« L’or des tigres » de JL Borges

L’or des tigres est un somptueux recueil de poèmes Borges. J’aime sa poésie. Il est déjà aveugle quand il dicte ces magnifiques vers. Il y a une sensualité extrême dans sa poésie, comme dans le tango. Une lecture sublime que je conseille nocturne.

Pour vous mettre en appétit:

l'or des tigresEt un deuxième pour confirmer les fulgurances poétiques de ce grand amoureux.

Le menacé

C’est l’amour. Je devrai me cacher ou fuir.
Les murs de ma prison grandissent, comme en un rêve atroce. Le beau masque à changé, mais comme toujours c’est le seul. De quoi peuvent me servir mes talismans: l’exercice des lettres, la vague érudition, l’apprentissage des mots dont l’âpre Nord se servit pour chanter ses mers et ses épées, la sereine amitié, les galeries de la bibliothèque, les choses courantes, les coutumes, le jeune amour de ma mère, l’ombre militaire des mes morts, la nuit intemporelle, la saveur du sommeil?
Être avec toi ou ne pas être avec toi est la mesure de mon temps.
Déjà la cruche se brise sur la fontaine, déjà l’homme se lève à la voix de l’oiseau, déjà s’assombrissent ceux qui regardent aux fenêtre, mais l’ombre n’a pas apporté la paix.
C’est, je le sais bien, l’amour: le désir anxieux et le bienfait d’entendre sa voix, l’attente et la mémoire, l’horreur de vivre dans la succession.
C’est l’amour avec ses mythologies, avec ses petites magies inutiles.
Il y a un coin de rue où je n’ose passer.
Déjà les armées m’encerclent, les hordes.
(Cette chambre est irréelle, elle ne l’a pas vue.)
Le nom d’une femme me dénonce.
J’ai mal à une femme dans tout mon corps.

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