Note musicale en retard

J’ai eu l’idée de cette note il y a deux ans et demi sur la route entre Trente et Vérone, en revenant d’Autriche.

20140810_104646J’écoutais de la musique, un très bon album de Paul Shapiro, un saxophoniste américain, « Shofarot Verses ». Le son de cet album de 2014 me faisait penser à quelque chose.

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Il y avait marc Ribot sur ce disque paru sur le label du génial John Zorn, Tzadik. Marc Ribot est un immense guitariste. Vous pensez ne pas le connaitre en fait vous l’avez déjà entendu, forcément.

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Ce n’était pas la guitare, ni la production très zornienne. C’était Shapiro et sa manière de jouer du saxophone. Je savais que je n’avais jamais écouté de disque de lui en leader. J’avais renoncé à trouver, remettant ma quête à mon retour dans ma collection de CD. Je change de disque pour mettre un vieux truc que j’aime beaucoup « Cool and steady and easy » par les Brooklyn Funk Essentials. Il est sorti en 1994. J’écoute d’une oreille distraite.

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Bingo. Je regarde fébrilement dans le livret et je vois le nom de qui? Paul Shapiro: saxophone et flute. J’étais très content d’avoir retrouvé le musicien. Comme quoi le son d’un saxophoniste ne change pas trop en 20 ans. J’adore BFE en particulier pour ce morceau.

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Il vous fera immanquablement penser à cet immense standard de Strayhorn.

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J’espère que vous aimez le big band, si vous pensez qu’il est mort vous avez tort. Pour l’illustrer voici un échantillon de « Cerberus » par le Spike Orchestra, toutes les compositions de ce formidable album sont signées Zorn.

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Je vous conseille vraiment d’écouter la musique de John Zorn, il est prolifique et passionnant.

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Les chevaliers servants

En me promenant, j’ai vu la une, quelque peu agressive, de ce magazine que je ne connais pas.

20160319_173207Je n’avais pas très envie de dépenser mon argent pour ce qui allait être une élégie au médecin de famille. Je m’en tiens au titre. Si un lecteur à la version papier, je suis preneur, juste pour confirmer mes craintes.

Je n’ai jamais voulu faire médecine, jusqu’au milieu de la première année de médecine. Quand j’étais gosse et jusqu’à 18 ans, si on me demandait ce que je voulais faire, je répondais tout, sauf médecine. Sur le petit papier à l’école, j’écrivais pape, le blanc du costume était très joli.

Mes parents étaient médecins. Je ne les ai pas vraiment vu durant mon enfance sauf pendant les vacances. Ils étaient installé dans un quartier plus que populaire. Mon père était généraliste. Contrairement à ce que pense Valeurs Actuelles, en ville, en particulier dans les marges des villes, il y avait des chevaliers servants. Vieille antienne de la droite catholique, du coté corrupteur de la ville, alors que la campagne garde les vraies valeurs de la France Éternelle.

J’ai eu de la chance. J’avais 8 ou 9 ans, mon Lancelot de père a fait son premier infarctus, il avait 34 ans. Il a été obligé d’arrêter son activité, obligé d’arrêter de fumer trois paquets de clopes par jour, obligé de boire moins de café et il s’est occupé de nous. Il est apparu dans ma vie. Il avait du mal à rester en place alors il a rapidement repris des études et il a fait un CES de cardiologie, qu’il avait déjà commencé, je crois. J’ai passé pas mal de mercredi matin à attendre avec ma sœur dans un sous sol pendant qu’il faisait des échographies. Il essayait parfois de me montrer le cœur battant, souvent la clope au bec et oui les mauvaises habitudes reviennent vite.

Quand il était généraliste, c’était un chevalier servant ou un moine combattant de la médecine comme les encense ce fanzine de droite. Mes souvenirs sont les moments où il nous accompagnait à l’école avant d’enchainer sur sa journée de 14 heures, plus les visites la nuit. Une époque où les  patients n’allaient pas au urgences mais où ils appelaient leur médecin qui venait à 2 heures du matin, qui répondait au téléphone le week-end, en vacances, encore heureux il n’y avait pas de portable. Je passe sur les patients à la maison, les visites où on nous trainait, les « j’ai encore un peu de travail », les « allez jouer », les « on verra plus tard ». J’ai était élevé par mes grands parents. Pendant la semaine, je ne voyais mon père que le matin et pas ma mère. J’ai cru que tout les médecins travaillaient plus de 14 heures par jour. J’ai longtemps cru que partir avec des patients en vacances était normal. J’ai longtemps cru, que les horaires normaux de la consultation de psychiatrie étaient de finir à 23 heures, qu’emmener ses enfants dans les cités pour faire des consultations, que les laisser jouer dans le parc d’une clinique psychiatrique était une norme admise par la faculté.

J’ai détesté la médecine qui a happé mes parents.

Heureusement, à l’époque, elle soignait mal les infarctus. J’ai pu connaitre mon père un peu mieux, pendant quelques années collège. Après, il a repris sa vie de dingue, un peu moins vite  et il est mort. J’avais 15 ans, lui la quarantaine. Je ne voulais pas être médecin.

Quand je lis ces titres, ces articles, ce délire sur le médecin parfait, celui qui se dévoue corps et âme à son métier, à ses patients, je replonge dans mon enfance et je les déteste. Ceux qui écrivent ces inepties n’imaginent pas la vie imposée à l’entourage. Ces médecins acceptent ce rythme pour des raisons d’égo, à mon avis plus que malsaines. Ils voient la reconnaissance dans le regard des patients qui deviennent des zélateurs de ce docteur si dévoué, si bien, si gentil juste parce qu’il vient quand on le siffle, le jour, la nuit, juste avant de partir en vacance, dès les valises posées. Cette déification est un miroir aux alouettes. Il valorise juste le moi du médecin. C’est une drogue dure. Une drogue terrible, une fois qu’on y a gouté, il est difficile de décrocher. Tout passe avant pour avoir sa dose de regards énamourés, de « vous êtes formidables ». Il est évident que des sales gosses ne peuvent pas lutter contre ça, surtout quand arrive l’adolescence et que ça commence à frotter. Il est tellement tentant de plonger alors. J’ai toujours résisté à la tentation parfois de façon trop extrémiste. Il n’est pas totalement innocent, mon choix de l’hôpital public. Je travaille un peu, moins que mes parents certainement. Je n’ai pas l’impression d’être un traitre aux patients. J’ai essayé de ne pas être une ombre entourée de fumée de gitanes sans filtre. Ce métier est un métier un petit peu différent des autres, il demande un peu plus d’investissement, fait un plus mal à la tête que d’autre, nous dormons souvent un peu moins bien que d’autres, nous sommes confrontés à la vie, à la mort, j’ai suffisamment écrit la dessus. Je défends un investissement important, car je le crois nécessaire pour être un médecin correct, pas pour voir des étincelles dans le regard des patients ou avoir des remerciements. Cet engagement ne doit pas se faire au détriment de sa santé, de ses enfants, sinon il est assez facile de ne pas en faire.

Ce titre est une imposture, « chevalier », les médecins ne sont en rien des chevaliers et la maladie certainement pas un dragon. Nous sommes des soignants, c’est déjà pas mal et suffisamment difficile. Fantasme sur le médecin de campagne, sur ce praticien omnipotent, omniscient, omniprésent, insupportable, c’était mon père. Nos deux visions de la médecine et du rôle du médecin auraient pu donner naissance à des discussions assez animées autour du gigot dominical. Trente ans après sa mort, je vois encore de temps en temps des patients qui l’ont connu, ils ont encore de l’émotion sur ce médecin si dévoué, si charismatique, alors que que les jeunes de maintenant… Oui, il était tellement dévoué, qu’il en a crevé, vous laissant vous, les patients chéris, orphelins, sauf que vous avez retrouvé un médecin, moi je n’ai jamais retrouvé de père.

Je rappellerai à ce magnifique journal qui m’a l’air attaché au roman national, que la formidable chevalerie française s’est pris une sacrée rouste face à des anglais bouseux armés d’arcs et de flèches, et pas qu’une fois. C’est bien la chevalerie, c’est beau, dans le roman arthurien. Dans la réalité, les agiles ont gagné contre des lourdingues qui croyaient en leurs soit disant valeurs. Pour ceux qui veulent comprendre d’où vient cette passion du martyre sauce chrétienne, car on parle de ça ici, du rêve d’un médecin qui se sacrifie pour son patient, pour la France, et ainsi dépasser l’histoire à deux balles de ce torchon; je conseille l’écoute de la toujours excellente Concordance des Temps de samedi sur les martyrs. Cette passion n’est manifestement pas éteinte. Le sacrifice est inscrit dans notre inconscient culturel, très profondément.

C’est fou ce que la une d’un magazine réac peut réveiller en vous.

Note écrite avec le soutien de cet album qui reste un must de la musique de jazz.

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Un an plus tard, que veux me dire ce patient ?

L’année dernière, j’avais fait une note pour illustrer la communication non verbale avec les patients, ici par le biais d’un cadeau. Ce sympathique patient qui m’offre de l’huile d’olive, l’année dernière, me l’avait amené dans ce contenant. Pour un transplanté hépatique, c’était amusant. Depuis, nous avons un peu discuté de sa consommation d’alcool et il fait un véritable effort. En plus, il est diabétique. Cette année, il m’a amené en même temps que son bilan biologique avec une HbA1c à 10% et une glycémie à jeun à près de 1,9 g/l, l’huile d’olive la dedans.

20160317_121322Cette fois ci j’ai parlé immédiatement de l’importance de l’équilibre glycémique, j’ai un peu ajusté son insulinothérapie et je lui ai demandé de revoir son gentil endocrinologue qu’il avait oublié depuis 2 ans.

J’attends avec impatience l’année prochaine, pour savoir quel problème il faudra aborder…

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Du sel sur Mars ou comment évaluer les apports sodés

20160316_224254Nous conseillons souvent de limiter l’apport en sodium à nos patients avec une hypertension artérielle, des œdèmes ou une protéinurie abondante, moins de 5 à 6 g de NaCl (du sel) par jour. Ce régime limité en sel est important pour contrôler la pression artérielle. Il est difficile de le faire même avec des images montrant les aliments riches en sel à éviter.

Comment faire ce maudit régime? Éviter les erreurs de base: rajouter du sel, manger des plats surgelés, des conserves, de la charcuterie. Il y a des ennemis plus pernicieux, le pain, les viennoiseries, la pâtisserie industrielle. Lire la composition peut aider (c’est souvent donner en sodium (mg), il faut multiplier par 2,5 pour avoir le sel en mg). Je rappellerai aussi les médicaments, en particulier les effervescents, qui sont des pièges classiques. Comment aller plus loin et vérifier l’observance du régime sans sel ?

Depuis longtemps, nous avons fait l’approximation qu’avec un secteur extra-cellulaire à l’équilibre, la quantité de sodium dans les urines va refléter la quantité de sodium ingéré. Il suffit de diviser la natriurèse en mmol/24h par 17 pour avoir la quantité de NaCl ingéré. Nous vivons sur ce dogme. Cette valeur donne de la puissance au médecin, comme par miracle, il peut dire à son patient:

« Vous avez mangé tant de sel, vous êtes un mauvais élève du régime ».

Souvent le patient nie avec une petite pointe régressive:

« Non maitresse, je mens pas, j’ai pas manger de la pizza au anchois et une baguette avec du roquefort  sur du beurre salé ».

A ce moment, soit le néphrologue s’énerve, soit il soupire, lève les yeux au ciel et abandonne, soit il ne dit rien. Ça dépend du caractère de chacun et de l’humeur du moment.

J’ai été élevé comme bébé néphrologue à la natriurèse des 24 h. J’ai un peu abandonné son utilisation car collecter les urines de 24 h, c’est difficile. En préparant mon cours pour demain, j’ai trouvé dans un article récent Hypertension-2015-Lerchl-850-7 une bonne raison de ne plus croire que la natriurèse est le reflet du sodium ingéré.

Il s’agit d’un article du groupe de Jens Titze. Je ne peux que vous conseiller de lire les articles dont il est le co-auteur, sa vision du sodium est passionnante. Dans ce papier, les auteurs ont pu accéder à deux expériences aérospatiales.

Pour mimer le voyage vers Mars les agences spatiales enferment des volontaires sains dans des espaces clos et les regardent vivre. L’apport alimentaire est standardisé, on peut savoir exactement ce qui a été mangé ou pas. Les sorties sont récupérables facilement. Il s’agit de véritable cage métabolique pour humain.

Metabolic-Cage-for-Single-M

Il a été étudié deux « voyages », un de 105 jours et l’autre de 205 jours . Dix hommes ont été  observés. L’apport sodé a été modifié comme vous pouvez le voir dans la partie gauche du diagramme suivant, 12 g, 9g et 6g. Sur la partie droite vous avez l’apport sodé et la natriurèse.

figSelIl existe une bonne corrélation entre l’apport en sel et la natriurèse (r=0.69). Malheureusement, ce n’est pas la question qu’on pose en pratique clinique: « Sur 200 jours est ce qu’il y a une relation entre l’apport en sel et la quantité de sel uriné ? ». Je veux répondre à « Est ce que la natriurèse observée représente bien l’apport en sel de mon patient? » Les auteurs nous proposent un diagramme de Bland et Altman.

selbland_altmanComme vous pouvez le voir, une mesure isolée (A) de natriurèse va permettre de bien évaluer l’apport alimentaire seulement une fois sur deux. Pile ou Face?

Si je collecte une semaine d’urine, j’ai seulement 8% de mauvais classement. En pratique, si récupérer les urines de 24 heures est difficile en ambulatoire, je pense qu’il est impossible de faire les urines de 7 jours. Si nous voulons pouvoir dire au patient vous ne faites pas bien votre régime ou vous le faites bien il faudrait une semaine d’urine, si nous ne voulons pas jouer totalement à pile ou face.

Ce travail doit nous conduire à l’humilité dans l’analyse des urines de 24 heures. Il ne faut peut être pas être très content d’un résultat parfait vous êtes peut être dans le creux de la vague du rythme de l’excrétion du sodium. Par contre, peut être ne blâmez pas trop vite votre patient, vous êtes peut être au pic… J’aime bien cette figure extraite d’un autre article avec le même dataset. La première courbe montre comment avec un régime stable, il est observé des natriurèses très fluctuantes avec un rythme de 7 jours.Variability of urinary sodium and hormone excretion during long-term constancy ...

Pour mieux saisir le rythme infradien de l’excrétion du sel, il faut lire ce papier.

Ces résultats passionnants, nous aimerions les voir confirmer par un autre groupe de scientifique. Cet article est important pour la pratique clinique, il est peut être temps d’arrêter avec nos natriurèses de 24 heures en ambulatoire qui ne veulent pas forcément dire grand chose. Ces travaux montrent combien il est important de temps en temps de se pencher sur des dogmes et de les revisiter avec de nouvelles données. J’espère que les autres expériences aérospatiales de ce type auront la bonne idée de faire les mêmes prélèvements pour confirmer sur plus de personnes les résultats observés ici.

Vous ne regarderez plus le sodium dans les urines de la même façon grâce à notre désir de la planète rouge. La recherche est une belle chose, car de chacun de ses pans peut sortir des résultats imprédictibles. Voici pourquoi il est illusoire de vouloir l’administrer comme une entreprise banale.

http://nssdc.gsfc.nasa.gov/image/planetary/mars/marsglobe3.jpg

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Une démonstration du pouvoir causal de l’absence

absence

Source : A Demonstration of the Causal Power of Absences – Goldschmidt – 2016 – Dialectica – Wiley Online Library

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Vous reprendrez bien un grand verre d’eau ?

Parfois la lecture de la littérature laisse un peu pantois. J’ai pas mal écrit sur l’apport hydrique et sur l’absence de raison de martyriser votre grand-mère en lui répétant « mamie tu bois pas assez ». Manifestement, mes contemporains aiment tant cette idée simple: « je bois beaucoup d’eau et je vais régler tout mes problèmes » que les revues sont prêtes à accepter n’importe quoi. Les médias généralistes adorent reprendre, de préférence en les déformant des résultats, surtout d’études observationnelles, qui donnent des pistes mais qui devraient être confirmées par des études interventionnelles avant de les assener comme des vérités éternelles. La pépite suivante n’a pas encore était reprise dans les médias en France, par contre aux USA, elle a été bien amplifiée et déformée An_et_al-2016-Journal_of_Human_Nutrition_and_Dietetics.

Un « associate professor » du département de Kinésiologie de l’université de l’Illinois a repris les données de NHANES. Il a fait un truc pas très compliqué qui lui a donné son quart de gloire warholien. Il a regardé si les gens qui buvaient le plus de l’eau du robinet ou en bouteille (excluant l’apport hydrique sous forme de thé ou café, de sodas ou de jus de fruit) consommaient plus ou moins de calories.

Les américains (18311 inclus) consomment, en moyenne dans ce travail, 999g d’eau du robinet ou en bouteille sur un apport hydrique total de 2934 g (je vous laisse apprécier la précision obtenue avec des données déclaratives…). 30% de l’apport hydrique est ainsi sous forme d’eau. Le chercheur a ensuite regardé l’impact d’une augmentation de 1% de la consommation d’eau du robinet ou en bouteille rapporté à l’ensemble de l’apport hydrique. Miracle, quand on boit plus d’eau, on consomme moins de calories (-8,58 kcal précisément). Je vous rappelle qu’il s’agit de données observationnelles. C’est une simple constatation, les gens qui boivent plutôt de l’eau que des sodas ont un apport calorique moindre. Je pense qu’on peut parler d’un scoop. Il a décidé de ne pas s’arrêter en si bon chemin. Il a fait une simulation à partir de ses données (le big data fait rêver). Si les américains augmentaient de 250 ml leur apport en eau du robinet ou en bouteille ils diminueront de 68,64 kcal leur apport énergétique, si ils passent à 500 ml, c’est 137,28 et pour 750 ml d’eau en plus, 205,92 kcal en moins. La conclusion est simple, faisons boire de l’eau du robinet aux américains pour qu’ils maigrissent sans même y penser. A Flint, il faudra quand même éviter cette approche…

Notre ami précise quand même que ce serait bien de faire des études contrôlées avant de faire la fortune des embouteilleurs. Ouf, l’honneur est sauf. Si on part du principe de l’auteur qui est plus on consomme d’eau du robinet ou en bouteille, moins on consomme de calories et moins on est gros, les pays avec une prévalence faible de l’obésité devraient boire des litres d’eau. J’ai trouvé une référence S._et_al-2012-Nutrition_Bulletin où l’apport en eau par pays est proposé. En France, c’est 564 ml/ jour, au Royaume -Uni, 432 ml/jour et en Italie, 660 ml/jour. Aucun européen moyen n’arrive à boire autant qu’un américain, tout est plus grand en Amérique. Je ne crois pas que ces pays de petits buveurs aient une prévalence de l’obésité plus forte que les USA…

Au même moment, dans le NEJM, une lettre nejmc1510409.

Les auteurs ont prélevés à l’arrivée des Ironmans européens, des triathlètes (1089) pour déterminer la fréquence de l’hyponatrémie liée à l’effort. Ce n’est pas le premier travail de ce genre, mais sur des efforts aussi long (12h:39mn),  oui. Ils ont identifié une prévalence de 10,6% d’hyponatrémie (<135 mmol/l). Il y avait 1,6% de natrémie inférieure à 130 mmol/l et seulement 0,3% inférieure à 120 mmol/l. Le phénomène de l’hyponatrémie associée à l’effort n’est pas rare. Les auteurs de la lettre identifient le fait d’être une femme et de mettre plus de temps pour finir la course, comme des facteurs de risque. Il y a une vraie pédagogie à faire pour prévenir ce phénomène, potentiellement mortel. Une conférence de consensus sur le sujet s’est tenue, il n’y a pas longtemps. Sa conclusion tient en une figure et une phrase.

Boire à sa soif.

Figure 1Avec des discours aussi contradictoires, comment s’y retrouver.

Il faut boire à sa soif, le message est simple.

Tous les vendeurs de flotte, si ils sont convaincus du bienfait de se forcer à boire devraient nous fournir de belles études pour supporter leur camelote publicitaire. L’absence de ces études confirment le peu de foi que les promoteurs ont dans leur approche.

Comme il vaut mieux prévenir que guérir. Je parle ici des personnes ayant la capacité de ressentir la soif. La cause la plus fréquente de la perte de la sensation de soif est la démence grave. Dans ce cas et uniquement dans ce cas stimuler les personnes à boire me semble une politique raisonnable. Si une personne est capable de parler de façon cohérente, elle pourra ressentir et dire si elle a soif.

Se forcer à boire alors qu’on a pas de maladie lithiasique rénale (calculs), des infections urinaires récidivantes ou une polykystose rénale autosomique dominante me parait inutile, jusqu’à preuve du contraire. Anticiper sa soif, s’hydrater sont des pratiques inutiles.

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Mantra du soir: je ne traite pas les bactériuries asymptomatiques

Il ne faut pas traiter les bactériuries asymptomatiques hors femmes enceintes et avant un geste urologique, chez les immunodéprimés on ne sait pas. Voici la référence que vous pouvez ressortir. Une belle illustration est donnée par un Less is More du JAMA internal Medicine.

Une femme de 64 ans va aux urgences pour une cause X. Elle n’a aucun symptôme urinaire, il est fait une analyse d’urine systématique. Il y a des leucocytes et quelques bactéries. Elle est totalement asymptomatique, sans fièvre, ni dysurie, ni pollakiurie, ni douleurs lombaires. Il est prescrit pour cet incidentalome biologique, une antibiothérapie par cefdopoxime pendant 7 jours. Elle revient quelques jours plus tard avec une diarrhée abondante, de la fièvre. Elle est hospitalisée et il est diagnostiqué une colite à clostridium difficile. Elle est traitée avec succès.

Cette histoire illustre magnifiquement bien les risques d’examens systématiques. Pourquoi faire une analyse d’urine à une femme qui n’a aucun symptôme urinaire? Le risque de l’antibiothérapie pour traiter des microbes alors qu’il n’y a aucun symptôme. Attention ne posez jamais vos mains sur un boite de petri, vous pourriez vouloir ensuite prendre des antibiotiques toutes votre vie.

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Je le répète encore une fois. On ne traite pas les bactériuries asymptomatiques sauf quelques cas particuliers, les femmes enceintes et avant un geste urologique. Le déséquilibre ainsi induit du microbiote urinaire pourrait augmenter le risque d’infections urinaires symptomatiques.

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« Une Colère Noire » par Ta-Nehisi Coates traduit par Thomas Chaumont

« Lutter pour comprendre, c’est notre seul recours pour vaincre cette folie. »

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Je suis allé aux USA plusieurs fois, je n’y ai jamais vécu ou travaillé. J’aime bien ce pays. Cet été, nous sommes partis en Nouvelle-Angleterre. Ce voyage avait pour moi une  importance symbolique. C’était le lieu de nos dernières vacances de l’insouciance. Nous avons fini notre périple sur une ile au large de Mount Desert Island. Accès en bateau uniquement, une vieille voiture nous attendait au port, les clés sur le contact. La maison n’avait pas de clé pour la porte d’entrée, le silence, chaque personne croisé te salue, tu discutes, tu recroises on te salue encore plus chaleureusement. Tu laisses tes enfants partir en exploration, seuls, dans ce petit endroit calme sans peur (en fait non, mais je suis pas normal pour ça). Les pelouses bien tondues, les maisons de vacances proprettes, le petit musée où on te raconte l’histoire de l’ile, le cinéma familial. Un rêve d’Amérique parfaite, une vraie carte postale, ce fut un moment très agréable pour nous, écorchés de la vie. Ce rêve est très tentant. Ce n’est qu’une carte postale. Je comprends qu’on cède à la tentation de croire en cette image d’une Amérique tranquille où la communauté est soudée autour de valeurs communes sans faille. Terre offerte par un dieu miséricordieux à son troupeau méritant, l’histoire est belle, trop belle…

americaHeureusement nos courses au Wallmart du coin avant nos quelques jours isolés nous avaient rappelés comme ce pays est étrange. Nous achetons du cidre, à la caisse, le jeune homme, job d’été manifestement, refuse de prendre les bouteilles. Nous sommes étonnés. Il a moins de 21 ans et ne peut pas toucher de bouteilles d’alcool (du cidre à 3°). Il appelle sa responsable, une charmante femme entre deux ages qui nous regarde comme de dangereux pervers avec nos 6 bouteilles de cidres de 33cl. On demande sa carte d’identité à ma femme pour être sur qu’elle à plus de 35 ans, j’échappe à ça. Je suis un peu vexé, j’ai l’air vraiment plus vieux qu’elle alors ? Je me suis demandé ce qu’il ce serait passé si j’avais été noir dans cette Amérique si blanche…

Le rêve a un prix.

Ce prix est l’appropriation et souvent la destruction des corps noirs. C’est le sens de l’immense, du fantastique texte de Ta-Nehisi Coates. J’ai dévoré ce livre en une journée. Il raconte son histoire à son fils de 15 ans, l’age où être un homme noir en Amérique est un facteur de risque de disparaitre de mort non naturel. Il vient d’un des quartiers les plus durs de Baltimore. Il raconte son quotidien d’homme noir dans un pays qui a toujours broyé du noir, dès l’origine. C’est bouleversant, c’est émouvant, c’est terrible. Il faut lire ce texte, il faut y plonger. C’est un choc. Une analyse brillante de la situation américaine. Si vous voulez comprendre pourquoi Donald Trump a de bonnes chances d’être le futur président américain, lisez ce chef d’œuvre. Il donne les clefs. Le Rêve, la construction des races, la transformation des corps noirs en richesses et la peur de la perte de ce Rêve qui conduit à penser que la sécurité est plus importante que la justice, surtout si ta sécurité passe par un total abandon d’une minorité à l’arbitraire.

slow_chilIl écrit formidablement bien, vos yeux sont scotchés au texte. Vous comprenez mieux le monde, vous comprenez mieux les autres. Je suis un homme blanc avec un excellent niveau socio-économique. Je suis l’archétype du sommet de l’échelle alimentaire décrit dans ce livre. Je n’éprouve aucune culpabilité. J’ai eu de la chance, juste de la chance de naitre dans le bon pays, avec la bonne couleur d’épiderme. Ce texte est une très belle déclaration d ‘amour à l’enfant, au fils, j’y suis sensible, très sensible. Je ne peux pas comprendre la peur pour le corps qu’il nous transmet. Je n’ai jamais eu à vivre entre une rue qui peut te tuer à tout moment et une police qui peut aussi te détruire dans un arbitraire complet sans risque. Par contre, je comprends son angoisse pour son fils, pour le corps de son fils. Je comprends la peur qu’il soit au mauvais moment, au mauvais endroit, avec les mauvaises personnes, avec le comportement pas totalement adéquat qui pourrait entrainer la destruction de son corps, sa destruction.

Si je n’avais pas perdu mon fils, je ne pourrais pas vivre son angoisse  avec une telle intensité. Je connais cette peur. J’ai longtemps vécu avec cette peur, que j’ai toujours pour être honnête, de la destruction du corps de mes filles, car ceux sont des filles dans un monde où le corps des femmes vaut un peu moins que celui du mâle. Je sais depuis que le 3 février 2003 que tout est possible, rien ne protège ton rêve. Que ton rêve en fait n’existe pas, que seul existe, ce corps qui abrite qui tu es. Sans lui tu n’est rien, ce corps si fragile, cette vie si fugace. Ce livre m’a touché au cœur. Je comprends viscéralement la peur de cet homme.

Je pourrais vous citez des extraits, plein d’extraits, le problème est que j’ai annoté une page sur deux tant tout est fort, brillant, puissant, beau comme un corps. Je ne peux vous conseiller qu’une chose lisez le, laissez vous pénétrez par son histoire, par sa peur. Un grand texte, un très grand texte sur ce qu’est l’asservissement. Son talent est de donner une universalité à son histoire. Par la puissance de son intelligence, il transforme un moment particulier, d’un individu particulier, en un lieu particulier en universel par la puissance du verbe, de la littérature. Au delà de la destruction des corps noirs pour l’enrichissement de l’Amérique rêveuse, il nous raconte l’histoire de la destruction de tous les corps depuis la nuit des temps pour l’avantage de quelques uns.

Il a fait écho à un formidable livre que tout médecin devrait avoir lu « Les corps vils« . Le corps du pauvre a été un objet d’expérimentation. Il l’est l’est toujours. Mon désir de débat autour de la vente de reins est ancré dans une longue histoire de la médecine européenne. Le hasard a voulu que cette semaine dans la fabrique de l’histoire, une émission fasse un pont entre ces deux livres en s’intéressant à la médecine coloniale, c’est une très bonne introduction au livre de Chamayou.

Lisez ce « Between the world and me », vous en ressortirez un peu moins ignorant, avec l’envie de lutter pour que ce monde soit un peu moins absurde.

Note écrite en écoutant l’immense Kamasi Washington, car « Le pouvoir noir donne naissance à une forme de compréhension qui illumine toutes les galaxies, leur donne leurs couleurs les plus vraies. »

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Il faut aussi féliciter le traducteur qui a fait un très bon travail pour nous restituer ce texte avec son souffle et des notes utiles.

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Jouons avec Quevedo (réponses)

Réponse 3: Deviens son médecin, c’est garanti, parce que chacun meurt du médecin qu’il donne à la maladie dont il a souffert.

Réponse 12: Meurs jeune ou dès ta naissance.

Réponse 24: Appelle un médecin quand tu es en bonne santé et donne-lui de l’argent parce que tu n’es pas malade; si tu lui donnes de l’argent quand tu es malade, comment veux-tu qu’il te rétablisse une santé qui ne lui rapporte rien et t’enlève un mal qui lui donne à manger?

« Le livre de toutes les choses et de bien d’autres encore »

 

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Jouons avec Quevedo (propositions)

Proposition 3: Pour qu’une femme ou un homme se meure pour toi après t’avoir seulement vu, si un homme ou une femme te plait (que tu sois homme ou femme).

Proposition 12:Pour ne pas avoir de cheveux blancs ni vieillir jamais.

Proposition 24: Pour que les maladies te durent peu.

« Le livre de toutes les choses et de bien d’autres encore »

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