Le jardinier d’Otchakov d’andrei Kourkov

Voici la dernière livraison en France de l’écrivain russe Andrei Kourkov, je vous conseille ce petit bijou de littérature russe. Kourkov depuis le Pingouin poursuit son exploration et sa critique de la société ukrainienne et forcément celles du grand frère russe. Il le fait d’une façon de plus en plus russe, de plus en plus fantastique, de plus en plus brillante, à travers le filtre du roman policier. Avec ce livre, il suit une tradition de l’irruption du fantastique dans la vie quotidienne, des exemples, Gogol et sa fantastique nouvelle « Le nez », bien évidement Boulgakov et sa marguerite, et plus récemment un auteur comme Sorokine.

Plus qu’une irruption il s’agit d’un glissement. Le fantastique devient partie intégrante des différents protagonistes d’une façon normale. Nous suivons la vie, sans grand intérêt, d’Igor. Il a la trentaine, il vit avec maman de ses rentes, jusqu’à sa rencontre avec un semi vagabond, puis un voyage, un cambriolage et la découverte des étranges pouvoirs d’un vieil uniforme de la milice soviétique. Dès qu’il revêt ce costume, il se transporte dans l’Otchakov de 1957, où il jouera son rôle jusqu’au bout. Jusqu’à la fin du roman, nous n’arrivons pas à savoir si notre nouvel ami vit réellement ses déplacements éthyliques et nocturnes ou si il est simplement schizophrène. Le roman se déroule à cheval entre ces deux périodes, entre ces deux mondes si loin si proche.

La trame narrative simple, s’épaissit pour conduire à un dénouement inattendu mais totalement crédible. La force d’un grand conteur est de nous faire croire à son histoire aussi improbable soit elle. Kourkov définitivement se place dans la catégorie des  grands écrivains. Il ne juge jamais, il suit ses personnages, qui boivent, mangent, volent, tuent, se désirent, s’aiment, vivent en un mot. Et au détour d’un coup de couteau, d’une soirée d’ivresse, une reflexion profonde sur ce qui fait un homme, sur l’humanité en générale. Kourkov aime ses héros, ses livres sont toujours d’une humanité rare.

Igor a une révélation grâce à un livre de cuisine, un livre pas comme les autres. Belle métaphore sur la force de l’écrit, quel-qu’il soit. Le monde se sépare en jardiniers et forestiers, pour savoir de quel coté vous êtes, connaitre le choix d’Igor, il faudra lire ces magnifiques pages, toute en finesse et subtilité sous le masque de la farce fantastique. Un texte magnifique, une lecture qui n’est que plaisir.

J’avais souvent été gêné par la difficulté de Kourkov à finir ses romans. Les fins étaient un peu décevantes. Ici, la dernière page lu, vous êtes encore dans la banlieue de Kiev ou au bord de la mer noire, rêvant à ces possibles entre aperçus et la lecture se prolonge…

D’autres critiques sur Kourkov: le dernier amour du président, l’ami du défunt, le caméleon.

Ce contenu a été publié dans littérature, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à Le jardinier d’Otchakov d’andrei Kourkov

  1. Catherine dit :

    Ça donne envie de le lire tant d’enthousiasme.

  2. saada dit :

    oui, c’est vraiment chouette ce livre, merci pour la découverte de cet auteur, avec 2 ans de « retard », et indépendamment du contexte politique dramatique actuel ; et dans la foulée, le pingouin, du même auteur , c’est pas mal non plus !

Laisser un commentaire