Mantra du soir: je ne traite pas les bactériuries asymptomatiques

Il ne faut pas traiter les bactériuries asymptomatiques hors femmes enceintes et avant un geste urologique, chez les immunodéprimés on ne sait pas. Voici la référence que vous pouvez ressortir. Une belle illustration est donnée par un Less is More du JAMA internal Medicine.

Une femme de 64 ans va aux urgences pour une cause X. Elle n’a aucun symptôme urinaire, il est fait une analyse d’urine systématique. Il y a des leucocytes et quelques bactéries. Elle est totalement asymptomatique, sans fièvre, ni dysurie, ni pollakiurie, ni douleurs lombaires. Il est prescrit pour cet incidentalome biologique, une antibiothérapie par cefdopoxime pendant 7 jours. Elle revient quelques jours plus tard avec une diarrhée abondante, de la fièvre. Elle est hospitalisée et il est diagnostiqué une colite à clostridium difficile. Elle est traitée avec succès.

Cette histoire illustre magnifiquement bien les risques d’examens systématiques. Pourquoi faire une analyse d’urine à une femme qui n’a aucun symptôme urinaire? Le risque de l’antibiothérapie pour traiter des microbes alors qu’il n’y a aucun symptôme. Attention ne posez jamais vos mains sur un boite de petri, vous pourriez vouloir ensuite prendre des antibiotiques toutes votre vie.

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Je le répète encore une fois. On ne traite pas les bactériuries asymptomatiques sauf quelques cas particuliers, les femmes enceintes et avant un geste urologique. Le déséquilibre ainsi induit du microbiote urinaire pourrait augmenter le risque d’infections urinaires symptomatiques.

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« Une Colère Noire » par Ta-Nehisi Coates traduit par Thomas Chaumont

« Lutter pour comprendre, c’est notre seul recours pour vaincre cette folie. »

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Je suis allé aux USA plusieurs fois, je n’y ai jamais vécu ou travaillé. J’aime bien ce pays. Cet été, nous sommes partis en Nouvelle-Angleterre. Ce voyage avait pour moi une  importance symbolique. C’était le lieu de nos dernières vacances de l’insouciance. Nous avons fini notre périple sur une ile au large de Mount Desert Island. Accès en bateau uniquement, une vieille voiture nous attendait au port, les clés sur le contact. La maison n’avait pas de clé pour la porte d’entrée, le silence, chaque personne croisé te salue, tu discutes, tu recroises on te salue encore plus chaleureusement. Tu laisses tes enfants partir en exploration, seuls, dans ce petit endroit calme sans peur (en fait non, mais je suis pas normal pour ça). Les pelouses bien tondues, les maisons de vacances proprettes, le petit musée où on te raconte l’histoire de l’ile, le cinéma familial. Un rêve d’Amérique parfaite, une vraie carte postale, ce fut un moment très agréable pour nous, écorchés de la vie. Ce rêve est très tentant. Ce n’est qu’une carte postale. Je comprends qu’on cède à la tentation de croire en cette image d’une Amérique tranquille où la communauté est soudée autour de valeurs communes sans faille. Terre offerte par un dieu miséricordieux à son troupeau méritant, l’histoire est belle, trop belle…

americaHeureusement nos courses au Wallmart du coin avant nos quelques jours isolés nous avaient rappelés comme ce pays est étrange. Nous achetons du cidre, à la caisse, le jeune homme, job d’été manifestement, refuse de prendre les bouteilles. Nous sommes étonnés. Il a moins de 21 ans et ne peut pas toucher de bouteilles d’alcool (du cidre à 3°). Il appelle sa responsable, une charmante femme entre deux ages qui nous regarde comme de dangereux pervers avec nos 6 bouteilles de cidres de 33cl. On demande sa carte d’identité à ma femme pour être sur qu’elle à plus de 35 ans, j’échappe à ça. Je suis un peu vexé, j’ai l’air vraiment plus vieux qu’elle alors ? Je me suis demandé ce qu’il ce serait passé si j’avais été noir dans cette Amérique si blanche…

Le rêve a un prix.

Ce prix est l’appropriation et souvent la destruction des corps noirs. C’est le sens de l’immense, du fantastique texte de Ta-Nehisi Coates. J’ai dévoré ce livre en une journée. Il raconte son histoire à son fils de 15 ans, l’age où être un homme noir en Amérique est un facteur de risque de disparaitre de mort non naturel. Il vient d’un des quartiers les plus durs de Baltimore. Il raconte son quotidien d’homme noir dans un pays qui a toujours broyé du noir, dès l’origine. C’est bouleversant, c’est émouvant, c’est terrible. Il faut lire ce texte, il faut y plonger. C’est un choc. Une analyse brillante de la situation américaine. Si vous voulez comprendre pourquoi Donald Trump a de bonnes chances d’être le futur président américain, lisez ce chef d’œuvre. Il donne les clefs. Le Rêve, la construction des races, la transformation des corps noirs en richesses et la peur de la perte de ce Rêve qui conduit à penser que la sécurité est plus importante que la justice, surtout si ta sécurité passe par un total abandon d’une minorité à l’arbitraire.

slow_chilIl écrit formidablement bien, vos yeux sont scotchés au texte. Vous comprenez mieux le monde, vous comprenez mieux les autres. Je suis un homme blanc avec un excellent niveau socio-économique. Je suis l’archétype du sommet de l’échelle alimentaire décrit dans ce livre. Je n’éprouve aucune culpabilité. J’ai eu de la chance, juste de la chance de naitre dans le bon pays, avec la bonne couleur d’épiderme. Ce texte est une très belle déclaration d ‘amour à l’enfant, au fils, j’y suis sensible, très sensible. Je ne peux pas comprendre la peur pour le corps qu’il nous transmet. Je n’ai jamais eu à vivre entre une rue qui peut te tuer à tout moment et une police qui peut aussi te détruire dans un arbitraire complet sans risque. Par contre, je comprends son angoisse pour son fils, pour le corps de son fils. Je comprends la peur qu’il soit au mauvais moment, au mauvais endroit, avec les mauvaises personnes, avec le comportement pas totalement adéquat qui pourrait entrainer la destruction de son corps, sa destruction.

Si je n’avais pas perdu mon fils, je ne pourrais pas vivre son angoisse  avec une telle intensité. Je connais cette peur. J’ai longtemps vécu avec cette peur, que j’ai toujours pour être honnête, de la destruction du corps de mes filles, car ceux sont des filles dans un monde où le corps des femmes vaut un peu moins que celui du mâle. Je sais depuis que le 3 février 2003 que tout est possible, rien ne protège ton rêve. Que ton rêve en fait n’existe pas, que seul existe, ce corps qui abrite qui tu es. Sans lui tu n’est rien, ce corps si fragile, cette vie si fugace. Ce livre m’a touché au cœur. Je comprends viscéralement la peur de cet homme.

Je pourrais vous citez des extraits, plein d’extraits, le problème est que j’ai annoté une page sur deux tant tout est fort, brillant, puissant, beau comme un corps. Je ne peux vous conseiller qu’une chose lisez le, laissez vous pénétrez par son histoire, par sa peur. Un grand texte, un très grand texte sur ce qu’est l’asservissement. Son talent est de donner une universalité à son histoire. Par la puissance de son intelligence, il transforme un moment particulier, d’un individu particulier, en un lieu particulier en universel par la puissance du verbe, de la littérature. Au delà de la destruction des corps noirs pour l’enrichissement de l’Amérique rêveuse, il nous raconte l’histoire de la destruction de tous les corps depuis la nuit des temps pour l’avantage de quelques uns.

Il a fait écho à un formidable livre que tout médecin devrait avoir lu « Les corps vils« . Le corps du pauvre a été un objet d’expérimentation. Il l’est l’est toujours. Mon désir de débat autour de la vente de reins est ancré dans une longue histoire de la médecine européenne. Le hasard a voulu que cette semaine dans la fabrique de l’histoire, une émission fasse un pont entre ces deux livres en s’intéressant à la médecine coloniale, c’est une très bonne introduction au livre de Chamayou.

Lisez ce « Between the world and me », vous en ressortirez un peu moins ignorant, avec l’envie de lutter pour que ce monde soit un peu moins absurde.

Note écrite en écoutant l’immense Kamasi Washington, car « Le pouvoir noir donne naissance à une forme de compréhension qui illumine toutes les galaxies, leur donne leurs couleurs les plus vraies. »

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Il faut aussi féliciter le traducteur qui a fait un très bon travail pour nous restituer ce texte avec son souffle et des notes utiles.

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Jouons avec Quevedo (réponses)

Réponse 3: Deviens son médecin, c’est garanti, parce que chacun meurt du médecin qu’il donne à la maladie dont il a souffert.

Réponse 12: Meurs jeune ou dès ta naissance.

Réponse 24: Appelle un médecin quand tu es en bonne santé et donne-lui de l’argent parce que tu n’es pas malade; si tu lui donnes de l’argent quand tu es malade, comment veux-tu qu’il te rétablisse une santé qui ne lui rapporte rien et t’enlève un mal qui lui donne à manger?

« Le livre de toutes les choses et de bien d’autres encore »

 

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Jouons avec Quevedo (propositions)

Proposition 3: Pour qu’une femme ou un homme se meure pour toi après t’avoir seulement vu, si un homme ou une femme te plait (que tu sois homme ou femme).

Proposition 12:Pour ne pas avoir de cheveux blancs ni vieillir jamais.

Proposition 24: Pour que les maladies te durent peu.

« Le livre de toutes les choses et de bien d’autres encore »

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Surtout ne pas utiliser une application pour surveiller sa pression artérielle

Un papier important qui montre que nous devons absolument valider cliniquement les applications qui ont la prétention de surveiller la santé.

Les auteurs ont utilisé une application populaire sur iPhone qui est sensée prendre la pression artérielle. Ils ont comparé les mesures obtenues à une technique de référence. La corrélation est pas mal à l’œil. En y regardant de plus prêt on voit un biais. Les tensions supérieures à 140 mm Hg sont systématiquement diminuées. Le risque est de faussement rassurer les patients sur un bon contrôle de la pression artérielle. Inversement, il y a une jolie tendance à surestimer la tension artérielle pour des chiffres normaux.

En résumé, pour surveiller sa pression artérielle, il faut acheter un appareil certifié d’auto-mesure de préférence avec prise au bras plutôt qu’au poignet. Ne dépensez pas votre argent pour ces applications non validés cliniquement. Il y a un vrai danger. Le ministère plutôt que de faire de la démocratie sanitaire à deux balles ferait bien de s’occuper de ce vrai problème. La sécurité des patients est en jeu.

Source : JAMA Network | JAMA Internal Medicine | Validation of the Instant Blood Pressure Smartphone App

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Les états doivent ils payer les donneurs de rein ?

En France, le don de rein est un don. Il est gratuit. J’avais, il y a un certain temps, commenté un livre, dont je recommande toujours la lecture aux donneurs vivants, promenade de santé. Nous ne donnons jamais dans un mouvement altruiste mais nous en attendons toujours quelques choses, c’est le principe du contre-don.

Régulièrement, revient sur le devant de la scène, la question de payer les donneurs pour répondre à la pénurie de transplants rénaux. L’Iran a mis en place ce système depuis longtemps, avec un certain succès. Il s’agit d’un véritable tabou dans les sociétés occidentales. Récemment, un prix Nobel français a fait frémir la bien-pensance de tout ceux qui voudraient se refaire une virginité à bon compte. Ses propos sont repris dans cette note de blog qui est intéressante. Elle donne une vision purement économique avec quelques approximations. Récemment, de façon plus sérieuse, un groupe américain propose une analyse purement économique du problème (l’article est en accès libre). Pour faire court, en payant 45000 $ un donneur vivant et 15000 $ un donneur décédé, il pense doubler le nombre de transplantations par an. Ainsi, la société économiserait plusieurs milliard de $ par an. Sur le plan économique, la démonstration est imparable. Il faut mettre en place ce système pour répondre à la demande en augmentation permanente de transplants rénaux et réduire les couts du à la prise en charge de l’insuffisance rénale chronique.

Les auteurs proposent un système entièrement public sans intervention du privé. Il est facile d’imaginer que l’agence de biomédecine gère ce marché. Une première étape serait de voir si avec les donneurs décédés, cette approche réduit la quantité de refus. J’imagine bien le coordinateur voir la famille et dire si vous acceptez qu’on prélève les organes de votre père, c’est 15000€ cash. Un peu glauque, mais peut être efficace, je n’en sais rien. Ensuite, en fonction de l’efficience de l’approche, le système sera élargi au donneur vivant. L’ABM affichera sur le site, le rein, c’est 45000€ cash. Il est probable que les donneurs ne seront pas les franges les plus aisées de la société française.

Il est important d’ouvrir le débat. Plutôt que de hurler, en disant la perruche a pris un coup sur la tête, lui qui nous bassine avec le corps-marché. Prenez un peu de recul. Je rappelle que la majorité des français à travers des enquêtes d’opinion sont d’accord pour la pratique de la grossesse pour autrui. Je ne comprends pas comment en étant pour la GPA on peut être contre le paiement des donneurs d’organes. Nous avons une pression importante pour ouvrir largement l’accès à la transplantation à toujours plus de patients. Je suis tout à fait d’accord avec cette approche. C’est très bien d’inscrire, le problème est que si nous n’avons pas de donneur, nous n’aurons pas de transplantés. On peut dire qu’il faut pousser sur le donneur vivant, très bien, mais la famille, les amis ceci ne suffira pas. Est ce juste que celui qui a une grande famille est plus de chance que celui qui n’en a pas? Est ce juste que la veuve ou le veuf ne puisse pas  espérer un don de son conjoint ? La liste va grossir sans fin si nous ne trouvons pas une solution. On pourra toujours dire que c’est la faute des néphrologues, ça ne tiendra pas longtemps. Nous pouvons modifier la loi, rien n’y fera, nous n’aurons pas assez de reins. Plutôt que de forcer la main aux familles, testons l’incitation financière et voyons ce qu’il se passe. Ouvrons un débat sur le sujet, mais un vrai débat, pas des anathèmes dans un sens ou dans l’autre. Faisons de la politique, car cette question est éminemment politique, elle n’est pas médicale, pas économique, mais implique l’ensemble de ces dimensions plus la morale, donc c’est de la politique. Faire de la politique, de la vraie, c’est répondre à ces questions difficiles qui forgent la société que nous voulons.

Accepter la rétribution des donneurs est entériné la réification du corps humain.

Refuser la rétribution des donneurs est prendre une posture morale face à des patients dans une attente souvent douloureuse.

Posée autrement la question, elle revient à se demander si nous devons pour épargner des souffrances à quelques uns et économiser un peu d’argent, modifier les rapports moraux au sein de la société ?

Je n’en sais foutrement rien, mais je suis convaincu de l’importance de ce genre de débats pour déterminer dans quelles sociétés nous voulons vivre.

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Image du jour

Le fromage, « salaison de lait ».

« Vocabulaire des précieuses » de Quevedo.

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J’aime le fou Mars après le triste Février

February to March, Saul Steinberg

Source : this isn’t happiness™ (February to March, Saul Steinberg), Peteski

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Augure du jour

Trois choses, les meilleures du monde, détestent au plus haut point trois sortes de gens: la santé, les médecins; la paix, les soldats; la vérité, les scribes et les lettrés.

« Le livre de toutes les choses et bien d’autres encore » de Quevedo

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Chiromancie ou art de la divination par les lignes des mains, en un chapitre bref

« Toutes les lignes que tu vois sur tes mains, ô lecteur curieux, signifient que la main se plie coté paume et non de l’autre coté, ce qu’elle fait par les jointures; c’est pour cela qu’on trouve les grandes lignes dans les jointures et, comme il s’agit d’un cuir délicat, il en résulte de plus petites à partir de plus grandes. Pour t’en persuader, observe que sur le cou, le front, les cuisses, les jarrets, les coudes, les saignées, les fesses et la plante des pieds, partout où la peau se froisse, il y a des lignes. Et il devrait y avoir, si la chiromancie était une science, des fessomanciens, des frontimanciens, des codimanciens, des colimanciens et des pédimanciens. »

« Le livre de toutes les choses et bien d’autres encore » de Quevedo

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