« Ne devrait pas envisager de passer le bac » ou Pourquoi je ne serai jamais pour la sélection à l’entrée des études en médecine?

Je suis intéressé par la question: « comment former des médecins ? » Je ne participerai à aucune commission ou comité sur le sujet. Je refuserai systématiquement car j’ai un trop fort conflit d’intérêt sur ce thème.

Je m’en rends compte quand en lisant ce genre de tweet je suis en rogne.


Il s’agit d’un extrait du tweet-live de BaptouB en direct de l’EGFM (vous pouvez suivre les débats sur canalU.tv).

Pourquoi je suis en rogne?

Ce genre de propos fait fi de la résilience.

Une maladie toute française est de croire que notre futur est inscrit dans les astres du parcours scolaire. Si vous n’êtes pas dans les clous pendant les années allant de la 4é à la terminale, si pour des raisons diverses et variées vous dérivez et bien point de salut, vous voilà stigmatisés à jamais. La pente est très dure à remonter.

L’absence de sélection à l’entrée des facultés de médecine permet de récupérer quelques brebis galeuses. Je connais le problème, j’en suis une.

Voilà pourquoi je suis contre l’idée de mettre un filtre à l’entrée du PACES.

J’ai été un très mauvais lycéen. J’avais en première et terminale d’autres préoccupations que les cours. Je jouais au rugby et j’adorais ça. le terrain était ma vie . J’ai aimé ce jeu. Cinq jours par semaine j’étais la tête en mêlée ou dans les regroupements. Je partais régulièrement en stages une bonne semaine avant le début officiel des vacances de mon académie. Le lycée m’ennuyait profondément. Je dormais en cours. Le lundi, j’avais souvent fait deux matchs dans le week end et j’étais fatigué. Le reste de la semaine ne m’intéressait pas plus, sauf le jeu. J’avais des notes catastrophiques. Je ne travaillais pas. Ainsi à la fin de l’année, j’ai eu droit à cette remarquable mention du dernier conseil de classe: « Ne devrait même pas envisager de passer le bac ».

Ma mère m’a mis devant mes responsabilités: « Tu as le bac ou je te coupe les vivres ». J’aimais bien mon confort et heureusement, la saison venait de se finir. Pendant un mois, j’ ai travaillé. Contre toute attente, j’ai eu ce premier diplôme sans mention bien évidement, mais je l’ai eu. Je croyais être tranquille, mais ma mère (encore elle) m’a refait le coup du « si tu ne t’inscris pas en fac je te coupe les vivres ». Parallèlement, un copain plus âgé venait de se blesser grièvement en jouant. Sa carrière sportive était brisée. Il avait tout misé dessus, sa vie devenait très compliquée.

Ces deux pressions m’ont poussé à m’inscrire en fac. J’avais un penchant pour l’histoire. La fac la plus proche de chez moi, important pour continuer à jouer au rugby, était celle de médecine. J’ai décidé de m’y inscrire. Un hasard kilométrique accompagné d’une amicale pression familiale m’ont poussé en ce lieu. Je n’avais aucune vocation, voir plutôt une aversion pour la médecine avec l’exemple de mes parents. Mais bon, c’était pas loin et c’était le prix de ma tranquillité. Je me suis inscrit.

Je suis parti pour de longues vacances. A mon retour, j’ai eu envie de voir ce que c’était qu’un amphi et ce qui pouvait bien s’y raconter. La curiosité est mon pire défaut. Je suis allé à la fac pour la première fois un matin de septembre 1987 et depuis j’y suis encore.

J’ai découvert l’anatomie, j’ai aimé ça immédiatement, j’ai découvert la physiologie, comprendre comment marche un organe ça m’a plu, j’ai vu une cellule dessinée sur un tableau noir et j’ai trouvé ça beau. Je n’avais aucune pression, aucun devoir, pas d’obligation. J’ai découvert la liberté de m’organiser à mon rythme. Pour la première fois, j’ai eu envie d’apprendre, savoir comment marchait un corps humain. Après 15 jours, je savais que ça me plaisait. Pas la médecine, juste apprendre, comment était le corps humain. Je ne suis pas retourner sur un terrain cette année là.

Pour la première fois de ma vie, j’ai travaillé, tout seul, comme un mineur de fond, seul avec mes polycopiés et plus j’apprenais plus j’avais envie d’apprendre, plus je comprenais, plus j’avais envie d’en avoir. Pas d’écuries, juste un concours blanc en décembre pour voir où je me situais.

J’avais découvert le bonheur d’apprendre, de la connaissance juste pour la connaissance.

J’ai passé le concours. Deux jours et demi d’épreuves, 15% de reçus, la majorité de doublants, et surtout des bons lycéens, j’avais peu de chance, statistiquement aucune. Ma place: sous l’horloge dans le grand hall de la faculté. Je passe souvent à cet endroit. Au bout de deux jours, je suis convaincu d’avoir raté. Pour le bac, je m’en foutais, je n’avais pas travaillé, je n’avais pas de pression. Là, pour la première fois, j’avais mis de moi dans un travail intellectuel, j’avais envie de connaitre la suite de l’histoire. Je ne voulais pas aller aux deux dernières épreuves le lendemain. Je pensais être nul, ne rien savoir, je ne voulais plus bouger. Ma mère, encore elle, est venue, tard le soir.

Elle m’a dit: « tu as commencé, tu finis ». Elle m’a poussé et elle avait raison.

J’y suis allé. J’étais triste. J’étais convaincu d’avoir raté. Pour oublié, j’ai fais la fête pendant l’intervalle, jusqu’aux résultats. J’ai réussi en primant. J’étais 36é sur 250. J’ai découvert que le travail payé. Alors j’ai continué.

J’aimais  apprendre. J’ai découvert la médecine comme je la pratique en cinquième année au contact de celui qui est mon maitre. Depuis je suis rentré dans la caste des hospitalo-universitaires, PU-PH. Quand j’ai la grosse tête, je relit la conclusion de mon livret scolaire: « Ne devrait pas envisager de passer le bac » et je dégonfle.

Voilà pourquoi je ne serai jamais pour la sélection à l’entrée des études médicales, je me trahirai. J’ai le pire des conflits d’intérêts, un conflit d’intérêt intellectuel. J’ai bien conscience que mon histoire, n’est qu’une histoire, qu’on ne peut pas généraliser.

Faut il ne pas sélectionner car il existe des cygnes noirs? Ma réponse est claire, il faut laisser la chance à des perdus de se trouver. Il ne faut jamais croire que le match est perdu ou gagné d’avance. Nous possédons tous des capacités, des qualités qui ne demandent qu’à trouver le bon cadre pour s’exprimer. Nous devons tous avoir droit à une ou deux voir trois chances supplémentaires. Il faut juste la saisir quand elle se présente et ne plus lâcher, comme le ballon dans un maul.

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30 réponses à « Ne devrait pas envisager de passer le bac » ou Pourquoi je ne serai jamais pour la sélection à l’entrée des études en médecine?

  1. chantal dit :

    Bonsoir PerrucheAutomne,

    entièrement en accord avec vous. Une scolarité mal vécue ne doit pas signifié l#exclusion à un choix professionnel. Ce n’est pas parce qu’on a un parcours scolaire de meilleur élève qu’on soit un bon médecin ou avocat ou magistrat ou maçon. L’élite n’est pas forcement le mieux, n’importe la profession choisi pleins éléments s’ajoutent pour être un « Bon » dans sa vie professionnelle.

    Super note . Bonne soirée

  2. Un étudiant dit :

    Bonjour,
    Je me suis particulièrement reconnu dans vos propos, ancien « parasite » de la salle de classe, sans bac ni diplome, j’ai fini par me diriger vers la P1 que j’ai réussi primant !
    Je ne peux qu’être d’accord avec vous sur ce point : il faut laisser en médecine, comme dans tout notre système universitaire, une porte ouverte pour tous ceux qui n’avaient pas la maturité ou la plasticité pour rentrer dans le moule du système scolaire.
    Merci pour cette note encore une fois très juste 🙂

  3. boris cohen dit :

    Je ne partage pas entièrement votre avis. Trés mauvais élève tout au long de ma scolarité, je n’ai jamais réussi à passer la P1. Le concours ce n’est définitivement pas mon truc et pour moi c’est plus une machine à broyer qu’autre chose…
    Le concours est une forme de selection et je ne pense pas que ce soit la meilleur. De meme que juger les gens sur leurs notes aux lycées ne me semble pas non plus pertinent….
    De plus d’un point de vue intellectuelle ça préformate les esprits, avec des mots clés à connaitre pas coeur, et autres joyeuseté…

    Je me permet de vous dire que votre mère mériterait de recevoir le titre de mère juive de l’année!!! lol

    • PUautomne dit :

      Merci pour votre commentaire, je comprends ce que peut avoir d’ énervant ma note quand on avait l’ envie et que le concours bloque sa vocation. Je pense que plutôt que d’ offrir des postes au nc, il vaudrait mieux les offrir à une entrée en deuxième année, pour des personnes aux parcours atypiques qui ont une véritable envie de faire ce métier et qui ne sont pas des bêtes de concours. Je crois à la multiplication des prêtes d’ entrée. Mais l’ idéal resterai une orientation vers la médecin un peu plus tardive, après une licence par exemple. Je ne crois pas par contre à la licence santé qu’ on essaye de nous vendre. Je suis désolé si je vous ai blessé.

  4. doudou dit :

    note très juste sur le caractère forcément intolérable d une sélection sur dossier versus le filtre du concours ,sans faux semblant il sera sans doute difficile d’éviter une sélection minimale (exclusion des bacs non s,restriction du redoublement), la licence santé est une pantalonnade,il serait utile de formaliser et d ouvrir l’entrée sur titres en d1 pour les diplomés « brillants » en maitrise scientifique,les ingénieurs and co,

    • PUautomne dit :

      Le système fonctionne à peu près actuellement. La tendance n’est pas forcément à une augmentation des inscriptions en PACES en france. Je ne crois pas que la sélection à l’entrée soit utile, ou alors il faut tout changer et faire disparaitre le concours. je suis convaincu, qu’il faut si le système ne change pas en profondeur étaler le numérus clausus pour permettre des rentrées en P2 et ou D1, pas uniquement de personnes à formation scientifique mais aussi d’individus venant des SHS voir de lettres.

  5. GussD4 dit :

    Ce billet est en parfaite opposition avec ma vision des études de médecine.
    Je considère qu’au lycée, on a une vision globale, éclectique, passionnante du savoir et qu’au contraire au sein des études de médecine on devient de pseudo-automates. La prise de recul, la réflexion sur le sens du soin notamment sont totalement absents.

    Personnellement je suis différent de ce que vous décrivez, moi ce sont les études de médecine qui me gonflent, avec un formatage, une tonne de bouquins abscons à ingurgiter et un bachotage souvent ridicule. Finalement votre scolarité pré-bac que vous avec trouvée ennuyeuse ressemble à s’y méprendre à ma vison des études en médecine…

    PS: Je me permets de vous féliciter pour votre blog très intéressant et riche de sujets souvent différents pour une ouverture spirituelle sur pleins de domaines… Merci et bonne continuation

    • PUautomne dit :

      J’ai adoré les études médicales. Il faut de façon individuelle, autonome, prendre le recul, faire le lien entre les différents points, entre les différentes spécialités, voir l’homme dans sa globalité à partir de différents point de vue. Les études médicales sont normatives, mais ce qui sauve du formatage, c’est le contact avec le patient. Interroger, toucher, réfléchir sur le cas d’un patient en le confrontant au savoir livresque permet de découvrir que la médecine est un work in progress permanent où chaque jour nous apprenons. Nos patients sont nos premiers professeurs. C’est eux qui nourrissent, qui ouvrent de nouvelles portes, qui nous poussent à être meilleur.
      Je comprends votre vécu. Les études médicales demandent un investissement important, mais qui apportent énormément. Dans ma scolarité pré-bac ce qui m’a le plus géné, c’est l’absence de liberté, l’incapacité du système à me laisser apprendre à mon rythme, comme j’avais envie. Les études médicales avec son système fac m’ont permis ça. Je n’aime pas qu’on m’impose quoi que ce soit, surtout dans ma formation.

  6. John Snow dit :

    Il faudra toujours une sélection, je ne vois pas bien comment faire autrement.
    La méthode actuelle, après un an et des épreuves inédites quelle que soit la filière d’origine (anatomie, sciences humaines, biostatistiques…) me semble un moindre mal… Quand on pense que les belges sélectionnent sur un tirage au sort (et ne forment pas malgré tout de mauvais médecins) on peut se dire que notre façon de faire est à peu près équivalente, c’est-à-dire que ces 2 façons gomment l’hétérogénéité des formations des étudiants à leur inscription. Ce serait impossible avec une sélection à l’entrée basée nécessairement sur le pré-acquis, et donc sur la filière d’origine…
    L’autre avantage de la méthode PACES, c’est d’orienter rapidement dans un sens comme dans l’autre… La pléthore de doctorants désoeuvrés, victimes d’une sélection du système fac, sournoise au fil des années m’attriste profondément…

    Dans un autre registre, pensez-vous que les chiens ne font pas des chats? Avec le recul et excepté l’épisode du bac, on pourrait penser que papa ou maman ont(consciemment ou non) influé sur les choix de de leur progéniture, non?
    Je dis ça aussi car j’espère secrètement qu’un de mes gamins prenne la voie!

    • PUautomne dit :

      Toute sélection sera injuste. Je suis à peu près convaincu que tout concours avec une grosse masse de candidats se rapproche du tirage au sort. Je pense que le risque de la préselection est d’aggraver encore la faible diversité des étudiants en médecine. Je pense qu’on sélectionne trop tôt mais bon c’est un avis personnel. Concernant les doctorants, le vrai problème à mon sens est qu’en france on ne donne pas leur chance à des personnes qui ont de vraies qualités pour être innovant. L’entreprise française se coupe d’un réservoir formidable d’innovation en ne recrutant pas des doctorants. L’université devrait inciter les doctorants au sens large à quitter le milieu universitaire pour aller essaimer dans la société. C’est un autre débat.
      Concernant l’autre aspect du commentaire, on ne vit pas avec des parents médecins sans avoir une idée de la médecine, haine ou amour, mais entre les deux parfois la limite est ténue. J’ai surtout découvert qu’on pouvait faire de la médecine différemment avec le temps. Parfois je me demande si il n’y a pas des éléments de susceptibilité génétique à faire des médecins, mais bon j’oublie vite cette possibilité.
      Je crois que la médecine est un très beau métier avec une grande diversité d’exercice possible, chacun doit trouver celui qui lui convient le mieux. J’ai aimé initialement l’aspect uniquement intellectuel, avec le temps, la pratique et des rencontres, j’ai appris à aimer le coté humain, la relation, le travail en équipe. Ce que je retiens c’est que rien n’est définitif, nous sommes plastiques, nous pouvons évoluer, changer, il faut juste accepter.

  7. Naï dit :

    Sans rentrer dans le débat, je n’ai rien à voir avec la médecine j’ai trouvé votre billet extrêmement touchant. J’en ai même les larmes aux yeux, pour vous dire. Rien à voir avec mon parcours vu que j’ai toujours été une bonne élève sans trop faire grand chose et que j’ai choisi pour le coup la voie du sport et de l’enseignement alors qu’on m’aurait plutôt prédestiné à de grandes études…

    Je crois que chacun doit avoir une chance de trouver sa voie et que dans notre société d’aujourd’hui c’est extrêmement difficile. Il faut faire tel ou tel métier parce que ça paye bien ou parce que ça recrute, on ne laisse plus la place à la vocation ou a la passion, du coup on fait des gens frustrés, qui n’aiment pas leur métier et qui sont malheureux ou pire deviennent dépressifs.

    J’ai fait plusieurs métiers et j’aurais pu gagner vraiment très bien ma vie mais au prix de mon épanouissement personnel, j’ai choisi d’être heureuse en n’ayant que le minimum matériel. Je suis persuadée que lorsqu’on fait ce que l’on aime, on se donne les moyens de vivre heureux même si l’on est loin d’être riche matériellement…

    En tous cas bravo pour cette note très bien écrite.

    • PUautomne dit :

      Merci pour ce commentaire. Il est effectivement difficile de trouver sa voie surtout dans une société qui laisse peu ou pas de deuxième chance. Il faut son activité pour être un minimum heureux. Je n’ai pas de doute la dessus.

  8. Merci 😉

    J’ai toujours été un cancre, car hyperactif et incapable d’apprendre par coeur. J’ai redoublé ma 4ème, et je devais redoubler ma 1ère, alors mon père m’a mis dans une boîte à bac. Je l’ai eu tout juste. J’ai redoublé P1, je l’ai eu tout juste, grâce au stats et à la physique, qu’il ne fallait pas apprendre mais comprendre.

    Le concours de l’internat (ancienne formule) n’était pas pour moi : du par-coeur pur. De toute façon, je voulais être généraliste.

    Et puis, quand j’ai terminé ma thèse, je me suis dit « maintenant, je n’apprendrais plus que pour moi ». Et j’ai appris plein de choses. J’ai écrit dans Prescrire. J’ai enseigné à la fac, puis j’ai arrêté car je n’aime pas être un intouchable.

    Quand un laboratoire du CNRS m’a contacté en 2010 pour faire un cours sur la Médecine 2.0, j’ai trouvé plutôt marrante cette revanche du cancre.

    Non seulement il y a des cygnes noirs, et donc des vilains petits canards, mais il y a aussi des esprits tordus ou agités qui peuvent être utiles à la profession. Cloner des Berche, c’est tuer la médecine.

    Je comprends mieux pourquoi j’apprécie tant tes écrits.

    • PUautomne dit :

      Merci pour ce commentaire marqué du sceau du bon sens.
      Je suis bien d’accord, il faut de la diversité pour trouver des solutions. Il faut des bons élèves, mais il faut aussi laisser de la place aux autres à ceux qui pour s’exprimer ont besoin de respirer.
      Il faut toujours laisser une chance, une petite place à l’improbable réussite, car parfois c’est des petites qui sortent comme le remarquable travail de fond que tu fais sur atoute.
      J’aime les frontières, les bordures, les marges.

  9. Guillaume dit :

    Dominique Dupagne l’a très bien dit et j’en remet une petite couche…
    Première S de justesse. Bac D sans mention
    Premier P1 de loin car tous mes amis étaient en fac d’histoire et difficile de se mettre au boulot…résultat: 350/450 inscrits
    Ultimatum parental et mise au boulot : deuxième P1 avec arrivée 41 eme : ouf
    Pas d’internat et généraliste par envie profonde plutôt que dépit.
    J’étais en clair un élève scolairement moyen qui n’aurait eu aucune chance dans un système sur dossier.
    Sans faire l’ancien combattant, j’ai fait parti de la génération de lycéens qui sont descendus dans la rue en 1986, il y a une eternité, pour faire barrage à une projet de loi d’un secrétaire d’état qui s’appelait Devaquet et qui voulait instituer ce système de sélection à l’entrée de l’université….Ça ne s’est pas fait et c’est tant mieux!
    Merci pour ton post.

    • Loz dit :

      Exactement la même pour moi, Bac S sans mention même si je n’ai jamais eu de difficultés scolaires.

      Première P1: 7.80/20, 1453e/2800 inscrits, mais je ne me suis jamais mis au travail de toute l’année.

      Lors de ma 2ème P1 j’ai vraiment aimé ce que j’apprenais et je me suis retrouvé avec 14.96/20 de moyenne, passant en P2 de justesse après les désistements des choix dentaires (409e/3000 soit 5ème avant dernier de ma promo).

      Aujourd’hui je suis en D4 et j’envisage un choix de médecine générale pour l’internat quelque soit mon classement aux ECN, tout en continuant de faire de la musique à un niveau professionnel à côté.

      J’ai remarqué une chose dans mon cursus scolaire: quoi qu’il arrive j’ai entre 11,5 et 12,5 de moyenne et ce depuis la 4ème jusqu’en 6ème année de médecine (excepté lors des 2 P1).
      A croire qu’inconsciemment, je bosse le strict minimum pour avoir un niveau correct sans plus.

  10. zigmund dit :

    beaucoup de choses ont été déjà dites. j’ai bp aimé votre post
    j’ai également un parcours atypique : élève moyen correct au lycée mais classe littéraire l’année du bac pendant les cours de philo je découvrais les cours de chimie du PC1 en essayant d’y comprendre qq chose.
    Si j’avais aimé apprendre au lycée , mon plaisir d’apprendre des choses neuves a été bien plus grand en PC1 (c’était le tt début du NC et l’ambiance n’était pas trop pourrie). J’étais là où j’avais toujours voulu être
    les 6 ans puis les 4 ans de spé ont passé à toute vitesse (seul le stage interné m’a paru une éternité). Si un ou une mécène m’avait financé des études de médecine à vie je serais encore sur les bancs de la faculté à réapprendre et approfondir.
    je m’eloigne un peu de votre avis : il est plus juste d’éliminer par concours(qui ok équivaut à un tirage au sort) à bac +1(j’ai l’exemple du concours d’instits qui élimine les gens à Bac +4 ou 5 avec des taux de réussite comparables 10à 15%)

  11. thoracotomie dit :

    concernant les remarques scolaires désobligeantes, moi je dis il faut laisser pisser et en avoir « rein » à faire …
    et bien sûr je sors

  12. anita dit :

    Arf! je découvre ce post un peu tard-je ne blogue plus beaucoup. J’ai un bac lettres. Que j’ai réussi avec 10, sans doute parce qu’en première, j’allais à un cours sur 7. Et bien sûr tout le monde a rigolé quand j’ai décidé d’entrer en médecine.
    Exercer la médecine, c’est souvent raconter une histoire, inscrire un fragment dans une continuité. Et tenter que le sujet de l’histoire échappe à une fin trop écrite.
    Des bises.

  13. Ping : REGULIER dans son Insuffisance : Le Blog du Petit Docteur

  14. Juju dit :

    Je vous décrirai en un seul mot : l humilité.

    Par contre, quelle vision minimaliste de ce mOnsieur…

    Bonne soirée.

  15. Je relis ton article.

    Maintenant que je te connais mieux, je sais que tu fais partie des meilleurs, humainement, pédagogiquement et techniquement. J’ai de bonnes raisons de penser que ce n’est pas le cas de Berche.

    La relecture de ton article n’en est que plus interpellante. Non seulement un parcours balisé risque de laisser de bons éléments sur le bord de la route, mais ces bons éléments sont peut-être les meilleurs.

    C’est vrai dans d’autres domaines. Steve Jobs a suivi tout sauf un parcours classique. On a essayé de décourager Jean Dujardin de faire une carrière d’acteur. Einstein a travaillé seul et peu à l’université. Le génie n’est pas à l’aise dans les passages cloutés.

    En fait, la norme produit les tâcherons, le hors norme produit autant la médiocrité que l’excellence. Il faut prendre garde à ne pas élaguer la courbe de Gauss.

    Non seulement la normalisation est injuste, mais elle est dangereuse.

  16. Borée dit :

    Je profite d’un tweete de Dominique pour laisser le commentaire que je n’avais pas écrit lorsque j’avais lu ton texte pour la première fois.
    Il m’avait vraiment ému et touché.
    Pas que je m’y sois personnellement reconnu. J’ai toujours été, au contraire, un « élève modèle », probablement trop, qui a traversé sa scolarité jusqu’à la 6ème année sans faire de vagues. Ce n’est qu’à ce moment là que je me suis rebellé et que j’ai décidé que le bachotage idiot pour préparer le concours, ce ne serait pas pour moi.
    J’ai une vraie tendresse pour ceux qui sont dans les marges, qui parcourent les chemins de traverse, qui ne sont pas dans les cadres.
    La société française en particulier, crève de son culte des diplômes, de la linéarité de ses parcours et de son absence de « deuxième chance ». Je ne suis pas grand fan de la culture américaine mais, au moins de ce point de vue, j’envie leur souplesse et leur ouverture d’esprit.

    • PUautomne dit :

      Merci.
      Je suis d’accord avec ton commentaire. Il faut laisser l’opportunité à des gens de s’épanouir quand ils le peuvent, en ne fermant pas trop tôt les portes aussi bien physiquement que dans les têtes. On enseigne trop qu’en dehors d’un parcours linéaire point de salut, il faut toujours bien remplir les petites cases et tout ira bien et malheur à celui qui ne collera pas à l’image.
      C’est pour cela qu’il faut laisser une petite chance aux enfants perdus, ils peuvent peut être apporter quelques choses à leurs camarades.

  17. Marie dit :

    Merci pour ce billet…
    Si je peux apporter ma petite contribution : mon mari est un ancien dyslexique, pendant toute sa scolarité les profs et ses parents (!) le considéraient comme un bon à rien et se demandaient ce qu’ils « allaient faire de lui »… Finalement c’est lui qui a décidé de redoubler la 2e, pour rattraper le niveau. Il a eu son bac (certes sans mention mais sans rattrapage en septembre), et est ensuite entré dans une école d’ingénieurs très réputée. Il est aujourd’hui chef de projet et construit des centrales d’énergie.
    Inutile de dire que je suis très fière de lui.
    Je trouve le système d’éducation dans notre pays (et dans d’autres!) tellement formaté; si on ne rentre pas dans le moule, on n’est forcément pas bon. Mais comment un UNIQUE système d’éducation peut-il convenir à TOUS les enfants?
    Pour ma part, étant très bonne élève, mes parents ont cru bon pour moi de m’envoyer dans un lycée très très très réputé. Pour me « rebeller », j’ai choisi, contrairement à tous les autres élèves de ma classe (qui se dirigeaient tous vers des classes prépa après le bac), la fac de médecine (ce que je voulais faire « depuis toujours »)… J’en suis fière aussi, et étant jeune installée en médecine générale aujourd’hui, la reconnaissance de mes patients est ma plus belle récompense (même si évidemment on ne fait pas (on ne peut pas? faire) ce métier pour ça) 🙂
    Longue vie à votre blog et à votre compte twitter ! 😉
    Marie

    • DEVEAUX dit :

      Bonjour,

      J’étais bosseuse; pas le choix car boursière et le redoublement au lycée m’aurait privée de bourse et donc de possibilité de poursuivre des études. J’ai donc continué à bosser pour réussir le fameux concours et j’ai réussi (15ème sur 100 admis). Pendant l’été qui a suivi cette réussite, j’ai travaillé comme aide-soignante (il fallait financer l’année suivante en attendant la bourse qu’on reçoit en décembre) et j’ai su alors que j’aimais soigner et prendre soin. Ce travail d’aide soignante (et non d’infirmière) me semble fondateur. Je crois que l’on devrait proposer à tout étudiant voulant s’inscrire en médecine de faire pendant un mois ce travail là en EHPAD. Il saurait alors s’il aime soigner et apprendrait à prendre en compte l’être humain et non un ensemble d’organe. Il apprendrait aussi beaucoup des aides soignantes, des infirmières, du travail en équipe où chaque métier a un point de vue partiel mais légitime.

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  21. didion dit :

    très sympathique PerrUche, agréable compagnie. J’ai bien rigolé en rentrant dans l’article de Prescrire sur les hyponatrémies en cette compagnie. Et Prescrire qui te répond, sérieux comme un pape, que l’on sent se bidonner à l’intérieur. Chouette. Douce irrévérence, agréable chahut.
    En note 1: la porte d’entrée de ce blog . Alors, c’est la première fois que je goûte ta prose ce soir, et je suis en appétit de revenir souvent faire plus ample connaissance.
    En 1972, nous étions 600 à la faculté de Rouen en première année de médecine. 200 allaient être reçus. Moi, j’étais rempli de l’idée qu’il aurait mieux valu laisser tous ceux qui voulaient apprendre, apprendre tout ce qu’ils voulaient, en médecine comme dans tous les domaines, et voir en fin de parcours qui a les compétences pour les travaux qui sont à faire. Pour faire de bonnes choses et non pour faire du pognon. Je n’ai jamais changé d’avis, mais je me suis toujours senti un peu seul avec ce genre d’idée. A bientôt, donc, Amical bonsoir.
    Francis.

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