Obésité et bien-être, quand les gènes donnent le sens.

Quand un médecin dit : « l’obésité est un problème », il peut s’attendre à recevoir une volée de bois vert. J’en ai fait l’expérience. Ceci ne m’empêche pas d’y revenir. L’obésité est un problème important, complexe, multifactorielle, nécessitant une prise en charge adaptée. C’est une maladie chronique dont on ne guérit jamais. On peut se soigner mais on ne guérit pas. Ceci ne veux pas dire qu’il ne faut rien faire et baisser les bras. Il ne faut pas aussi tout mettre, toujours sur le dos du surpoids.

Le bien-être est un paramètre important de santé, il est pour l’OMS au centre de la définition de la santé:
«La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité».

Un article récent s’intéresse à la notion de bien-être subjectif et son impact sur le risque cardiovasculaire au sens large. Le bien-être subjectif est la combinaison d’une dimension cognitive, la satisfaction de sa vie, et d’une dimension affective, la joie. Le bien-être aurait un impact sur la mortalité en particulier d’origine cardiovasculaire. Cette relation est soutenue par des études observationnelles (Ionnadis en parle bien mieux que moi). Ce type d’études sont exposés à des biais. Les deux principaux sont les facteurs confondants non pris en compte et une relation de causalité inverse.

Par exemple, si j’explore le lien entre obésité et pauvreté. Les études observationnelles m’apprennent que l’obésité est associée à la pauvreté. Je ne peux pas affirmer le sens du lien de causalité. Est ce que je suis gros parce que je suis pauvre ? Ou l’inverse est ce que je suis pauvre parce que je suis gros? Je ne peux exclure des facteurs confondants comme je suis pauvre, reflet d’un  moins bon niveau socio-éducatif qui m’expose à avoir des pratiques alimentaires moins saines. Les études observationnelles donnent des pistes qui doivent être validées par des études interventionnelles. Avec mon exemple, ceci parait difficile d’analyser le rôle de la pauvreté sur l’obésité en interventionnel ou inversement. On voit mal un comité d’éthique accepter qu’on retire des enfants à leur milieu d’origine pour les randomiser dans des familles d’accueil riche vs pauvre. Pour pallier à ce problème de non intervention possible et dépasser l’observationnel en particulier pour explorer la causalité, il a été proposé une approche scientifique et statistique qui s’appelle la randomisation mendélienne.

C’est une analyse instrumentale, l’exposition (par exemple l’obésité) et son impact sur le résultat (le salaire) n’est pas analysé par la valeur de l’indice de masse corporelle mais par des marqueurs génétiques associés à une augmentation de l’IMC. Ces marqueurs génétiques sont des instruments. L’intérêt de l’approche est de partir du principe que le génotype ne change pas avec le temps et qu’il est non soumis à la relation inverse. Si le variant génétique influence le résultat et que l’exposition est sur le chemin entre Y et Z alors il est fortement probable que X soit responsable de Z. La limite est bien évidement si Y le variant génétique influence aussi un autre X (exposition), par exemple la chance au tirage du loto. Pour limiter les risques le plus simple est de prendre de multiples variants génétiques et de faire un score. Le lien obésité salaire a été ainsi montré, chez les femmes. Je m’excuse si mon explication est sommaire. Les commentaires sont ouverts pour les spécialistes et leurs remarques.

Les auteurs de l’article vont analysés par randomisation mendélienne, les liens entre le bien être (il y a des SNP associés aux bien être) et des facteurs de risque cardiovasculaires (cholestérol, pression artérielle, tour de taille, composition corporelle, indice de masse corporel) ou des maladies cardiovasculaires (coronaropathie et infarctus du myocarde) et inversement. Il s’agit d’une « two samples mendelian randomization ». Je ne peux pas vous dire si l’approche méthodologique est la bonne car ceci sort de mon champs de compétence, quatre manières d’analyser les données me rassurent. J’ai confiance dans le reviewing du BMJ. Les résultats sont simples.

Le bienêtre subjectif n’a pas d’impact sur la cholestérolémie, la pression artérielle, le tour de taille, l’obésité, la coronaropthie et l’infarctus du myocarde. En pratique, se sentir bien n’a pas d’impact sur la santé cardiométabolique.

L’analyse inverse montre que seule l’obésité est associée à une diminution du bien être. Aucun autre des paramètre n’influence le bonheur.

Effets des différents marqueurs de santé cardiométabolique sur le bien être.

Ils ont confirmés ces résultats par une analyse de suivi de l’UK biobank. L’augmentation de l’IMC est associé à une diminution du bien être dans une seule de ses dimensions, la satisfaction avec sa santé.

Pour chaque augmentation de 1kg/m2 de l’IMC on observe une diminution de la satisfaction avec son état de santé.

Cet article est très intéressant. Il démonte les croyances dans le fait qu’être heureux va faire qu’on ne fera pas d’événements cardiovasculaires ou que l’on vivra plus vieux. La tyrannie du bonheur en prend un petit coup dans l’aile. On peut tout à fait ne pas être joyeux et vivre vieux. La joie n’influence pas la mortalité.

Par contre, l’obésité influence la sensation de bien être, apparemment en jouant sur la satisfaction que l’on a de son état de santé.  Vous remarquerez que le surpoids n’a pas d’impact sur la joie, positif ou négatif. Si tout ne peut pas être mis sur le dos de l’obésité en médecine, quand un patient ne se sente pas bien, pas satisfait de sa santé, quand il est en surpoids, nous pouvons lui dire avec un risque modéré d’erreur que son embonpoint est en cause.

Ceci peut être un élément de motivation important pour se lancer dans la perte de poids, plus qu’un hypothétique risque cardiovasculaire ou de cancer du rein dans 20 ans. Dire qu’il se sentira mieux après la perte des kilos superflus n’est pas un mensonge. Il est important de saisir les perches tendues pour parler du surpoids, c’est encore mieux de ne pas culpabiliser les individus et de leur proposer de vraies solutions, plutôt qu’un mangez moins et faites du sport, sans soutien ni explication.

Perdre du poids n’est pas facile, c’est un vrai combat, une lutte sans fin. Je vois bien l’obèse comme un Sisyphe moderne. Une approche diététique qui risque de faire hurler quelques spécialistes de l’obésité vient d’être publiée dans le BMJ, l’essai DROPLET. Le but comparer sur la perte de poids à 1 an, une approche de changement complet de l’alimentation (TDR) avec un apport de 810 Kcal par jour pendant 2 mois suivi d’un programme de réintroduction de l’alimentation sur un mois. Les effets sont spectaculaires à un an, une différence de 7 kgs entre le groupe intervention et le groupe prise en charge standard. Je mets l’abstract visuel.

Ce travail est très intéressant et encourageant. Je suis malgré tout circonspect sur les effets à long terme quand je vois la pente de la courbe TDR dans la figure la plus importante de l’article. Et oui ça remonte dur. Il serait intéressant de savoir si la ré-intervention d’un TDR à les mêmes effets.

Fig 2

Les auteurs ont aussi analysé la qualité de vie est de façon concordante avec les résultats du premier article, elle est meilleure à 6 et 12 mois dans le groupe TDR. Nous ne savons pas si c’est dans la dimension bien être…

Pour finir cette note, un peu de musique, j’ai découvert par hasard attiré par deux choses le nom du groupe et le titre de l’album. J’écoute en ce moment la compagnie des auteurs sur Homère. Fred Pallem et le sacre du tympan joue L’Odyssée.

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9 réponses à Obésité et bien-être, quand les gènes donnent le sens.

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  2. durand dit :

    je regardais des photos sur les grandes greves au usa dans les années 20.
    je vous mets au défi de trouver un seul gros sur ces photos.
    on connait les coupables.
    ils s’appellent:Wall mart le roi de la junk food
    Coca et pepsi du sucre et du sucre
    Mc Do du gras
    Kcf du gras avec du gras
    Pizza hut du gras avec du sucre;
    Et n’oublions pas l’automobile on ne marche plus.Vous cherchez une réponse médicale a un probleme de mode de vie.Echec assuré.

    • PUautomne dit :

      Je suis tout à fait d’accord. Personnellement je suis pour des mesures de santé publique violentes. Il suffit de lire ce que j’ai écrit avant sur le sujet.

  3. durand dit :

    mon commentaire a été sucré.remarquez le sujet s’y prete.

  4. Ne pas oublier quand même que l’une des principa

  5. Ne pas négliger quand même qu’une des principales cause du mal-être des gros et surtout des grosses est le regard moralisateur de la société à leur égard « Vous êtes gros car vous ne faites par l’effort de ne plus l’être ». Alors que toutes les études qui durent nettement plus d’un an montre que le résultat à long terme de ces interventions diététique est nul, voire délétère.

  6. durand dit :

    Je regarde aussi des vidéos.
    Il y a une tres belle vidéo du docteur Dupagne qui nous montre comment il fait des frites.
    On se doute que la lutte contre l’obésité va etre difficile !!!

  7. dsl dit :

    Intéressant que le bien être subjectif donc ressenti par l’individu soit lié à l’obésité qui dans les facteurs étudiés est le seul facteur visible extérieurement. Il faudrait aller plus loin et chercher à savoir si le bien être est principalement lié à l’image de soi ou bien au ressenti intérieur, c’est à dire si être obèse est un problème à cause des autres ou bien parce qu’on a plus mal aux genoux, qu’on est essoufflé, que les déplacements sont plus compliqués.
    Concernant les mesures de santé publique violentes préconisées, est il nécessaire qu’elle fasse leur preuve ou la satisfaction de faire le bien de façon tyrannique est elle suffisante, auquel cas, on se demande quelle limite à la tyrannie du bien faut il mettre ?
    Merci tout de même pour ce billet qui va à l’encontre de certaines idées recues.

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