Alain Mabanckou nous accueille au collège de France.

Cette année, les leçons inaugurales de cette respectable maison font du bruit. Après l’émouvante et érudite leçon de Patrick Boucheron, voici l’arrivée du premier romancier professeur au collège de France, alain Mabanckou. J’ai lu un seul de ses romans que j’avais beaucoup aimé, « Verre Cassé ». Récemment, j’ai lu la très belle préface qu’il a offert à « Une colère noire ». Il est arrivé le temps de la leçon inaugurale. Elle fut très belle. Il a une très belle voix, douce et profonde. Il a mis un peu d’humour, grinçant et noir, de la sensualité, de l’érudition, de l’émotion. Cette leçon m’a fait toucher du doigts mon inculture. Je dois absolument écouter ses cours. J’ai eu l’impression de débarquer dans un monde inconnu, il citait des auteurs dont je n’avais jamais entendu parler. J’ai eu très honte de ne connaitre que Césaire, Sanghor parmi la constellation d’étoiles que compte la littérature africaine de langue française. J’allais oublié le formidable livre de Boubacar Boris Diop « Murambi, le livre des ossements ».

Cette leçon est une belle expérience d’ouverture au monde. Nous avons la chance de vivre, en ce pays, en paix. Nous devons tout faire pour la protéger. J’ai réalisé en écoutant la basse profonde de Mabanckou, que comme pour l’Amérique, la négritude ne nous est pas étrangère. Elle est constitutive de notre nation, de notre histoire, ne serait ce que par le prix du sang versé et pas la beauté de la langue écrite. En commençant, par la figure de Banania, il nous a envoyé au visage tous nos stéréotypes. Il a continué, tranquillement, gentiment, sans haine ni violence, à entasser les fautes du colonisateur, les clichés. Trop futé pour tomber dans le piège du clichés contre clichés, il tisse sa toile pour capturer les politiques qui disent n’importe quoi et surtout que l’homme africain n’a pas su rentrer dans l’histoire. Il montre brillamment avec sa voix de conteur à quel point ceci est faux. L’esclavage fait parti de notre culture, de notre histoire. Nous avons transformé des hommes en objets. Nous avons transformé des corps en monnaie d’échanges. Nous avons sacrifié nos idéaux sur le bénéfice. Nous n’avons pas à nous excuser, car c’est trop facile. J’ai demandé pardon et je peux recommencer sans soucis. Ne nous excusons pas de l’inexcusable, par contre faisons de la place à ceux que nous avons opprimés. Nous ne sommes ni supérieur, ni inférieur, nous sommes juste égaux.

J’ai beaucoup aimé cette lecture. Elle m’a donné le plaisir de découvrir un monde entier de littérature que je ne connais pas. Il est toujours agréable, même si c’est un peu angoissant, de voir l’inconnu. Plutôt que le rejeter, accueillons le. Il a probablement plus à nous apprendre sur nous que le rabâché, le rebattu. J’ai aimé avoir honte de mon inculture. J’ai tant de chose encore à découvrir. J’ai rajeuni. Je suis redevenu un petit garçon à qui on montre un tas de livres pleins de nouveaux mondes, de nouvelles aventures. Quel bonheur, quelle excitation de rencontrer l’autre et sa littérature.

Merci M Mabanckou de cette très belle leçon d’humanité, d’ouverture au monde. Nous en avons besoin en ces moments d’incertitudes, en ces moments de tentations d’exclusion. Nous ne nous en sortirons pas comme ça. Lisons, produisons de la science, du savoir, de la connaissance, prenons du plaisir à partager, à découvrir le mystérieux. Expliquons, comprenons, encore et toujours. Ouvrons les portes pour faire entrer le soleil de la langue partagée, de la langue inconnue. Ouvrons les fenêtres, pour dépoussiérez nos vieilles lunes, pour que rentre des odeurs d’épices, de fleurs. Que la magie des mots nous réunissent à l’ombre d’un murier pour raconter nos histoires d’ici, d’ailleurs, d’hier et de demain, pour que le présent soit notre maison commune, habitants d’un seul et même petit point bleu.

Pale Blue Dot from ORDER Productions on Vimeo.

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Une réponse à Alain Mabanckou nous accueille au collège de France.

  1. la loutre dit :

    Bonsoir !

    Sur le meme sujet,le tres chouette roman historique »Mont plaisant »de Patrice Nganang…et aussi « Black Mamba Boy »de Nadifa Mohamed.Et puis hors sujet,cette Bd autobiographique hallucinante,ou il est question à un moment d un parallele entre la medecine et l art de faire du vin:
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Photographe
    et puis ça aussi:

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