Du conflit à la confluence

J’ai découvert que les gens aiment les méchants. Il a suffit qu’un célèbre blogueur et twittos dise que je suis méchant pour voir exploser la fréquentation de ce lieu. A moins que ce soit un surprenant intérêt pour la question du conflit d’intérêt.

J’opte pour la deuxième proposition. J’ai découvert un intéressant article dans le JAMA. Les auteurs ont déclaré une quinzaine de lignes de conflits d’intérêts. Cette déclaration doit être lue car elle est originale. Elle associe l’industrie mais aussi les institutions qui emploient ou utilisent les services de ces deux personnes. L’article s’intitule « Confluence, Not Conflict of Interest Name Change Necessary ». Je reconnais une certaine irritation à la lecture du titre, encore de l’édulcorant pour défendre les liens, en fait ce viewpoint est très bien et mérite la lecture (il est en accès libre et gratuit). Il est la substantifique moelle d’un symposium (les conférences sont accessibles).

106443730_e9e69893ac_zLes auteurs rappellent que l’intérêt (objectif) principal de la recherche biomédicale et des gens qui la font est d’apporter un bénéfice aux patients et à la société. Il existe des intérêts (objectifs) secondaires qui coïncident idéalement avec le principal, il s’agit des bénéfices (financiers ou autres) qu’attendent de la recherche biomédicale les différents acteurs, scientifiques, industriels, mais aussi institutions voir la société elle même.

Cinq pistes de réflexions, recommandations, ont émergé des deux jours de travail.

  1. Remplacer le terme conflit par confluence d’intérêts. Le but est d’éviter l’agressivité de la notion de conflit pour générer une spirale vertueuse où les différents intérêts se rejoindraient au service du principal, le bien du patient et de la société. Le mérite de cette approche serait pour les auteurs de permettre de sortir d’un dialogue (investigateur-sponsors) pour impliquer le service, le département, l’université mais aussi les payeurs type NIH et les journaux. Je trouve la proposition intéressante. Elle parait un peu bisounersque mais ce changement sémantique permet de parler d’un flux qui va vers un objectif commun, le bien du malade sans oublier les autres intérêts. Il faut juste que les intérêts secondaires des puissants de l’histoire (industrie, médecin) ne se fassent pas au détriment du faible (le patient). Le changement sémantique est important et pas uniquement cosmétique.
  2. La quête de gloire académique est plus importante que la fortune. Pour les chercheurs, c’est souvent vrai. L’égo démesuré qui permet de croire en sa recherche, en son talent et de s’exposer fait rechercher la gloriole qui s’accompagne d’un plus grand bureau, de personnel supplémentaire, d’invitations, etc. Ce biais est très difficile à mesurer. Les auteurs proposent une approche originale reposant sur une approche type Heat-map. En Y, les marqueurs de gloire et de fortune obtenus par chaque participant (individus et institutions) du travail en X. Ce graphique apparaitrait sur le site des institutions pour faire apparaitre les biais possibles liés à cette confluence.
  3. Les inventeurs d’un traitement ou d’un appareil ne devraient pas pouvoir être investigateur clinique. Ceci enlèvera le biais émotionnel. En lisant l’article, cette proposition m’a fait le plus de mal. J’ai du mal à imaginer ne pas participer comme investigateur voir PI à un biomarqueur que je développe. Un peu comme si on m’enlevait mon bébé… Si elle me choque autant, c’est une bonne mesure. Elle touche un point ultrasensible et très important de ce qu’est un lien d’intérêt cognitif. Elle sera difficile à faire passer.
  4. Le lien entre académique et industriel s’est renforcé, plaçant les institutions académiques au cœur de la confluence. Les universités poussent leurs chercheurs à breveter, à utiliser ces brevets et à produire la preuve qui permettra à l’industriel de gagner de l’argent mais aussi à l’université sous forme de royalties. Les universités stimulent ses liens, mais elles ne doivent pas perdre de vue leur mission qui est de protéger l’indépendance des chercheurs. Si les résultats d’un essai ne vont pas dans le sens du sponsor, elles doivent s’assurer que les résultats seront rendus publics pour éviter d’exposer les patients à des thérapeutiques futiles. Ce point est capital, peut être le plus important. Les institutions universitaires doivent protéger leurs intérêts mais surtout l’intérêt supérieur du patient et de la société. Ceci leur évitera d’être vues uniquement comme des danseuses inutiles par la population. Les solutions ne sont pas évidentes à trouver. Nous sommes poussés à transformer nos découvertes, petites ou grandes, en espèces sonnantes et trébuchantes. Quand on a visité l’université du Wisconsin à Madison on en comprend l’intérêt pour la communauté universitaire. Je rappelle que warfarine, vient de WARF qui est la structure de valorisation de cette vénérable institution. Ils viennent d’ailleurs de récupérer quelques millions de dollars (234) dans un procès contre Apple. Cet argent ira nourrir la recherche.
  5. La promotion et l’éducation à la gestion des biais induits par la confluence d’intérêts. Il faut non seulement éduquer les scientifiques, les médecins, les étudiants, les sponsors, mais aussi les politiques et in fine toute la société. Une solution est de donner des récompenses à ceux qui sont le plus actifs dans le domaine. Pour cette année je crois avoir rempli mon quota d’action dans la promotion de l’éducation à la confluence. Vous me direz qu’on en fait jamais assez.

Je vais recopier in extenso la conclusion qui s’approche pour moi du vœu pieux. Elle est quand même très belle. J’ai un peu de mal avec l’idée de trouver des solutions simples et flexibles à un sujet aussi complexe et multidimensionnel.

« Confluence of interest represents a complex ecosystem that requires development of a uniform approach to minimize bias in clinical research across the academic sector. Such a policy must be at once simple and accessible, capturing the complexity of the relationships while being sufficiently flexible at the individual level not to intrude on the process of innovation. »

Je conseille vraiment la lecture et la diffusion de ce papier. Il traduit une très bonne connaissance du milieu par les auteurs. Il soulève des points capitaux pour que nous puissions produire une recherche de qualité. Il est de l’intérêt de tous de trouver cette confluence. La recherche durable est celle qui produit des résultats fiables permettant de proposer de véritables solutions aux patients et à la société. Les chercheurs doivent individuellement s’en emparer mais aussi et c’est le grand mérite du papier de le souligner, les institutions académiques seront au centre de cette confluence. Si nous continuons à répondre mollement à cette vraie question, nous ouvrons la porte à une politique prohibitionniste dangereuse pour la production de savoir utile à la société et aux patients dont nous sommes en charge. Arrêtons de nous voiler la face, cherchons des solutions communes pour une confluence partagée entre tous les acteurs.

Une autre raison pour soutenir le changement de nom est de passer du masculin au féminin. Le féminin est plus doux, moins violent. Le genre est important dans notre perception du risque. Je vous rappelle que les ouragans avec un nom féminin tuent trois fois plus que ceux avec un nom masculin. Peut être que la confluence sera plus efficace que le conflit pour remplir les objectifs de la gestion des biais. Ce chantier mérite d’être ouvert au niveau des universités.

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La dialyse portable

J’ai récemment fait une présentation sur la dialyse portable (en anglais Wearable artificial kidney). Le sujet m’intéresse depuis longtemps. Ce fut l’occasion pour moi de faire un point.

Diapositive1La dialyse portable est un rêve probablement aussi vieux que la dialyse chronique. Actuellement la réalité est qu’il existe une technique de dialyse portable (DP) mais nécessitant des échanges réguliers et un dos solide pour porter les poches d’échanges, c’est la dialyse péritonéale.

Diapositive2Il s’agit d’une boutade. Dans son important discours présidentiel, à l’ASN en 2014, le Dr Moe avait souligné le fait que depuis 30 ans aucune technique nouvelle n’était apparue dans le champs de l’épuration extra-rénale.

Diapositive3Elle n’a pas tort et malheureusement le champs de la dialyse portable n’a pas échappé à ce phénomène. Nous arrivons, avec les progrès technologiques, à l’aube, peut être d’une véritable évolution. Ce thème de recherche n’est pas très actif, malheureusement. 85 articles en 50 ans. C’est peu. Il y a deux pics, fin des années 70 et après 2007. Il faut remarquer que dans ces articles la majorité sont des articles de synthèse et non pas des articles originaux.

Diapositive4Le premier article que je souhaite cité est celui de Kolff. Le père de la dialyse s’est attaqué à la création d’une machine portable, il faudrait plutôt dire transportable car tirer une cuve avec 20  litres de dialysat n’est pas très confortable. Un éditorial récent par une équipe néerlandaise fait un point clair et pertinent des enjeux et limites actuels.

Diapositive5Si quelques patients ont dialysé avec la machine de Kolff, les deux seules vraies expériences cliniques rapportées d’utilisation sont, pour la première une expérience marseillaise publiée en 1986 dans un journal à impact factor faible (je remercie un des coauteurs pour m’avoir fourni l’article en PDF) et la deuxième par contre fut très bien publié dans le Lancet en 2007. A Marseille, dans les années 80, 7 patients furent traités avec ce dispositif, 8 le furent dans le papier du Lancet.

Diapositive6Le principe entre les deux approches est identique. A Marseille, il s’agissait d’une technique artérioveineuse en utilisant un shunt de Schribner, l’ultrafiltrat était « nettoyé » des déchets azotés, du phosphore et des toxines urémiques par une colonne comportant du charbon, une uréase, du zirconium. Une fois épuré, l’ultrafiltrat retournait au patient. Un des patients a utilisé ce système pendant 3 mois en continu avec un succès clinique réel. La limite était la pérennité de l’abord vasculaire et la lourdeur du suivi biologique, rendant impossible la dissémination de l’approche. En 2007, ce qui est présenté comme une rupture conceptuelle est une simple reprise du système marseillais adapté à une approche veno-veineuse et l’utilisation d’un dialysat qui est régénéré. En 1986 on faisait de l’hémofiltratation, en 2007 de l’hémodialyse, mais la composition de la colonne de régénération est exactement la même. Il n’y a aucune originalité. Le problème reste l’abord vasculaire avec une déconnexion alors que le temps d’utilisation maximum de la technique était de 8 heures…

Claudio Ronco un des ardent défenseurs de la dialyse portable a proposé l’utilisation du même principe de régénération du dialysat mais cette fois ci en DP pour limiter les manipulations et optimiser la technique de dialyse. De façon étonnante son système n’est pas breveté et il offre le concept à l’humanité. Ma mauvaise foi légendaire me fait dire qu’il n’y croit pas du tout.

Diapositive7Actuellement, plusieurs systèmes sont mis en avant par des sociétés ou des académiques. Ils sont résumés sur cette diapositive et j’ai rajouté le système HNF qui utilise des membranes innovantes, une fait de l’ultrafiltration, l’autre une forme de réabsorption. Les deux projets qui semblent proches d’une utilisation clinique sont le WAKMAN qui est un système d’hémofiltration portable sans régénération de l’ultrafiltrat. Il s’agit d’un modèle portable des machines d’aquaphérèses. Le deuxième projet est celui de iNephron dont vous pouvez voir une démonstration sur leur site. Ce projet est  sérieux, financé par l’Europe avec de nombreux partenaires. Malheureusement depuis 2014 il n’y a pas de mise à jour du site.

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Avec une telle pléthore de machines je m’attendais à découvrir plein d’essais cliniques, je fus très déçu par ma visite de clinical trials où je n’ai découvert qu’un essai en cours mais sans recrutement de patients. En tapant « hemodialysis » on trouve plus de 440 essais ouverts. Pourquoi si peu d’essais?

Diapositive9Alors que les objectifs sont clairs, j’ai mis sur la diapositive suivante les résultats obtenus pas l’équipe marseillaise et par le groupe de Davenport qui sont très intéressants en terme d’épuration.

Diapositive10Il y a des limites importantes même si la dame prise en photo pour l’article du Lancet est très heureuse. En voyant le matériel on comprend que la réponse n’est pas optimale. Remarquez la similitude des appareillages entre 1986 et 2007, les deux systèmes pèsent dans les trois kilos.

Diapositive11Les limites et leur réponses possibles sont présentées dans  les deux diapositives suivantes.

Diapositive12Diapositive13Je suis convaincu que nous pouvons répondre avec les nouveaux matériaux, l’introduction de cellules, l’utilisation des anticorps anti FXII, sans parler des biosenseurs capable de surveiller en continu les paramètres de la machine et du patients, à la production d’un rein portable utilisable au quotidien dans les 10 ans. Malheureusement, il persiste la problématique de l’abord vasculaire et de sa pérennité. Je ne vois pas, malheureusement, de solution simple immédiate sauf à imaginer des formes révolutionnaires d’abords permettant un véritable continuum entre machine et patients. L’abord péritonéal pourrait être la bonne approche, mais nous serons toujours confrontés aux limitex de la qualité de la membrane péritonéale. Nous retombons en néphrologie toujours sur cette limite physiologique qu’a résolu la nature en choisissant de recevoir directement 20% du débit cardiaque. Le rein sans vascularisation ne peut pas fonctionner.

Cette limite de l’abord vasculaire restera peut être infranchissable faisant que le WAK sera toujours un mythe.

Si nous avions accès à un tel système par exemple le Wakman, est ce que les patients l’utiliseraient? Oui, 30% utiliserait un système d’UF en dehors de la séance. Cette réponse vient d’un travail qui demandait aux patients hémodialysés de choisir ce qu’ils seraient prêts à faire comme effort pour avoir une restriction hydrique moins strict. Les résultats sont présentés séparément entre ceux qui ne se disent pas gênés pas la restriction hydrique et ceux qui la supportent difficilement.

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Les ingénieurs vont trouver des solutions à nos problèmes de miniaturisation. Pour améliorer l’épuration ou la régénération du dialysat, l’utilisation de cellules rénales dans des systèmes d’épurations extracorporelles sera un point intéressant. L’interaction vivant-matériau dans un système d’épuration est une approche élégante et excitante. Il a déjà été produit des reins bioartificiels qui pour l’instant ont des performances insuffisantes, mais dans un système portable mis derrière un filtre classique, il pourrait nettement améliorer les qualités de régénération du dialysat et remplacer ou compléter les colonnes au charbon. Ces BRECs existent déjà. Il reste à leur trouver une place dans notre arsenal.

Diapositive15Le rein portable est un lieu porteur de fantasmes et de rêves parfois déraisonnables. Je suis convaincu qu’il faut faire de la recherche dans le domaine, mais ne pas donner de faux espoirs et avoir un discours raisonnable. Si ce domaine est porteur d’annonces parfois un peu trop optimistes, ce n’est pas le pire.

Certains présentent le domaine de la régénération rénale ou de la bio-ingéniérie ex vivo comme un concurrent de la dialyse portable. Ces approches me semblent complémentaires. Il y a un battage médiatique terrible autour de ce rêve prométhéen de produire un rein dans un tube à essai ou une imprimante. Les annonces font comme si demain nous pourrons aller au magasin de pièces détachées pour remplacer le rein. Ce n’est pas pour tout de suite. Nous ne sommes qu’au début d’une histoire. Je me suis limité à remonter en 2003 mais j’aurai pu aller plus loin dans le passé.

Diapositive16Le premier article parle de transplantation de métanephros, à l’époque, nombreux sont ceux qui avaient annoncé que la pénurie d’organes serait bientôt un mauvais souvenir. Il y a deux limites au système, la première où trouver des métanephros? Sur des embryons et là on coince un peu. La deuxième, l’absence de système excrétoire qui entraine une hydronéphrose.

10 ans plus tard dans le même journal, c’est l’avènement de l’organe decellularisé. On récupère un rein, on enlève tout ce qu’il y a dedans avec des enzymes, on garde l’architecture faite de matrice extracellulaire, on remplace les cellules par un mélange de cellules tubulaire rénales et endothéliales qui colonisent le rein et permettent d’obtenir un organe fonctionnel. Les limites, est ce que la matrice extracellulaire d’un rein insuffisant fournira une bonne architecture pour les cellules? D’où viendront les cellules pour coloniser l’organe? Est ce que nous aurons une stabilité fonctionnelle sur le long terme? Il y a un travail énorme à fournir pour répondre à ces questions. Cette piste est malgré tout intéressante surtout si on imagine la combiner à de l’impression 3D.

Diapositive17L’impression 3D en biologie est peut être un des endroits où il y a le plus de décalage entre réalité et réception médiatique. Par exemple quand organovo a présenté ses résultats sous forme de poster dans un congrès, la presse nous annonçait que ça y est, nous pouvions faire du rein in vitro avec l’imprimante à la maison. La seule chose qu’a montré ce groupe est qu’il pouvait faire une structure qui ressemblait à un tubule proximal, un épithélium entouré de fibroblastes et de cellules endothéliales. C’est bien, mais nous sommes loin d’un rein.

Concernant la transplantation de metanephros, un groupe a récemment montré qu’en ajoutant des cellules du cloaque, ils arrivaient à avoir un système sans hydronéphrose. La problématique de l’origine des metanephros est toujours là.

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Enfin il y a ce dernière article récemment publié dans nature qui utilise des iPSc pour arriver à produire pour la première fois des organoides comportant tous les éléments d’un néphron, en particulier le collecteur. Cet article est capital. Il n’est que le début de l’histoire. Nous sommes encore loin de la production d’un rein in vitro transplantable. Nous y arriverons probablement. Je ne sais pas quand. Le groupe de J. Bonventre a aussi publié un résultat proche.

En conclusion je rappellerai le fait que nous ne sommes pas des avions comme nous ne sommes pas des tablettes. Ce que nous devons retenir de l’industrie, c’est qu’un échec comme le newton à peut être ouvert la porte à l’iPad et autres smartphones.

Diapositive19Je finirai en citant un grand spécialiste de l’imagination pas toujours naturelle. En attendant lisez Sapiens si vous n’êtes pas convaincu que la plus grande force de notre espèce est l’imagination.

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Charité bien ordonnée…

J’ai lu avec amusement la dernière note du cavalier qui se cache derrière « bruit des sabots ». Les commentaires sont croquignolets. J’ai trouvé l’ironie de l’histoire rafraichissante.

Plein de proverbes me sont venus à l’esprit:

« Qui vit pas l’épée périra par l’épée »,

 » L’argent n’a pas d’odeur »,

« En acceptant ce à quoi tu résistes, tu peux ensuite transformer ta vie »,

« C’est dans les fesses molles que s’enfoncent les épines. »

J’aime ce genre d’histoires. Je ne donnerai aucun conseil à ce jeune homme. Je lui dirai juste de faire ce qui l’amuse en se foutant un peu du quand dira-t-on.

Après cette première phase d’amusement venant de mon mauvais esprit, j’ai été choqué.

Choqué par le fait qu’une personne qui défend des positions claires, éthiques, de non compromission, premier à donner des leçons de maintien sur l’importance de ne pas être contaminé par le grand méchant loup big pharma, se pose simplement la question d’accepter un poste où forcément son indépendance sera remise en cause. Les commentateurs, tous de grands pourfendeurs du lien d’intérêt, expliquent, que dans ce cas, en fait, il sera pas influencé car lui il est bien. Avoir la pleine conscience de ses liens d’intérêts ferait qu’on échappe au conflit, un joli concept assez novateur, que je n’hésiterai pas à resservir.

Oublié les études démontrant que même un stylo donné créé un lien de dépendance et pollue la pureté de la prescription.

Oublié le refus de la VM.

Oublié le scandale des petits déjeuners dans le grand méchant CHU payés par un labo qui transforment les pauvres étudiants innocents en suppôt de satan.

Depuis des années, les pourfendeurs du lien d’intérêt expliquent que la moindre compromission, le moindre pain au chocolat ou part de pizza payé par l’industrie génère une soumission. Dans ce cas, je ne sais quel miracle, avoir son salaire payé par l’industrie et l’université, les deux institutions qui se placent sur le podium du mal absolu du « pourquoi la médecine en France va mal », ne poserait pas de problème et n’entrainerait aucun risque de subordination. J’ai du rater un épisode.

Les mêmes se moquent de ceux qui disent qu’en mangeant à tout les râteliers il n’y a plus de conflits. Je souris.

L’entrisme, cette vieille stratégie trotskiste, a très rarement fonctionné pour ne pas dire jamais. Les institutions sont fortes, elles modèlent les gens, elles les absorbent, les utilisent. Croire qu’on échappe à la puissance institutionnelle, qu’on peut être un franc tireur en son sein est illusoire. Même super Even a du attendre de quitter ses fonctions de doyen pour découvrir la gangrène pharmaceutique.

Je comprends le désir du poste, de rentabiliser l’investissement intellectuel, d’avoir une reconnaissance, c’est profondément humain et rassurant.

« Choisir, c’est renoncer. » André Gide

Je crois que nous pouvons faire confiance à ce spécialiste.

Maj 18/10/2015, je vous conseille la lecture de cette note sur le même sujet.

 

 

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Le dia-live tweet à la société de néphrologie 2015

Hier , un de mes collègues a diffusé ses diapositives pendant sa présentation sur twitter.

C’est un newbie sur le truc à l’oiseau bleu et la synchronisation n’était pas parfaite. L’idée n’est pas inintéressante. Ça évite d’avoir des sales photos floues et mal cadrées d’écran pris de loin, comme celle ci:


Je me demande si ceci peut être intéressant pour les cours en amphi. Diffuser sur twitter les cours avec un hashtag et répondre en temps réel ou différé aux questions sous la diapositive.

Qu’en pense les étudiants qui passent par là ?

J’en profite pour signaler que cet après-midi, il y aura une très intéressante session sur la néphrologie 3.0 organisée par le dynamique club des jeunes néphrologues. Venez nombreux, ça devrait être intéressant…

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Toujours vérifier ses prescriptions (réponse)

Pour expliquer les différences observées entre les ionogrammes présentés lors de mon dernier petit jeu, il y avait une seule réponse, l’erreur de perfusion.

Pour passer de 12 mmol/l de bicarbonatémie à 36 mmol/l en 12 heures, il fallait apporter 672 mmol ((Bicarb aprés-bicarb avant)*poids*0,4) de bicarbonates, soit 4 litres de bicarbonate de sodium à 1,4% (166 mmol/l) ou 1,3 litre de 4,2% ou 650 ml de 8,4%. Vu l’évolution de la natrémie là aussi très rapide, on pouvait parier pour du 4,2 ou du 8,4.

Il suffisait ensuite d’aller regarder le dossier pharmaceutique du patient qui confirmait une prescription de bicarbonate de sodium à 4,2%, deux litres en flacon de 250 ml.

L’ordonnateur a suivi un conseil noté dans le dossier médical (250 ml de 4,2% en 8 heures), ce qui pouvait se discuter au vu de la natrémie de départ, mais bon c’est autre sujet. Comment expliquer ce passage à 2 litres. Mon analyse de l’erreur tient à la pratique de notre logiciel de prescriptions informatisé qui pour les perfusions n’est pas très intuitif. J’ai vu d’autres erreurs par des praticiens n’ayant pas l’habitude et au début je me faisais régulièrement avoir. Je pense qu’il a voulu prescrire 250 ml en 8 heures, mais qu’un doigt à riper et c’est devenu 8 fois 250 ml sur 8 heures. Le prescripteur aurait écrit à la main ceci ne serait jamais arrivé, écrire 8 fois bicarbonate de sodium 4,2% est très fatigant. Ici, un clic et on prescrit sans effort. Il suffit d’oublier de vérifier et voilà.

Il s’agit d’une erreur très humaine favorisée par l’informatique. On peut se demander pourquoi il n’y a pas une alerte sur une prescription de solutés aussi atypique, pourquoi l’infirmière n’a pas tiqué, etc. Je n’ai pas la réponse.

La leçon à retenir est toujours la même. Les perfusions sont un vrai médicament avec des effets secondaires potentiellement graves.

Toujours se poser les questions:

  1. Est ce que mon patient à besoin d’être perfusé?
  2. Avec quoi?
  3. Quel volume, en combien de temps?

La prescription informatisée est un progrès mais elle ne dispense pas de vérifier ce qui est écrit. La rigueur est une qualité en médecine.

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« L’Imposteur » de Javier Cercas

Javier Cercas est un écrivain majeur, peut être l’écrivain européen le plus important du moment. Je ne lis pas assez pour vraiment juger. J’ai fini son dernier roman sans fiction. J’avais adoré « Anatomie d’un instant », avec « L’imposteur », il franchit encore un palier.

Comment raconter l’histoire d’un menteur génial et réel ? Voici à quoi se frotte Cercas, au plus grand menteur de tous les temps, Enric Marco. Il fut le symbole de la déportation nazie pour les espagnols avant que fut découvert la supercherie. Il avait menti. Pas un petit mensonge, il a été le visage des camps de concentrations pendant quelques années. Il a abusé tout le monde par sa gouaille, sa faconde, son charme. Voilà à qui s’attaque Cercas dans ce roman sans fiction. Qu’est ce qu’un mensonge? Comment construire un mensonge? En dehors de la littérature peut il exister un mentir vrai?

Ce roman est une expérience intellectuelle intense et jubilatoire. Il construit son texte comme un musicien. Vous retrouverez des leitmotivs, des gimmicks qui reviennent, qui scandent le texte. Pour ne pas se perdre dans l’esprit tortueux et retors de son héros, l’auteur et nous avons besoin de ces répétitions, pans de réalité nous évitant de nous laisser emporter par le talent du bonhomme.

La construction littéraire est fantastique. L’alternance des chapitres, un peu de vie réelle du héros, un peu de la construction de l’enquête ou des réflexions sur la littérature nourrit d’une grande culture confrontée à l’autodidacte de génie. Rien n’est gratuit, tout est là pour nous faire ressentir la fascination, le malaise face à cette fascination, le dégout, le trouble et le sentiment de comprendre un peu mieux cet homme. Ce texte est du grand art. Il restera au delà du sujet comme le premier peut être le dernier d’un genre nouveau. Ce sentiment est renforcé par la référence au Quichotte. Enric Marco est Don Quichotte, Javier Cercas est un nouveau Cervantès.

J’ai lu il y a quatre ans ce monument de la littérature mondiale qu’est le Quichotte. J’avais commencé une note que je n’ai jamais publié, finalement je la reprends, surmontant ma fainéantise.

Pendant mes vacances, j’ai lu Don Quichotte. Les 1600 pages de ce roman m’ont accompagné pour ce retour en Allemagne. Mes pérégrinations aoutiennes eurent été très agréables sans ce livre, elles sont devenues inoubliables.

J’avais pris les deux tomes qui trainaient dans mon bureau depuis quelques mois sans grande conviction. J’ai commencé et je n’ai plus lâché les deux protagonistes jusqu’à la fin. Cervantès est un immense écrivain et son traducteur est à la hauteur (Aline Shulman). Ce livre écrit au début du XVIIé siècle est monumental, sublime, hallucinant. Il contient toute la littérature occidentale. Après l’avoir lu, on ne lit plus de la même façon, on reprend ses lectures d’un autres œil et on voit les emprunts volontaires ou non à ce monde qu’est le Quichotte. C’est un roman de chevalerie, le premier, le dernier, je ne sais pas. Il est d’une actualité troublante. Il parle d’amour, de rêve, du sens de la vie, de politique, de rapports sociaux, culturels, raciaux. Certains comportements semblent datés,  dès qu’on met un peu de distance de contexte, on s’aperçoit que rien n’a changé. Le fond est passionnant, la forme vous subjugue. La tension dramatique tient le long des pages sans diminuer, la tension intellectuelle entre sancho et don quichotte est prenante, folie, intelligence, bêtise, tout se côtoient, comme dans la vie.

Ce roman est sublime, il parle de tout.

La mise en abyme du tome 2 où Quichotte et Pansa se frottent à la notoriété, où il deviennent des héros de romans et où les lecteurs peuvent rencontrer leurs héros. Qui n’a jamais rêvé de rencontrer son personnage préféré pour lui poser quelques questions? Quelle modernité.

Je réalise que depuis 4 siècles, le roman tourne autour de cet axe fondateur. Dans le roman, il y avait déjà beaucoup de questions et des réponses à qu’est ce que la littérature, que sont ces rapports avec la vie, la réalité. Qu’est ce que la folie, qu’est ce que la normalité?

La forme, je me répète, est extraordinaire. Les histoires s’entrecroisent, elles font écho à la folie de Quichotte. L’enchevêtrement des destins sur une trame aussi simple que l’errance est impressionnante. Comme si le cœur de notre destin se trouvait dans le voyage, dans la migration. Cervantès est un écrivain incroyable et le Quichotte est une lecture indispensable à qui aime la littérature. C’est la littérature. C’est tous ce qu’on attend d’un livre, aventure, réflexion, rire, tristesse, amour, passion et une pointe de folie, ce pas de coté qui fait le texte majeur. La vie concentrée bat plus fort, avec des couleurs plus vives, des contrastes plus intenses, que dans la réalité, magnifiée par le génie stylistique. Elle est séduisante. La quête de cette vie littéraire séduit Alonso Quichano. Cervantès est un monstre humain. La grande littérature se reconnait à la nature des protagonistes, humains surhumains, merveilleux et faillibles, courageux et pleutres, brillants et stupides. Cervantès aimait les hommes, c’est sur, dans le texte il y a une humanité unique, un amour de l’autre quel qu’il soit du plus riche au plus humble, de l’empathie pour tous.

C’est un monde, lisez le, lisez le.

Quand j’ai relu, ces phrases, je les ai trouvées totalement adaptées à « L’imposteur ». Une seule différence, il ne s’agit plus de construire la fantaisie, elle a été vécue par le héros qui du début à la fin de sa vie n’a fait que mentir. Pour survivre, pour ne pas disparaitre noyé dans le tourbillon de l’histoire européenne du XXé siècle, il a choisi de mentir. Il a vécu cette survie, remplissant les vides par toujours plus, sans fin, jusqu’à être rattrapé par la vérité scientifique, d’un historien. Terrible clerc qui détruit la mystification juste avant son point d’orgue.

Le personnage de roman est une hyperbole monstrueuse (c’est Cercas qui le dit). Enric est une hyperbole de la société. L’auteur a eu cette intuition géniale de voir en lui l’homme du oui, l’homme de la majorité, celui qui se rêvait en révolté est le symbole de la majorité de la société dans laquelle il vit. Il a juste mis un peu plus de paillettes que les autres. Il a osé le kitsch. Il s’est toujours adapté à la société. Il n’a été que son miroir grossissant, la rendant aussi belle qu’elle même se rêvait, héros anti-franquiste et anarchiste à un moment, puis héros de la société civile, avant de devenir la rock-star de la mémoire historique.

Comment les mensonges ont pu marcher? Il s’attaque à notre rapport à la réalité. Nous aimons les bons clients, les victimes et les témoins. La victime témoignant est devenu le héros moderne. Warhol avait eu cette intuition. Enric Marco a poussé le principe à l’extrême. Il n’aurait pas un quart d’heure de gloire médiatique mais une vie entière. L’explication de notre crédulité est que nous n’aimons pas la réalité. Nous refusons la complexité ou la simplicité du monde tel qu’il est. Nous préférons nos chimères. Quand une dichotomie simple est proposée sur un plateau nous n’hésitons pas. D’un coté le bon, de l’autre le méchant, Marco a entièrement intégré cette dimension. Il a utilisé son imagination pour que la société entende ce qu’elle désirait, mais certainement pas la réalité. La réaction médiatique à Enric Marco est un beau symbole de notre refus de l’ombre et du gris. Il passe sans transition du bien absolu, mouton sacrificiel renaissant sans cesse au gré des attentes, à l’incarnation du mal absolu, du grand méchant loup dévorant la vérité. Seuls ceux qui l’ont connu ne se limitent pas à cette dichotomie, mais voient en lui ce gris et comprennent la réalité du personnage. Enric Marcon est atteint de médiapahtie, nous sommes de grand consommateurs de médiapathes.

Ce roman sans fiction est  un grand texte. Il peut nourrir des heures de réflexions sur le monde comme il va, sur l’individu comme il est. Sur notre fascination pour les bonnes histoires. L’homme est un amoureux des histoires, notre imagination est notre plus grande force et notre plus grande faiblesse. La preuve, le roman fonctionne formidablement bien.

L_imposteur_dédicaceAprès cette lecture qui m’a bouleversé, j’ai eu la chance d’aller entendre Javier Cercas parler de son livre. C’est un très bon client. Sa parole est au niveau de son écrit. Il charme son auditoire comme un dresseur de serpent. Il est à 200% dans sa démonstration, c’est fascinant. L’entendre parler est une belle expérience. Je comprends pourquoi il a eu peur d’écrire ce livre. En découvrant par son enquête la recette du bon mensonge, toujours un soupçon de vérité comme germe qui va donner croissance au cristal du mensonge, il a compris qu’il faisait exactement la même chose. Je le cite:

« Il faut attendre que la réalité vous donne quelques choses »

Il expliquait comment le romancier  alimente son imaginaire. C’est comme Enric Marco, un petit os dur de réalité entouré d’une montagne de chantilly et de guimauve pour faire plus joli, plus mou, plus kitsch. Le passé n’en finit pas de vivre dans ce présent mythique.

L’auditoire était heureux d’avoir entendu un homme si brillant. Je n’ai pu m’empêcher de voir en ce raconteur d’histoire, le jardinier d’un très joli conte: « La chair de la langue » collecté par Praline Gay-Para. L’essence de la littérature est dans ce court texte swahili.

Ce roman est important, pour ne pas dire essentiel. Ceux qui pensaient que le roman est mort se trompent. Tant qu’il y aura des Javier Cercas pour capter le réel et le mettre en page, le roman sera vivant.

Comme la musique de jazz, rien ne peut tuer l’improvisation.

Un morceau au titre tout à fait dans le ton de John Scofield: Past Present

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Jouons avec le ionogramme

Le but de ce petit jeu du matin, chagrin, est de découvrir ce qu’il y a pu se passer entre les deux bilans suivants prélevés à 12 heures d’intervalle chez un homme de 70 kgs. Il s’agit d’une demande avis téléphonique.

Bilan 1

bilan initial_avisseptDouze heures plus tard, bilan 2:

bilan après_avisseptAmusez vous bien.

 

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L’eau comme le sang de la terre

L’eau vue du ciel, encore une série de clichés incroyablement beau.

On dirait des artères qui deviennent des artérioles puis des capillaires. La terre comme un corps humain irrigué par ses fleuves et rivières.

Source : Jaw-Dropping Aerial Photographs Capture the Earth’s Water from Above – Feature Shoot

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« Le méridien crasseux » par Andrew Moore

Formidable série de photographies le long du centième méridien.

Source : Extraordinary Images Capture the Spirit of America’s ‘Dirt Meridian’ – Feature Shoot

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« Alf Leila Wa Leila » interprétée par Oum « Kalthoum » et revisitée par Ibrahim Maalouf

L’immense diva égyptienne dans une composition envoutante de 1969, quelle bonne année…

Vous devez écouter la magnifique transcription jazz de ce monument de la musique orientale par l’inspiré Ibrahim Maalouf.

Il sort dans le même temps un album plus dans la lignée d’Illusions. Un petit échantillon

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