La santé un sujet toujours à part dans les médias, un exemple

J’écoute France Culture depuis mon post doc en Allemagne. J’aime beaucoup de nombreuses émissions. Les podcasts natifs sont une expérience intéressante et j’écoute régulièrement superfail. Je trouve le format court bien fait et guillaume Erner en faux naif est un bon interviewer. Il y a eu de très bonnes émissions, d’autres moins excitantes. La formule est simple, un échec ou supposé tel, un expert à qui le journaliste pose des questions. Les sujets sont divers, je suis convaincu que l’analyse de nos échecs nous fait plus progresser que celui de nos réussites.

Sur une grosse soixantaine d’émissions, le superfail médical avait été peu abordé, une seule fois avec une émission sur le vaccin contre la dengue de Sanofi. Je vous la conseille. Il y a trois semaines un superfail « dépistage du cancer de la prostate ».  Je me demandais bien qui serait invité comme expert. Surprise, il y eut deux intervenants, un anti-dépistage et un pro-dépistage. L’émission n’était pas très bonne, peut être parce que je connais un peu le sujet, avec pas mal d’approximations des deux cotés. Je rappelle qu’aucune autorité sanitaire ne conseille un dépistage systématique de ce cancer très masculin. Je ne rentrerai pas dans la discussion.

Ce qui me surprend? La différence de traitement de ce sujet par rapport aux autres. Pourquoi inviter un pro et un anti ? Aujourd’hui, c’était sur les déchets nucléaires avec un anti, pourquoi pas un tenant de cette énergie comme contradicteur? Les invités sont toujours des personnes qui ont une vision plutôt négative de l’échec qui est analysé. Je pense qu’il n’aurait fallu qu’un spécialiste et plutôt un épidémiologiste qu’un clinicien. On parle de dépistage pas de pratique clinique banale où chacun y va de son histoire qui pour touchante qu’elle soit, le patient impuissant après le dépistage d’une petite tumeur sans risque ou les foules de cancer métastatiques évitées par le simple dosage du PSA. Il fallait un spécialiste pour expliquer pourquoi le dépistage de ce cancer ne peut être qu’un échec. C’est moins sexy que des gens, honorables, au demeurant qui viennent raconter les histoires des pauvres patients maltraités ou pas dépistés et faire de l’épidémiologie à la petite semaine.

J’en conclus que la santé est un sujet à part pour les journalistes, en particulier la santé publique. Elle mérite mieux que ce genre d’émissions qui n’apporte que confusion car les définitions ne sont pas bien posées au départ. Après je ne trouve rien de drôle à parler de toucher rectal et de prostate. L’espèce d’ambiance un peu gaudriole, pipi, caca, cour d’école de maternelle n’allait pas pour un sujet grave.

Je suis très souvent déçu par la façon dont les médias mainstream traitent la santé. Nous allons de la déférence absolue comme si la parole du médecin était celle du bon dieu à la recherche systématique du scandale, comme si le médecin était un nouveau Satan. J’aimerai bien qu’on sorte de cette dichotomie un peu ridicule. La recherche du scandale, du scoop qui fera le buzz ne sied pas à ces sujets qui sont graves et importants pour toutes personnes malades. Je comprends qu’il est dur de faire rêver en expliquant de la complexité, en répétant encore et encore que association n’est pas causalité, que nous devons prendre des décisions en utilisant des études bien faites méthodologiquement qui prennent du temps. Le rythme de la recherche n’est pas celui du scoop. Il ne peux pas y avoir des avancées fantastiques toutes les semaines. Nous avançons à petits pas, parfois nous reculons. Nous générons des hypothèses que nous testons. La vérité d’un moment n’est pas forcément celle de demain, le champs est en évolution, c’est l’essence même de la science. La médecine est une science. La recherche en santé est une science.

En clinique, nous devons prendre des décisions avec de l’incertitude sans connaître tous les tenants et les aboutissants. C’est bien pour cela que nous devons être humbles aussi bien dans nos victoires que nos échecs. Certains  échecs font le lit des réussites de demain, des molécules, des approches promises à la poubelle renaissent parfois. Des bonnes idées, brillantes, rationnelles ne résistent pas à l’épreuve terrible de l’essai clinique.

Nous devons faire de l’éducation à l’approche scientifique. C’est indispensable. Renonçons à des réponses simples à des questions complexes. Oublions nos fantasmes de panacée, oublions nos rêves de biomarqueur unique quasi magique. Nous nous fourvoyons. Arrêtons de tirer des conclusions d’études observationnelles qui ne sont supportées par aucune preuve expérimentale. Prenons le temps de lire les matériels et méthodes. Surtout cette partie si peu sexy mais capital. Arrêtons le triomphalisme.

Je rêve d’un traitement médiatique de la santé qui parle au cerveau et pas aux « guts » si cher à notre ami Donald. Oui la santé humaine, qui dépasse le champs de la médecine, est un sujet qui mérite mieux que des analyses un peu rapides avec des conclusions hatives.

J’espère que le prochain sujet médical de Superfail sera un peu mieux traité ou au moins de façon équivalente aux autres.


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6 réponses à La santé un sujet toujours à part dans les médias, un exemple

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  2. nfkb dit :

    sujet connexe, l’homéopathie, bien que porté devant le tribunal de mes pairs aidés d’un magistrat, j’en ai un peu le ras le bol et le traitement médiatique du sujet ne fait qu’aggraver mon agacement…

    plus loin, c’est la question du journalisme, j’ai le sentiment qu’eux doivent encore plus être dans l’instantanéité en proposant moins de sujets explorés et d’investigations… (je dis ça et je suis le roi des raccourcis, on reconnait bien ses défauts chez les autres)

    aussi, je me demande comment vivent les autres professions les sujets de sociétés qui les touchent, dans mes connaissances sportives j’ai un copain économiste de formation qui est toujours dégoûté du traitement « mainstream » des sujets macroéconomiques…

    bref tu montres bien une pierre angulaire : le temps, il faut du temps, il faut accepter que le temps puisse être un allié et pas toujours un ennemi

    gutte Nacht

    • PUautomne dit :

      Il faut prendre du temps pour pouvoir réfléchir et répondre tranquillement. Sortir de l’urgence qui est bien souvent de la pseudo-urgence. Pour l’homéopathie, vous vous amusez bien, mais si vous ne faites pas de la pédagogie concernant l’approche scientifique vous ne vous en sortirez pas. De toute façon je pense que c’est impossible. Ce matin je réfléchissais à écrire un petite nouvelle d’anticipation, les gilets jaunes ont pris le pouvoir, font la révolution culturelle en éliminant toutes les élites ou en les remettant au champs et la médecine serait entièrement homéopathique car dénué de tout présupposé scientifique. Ce qui domine c’est la bêtise et c’est dur de lutter contre la bêtise. Ceux qui avait cru à l’intelligence collective découvre la bêtise collective grâce aux réseaux…

  3. durand dit :

    La médecine est une science:FAUX.
    La recherche en santé est une science:VRAI.
    La médecine n’est pas une science car elle obtient des résultats sans comprendre les mécanismes qui les induisent.
    On ne connait pas le principe d’action de la plus part des médicaments.
    Lorsque vous donnez un médicament a un malade vous ne connaissez pas sa réaction.
    Ce n’est pas une pratique scientifique c’est une pratique empirique.
    D’ailleurs les médecins le savent bien puisqu’ils disent que la médecine est un art.
    nos connaissances sur le vivant nous permettent juste d’entrevoir sa complexité.
    Pour l’instant en génétique on a surtout des effets d’annonces start up oblige mais rien de concret.
    ça viendra mais ce sera beaucoup plus long que ce que vous croyez
    Il va falloir expliquer:les cellules+les virus+les bacteries+les champignons et le tout en symbiose.
    On est pas sortie de l’auberge je dirai meme plus on y est meme pas rentré!

    • PUautomne dit :

      La médecine est une science même si ça ne vous plait pas. Toutes les sciences obtiennent des résultats sans comprendre les mécanismes qui les induisent. C’est le principe de la science obtenir un résultat et tenter de comprendre comment ça marche. Manifestement vous n’avez pas beaucoup fait de science ou alors pas la même que moi. L’empirisme est au coeur de la science. Je suis médecin et je n’ai jamais dit que c’était un art, ceux qui le disent sont de gros prétentieux qui sont des artistes frustrés. La médecine doit reposer sur une démarche scientifique. Ensuite on fait avec l’ensemble de nos non connaissances pour répondre à la demande du patient.
      Arrêtons avec cette notion d’art c’est insupportable et justifie tous les charlatanisme.
      Je suis très conscient de la complexité et manifestement vous ne m’avez pas bien lu, car justement je milite pour ne pas répondre à des questions complexes par des réponses simples.

      • durand dit :

        Parmi les sciences empiriques on distingue traditionnellement les sciences expérimentale comme la chimie (Wiki)
        Vous avais raison c’est une science
        J’ai raison elle est empirique.

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