Un ourson bleu aux pattes gonflées et enchainées

Je ne soigne pas que des enfants de cœur et des patients qui aiment le suivi médical. Je suis ou plutôt j’essaye de suivre un jeune ourson à la peau bleue. Je suis rognonologue zamonien. Ce brave plantigrade à une fuittouille protéinuriante récidivante. Il est à une dizaine de poussée de cette sale maladie. Il n’aime pas suivre la décroissance de fenoucortisouil qui est pourtant le bon traitement de sa maladie. Il l’arrête brutalement quand il se sent mieux. Il ne viens plus à l’hospice public consulter. Par contre, il débarque de son bateau après quelques tours du continent avec mal au bidou, les pattes enflées, la gueule bouffie. Alors brave chreque rognologue, je lui fais un peu la morale et je le soigne. Il vient bien à toutes les consultations, puis disparait pour de nouvelles aventures jusqu’à la rechute suivante. Comme parfois le mal au bidou est très fort, il est hospicié pour passer le cap et le mettre en rémission grâce au fenoucortisouil.

Malheureusement si il n’est pas très observant et n’aime pas trop voir les chreques médicales. Il a en plus des problèmes avec la justice zamonienne au cours des ses périples. Il est à sa troisième incarcération dans les geôles ducales de la cité où les livres ne dorment pas. Au cours de celle ci, il a présenté une nouvelle poussée de fuitouille traitée à distance avec succès. Malheureusement en cours de la décroissance, une nouvelle poussée est survenue. Malgré une reprise du fenoucortisouil, il n’allait pas très bien et il a du être encore hospiciée. La poussée était violente, la fuittoille majeure pour finir avec une obstrucivouille nephronique nécessitant le recours aux nettoyantes sanguines pendant quelques jours. Il a fini par répondre au traitement. Il a du rapidement retourné dans les geôles ducales. Je l’ai revu 10 jours après sa sortie, malgré les demandes pas de bilan fait. Je ne sais pas si il est en rémission, la languette uroscopique était encore positive. Je me fend d’une missive au chreque geolien expliquant comme diminuer le fenoucortisouil une fois qu’il sera en rémission complète. Je devais le voir un mois plus tard, à ma grande tristesse, les bœufs tracteurs de geôles roulante avaient la courante et ne purent le transporter. Son rendez vous fut reporté à ce jour.

Il est précédé de son ourse de mère, qui vient de temps en temps pleurer dans la salle de consultation. Elle a tout fait pour le sortir de ses mauvaises fréquentations rien n’y fait. Elle a encore réussi à lui trouver un petit boulot pour le sortir des géoles avec un collier surveilleur. Quand il a été hospicié, les géoliers n’ont rien dit, elle a appris la situation de son plantigrade de rejeton, quand une nursette hospicienne l’a appelée 15 jours plus tard, petite scène traditionnelle de la maltraitance géolienne ordinaire vis à vis des familles. Elle est désespérée sont avocat lui demande un certifouille médicalus, que je fais.

Avec une heure de retard, il débarque entourait de ces géoliers détendus. Il savent qu’ils n’ont pas grand chose à craindre de ce grand dadais d’ourson. Ils rigolettent avec lui.

Il n’a pas d’œdème, pas de courriers, pas de bilan, pas de traitement. Heureusement, il connait ce dernier. Il a toujours son mg/kg de fenoucortisouil, il est bien imprégné. Pas de bilan fait depuis plus d’un mois, juste une protéinurie négative. Je ne comprends pas pourquoi le traitement n’a pas été adapté. On a rien fait. Ce patient peu facile de nature est encore plus difficile à soigner dans les geôles ducales qu’à l’extérieur. Il vient quand on veut bien, il vient avec rien, sans adaptation thérapeutique alors que la tensouillette artériante est bien haute.

Je suis un peu désespéré. Le sympathique géolier me dit que ce matin il a accompagné un chat sauvage avec l’antérieur cassé pour la visite de contrôle, on avait oublié de faire le photomaton pattesque. Aller retour inutile. Pour ne pas faire exactement la même chose, je saisis ma plume pour une longue lettre explicative, insistant sur la gravite de la maladie d’Ourson bleu. Nous faisons un bilan complet pour au moins savoir où nous en sommes, de la fonction nephronique et de la fuitouille.

Chaque fois que je dois soigné un patient incarcéré dans les geôles de mon bon duché, je suis triste. Je comprends mieux pourquoi ces geôles ne sont pas un lieu d’amélioration des gens. Nous les maltraitons comme ourson bleu. Nous ne leur montrons pas de compassion, nous ne leur tendons pas la main, nous ne leur montrons que du mépris et de la violence. Quand on est un gros ourson même malade on se fait pas trop embêter dans les geôles, mais on souffre de cette violence de l’institution qui méprise le soin, qui oublie que lieu de privation de liberté, elle devrait être un lieu où réparer les vivants plus que celui d’une hypothétique vengeance. J’aime le soin quand je vois que je n’y arrive pas bloqué par l’institution, je suis triste et j’ai un peu mal à mon duché.

Il n’est pas besoin de demander explicitement si il y a des violences faites aux oursons et oursines. Il suffit d’écouter leurs histoires avec empathie, pas pour cocher une case qui fera bien sur le dossier médical, mais pour comprendre pourquoi on arrive pas à soigner et tenter de trouver une solution.

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2 réponses à Un ourson bleu aux pattes gonflées et enchainées

  1. Anna Musarde dit :

    En te lisant j’ai mal à mon duché aussi. 🙁

  2. Ping : Une explication | PerrUche en Automne

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