Thé vert et rein

Le thé est une boisson largement consommé dans le monde. Camellia sinensis est riche en de multiples composés chimiques. Il est paré de nombreuses vertus en particulier dans sa version verte, dans un monde obsédé par le green washing rien d’étonnant. Cette panacée, si elle est consommée excessivement, peut causer quelques problèmes en particulier au niveau rénal du fait de sa richesse en oxalate. Vous en avez un exemple ici.Afficher l'image d'origine

Les effets de la consommation de thé vert sur des transporteurs au niveau du tubule rénal viennent d’être montrés. Il s’agit d’un travail expérimental. Les auteurs ont rendu des rats insuffisants rénaux (modèle adénine, 28 animaux) et leur ont fait consommer du thé vert à différentes doses (je n’ai pas saisi comment ils dosent. La préparation de l’infusion: 2 à 4 g de thé pour 50 ml d’eau infusé 30 minutes à 98-100°, ils n’aiment pas le thé je suis d’accord). La consommation du thé vert à la plus forte concentration s’accompagne d’une dégradation plus rapide de la fonction rénale et d’une accumulation de toxines urémiques comme l’indoxyl sulfate. Cette toxine est connue pour avoir des effets cardiovasculaires délétères. Ces animaux buvant du thé accumulent des toxines quand ils boivent du thé. Les catéchines contenus dans le thé seraient responsable de l’effet. Certains de ces composés inhibent les transporteurs de l’indoxyl sulfate dans le tubule proximal rénal, OAT1 et OAT3. Les auteurs de l’article montrent in vitro que le thé vert inhibe ces transporteurs au même niveau que le probenecide, l’inhibiteur de référence. Cet effet inhibiteur pourrait être bénéfique pour le rein en bloquant l’entrée des toxines dans le tubule rénale comme suggéré par ce travail. L’effet observé sur la fonction rénale pourrait être juste hémodynamique. Par contre l’accumulation de toxines pourrait favoriser les phénomènes de thrombose.

Vous me diriez, tu es bien gentil volatile coloré, mais en dehors du néphrologues toxinophiles qui ceci intéresse? Je jaboterai que les OAT ne transportent pas que mes chères toxines urémiques mais aussi de nombreuses molécules. Le probenecide, un uricosurique bien connu, agit en inhibant ces transporteurs. Les OAT sont sur la membranes basolatérales et assurent le transporteur des anions organiques en échange le plus souvent du cétoglutarate. Parmi les anions organiques que vous utilisez en pratique clinique quotidienne, il y a les diurétiques de l’anse et les thiazidiques. Ces diurétiques sont sécrétés par le tubule proximal pour atteindre leur cible au pole apical de l’anse de Henlé ou du tubule distal. Si vous bloquez les OAT1 et 3 vous diminuez l’efficacité du furosémide par exemple. D’un coup vous commencez à être intéressé. Ces OAT transportent bien d’autres médicaments une liste non exhaustive est présentée dans la figure suivante. Pour aller plus loin, je vous conseille la lecture de l’article d’où elle est tirée. Le thé vert pourrait ainsi modifier la pharmacocinétique de nombreux médicaments. Il serait très intéressant d’explorer chez l’homme la pharmacocinétique de certaines molécules lors de la prise de thé.

OAT1_3

Mon honnêteté intellectuelle m’oblige à vous parler d’un article découvert après une recherche intense dans une obscure revue. Une équipe indienne a fait consommer à des rats, des extraits de thé vert (100 g de thé infusé dans un litre d’eau à 70° pendant 10 minutes, il est rare qu’on utilise autant de thé…) et en  même temps de l’hydrochlorothiazide (10 mg/kg, ce qui est une posologie énorme, chez l’homme on donne une dose fixe de 25 mg/jour sans tenir compte du poids). L’hydrochlorothiazide est bien un diurétique, le thé vert à une action diurétique aussi et la prise concommitante augmente l’effet du thiazidique allant totalement à l’encontre d’une interaction sur les OAT 1 et 3 du thé vert, ou alors on nous a toujours menti et le thazidique passe par une autre voie. Le thé a un effet diurétique dont il faut peut être tenir compte. Notons que les auteurs n’ont pas regardé si il y avait des catéchines dans leurs extraits. Comment réunir les deux articles, je trouve que le premier est de meilleure qualité scientifique. La préparation du thé est différente, température, temps d’infusion pouvant expliquer les différences de niveau de métabolites actif.

Ces deux articles montrent que le thé n’est pas un produit neutre. Il serait intéressant d’avoir plus de données sur les interactions thé-médicaments, les diurétiques seraient une belle piste de travail initial.

Ces articles rappellent que les fonctions d’élimination du rein ne passent pas que par la filtration glomérulaire mais aussi par la sécrétion tubulaire. Une équipe américaine vient de le découvrir et nous propose l’évaluation de l’excrétion de certaines toxines urémiques pour mieux stratifier le risque de mortalité ou de dégradation de la fonction rénale indépendamment de l’estimation du débit de filtration glomérulaire. Je suis convaincu que le message du papier est important et vrai. J’ai un biais je travaille sur certaines de ces toxines. Par contre je ne suis pas convaincu par les données. Je suis épaté qu’ils aient réussi à le faire passer dans JASN. Je ferai une note à part pour parler de cet article, tant il y a à dire.

En attendant, je vais finir mon thé.

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2 réponses à Thé vert et rein

  1. topolou66 dit :

    bonsoir stéphane, je suis une buse en néphro , bien que vous lisant religieusement : je ne comprends pas cette partie :
     » Cet effet inhibiteur pourrait être bénéfique pour le rein en bloquant l’entrée des toxines dans le tubule rénale comme suggéré par ce travail.  » donc :
    la dégradation rénale serait d’origine hémodynamique et les toxines  » restent » dans le sang… ?

    • PUautomne dit :

      J’ai pas été très clair je pense.
      Il a été montré que les toxines comme l’indoxyl sulfate sont néphrotoxiques en rentrant dans la cellule tubulaire proximale. Si on bloque l’entrée normalement i ne devrait plus y avoir de toxicité tubulaire. En émpéchant leur entrée on entraine une accumulation dans l’organisme. Elle ne rentre pas en particulier dans la cellule endothéliale par les OAT. Leur accumulation peut entrainer une toxicité cardiovasculaire.
      Les auteurs rapportent une dégradation de la fonction rénale. On ne peut l’expliquer par la toxicité tubulaire car il n’y en n’a plus. Pour expliquer la dégradation surtout sur des périodes aussi courtes, il ne restent que l’insuffisance rénale fonctionnelle, d’autant plus que l’article suivant suggère que le thé pourrait avoir une action diurétique.
      J’espère avoir été plus clair maintenant.

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