La femme formée à l’étranger pourrait être l’avenir de la médecine

Je vais continué à parler de choses en dehors de mon champs de compétences, donc peu pertinentes. Je suis désolé. J’avais pondu une petite note sur la moindre mortalité observée chez les patients soignés par des femmes médecins. J’avais bien aimé les commentaires offusqués des machos qui ne voyaient que biais dans ce travail. Je vais maintenant m’attirer les foudres des xénophobes. J’espère pouvoir bientôt avoir un article combinant les deux.

Précisons immédiatement un point, le travail que je vais présenter a été réalisé aux USA. Si vous avez obtenu votre diplôme de médecin à l’étranger et que vous souhaitez exercer dans ce beau pays, vous devez passer trois examens (les deux niveaux de l’USMLE et un de pratique clinique (CS)) et réaliser votre residency (internat) dans un programme agréé aux USA ou au Canada. Ce qui veut dire que si demain, tout professeur que je suis ici, je veux partir exercer la médecine aux USA, je devrais passer ces trois examens et refaire un internat. Il faut une bonne dose de motivation ou de très bonnes raisons, étant médecin dans son pays d’origine, pour aller travailler aux USA.  Un quart des médecins américains ont été diplômés à l’étranger, les trois principaux pays fournisseurs de cette main d’œuvre sont l’Inde, les Philippines et le Pakistan. Les auteurs de cet article posent la question suivante:

Est ce qu’avoir été diplômé à l’étranger comparé aux USA modifie la survie des patients?

Ils se sont intéressés aux internistes (44 227 médecins, 44,3% ont été formés à l’étranger) qui ont pris en charge des patients âgés de plus de 65 ans (1 215 490) entre 2011 et 2014. Le critère principal d’évaluation était la mortalité à 30 jours des patients. Les statistiques sont de bon niveau avec de multiples ajustements.
Les médecins « étrangers » travaillent dans des plus petites structures, moins souvent universitaires, ils sont un peu plus jeunes. Les patients dont ils s’occupent sont moins souvent caucasiens, sont plus pauvres et plus malades que ceux pris en charge par les médecins « US ».

Les résultats sont assez simples. La mortalité à un mois est plus faible pour les médecins « étrangers » vs les « US », 11.2% v 11.6%;  odds ratio: 0.95, 0.93 à 0.96; P<0.001. Il s’agit de la mortalité ajustée sur les caractéristiques des patients, médecins et structures. Les auteurs ne l’ont pas fait mais vous pouvez facilement calculer le NNT qui de 1/250. Il faut qu’un « étranger » soignent 250 patients pour sauver un vie supplémentaire par rapport à un « US ». Ils aurait ainsi « sauver » 4862 patients si ils avaient soigné toute la cohorte comparé aux natifs.

Les auteurs ont ensuite travaillé sur la réadmission à 30 jours sans observer de différences et sur le cout. Un « étranger » dépense 47$ de plus qu’un « US » pour soigner un patient, la différence est significative. Si ils avaient soigné toute la cohorte ceci aurait entrainé un surcout de 57 millions de dollars pas rapport aux US soit 11 750 $ par vie sauvée. Mes calculs sont sordides, je sais.

Ces résultats montrent que le processus de sélection des médecins étrangers venant travailler sur le territoire américain, du moins pour les internistes, est bon pour les patients américains. Ils choisissent de bons candidats et leur imposer un nouveau cursus améliore probablement encore le niveau. La main d’œuvre étrangère médicale aux USA est de bonne qualité. Il est étonnant de vouloir leur fermer les portes.

Si j’étais américain, je crois que je choisirais comme interniste, une femme diplômée à l’étranger pour essayer de combiner les deux effets. La chute du mâle blanc est annoncée.

Attendons le même travail en France.

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3 réponses à La femme formée à l’étranger pourrait être l’avenir de la médecine

  1. Romain dit :

    De cette étude on peut effectivement supposer 2 choses :
    1) On est mieux formé au Pakistan qu’aux Etats-Unis.
    2) Les médecins étrangers qui parviennent à être admis à exercer aux Etats-Unis sont meilleurs que les médecins « de souche ».
    A vous de voir ce qui vous paraît le plus vraisemblable. Mais à lire votre titre, je crois que votre choix est déjà fait.

    Je sais que je vais donner du grain à moudre à votre théorie « je suis entouré de vieux réactionnaires idiots », mais soyez assuré que je reste admiratif de la qualité globale du contenu de votre blog, ainsi que de votre parcours professionnel.

    Comme quoi, et vous en êtes le parfait exemple, on peut avoir un excellent esprit analytique et un moins bon esprit de synthèse.

    • PUautomne dit :

      Il faut probablement lire la note juste au bout pour savoir ce que je pense et ne pas s’arrêter au titre. Comme j’adore me répéter, le coté enseignant:

      Ces résultats montrent que le processus de sélection des médecins étrangers venant travailler sur le territoire américain, du moins pour les internistes, est bon pour les patients américains. Ils choisissent de bons candidats et leur imposer un nouveau cursus améliore probablement encore le niveau. La main d’œuvre étrangère médicale aux USA est de bonne qualité. Il est étonnant de vouloir leur fermer les portes.

      Je suis un MAR (Mandarin archéo-réac) et j’assume http://perruchenautomne.eu/wordpress/?p=4583
      Je n’ai jamais réussi à faire une synthèse de ma vie, à mon grand désespoir.

  2. Ah Ah AH =)
    La chasse au troll est ouverte =)

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