Pile ou Face

Nous avons trouvé notre mélodrame de fin d’année scolaire 2016. Il s’agit de la décision du rectorat et des facultés de médecine d’Ile-de-France de limiter le volume d’inscription en PACES. Il y aura 7500  places. L’année dernière, il y avait plus de 8000 inscrits, ça va un peu piquer. Il va falloir choisir qui va pouvoir s’inscrire. Le plus logique dans un système normal eu été de proposer une sélection sur le mérite, modèle typiquement français. J’ai déjà donné mon opinion sur la problématique de la sélection qui m’est très personnelle.

toubibparhasardLe problème d’une sélection au mérite est que ceci va à l’encontre du principe de non sélection à l’entrée de l’université française. Principe déjà contourné par les doubles licences, je le signale en passant et certaines pratiquent déjà un tirage au sort pour choisir les élus, personne ne s’en offusque. Énormément de personnes sont choqués d’un système de santé à deux vitesses qui pourrait émerger, personne n’est réellement choqué par le système d’accès au supérieur à deux vitesses. D’un coté, vous prenez tout le monde, vous discutez pas et si vous n’avez pas un bon taux de réussite, c’est votre faute (université voiture balai de la massification du bac), de l’autre un système qui recrute les meilleurs, du moins les plus travailleurs, qui est noyé dans le pognon et on vous explique que ces grandes écoles c’est vraiment formidable. Tout le monde trouve que c’est parfait.

Revenons à nos moutons.

Le Service interacadémique d’affectation des étudiants en première année d’études médicales et odontologiques a annoncé qu’il y aurait un tirage au sort pour décider des affectations. Les beaux quartiers franciliens ont frissonné. Comment nos chères têtes blondes vont être à égalité devant le hasard avec des banlieusards issus des cités. Comment nos chers bac S avec mention très bien, nourris à l’agrégé depuis la seconde vont être mis à égalité avec des littéraires de lycées du 93. Quelle horreur… Je caricature volontairement, quoique…

Personne n’a voulu se pencher sur la problématique de l’université française et de l’accès au supérieur. La gauche par démagogie refuse la sélection et ne veut surtout pas se mettre à dos les syndicats étudiants. C’est amusant, le grand message du quinquennat fut pas d’étudiants dans la rue. On accepta toutes les conneries de nos amis syndicalistes étudiants. Malheureusement, une loi sur le travail les poussent à aller dans la rue, comme quoi, on y arrive jamais. La droite se fout de l’université préférant miser sur les grandes écoles. Vous compterez les possesseurs d’une thèse d’université qui ont été ministres sur les doigts de la main. Je me demande d’ailleurs pourquoi les facultés de médecine n’ont pas réussi à arracher un statut de grandes écoles leur permettant de faire de la sélection sur dossier.

Cette idée du tirage au sort à l’entrée du PACES déchaine les passions et j’imagine que ce n’est que le début. Il y a même un hashtag pour défendre l’accès au PACES sans tirage au sort, #toubibparhasard. Comme je le suis « toubib par hasard », je l’aime bien ce truc. J’adore le hasard.

Je ne suis pas plus choqué que ça par l’idée de tirer au sort les lycéens qui auront le droit de devenir étudiants en médecine. Quand je vois certains étudiants en 4é ou 5é année, je sais qu’il colle déjà au hashtag #toubibparhasard. Ils ne savent pas vraiment pourquoi ils sont là et pourtant ils n’ont pas été tirés au sort.

Je me demande si cette annonce n’est pas un coup monté des doyens parisiens pour obtenir ce qu’ils demandent depuis longtemps, une sélection à l’inscription en PACES. Sortir le coté aléatoire, en plus à Paris avec tous ces fils de, qui vont aller s’inscrire, est un bon moyen de filer un grand coup de pompe dans la fourmilière du sup. Vu les réactions épidermiques, on peut dire qu’ils ont réussi, en tout cas, à faire parler d’eux. Nous verrons la décision du ministère. J’imagine qu’un malheureux conseiller doit en entendre des vertes et des pas mures à chaque coup de téléphone à la ministre sur le sujet.

Ce qui est amusant, c’est que cette histoire sorte maintenant. Par exemple dans ma faculté de province, il est acté depuis un certain temps qu’il y aura un nombre maximum d’inscrits cette année en PACES.

« Bien que non sélectives, certaines licences et la première année commune aux études de santé (PACES) possèdent une capacité d’accueil limitée, c’est-à-dire que le nombre de places est inférieur au nombre de demandes. Dans ce cas, le processus d’affectation s’appuie sur un traitement automatisé critérisé prenant en considération l’académie de passage du baccalauréat ou de résidence et l’ordre des vœux. Il est donc important lorsque vous recherchez et/ou sélectionnez une formation de lire attentivement les messages spécifiques qui peuvent apparaître à l’écran et qui correspondent à des alertes ou des recommandations »

La sélection personne ne sait comment elle se fera, mais elle se fera. D’ailleurs, l’annonce faite sur APB a stressé quelques personnes qui ont fait sonner les téléphones pour savoir si leur progéniture pourra bien s’inscrire avec son bac S mention très bien programmée depuis le CP. Il n’y a pas qu’à Paris qu’une non sélection critérisée se fera. C’est marrant, ça n’a pas fait de vague jusque dans les couloirs du Monde.

Cette normalisation du nombre d’inscrits a un gros avantage. Personne ne l’a soulevée, c’est celui d’homogénéisé le taux de réussite à 15% entre toutes les facultés. C’est un point important. Il y avait un vrai scandale, pour le coup réel, de l’accès à la deuxième année en fonction des taux d’inscriptions initiaux. Par exemple, chez moi le taux de réussite pour rentrer en deuxième année de médecine est de 13%, dans d’autres fac il est de presque 20%. Il s’agit d’une injustice importante, qui pour les parisiennes va être réglé et c’est une très bonne choses.

Il serait bien que cette tempête dans un verre d’eau remue un peu la problématique de l’entrée dans les études médicales. Ceux qui pensent qu’augmenter le numerus est la solution oublie que nos capacités de formation sont limitées. Quand on voit le ratio enseignants/étudiants en France par rapport aux USA, il y a déjà un gros écart, si on augmente encore la charge étudiante, le niveau de formation qui est plutôt pas mal risque d’en pâtir. J’ai du mal à imaginer une ouverture des financements pour embaucher de nouveaux enseignants, je pense qu’il n’est pas raisonnable d’ouvrir les vannes.

Pour revenir à l’accès au PACES, la mauvaise excuse est de dire que les amphis ne sont pas extensibles, la réponse est « internet et les dvd à la grenobloise et autres MOOCs ». En fait le vrai problème est la tenue du concours dans la plus stricte équité républicaine. Plus il y a de monde inscrits plus vous devez être capable de faire un concours important. Si il y a trop de monde, vous devez quitter vos locaux et aller dans d’autres lieux qui coutent une fortune. Cette charge qui revient à l’UFR peut devenir insupportable financièrement et comme l’état n’est pas prêt de mettre la main à la poche. On se dit qu’il va bien falloir faire de la sélection…

Je suis très curieux de savoir comment cette histoire va finir. Nous ne pouvons que remercier les doyens des facultés parisiennes et le rectorat d’Ile-de-France d’avoir mis les pieds dans le plat.

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3 réponses à Pile ou Face

  1. Bonjour PU
    Je crois assez au coup monté. J’aurais peut-être fait pareil à leur place.

    Quand j’étais étudiant en 1e année, il y avait 800 étudiants sur 1800 (Paris V Necker) qui ne se présentaient pas au premier concours. Je ne sais pas si c’est toujours le cas. Dans la mesure où le concours est devenu commun à d’autres professions de santé (ce que j’ai toujours trouvé idiot) il faudrait peut-être tout simplement en tenir compte pour augmenter les moyens universitaires pour gérer ce tronc commun.

  2. sven337 dit :

    J’ai du mal à voir quel serait le problème à introduire une sélection à l’entrée des études médicales. La sélection existe déjà au terme de la première année, avec un concours difficile. Il y aurait une certaine logique à tenter d’écarter les étudiants qui n’ont que très peu de chances d’avoir le concours, dans une situation où les amphis de première année sont pleins.
    D’un autre côté, une telle sélection à l’entrée ne pourrait se faire que sur des critères scolaires, dont vous expliquez qu’ils ne sont pas parfaitement liés aux chances de réussir le concours ou de devenir un bon médecin. À mon sens c’est un problème avec tous les modes de sélection, et on peut faire le même reproche au concours : sélectionne-t-il réellement les étudiants qui feront les meilleurs médecins ? À coup sûr, le taux de faux positifs et de faux négatifs est important.

    Je pense que le tirage au sort est gênant en ce que n’importe quel mode de sélection, aussi imparfait soit-il, fera mieux qu’un tirage au sort pour déterminer qui sont les « meilleurs » élèves. Les classes préparatoires aux grandes écoles (mais également d’autres filières telles que certaines IUT) font une sélection à l’entrée, sur critères scolaires, et je pense que ça ne marche pas si mal.

  3. Haroche Aurélie dit :

    Bonjour,

    nous citerons votre blog dans une « revue de posts » consacrée à la question du tirage au sort à l’entrée en PACES publiée ce samedi 14 mai sur notre site JIM.fr.
    Bien cordialement,
    Aurélie Haroche

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