L’odorant ou l’odorat? Telle est l’asperge

Une sagace lectrice de ce blog a remarqué que j’aimais bien les plantes et leurs relations avec le pipi. Elle a eu la gentillesse de m’envoyer un article du BMJ de noël sur un sujet important pour l’espèce humaine.

La question de mon titre s’applique à 40 à 50% de la population quand elle mange des asperges. Marcel Proust était un amoureux des asperges. Il avait remarqué l’odeur que donne aux urines cette tige exquise, elle lui plaisait. Toutes les personnes mangeant des asperges ne sentent pas l’odeur typique dans leurs urines. Une grave et grande question est de savoir si il s’agit d’un problème d’odorat ou de production de la substance odorante par le métabolisme humain. Un article suggère qu’il y a un peu des deux. Certaines personnes ne sont pas capables de produire de grandes quantités du parfum et d’autres sont incapables de le sentir. Les analyses génétiques conduites montraient un résultat plutôt en faveur d’une anosmie car il y avait un lien entre l’incapacité à sentir et un polymorphisme dans le gène d’un récepteur olfactif OR2M7. Il n’y avait pas de lien entre la capacité de produire la substance odorante et celle de la sentir.

L’hypothèse anosmie après cet article de 2011 reste la numéro 1. Une équipe américaine a voulu confirmer cette hypothèse anosmie en réalisant une étude de liaison génétique entre le trait phénotypique « je sens pas » et des marqueurs polymorphes du génome humain. Ils ont étudiés plus de 6909 personnes. 39,8% sentent cette puissante odeur soufré après avoir mangé des asperges et 60,3% sont anosmiques pour cette délicate odeur. Vous remarquerez ce total de 100,1%. 871 SNP (polymorphismes) sont associés à l’anosmie. Ils sont tous localisés dans une région du chromosome 1 qui porte des gènes codant pour des récepteurs olfactifs (OR2).

3 SNPs résistent à des analyses complémentaires, un est en déséquilibre de liaisons avec des mutations inactivant probablement un récepteur olfactif, OR2M7.

Cet article supporte fortement l’hypothèse anosmie comme la bonne. Elle n’invalide pas complétement l’hypothèse incapacité de produire la substance chimique. Pour y répondre de façon formelle il faudrait identifier la substance responsable de l’odeur, tester la population et refaire le GWAS. Je ne crois pas que quiconque se lancera là dedans.

L’absence de liaison avec un gène codant pour une enzyme hépatique par exemple impliquée dans le métabolisme n’élimine pas la possibilité du défaut de production. Une hypothèse à tester est la substance odorante est produite non pas par un métabolisme humain mais pas un métabolisme microbien. Un composant de l’asperge pourrait être métabolisé par un type bactérien particulier responsable de la production d’un composé porteur de l’odeur. On ne comprendrait pas pourquoi il y aurait un lien entre microbiote et des polymorphismes de récepteurs olfactifs mais comprenons nous tous les liens entre notre génome et notre microbiome.

Une expérience assez simple serait de prendre quelques volontaires sains capables de sentir l’odeur de l’asperge dans leurs urines, de faire une décontamination digestive et de voir si ceci modifie la production de l’odeur des urines. Cette approche est assez facile.

Il ne reste plus qu’à écrire le protocole, obtenir les autorisations et trouver les volontaires.

L’édition 2016 du BMJ de noël promet d’être excellente. Elle contente déjà mes perversions intellectuelles.

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2 réponses à L’odorant ou l’odorat? Telle est l’asperge

  1. Toupaie dit :

    Simple simple… Etant donné l’impact du microbiote sur le métabolisme, l’immunité et même le système nerveux, je m’abstiendrais d’y toucher chez un individu sain. En tout cas je ne risque pas d’être volontaire pour cette étude ^^. Par contre, si je devais tester cette hypothèse, je collecterais les selles de volontaires sains sentant/ne sentant pas l’odeur de l’asperge, j’inoculerais un digesteur type SHIME avec, puis collecterais un peu de contenu avant et après l’injection de jus d’asperge et chercherais la présence/absence de la molécule odorante dedans. Plus qu’à écrire le dossier ANR ^_^ (ou pas…).

  2. la loutre dit :

    Si je comprend bien,il s agit de faire renifler à des volontaires,uniquement leur propre pisse,c est pas trés joueur tout ça,enfin si c est pour la grandeur de la science,,j’approuve.
    Ca me fait penser à une vidéo qui a disparue du tube,je le deplore

    https://www.youtube.com/watch?v=AU-RrDBDQn8
    C était un cours d introduction à la sémiologie pour les D2 dispensé par un vieux briscard de la medecine interne,d un vieil hopital parisien dont j ai malheureusement oublié le nom.Il y avait tout un passage ou il parlait de l odorat,comme outil de diagnostic,et de « l obligation »pour les futurs medecins à se blinder contre la repulsion naturelle qu ils pourraient éprouver a la vue d une gangrène ou d un clochard qui revenait de 15 jours de métro,en tout cas,à ne pas « infliger » leur dégout au patient,qui selon lui n a pas a subir ce genre de jugement,en tout cas qui est en droit d attendre d un medecin quelque chose de différent du commun des mortels.Un passage assez interessant aussi sur le diabete »sucré »,apparement appelé comme ça à cause du gout des urines ds ce genre de diabète,et du bizutage auquel ça donnait lieu,le ponte faisait seulement semblant de gouter..et puis une fin un peu carabinée,mais tres classe quand meme,vraiment dommage,une vidéo d utilité publique je dirais,j espere qu elle reviendra

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