteint la pleine dose, souvent dans la même classe thérapeutique d’ailleurs.
    Je suis un jeune médecin, sans doute devrais-je simplement poser la question à mes correspondants et qu’ils ont une bonne raison…
    Si Grange Blanche a une réponse standard à cette question, je suis preneur (même si je me doute bien que de nombreux facteurs rentrent en ligne de compte dans ces décisions)…

  2. dsl dit :

    Oui, tout le monde fait des erreurs, ce que je trouve dommage, c’est le ton condescendant et méprisant que peuvent prendre des confrères pour le signaler. Essayons d’être plus confraternel, cela sera peut être plus efficace pour changer les comportements.
    Le médecin généraliste devrait être au coeur du dispositif de décision et d’expertise du patient car il est souvent le seul à connaître dans le détail et avec exhaustivité l’historique, les antécédents, le contexte socio économique du patient.
    Malheureusement, cette expertise n’est pas mise en avant ni reconnue à sa juste valeur au détriment de la santé des patients.

Laisser un commentaire