Classe de lutte

Je voulais répondre à JM et à sa note sur un article de MW à propos de la lutte des classes en médecine. J’avais plein d’idées et au moment d’écrire tout est parti. Je comprends la réaction de JM mais je crois que MW a raison. Ce que je lui reproche, c’est de s’en tenir au doigt mouillé et de ne proposer aucune solution en dehors de choses très générales.

Je n’ai aucune solution pour résoudre ce problème de la réplication des élites, à mon avis aucune société n’a vraiment réussi à corriger cette tendance forte qui est de privilégier ses enfants par rapport aux autres et au delà sa classe sociale ou ceux que nous nous représentons comme le même. Il suffit de regarder le traitement médiatique des différents attentats en fonction du lieu et de la typologie des victimes.

J’ai par contre trouvé des données qui vont dans le sens de MW. Pour vivre longtemps, il vaut mieux être un cadre avec des diplômes qu’un ouvrier sans diplôme. Cette inégalité ne s’est jamais corrigée. L’écart persiste avec le temps en France, trois ans pour les femmes, six ans pour les hommes depuis 1976.

espérance de viePour le diplôme, on observe la même chose.

espérance diplomEnfin concernant, l’espérance de vie en bonne santé, les écarts se creusent encore plus.

espérance de vie en bonne santéIl y a clairement des inégalités sociales sur un critère dur, la survie, entre les catégories les plus favorisées et les moins favorisées. Quel est le rôle du médecin dans cette histoire?

Il revient à poser la question, quel est l’impact du soin (biologie-système de santé) sur la santé? Ma conviction est que ce rôle n’est pas forcément très important autour de 20 à 30%. J’avais déjà abordé ce problème ici. Parfois nous sommes utiles, mais en terme d’amélioration de santé d’une population, le médecin n’est pas l’outil le plus important. Pour un individu, c’est différent et encore. Ce qui revient à dire que sans politique de santé publique nous ne pourrons pas combler les écarts socio-économiques. Les soignants ont un rôle à jouer dans cette histoire. Il faudra peut être de la discrimination positive et réserver des consultations longues à des catégories moins favorisées. Réserver l’éducation thérapeutique aux non diplômés.

Lutter contre nos préjugés est très important. Ils sont de classe au sens marxiste du terme mais aussi éducatifs, raciaux etc. Il est difficile de s’en départir. Il est peut être impossible de ne pas en avoir. Un barman qui vient avec des GammaGT élevées, vous l’avez déjà catégorisé avant même le début de l’entretien.

Ce n’est pas en se défendant d’avoir des préjugés que nous avancerons. Nous devrions plutôt prendre en compte nos limites, les connaitre, les accepter,  pour tenter de les dépasser. Si nous ne reconnaissons pas que nous avons des à priori nous ne pourrons jamais les mettre au vestiaire. C’est comme pour les conflits d’intérêts, si nous pensons que le contact avec l’industrie ne nous influence pas, nous ne pouvons pas avancer sur le sujet.

Je sais que j’ai des à-priori, des préjugés, j’essaye d’y faire attention, je n’y arrive pas toujours. Je ne suis pas un saint contrairement à MW.

J’essaye toujours dans la mesure de mes faibles moyens pédagogiques de partager mon petit savoir, des fois c’est vraiment difficile. Je souhaiterai avoir plus de patience. J’ai du mal. J’aime bien l’idée que « la connaissance est une richesse qu’on peut donner sans s’appauvrir. »

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7 réponses à Classe de lutte

  1. Amouroux dit :

    Et si on explorait la piste des « . envies de vivre  » ….en fonction des diplomes….pour être dans le sujet ?
    On stigmatise l’importance de la médecine préventive, de la qualité et de la nature de la vie qu’on doit mener…si on veut la poursuivre le plus longtemps possible : a t on analysé la durée de la survie en fonction du « sens de l’effort »…..dans tous les sens..: celui d’en connaitre les voies, celui d’en connaitre les joies….celui d’en connaitre les exigences…!
    C’est un peu cela que je me suis posé un bon moment de ma vie comme question…et qui m’a conduit autant au diplôme qu’à une conduite automobile raisonnée ou au non recours aux drogues…de toutes natures !!

    Les diplomes….ne sont qu’un signe…et l’envie de vivre représente ce que le Medecin doit défendre, susciter, expliquer, accompagner…..

    À mon humble avis d’Ancien PHAR…qui monte vers  » les 80″ ….convaincu qu’il n’y aura toujours pas quelqu’un pour le faire…à ma place !!

  2. DORIN dit :

    Quelle synthèse…et tout çà pour quoi?…

    Pour conclure qu’heureusement le génome humain nous rend unique!

    Pas de clones en ce bas monde (pour l’instant), et donc:

    indispensables et salvatrices inégalités!

  3. docteurdu16 dit :

    Bonjour,
    La réponse mériterait un billet entier.
    Je dirais ceci pour résumer : 1) MW enfonce des portes ouvertes et comme il donne un entretien dans l’Huma il nous bassine avec la lutte des classes en raison sans doute de ses origines prolétariennes (hum) ; 2) il en profite surtout pour ressasser sa haine des médecins, sauf lui qui serait le modèle à suivre mais qu’il n’est pas possible de suivre puisque c’est lui et que nous sommes autres ; 3) dans les pays dits développés la courbe d’amélioration de l’espérance de vie à la naissance est devenue asymptotique et la société s’est médicalisée et médicamentée à outrance pour faire croire que les inégalités d’espérance de vie à 35 ans sont solubles dans les médicaments ; 4) la notion de populations à risque (être un homme, être ouvrier, fumer, boire de l’alcool) s’oppose à la notion « libérale » de la société dont la version individualiste se résume à faire ce qu’on veut quand on veut ; 5) Cibler les populations cibles est donc faire de la santé publique mais la santé publique préfère dépister pour faire croire aux citoyens qu’ils sont immortels ; 6) les prises de position récentes de certaines associations de patients montrent que les valeurs et préférences des patients ne coïncident pas obligatoirement avec la santé publique. ; 7) Ce n’est pas en culpabilisant les médecins, fils de riches, que l’on améliorera les choses mais en leur donnant les moyens intellectuels de comprendre quels sont les enjeux de santé publique.
    Bonne journée.

  4. dsl dit :

    Je vois bien le problème d’inégalités socio-économiques mais je ne vois pas ce qui permet de dire que la politique de santé publique est LA solution, ni quelle politique de santé publique serait la solution.
    Vous qui semblez attaché aux résultats scientifiques, avez vous des études, des exemples qui appuieraient votre point de vue ?

    • docteurdu16 dit :

      Bah, si vous ne voyez pas…
      Personne ne dit que la santé publique est LA solution, mais il est possible de dire que la médecine sans la santé publique n’est pas suffisante.
      Nous avons la chance (?) de pouvoir comparer de nos jours les pays où la santé publique existe (et parmi eux là où la santé publique est érigée en politique) et les pays où la santé publique n’existe pas. Si l’on prend un critère basique comme la mortalité infantile, elle est corrélée, par exemple, au nombre de points d’eau potable existant sur zone. Dans les pays développés l’action publique contre le tabagisme est suivie par le nombre des fumeurs dans la population générale. La France est mal placée.
      Il faut lire Thomas McKeown par exemple pour comprendre ce qui revient, historiquement, à la médecine et aux services de santé.
      Bonne journée.

  5. Marie Amar dit :

    Euh…je suis une patiente atteinte depuis 30 ans par un Did. J’ai eu une rétinopathie lasérisée et bien stabilisée, et pas d’autres complications à ce jour. Je le fois tout à la fois sans doute à des facteurs génétiques, à ma bonne complance (malgré des périodes de ras-le-vol inévitables selon moi), aux progrès qui n’ont pas cessé (lecteurs de glycémie, stylos à insuline, mesure de l’hémoglobine glyquée, insulinothérapie fonctionnelle, pompes pour beaucoup…), à l’implication constante des soignants que je remercie et à l’éducation thérapeutique initiale et continue qui est indispensable pour pouvoir être à ma petite mais indispensavle mon propre « soignant  » au quotidien.
    J’appartiens aux classes moyennes : comment faire si l’éducation thérapeutique ne devrait être réservée qu’aux miieux sociaux les moins favorisés ???

    Je profite de ce poste pour vous remercier de votre blog que je trouve très riche humainement et culturellement.

    Cordialement.

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