Poids de naissance et polykystose rénale autosomique dominante

J’aime bien voir une de mes vieilles idées publiées, surtout quand un reviewer avait trouvé que c’était une idée totalement sans intérêt. J’aurai du le faire sans l’argent, mais bon quand on vous dit que votre projet est nul…

Un groupe danois a étudié l’age de survenue de l’insuffisance rénale chronique terminale chez 86% des danois porteurs d’une polykystose rénale autosomique dominante (284 patients) en fonction du poids de naissance.

  1. Orskov, Bjarne, Karl B Christensen, Bo Feldt-Rasmussen, et Svend Strandgaard. « Low birth weight is associated with earlier onset of end-stage renal disease in Danish patients with autosomal dominant polycystic kidney disease ». Kidney Int(février 1, 2012). http://dx.doi.org/10.1038/ki.2011.459.

Il s’agit d’un travail rétrospectif, la principale limite est l’absence de données sur le génotype et sur le volume rénal qui sont comme vous le savez les déterminants principaux du pronostic rénal. Le facteur qui a le plus de poids pour déterminer l’age de survenue de l’IRCT chez les patients est le siège de la mutation dans PKD1 ou PKD2 (54 ans vs 74 ans). Malgré le poids de la génétique, il persiste une grande variabilité d’expression de la maladie.Le modèle en trois coups explique la part d’aléatoire qui préside à l’apparition des nouveaux kystes. La fréquence d’apparition plus importante des nouveaux kystes dans les formes liées à PKD1 explique en partie la sévérité plus importante comparé aux formes associées à des mutations de PKD2.

L’hypothèse de départ pour ce travail repose sur la théorie de Brenner. Chez l’homme la néphrogenèse s’arrête à la 36é semaine ou à la naissance. Brenner a fait l’hypothèse confirmé depuis qu’une naissance prématuré, un retard de croissance et un petit poids de naissance sont associés à un nombre de néphron moins importants. Ce défaut de néphrogenèse prédispose les petits poids de naissance à développer une HTA et une altération du débit de filtration glomérulaire. Dans la PKD, il était logique de se demander si avoir moins de néphrons au départ pouvait accélérer le développement de l’IRCT.

Les auteurs montrent dans leur cohorte une relation linéaire entre poids de naissance et age de survenue de l’IRCT. Les R chez les hommes et les femmes ne sont pas glorieux mais ils sont statistiquement significatifs. En analyse multivariée, le poids de naissance a un impact sur l’age de survenue de l’IRCT (chaque kilo de poids de naissance fait gagner 1,7 ans sans IRCT) comme la pression artérielle, le sexe et l’utilisation de bloqueurs du SRAA (ce qui à le plus de poids) ou d’inhibiteurs calciques.

Ce travail, s’il est loin d’être parfait, montre que probablement le poids de naissance à un impact sur l’age de survenue de l’IRCT dans la PKD. Le retard de croissance intra-utérin ou la prématurité ce n’est pas bon pour les reins.

J’avais un projet, qui était d’étudier l’impact du poids de naissance sur la dégradation de la fonction rénale en tenant compte du génotype. J’avais pour but d’analyser 300 patients avec une PKD. J’avais besoin d’argent pour génotyper. On m’a gentiment dit que ceci n’avait aucun intérêt. Les reviewers de KI n’ont pas été du même avis que les miens.

De cet intérêt, j’ai pris l’habitude de demander leurs poids de naissance aux patients qui me sont adressés pour une altération du DFG sans cause évidente.

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