En France, ayez une maladie rénale, c’est la meilleure spécialité

Il est devenu comme un petit rituel, le classement des CHU et des spécialités en fonction du choix des internes venant de passer l’ECN. C’est devenu le pendant du classement des hôpitaux par le point et les autres magazines qui a défaut de faire des enquêtes font du pseudo data-journalisme. Je me fous un peu de ces classements. On change tous les ans de numéro 1. Ça monte, ça descend comme la bourse, ça fait un petit buzz sur les réseaux sociaux, un peu dans la presse et voilà, trois petits tours et puis s’en vont les classements, laisser malgré tout un petit message dans la tête des gens.

Le number one est content, les autres moins. Il faut m’expliquer comment en un an un CHU devient le meilleur et l’année suivante perd trois ou 4 places et le sens que ceci a. Qu’est ce qui a changé? Une autre méthodologie plutôt que la moyenne du rang serait d’analyser la migration des étudiants. Passons, ça amuse et ça ne prête pas vraiment à conséquence. Là où je suis franchement gêné, c’est pour le classement des spécialités.

classementJe suis d’autant plus à l’aise pour en parler que ma spécialité, qui est bien évidemment la plus passionnante de toute, est cette année, la meilleure. Le problème est là, on parle de meilleur dans le titre du classement, comme si nous étions aux jeux olympiques des spécialités, comme si un néphrologue travaillait tout seul dans son coin sans le recours à d’autres spécialistes. Je trouve cette manière de présenter les données totalement obsolète et rétrograde. L’idée de classer les spécialités entre plus intéressante et moins intéressante est déjà une vraie connerie, mais déclarer que cette année la néphrologie est la meilleure, l’année prochaine ce sera l’ophtalmologie, ne veut rien dire. C’est juste la spécialité la plus choisie avec la méthodologie utilisée, si on prenait le choix des 100 premiers pour classer les spécialités ce serait probablement différent et peut être qu’avec le rang médian qui aurait plus de sens, encore différent. Ce genre de pseudo-analyse pas très fouillée donne de fausses informations et dégrade l’image de certaines spécialités qui n’en n’ont pas besoin.

Nous pourrions nous gargariser et dire que la qualité de l’enseignement de notre spécialité fait que nous attirons des internes, que les enseignants des CHU en néphrologie sont vraiment exceptionnels d’attirer autant d’étudiants bien classés. On nous donnerait pas une petite prime pour ça? Je m’en garderai bien. La cour des comptes, je vous le rappelle, a une autre lecture de l’attractivité de la spécialité. Je suis rassuré que ma spécialité qui est passionnante, riche aussi au niveau scientifique qu’humain, j’essaye de le montrer avec ce blog, soit aussi bien choisie. Je trouve dramatique ce classement qui annonce que la plus mauvaise des spécialités est la médecine du travail.

classement1Nous avons besoin de médecins du travail, je l’ai déjà dit et je le répète encore. Au moment où tout le monde s’excite sur le burn out et veux faire de la dépression une maladie professionnelle, il y a un champs de recherche, de travaux passionnants immense à mener dans cette spécialité. Dire que les spécialités (psychiatrie 27/30) en pointe sur la prise en charge de ce problème sont mauvaises ou pire des mauvais choix est dramatique.

Si ce magazine pouvait juste dire au lieu de meilleures spécialités, parler de spécialités les plus choisies, ce serait déjà un pas en avant. L‘ECN n’en a pas fini d’avoir des effets négatifs sur la médecine. Pour information, aux USA, la néphrologie est une spécialité qui est de moins en moins choisie, je ne crois pas qu’elle soit moins bonne là bas.

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3 réponses à En France, ayez une maladie rénale, c’est la meilleure spécialité

  1. Ces chiffres qui reflètent le choix des nouvelles générations de médecin , loin comme vous le faîtes remarquer fort justement d’avoir une quelconque valeur sur la primauté d’une spécialité sur une autre, confirment la désaffection pour des spécialités toute aussi importante que les premières classées : Médecine du travail , Santé Publique, Médecine Générale , Psychiatrie ! Pour ne citer que le burn out, quid de l’étude ces facteurs favorisants ou de sa prévention, de son dépistage et de sa prise en charge globale ! Pour les maladies rénales, de leur dépistage (Combien de patient(e)s adressé(e)s ces dernières années par le médecin du travail pour « bilan » après dépistage d’anomalie à la BU ? Quid des grandes études de santé publique pour évaluer un problème de santé, pour évaluer son dépistage ou sa prise en charge ? Quid des répercussions psychologiques et de leur prise en charge dans le cadre des maladies chroniques ? En 2016, Merci de nous rappeler que la prise en charge optimale d’un patient ne peut être que globale par un ensemble de praticiens médicaux et/ou paramédicaux sans échelle de valeurs stupides comme celles que voudraient nous imposer ces classements qui n’ont d’autres utilités que d’être un instantané ! Malheureusement elles ne sont pas sans conséquences et contribuent à la désertion des dernières classées. J’aime à penser que des textes comme les vôtres m’aident dans mon travail de médecin généraliste rural maître de stage à contrecarrer les effets pervers de ces classements, surtout ici dans le fin fond de la campagne picarde ! Alors merci d’un Picard à un Marseillais ! :+))

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