Après le McDrive, le DocDrive

Je vous conseille la lecture de ce cours et excellent article de JAMA Neurology (01714639-900000000-99394) sur la McDonalisation de la médecine. L’auteur reprend les quatre clefs de la « réussite » des fast-foods et analyse leurs applications à la médecine.

  1. Efficience
  2. Calculabilité
  3. Standardisation
  4. Contrôle

mcdonalisationLe tableau pose bien les problèmes. Le constat est terriblement juste. La quête infinie d’efficience fait qu’on devient inefficace. L’exemple du McDrive est bon. On ne sort plus de sa voiture pour aller plus vite mais comme tout le monde fait pareil la queue s’allonge et on perd plus de temps qu’on en gagne. A vouloir tout mesurer, on mesure n’importe quoi. A la fin, tout le monde se fout de l’objectif, soigner des personnes, la structure ne veut plus que bien remplir le critère X ou Y. Pour la prédictabilité, on rencontre l’injonction paradoxale la plus amusante de la médecine moderne. Nous voulons un soin standardisé mais personnalisé. Remplir cette mission promet d’être plus difficile que ce que nos dirigeants l’imaginent. Enfin le contrôle, de préférence par des technologies non humaines, il suffit de mettre un ordinateur pour que tout devienne parfait alors que rien n’a changé. L’exemple est celui de la signature horodaté de la prescription de tout et n’importe quoi. Il est très difficile d’obtenir un résultat parfait sur ce critère de « qualité » avec des êtres humains dans une structure de soins qui s’agite un peu. Mettez une prescription informatisée qui horodate automatiquement et en théorie trace le signataire, votre critère de qualité est rempli à 100% sans aucune certitude qu’il améliore l’efficience ou la standardisation du soin.

Le constat amusant est qu’au lieu de revenir à de l’humain, il y a une escalade sans fin vers plus de procédures, plus d’uniformisations, moins d’adaptation à l’individu souffrant. A la fin un interne passe 40% de son temps devant un ordinateur et 12% avec le patient. Je ne suis pas sur que les personnes que nous soignons attendent ça. Ce n’est pas très grave, l’efficience mesurable prédictible et contrôlée est satisfaite. Cette quête d’une égalité fantasmée entrainera une médecine à deux vitesse, le McDoc d’un coté et de l’autre une médecine à l’écoute de la personne en souffrance plutôt qu’à celle de la bureaucratie.

Je suis pour l’efficience, la mesure, la standardisation et le contrôle. Il faut s’assurer de l’application des bonnes pratiques, il faut mesurer les résultats de nos pratiques, il faut écrire des protocoles qui ne sont que des guides de nos pratiques, pas des bibles ou des corans, il faut contrôler nos pratiques, pas uniquement que toutes les cases du dossier informatisé soit bien cochées. Je suis pour une efficience, une mesure, une standardisation, un contrôle qui tiennent compte du fait que je soigne des individus uniques avec leur complexité, leur différence, leur difficulté, leur contrainte.

Nous devons lutter contre la McDonalisation de la médecine, non pas en refusant en bloc l’évaluation, mais en nous en emparant pour remettre du vivant et de la complexité dans la mesure.

En prime une petite vidéo sur l’axe des Y, qui est un bel exemple que refuser de penser est une maladie grave. L’exemple sur la température des patients est juste parfait.

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2 réponses à Après le McDrive, le DocDrive

  1. xrsy dit :

    Bonjour, merci pour votre blog, que je suis depuis maintenant 4 ans (en fait je suivais ses prédécesseurs ), je ne me décide à écrire mon premier commentaire que maintenant, timidité oblige.

    D’où tenez-vous ces pourcentages de temps devant le patient et devant l’ordinateur, remplacant de la feuille de papier dans les services? C’est un sentiment que je partage, arrivé a la fin de mon cursus d’interne… il faudrait que je m’amuse à chronométrer un jour sur une journée/semaine le temps passé devant l’ordinateur, au téléphone, a expliquer au patient/famille, a examiner les patients. Je ne le fait jamais de crainte du résultat.

    Xavier

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