Jazz live

J’ai assisté à un très bon concert de Jazz, david Krakauer et son klezmer madness puis et surtout monthy Alexander et son harlem kingston express. Je n’avais pas envie d’écrire sur le sujet. C’est michel Contat qui m’a stimulé.

Manifestement, il n’a pas aimé, c’est son droit le plus absolu. Je trouve juste un peu court pour un critique de se limiter, pour Krakauer, à dire: « c’est bruyant, j’aime pas et le public est con d’aimer ça ». Un discours un peu plus structuré me semble la moindre des choses, c’est quand même son job. Pour monthy Alexander, il est condescendant. Les gens se régalent, il ne peut pas dire grand chose d’autre. Faire se lever un public de jazz pendant près de deux heures, c’est pas tous les jours.

Il finit en beauté sa chronique par: « Attention les choses sérieuses commence lundi… » Il y avait juste marc Ribot avec Comparoé le samedi, pas grave d’oublier un des meilleurs musiciens de sa génération.

Je crois que c’est ça qui m’énerve, les choses sérieuses. Comme si le jazz était sérieux, comme si il devait être une musique sérieuse. Comme si le mélange des genres de Krakauer et d’Alexander n ‘étaient pas justement les racines de cette musique, comme si le jazz n’était pas la rencontre du rythme africain et de la musique occidentale (sale lieu commun), comme si cette musique n’était pas avant tout une musique de danse, comme si le duke, le count n’avaient pas avant tout fait danser des gens sur des rythmes hallucinants. La quête du mélange, l’absence de toute pureté est à la base, au cœur de cette musique qui est là pour soulager la douleur de la vie.

Je ne comprend pas qu’on boude son plaisir et si on le fait c’est triste. La chronique m’a fait penser à une lecture récente, celle de Hermann Hesse et de son loup des steppes. Ce pauvre loup qui ne pense qu’à l’intelligence, à l’isolement, qui méprise le jazz car c’est une musique bâtarde faite pour le plaisir. Il découvre malheureusement un peu tard que bouger son corps sur des rythmes exotiques apporte du bonheur. La sensualité de la musique de jazz est essentielle, comme sa sauvagerie représentée par la rythmique qui nous envoute et nous emporte.

Le concert de monthy Alexander fut monumental. La rythmique jazz et reggae balaie tout. Le bonheur se lie sur le visage des musiciens nous emmènent et nous donnent envie de communier. Et le public se lève, et le public bouge, et le public crie, et le public s’amuse. Pourquoi faire la fine bouche, pourquoi mépriser ce torrent de joie simple, pourquoi ne pas juste prendre du plaisir, c’est si rare.

La musique sérieuse, parfois, nous emmerde. Le sérieux  est parfois la mort de l’émotion et en musique l’émotion est au centre. Le loup des steppes l’effleure après sa longue initiation, avec réticence. Parfois il ne faut pas intellectualiser, il faut juste sentir le rythme et serrer la femme qu’on aime contre soi et suivre le rythme de la musique, se laisser porter par le désir, par la sensualité de cette musique d’esclave qui rencontre une autre musique d’esclaves. Quelques heures de bonheur nous sont offertes quand certains découvraient la mort de leurs enfants perpétrés par un passionné de la pureté et probablement du sérieux.

Comme je suis un bon élève, j’écoute les prescriptions de la critique de télérama. Je suis allé écouter hier de la musique sérieuse. Je ne parlerai pas de la chanteuse coréenne tant ce fut sans intérêt. Techniquement bien, mais aucune émotion, de la technique au service d’un vide émotionnel, d’un ennui remarquable.

J’étais venu pour wynton Marsalis. J’aime les grandes formations, j’aime son exploration de l’histoire du jazz, parfois trop didactique. Je vous conseille ses leçons de musique, elles sont passées sur Arte c’était passionnant.

Le concert commence, sans surprise, de très bons instrumentistes, une machine efficace qui déroule sa partition. J’aime cette musique, je trouve juste qu’il manque un peu de piment, de folie, de sauvagerie. Et il débarque, sans prévenir, au milieu des jazzmen en costume cravate, un débraillé, chick Coréa. Le pianiste lui céde sa place. Le sauvage débarque et ce qui était un concert de qualité trouve un nouveau souffle. Le niveau pianistique monte d’un cran, il pousse les autres, en particulier la section rythmique qui se surpasse pour ce mettre à l’unisson. C’est un très grand pianiste, pas de doute, terrible pour le jeune homme qui tenait le clavier. Manifestement, Corea ne devait jouer qu’un morceau. Le taulier du piano reprend sa place. Le trublion reste à coté, regarde la partition et après trente secondes reprend les commandes de la machine aux touches noires et blanches. Il déchiffre, comprend l’arrengement et c’est parti. Il improvise, il détourne la musique, il la magnifie et nous avons droit à quelques grands numéros des instrumentistes du Lincoln orchestra. Le jeune pianiste regarde la démonstration du maitre, un très bon moment de musique, pas parfait, pas sérieux, mais tellement dans le sens de cette musique. Coréa qui fait le boeuf avec marsalis, pas mal non? Avec trois morceaux, la soirée fut sauvée.

J’ai bien fait d’écouter Michel Contat.

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9 réponses à Jazz live

  1. nfkb dit :

    Ce genre de comportement journalistique pontifiant est emmerdant.

    Le problème du journalisme c’est qu’il nous vend globalement du prêt à penser. Que ça soit dans la culture ou la politique, c’est le même combat.

    J’aimerais plus d’enquête et d’explication de texte. Mais non, on nous sert la soupe facile du critique qui égratigne parce que ça ne lui plait pas et qu’il a décidé de se lancer dans le champs lexical de la déception.

    Enfin, ce qui me turlupine vraiment c’est la façon dont les sujets que je connais un peu sont abordés par les scribouillards. J’en conclue alors que je ne peux pas leur faire confiance pour les autres sujets.

    Je n’achète plus les journaux. Je lis les blogs. CQFD.

  2. valerie dit :

    j’ai découvert Monty Alexander Trio en fevrier 95 à Barcelone. Petit club de Jazz (complet bien sûr!), un regal: on pouvait toucher les musiciens….
    Quant à Chick Corea, c’est toujours du grand art et toujours de l’impro! 2 fois à Barcelone (une avec John McLaughlin et un autre avec son groupe) au Palau de la Musica Catalana, je recommande c’est ce qu’il y a de mieux au niveau acoustique, construit par Gaudi.
    Pour moi il faut se faire plaisir quand on va écouter du Jazz, son propre coeur est le meilleur critique

    • PUautomne dit :

      Hier soir chick Corea a été au sommet de son art, un moment sublime de musique. Indispensable à voir en live.
      Je suis bien d’accord écouter son émotion plus que la critique, encore faut il prendre le temps d’écouter sa sensibilité et lui faire confiance.

  3. kyra dit :

    Ignorer Marc Ribot!!!
    je ne l’ai vu qu’une fois en concert, au Festival de Sines, en plein air, il y a au moins 5 ans
    et j’ai encore ce concert dans les oreilles…

  4. sael dit :

    merci pour les idées, les envies, l’écriture… je (re-)apprends la médecine et me réconcilie avec « l’hôpital » grâce à vous !

    en remerciement pour ce blog qui m’apporte beaucoup, vraiment, je me permets une invitation:
    je vous invite à chamonix, du jazz dans des lieux incroyables ….
    planant, émouvant, simple, accessible…
    http://www.cosmojazzfestival.com/
    la trompette d’ibrahim maalouf sur fond de glacier, la voix d’Elena Duni sous le ciel bleu….

  5. MeSH_r dit :

    Hmm… La programmation du festival Jazz des 5 continents ! Chanceux ! Les critiques de Jazz tombent malheureusement trop souvent dans le snobisme. Pour ma part, grande fan de guitare Jazz, la vidéo You Tube de Marc Ribot et Compaoré m’a fait frémir ^^ Mon dernier live en date, Jonathan Kreisberg, était un pur bonheur. Son dernier album comporte un morceau de folklore grec sauce jazzy : il y a fort à parier que Michel n’a(urait) pas aimé !

    Une mine d’or ce blog ;-)… Serais-je une lève tard ?

  6. MeSH_r dit :

    Merci pour le lien vers McCoy !

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