Quand E. Coli active AhR dans les PNN

Voici un titre incompréhensible, la traduction: « quand une bactérie fréquemment impliquée dans les cystites active le récepteur à la dioxine dans la cellule constituant le pus après sa destruction ». Il est difficile de savoir si les patients avec une insuffisance rénale chronique font plus d’infections urinaires que les autres. Aucune étude vraiment bien faite ne l’a montré. Il y a une impression comme ça que c’est plus fréquent et un peu plus compliqué de stériliser les urines, mais c’est juste un sentiment sans preuve. Les lignes de défense de l’arbre urinaire contre les bactéries sont multiples. Ce qui est amusant en infectieux, c’est cette bataille permanente entre l’envahisseur et le défenseur.

Un article récent a particulièrement retenu mon attention, les auteurs essayent de comprendre comment les bactéries, ici des E.Coli arrivent à s’implanter dans la paroi vésicale pour s’y multiplier. Une ligne importante de défense contre les infections est l’arrivée des polynucléaires neutrophiles (PNN) sur le site infecté qui vont tenter de limiter la dissémination des germes. Ce groupe montre que les E. Coli pathogènes entrainent une stimulation de l’activité d’IDO1. Cette enzyme va produire des métabolites du tryptophane comme la Kynurénine. La kynurénine a un récepteur, il s’agit d’aryl hydrocarbon receptor (AhR). L’incubation de polynucléaires neutrophiles avec de la kynurénine entraine une inhibition de leurs mouvements. Ils s’étalent, se figent et surtout ne bougent plus, aussi bien in vitro qu’in vivo. La killer experiment du groupe est d’infecter la vessie de souris invalidée pour AhR. Il est observé contrairement aux souris sauvages un infiltrat de polynucléaires important dans la paroi vésicale, confirmant que l’induction de la production de kynurénine et l’activation d’AhR dans les PNN entraine un défaut de migration. La paroi vésicale des souris KO pour AhR n’est pas vraiment normale mais c’est un autre sujet, quoique.

Ce papier est loin de répondre à toutes les questions qu’ils soulèvent ? Comment l’activation d’AhR dans le polynucléaire stoppe ses déplacements ? Est ce que ceci a une relevance chez l’homme? Est ce vrai dans d’autres territoires, en particulier dans le tube digestif, exposé à de nombreuses bactéries produisant des agonistes d’AhR ?

Cet article est le premier à montrer un rôle important d’AhR dans le polynucléaire neutrophile, le changement de forme de ce dernier induit par l’ajout de kynurénine fait penser que si l’activation d’AhR bloque la migration, elle pourrait activer d’autres voies pro-inflammatoires.

Vous allez me demander en quoi ce papier très fondamental attire le néphrologue clinicien que je suis. Les insuffisants rénaux chroniques font beaucoup d’infections. Leurs polynucléaires sont franchement dysfonctionnels. Ils font souvent des infections relativement peu inflammatoires au début. Ils sont des spécialistes de la péritonite asthénique. Je trouve que ce papier irait assez bien avec ce que nous observons chez nos patients suggérant un défaut de migration des PNN vers le site infecté. Nous savons maintenant que les patients insuffisants rénaux baignent littéralement dans des agonistes d’AhR comme la kynurénine, l’indoxyl sulfate ou l’indol acétique acide. L’activation d’AhR par l’accumulation des toxines urémiques dérivées du tryptophane pourrait expliquer le déficit immunitaire complexe observé chez ces patients. Cette piste est particulièrement intéressante et mérite d’être étudiée plus avant.

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