Un risque de cochon

Ma note d’hier n’a pas entrainé de réaction particulière. Je n’ai pas eu le droit à statalacon ou pire statdecochon. Pourtant à bien y regarder ce papier a quelques limites. Pour moi la plus gênante est l’absence d’idée sur la fonction rénale au départ. Dominique a aussi signalé dans un commentaire le problème du sel (j’y ai répondu). J’ai été surpris que personne ne fasse le parallèle avec les résultats publiés il y a peu de temps montrant que la consommation de viande augmentait le risque de cancer. Il y avait eu un très chouette article dans le NYT  qui critiquait ces diverses publications alarmistes sur alimentation et risque.

Ce qui est impressionnant avec ces articles de grandes cohortes c’est d’obtenir très vite des chiffres très impressionnants surtout si on les exprime en risque relatif. Je vous rappelle, si je passe du groupe basse consommation en viande rouge à celui haute consommation (je n’ai pas vraiment le droit de faire ça car ce n’est pas de l’interventionnel), j’augmente mon risque d’avoir une insuffisance rénale terminale (nécessitant soit transplantation, soit dialyse) de 50%. Ça fait peur. Pour limiter le coté anxiogène de ces risque relatif, réfléchir en chiffre absolu ou en NTT et faire des représentations graphiques est toujours intéressant. Si je fais un simple calcul du nombre de personnes qui devront augmenter leur apport alimentaire en viande rouge pour qu’une seule est besoin de dialyse, je passe à 200 (le chiffre exacte est 187),encore une fois je n’ai pas vraiment le droit de le faire, mais ceci permet d’avoir une meilleure idée de la signification des chiffres. Soit en représentation graphique, ceci (en vert ceux qui ont mangé plein de viande sans qu’ils aillent en dialyse, en rouge, la victime qui aurait du rester à son régime sans viande rouge).

presentation1Inversement, il faudra que 200 personnes réduisent drastiquement leur apport en viande rouge pour éviter un cas de maladie rénale chronique stade 5. Si on aime pas trop la viande, ce n’est pas un gros effort, si on est un carnivore impénitent, est ce que le jeu en vaut la chandelle? C’est une question éminemment individuel. La personne qui explique le mieux cette idée est le professor risk de Cambridge.

Je reste convaincu de l’intérêt de manger peu ou pas de viande rouge, surtout quand on a une maladie rénale chronique. Ensuite, il ne faut pas s’affoler si on ne peut réduire sa consommation. Faire un petit effort sur son alimentation pour protéger sa santé et la planète est une bonne attitude pour mettre toutes les chances de son coté.

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5 réponses à Un risque de cochon

  1. Stan Bataille dit :

    On peut faire la même remarque pour le papier sur les ceto-analogues et le régime (très) pauvre en protéines de Garneata, et al. : seuls 207 patients inclus sur plus de 1413 patients screenés. Sur les 104 sous ceto-analogues, 14 ont atteint l’objectif primaire et sur les 107 sous régime hypoprotidique 43 ont atteint l’objectif primaire. On peut conclure que sur plus de 1400 patients IRC adressés à un centre de néphrologie cette approche sera utile à 29… c’est-à-dire 2% !

    • PUautomne dit :

      Vu comme ça effectivement. Je pense que l’approche céto-analogue est intéressante pour des patients très motivés souhaitant retarder la mise en dialyse au maximum avec un régime très contraint. Cette approche s’ajoute à notre arsenal mais n’a aucune prétention à l’universalité. Je pense que nous devons pouvoir le proposer à ceux qui décide essayer.
      Il n’empêche que ce papier montre que réduire de façon extrême l’apport en protéine est bénéfique. Sur le plan physiopathologique il enfonce le clou.

    • john doe néphrologue de campagne dit :

      Bonjour. 2% c’est quand même une vision pessimiste des résultats où aucune généralisation des résultats n’est possible. 29% à partir de la cohorte, soit 4 NNT pour éviter la dialyse c’est festival, résultat saisissant de réussite. Je n’ai vu que les résultats bruts de ce papier, à lire entièrement. La « vérité » doit être entre les deux, peut-être peut-on se dire qu’1/5 à 1/4 de nos patients sont candidats? Avec 5 à 10% de « succès » à espérer? En tout cas avec les céto-analogues commercialisés en France la question revient sur le devant de la scène avec la masse de patients stade 4 et 5 à voir et suivre. Dans l’expérience bordelaise, hors l’étude princeps très lourde en terme de suivi hospitalier pour les examens, il faut quand même une excellente disponibilité médicale et diététique pour mettre en place et suivre le régime, par paliers. En terme de coûts la comparaison sera cependant toujours avantageuse vs ceux de la dialyse ou de la greffe. Une nouvelle étude française ou européenne avec une population plus âgée et à un stade plus avancée que MDRD serait clairement la bienvenue.

      https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/19656840
      https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/17586423
      https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24016150

      • PUautomne dit :

        Les céto-analogues sont une approche effectivement exigeante en temps surtout diét. Il faut arriver à trouver les gens motivés pour le faire. Le passage à un régime végétalien est parfois difficile à obtenir.
        Mon opinion est qu’il s’agit d’une approche à proposer pour ralentir la mise en dialyse qu’elle ne sera accepter que par des gens très motivés mais nous devons pouvoir la proposer. Galeata présente des résultats vraiment intéressant pour ceux qui accepte la contrainte alimentaire. Ce sera surtout difficile pour les gros carnivores à mon sens impossible.

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