La composition des « médicaments » alternatifs, une joyeuse soupe de sorcière

L’utilisation par mes contemporains de produits « naturels », « bon pour la santé », « alternatifs », « complémentaires », « ethniques » me fascine. Ces produits dont la composition n’est jamais contrôlée, qui ne sont pas remboursés par la sécurité sociale sont un immense marché de plusieurs milliards. J’avais déjà écrit sur les surprises de la levure de riz rouge et la vitamine D vendue en ligne. Souvent les acheteurs de ces panacées sont ceux qui viendront râler pour deux euros non remboursés sur un bilan ou une ordonnance. Allez comprendre.

Les néphrologues sont assez sensibles à ce problème depuis la terrible histoire des herbes chinoises en Belgique. La recherche de consommations de tisanes, pilules magiques, comprimés exotiques ou décoctions miraculeuses doit faire partie de l’interrogatoire de base en néphrologie.

Je vous propose un exemple pas plus vieux qu’hier, un transplanté qui n’aime pas les médicaments, il dort mal depuis quelques semaines, en dehors de ça il va bien. Il prend de la ciclosporine avec des taux oscillants habituellement entre 50 et 70. Hier, il me présente son bilan, résiduel à 10. N’a-t-il pas raté des prises ? A priori non, pas de raisons de ne pas le croire. N’a-t-il pas changé ses habitudes alimentaires? Non. Ne prend-t-il pas des compléments alimentaires, des tisanes? Bingo. Comme il ne veut pas prendre de médicaments pour ses insomnies, il a acheté une tisane sur les conseils de, je le dis pas. Voici la responsable de la chute de concentration de l’immunosuppresseur.

A votre avis que contient cette tisane magique?

Avant d’avoir la réponse et pour vous laissez réfléchir, revenons à la composition mystérieuse de ces thérapeutiques alternatives et complémentaires, ici qui seraient issues de la pharmacopée traditionnelle chinoise. Un article australien récent a évalué la composition de 26 produits alternatifs. Il s’agit de pilule, gélule, infusion, boisson. Ils ont eu une approche très large en utilisant du séquençage pour identifier l’ADN retrouvé dans les produits, une approche de spectro de masse pour rechercher des médicaments et des dosages de métaux lourds. Les 26 produits sont en vente libre en Australie, pour 8 aucune composition n’est donnée sur l’emballage. Je regrette de ne pas avoir le nom des produits et les indications. Les résultats obtenus sont présentés dans la figure suivante.

Figure 1

Seulement deux produits contiennent ce qu’ils doivent contenir et pas d’ADN bizarre, de métaux lourds ou de médicaments inattendus.

Parmi les ADN exotiques retrouvés dans les mixtures, il y a pour les animaux, du rat, du chien, du chat, de la vipère, de la grenouille et encore plus étonnant de l’ADN de Panthera uncia, une espèce en danger.

Étonnant de traiter les douleurs articulaires avec de la panthère des neiges, les naturopathes ne sont pas forcément des amis de la nature.

Pour les médicaments, les auteurs ont retrouvés des AINS, de la warfarine, du paracétamol, des antihistaminiques, le composé actif du viagra. Souvent il s’agit de traces sans signification clinique, mais dans certains cas la concentration est cliniquement signifiante (paracétamol, caféine, sildenafil, diclofenac). Dans 7 cas, la concentration dans la préparation est thérapeutique, il s’agit de Chlorpheniramine, Cyproheptadine (bonne nuit les petits), de Dexamethasone (« je veux du naturel, surtout pas de cortisone », un des produits est vendu pour prendre du poids), Brucine, de la Strychnine, Pseudoephedrine (attention au contrôle antidopage).

Pour les métaux lourds, de l’arsenic à plus de 10 fois la limite autorisée est retrouvé dans 3 produits, du plomb à plus de 10 fois la limite autorisée dans 2 produits et du cadmium à plus de 10 fois la limite autorisée dans 3 produits. La limite de 2 fois est dépassée dans la majorité des produits testés.

Dans 92% des cas, ces drogues contiennent des substances qu’elles ne devraient pas. Il y a des champions qui combinent tout, métaux lourds, plusieurs médicaments et des herbes diverses et variées. La lecture de l’article, surtout des tableaux, est inquiétante. Cet article ne fait que renforcer ma méfiance sur ces « médicaments » dits naturels, produits on ne sait où, par on ne sait qui. Certaines de ces poudres de perlimpinpin sont des produits potentiellement très dangereux.

J’aurais bien aimé avoir les mêmes analyses pour des vrais médicaments, vendu OTC ou sur prescriptions, juste pour voir et comparer.

Les faux médicaments sont un vrai problème. Il serait bien que nos tutelles de santé, si promptes à laver plus blanc que blanc avec l’industrie pharmaceutique, soit aussi plus regardante avec les vendeurs de n’importent quoi en santé.

En attendant, je ne peux que conseiller de ne pas consommer ces pseudo-médicaments, surtout si vous avez une maladie chronique. Pour nous médecins, nous devons avoir un discours qui n’est pas stigmatisant mais expliquant pourquoi acheter des molécules sur internet est dangereux, pourquoi les produits naturels doivent faire l’objet de précaution. J’espère que les articles cités pourront aider à la construction de ce discours.

Description de cette image, également commentée ci-après

Concernant mon patient avec un taux effondré de ciclosporine, il avait consommé une tisane contenant du millepertuis ou Saint John’s wort. Il s’agit d’un inducteur enzymatique puissant dont l’utilisation devrait être réservée aux personnes ne prenant aucun autres médicaments, même un contraceptif oral. La consommation de millepertuis peut être associé à la survenue de rejet de transplant. Si vous êtes transplanté et que vous prenez des anti-calcineurines, attention. Si vous êtes une femme et que vous prenez une contraception orale, attention au risque de survenue d’une transplantation qui durera neuf mois.

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La politique à la sauce #XmasBMJ

Le numéro de noël du BMJ est toujours un moment très attendu. Celui de cette année s’annonce comme un grand moment. Nous sortons d’élections un peu compliqué pour certains. Deux articles du BMJ permettent de comprendre pourquoi faire de la politique pourrait être bon pour la santé.

Être un  parlementaire britannique est associé à une meilleure survie par rapport à la population générale britannique. Voici une bonne raison de vouloir devenir député.

Figure1

Après cette lecture j’imagine l’angoisse de ceux qui n’ont pas été élu. Heureusement l’antidote à cette peur est dans l’article suivant. Les auteurs ont analysé la survie des politiques élus ou non chefs de gouvernement. La figure parle d’elle même, pour vivre plus vieux, il fallait éviter de devenir chef de gouvernement sur la période 1722-2015.

Ces deux articles sont des plaidoyer pour la pratique de politique. Ne pas être élu serait en prime bon pour la santé. J’attends avec impatience l’étude qui montrera qu’être juste candidat non élu à la députation ou à la région est bon pour la santé.

Un troisième article donne une explication sur pourquoi les dignitaires du régime soviétique, pardon russe, ne bouge pas le bras droit en public. L’hypothèse des auteurs tient à l’origine professionnel de ces braves gens, le KGB ou l’armée. Ce défaut de mouvement du bras droit serait ainsi non pas du à une maladie neurologique mais simplement à l’entrainement au tir. Vous ne regarderez plus les hommes politiques de la même façon après la lecture de ce papier qui va gagner un Ig Nobel.

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Aliments riches en sel et en potassium

Deux petits visuels traduits des documents du CKD pathway canadien. Ces listes ne sont pas exhaustives et doivent s’accompagner idéalement des conseils d’un professionnel en diététique.

Les aliments riches en sodium doivent être évités par les personnes avec une hypertension artérielle et une insuffisance cardiaque.

aliments riches en sels

Les aliments riches en potassium sont à limiter ou à éviter chez les personnes avec une maladie rénale chronique et un débit de filtration altéré. Le régime est à adapter à la valeur du potassium dans le sang (kaliémie). Le régime limité en potassium est indiqué chez des patients prenant des médicaments limitant l’élimination du potassium surtout en présence d’une insuffisance rénale.aliments riche en potassiumLes médicaments augmentant le potassium sont les inhibiteurs de l’enzyme de conversion (en DCI X-pril), les sartans, les bêta-bloquants (X-olol), les anti-inflammatoires non stéroïdiens, trimethoprime – sulfamethoxazole (bactrim), les diurétiques épargneurs de potassium (spironolactone et amiloride), les antifongiques (fluconazole), les héparines.

Les aliments riches en potassium sont à consommer en cas d’hypokaliémie (manque de potassium dans le sang).

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Un kit de survie pour un avis néphrologique optimal

N’aillez pas peur de la créatinine car

fear is the enemy of logicVendredi, 17h45, le téléphone sonne…

« Allo, bonjour, je voudrais un avis néphrologique. »

« Oui, j’écoute. »

« Je vous appelle pour un monsieur qui augmente sa créatinine depuis une semaine. Il a 500 µmol/l de créat. Il est hospitalisé depuis 15 jours, il a reçu des aminosides, de la vancomycine et de la tazocilline. Tout a été arrêté il y a 8 jours, il avait le lendemain 100 µmol/l de créatinine. Il a commencé a augmenté le lendemain avec 200 µmol/l et depuis ça augmente tous les jours. En fait il était pas infecté mais il est par contre confus. »

« D’accord, il augmente sa créatinine presque 100 points par jour après l’arrêt de tous les néphrotoxiques, c’est bien ça? ?ous êtes sur que tout  à bien été arrêté ? C’est quoi le reste du traitement? »

« Oui, il a de l’omeprazole et une benzodiazépine. »

« Comment est sa tension? Est ce qu’il a des œdèmes ? Est ce qu’il a pli cutané? Est ce qu’il urine? »

« Heu, je sais pas , j’appelle car mon chef me l’a demandé mais l’interne qui s’occupe de lui est en repos de garde et je ne le connais pas très bien. »

« J’aimerai bien connaitre sa TA quand même. »

Temps de silence

« 140/70 »

« Il urine? »

« Je sais pas, je le connais pas bien, je vais demander aux infirmières. »

Re-silence

« On sait pas, il est confus et on mesure pas. »

« Est ce que vous auriez un ionogramme urinaire avec une urée urinaire et une créatininurie, une protéinurie, un ECBU »

« J’en ai vu un »

« Bien, je pourrais avoir le résultat »

Re-re-silence

« Alors, il date d’il y a 10 jours »

« Avant l’apparition de l’insuffisance rénale aigue, c’est pas utile, j’aurai besoin d’une analyse urinaire actuelle, sinon comment est l’échographie rénale? »

« Il en a pas eu. »

« Vous avez cherchez un globe vésical? »

« Je le connais pas, c’est ma collègue qui le connait et elle est en repos de garde. »

« Écoutez, Mademoiselle, je ne peux rien vous dire sauf qu’il a une insuffisance rénale aiguë, la cause est impossible à trouver sans un minimum de données, quand vous demandez un avis néphrologique, il serait bien que nous ayons un certain nombre d’éléments pour éviter de vous faire perdre votre temps. »

Je lui donne ma petite liste d’éléments à récupérer avant de me rappeler.

« Mais vous le prenez pas, il a 500 de créat. »

Petite pointe d’inquiétude.

« Non, je ne le prends pas, je ne vais lui faire traverser la ville, sans plus d’élément. Il a un potassium normal, vous n’avez pas fait de réserve alcaline, il ne semble pas en détresse respiratoire ni hémodynamique et la créatinine ne tue pas. Il est peut être juste en globe. Je trouve compliqué et inutile de prendre un patient qu’il suffirait simplement de sonder. Rappelez moi quand vous aurez l’écho et le reste. »

« Merci »

« De rien »

Je n’ai jamais eu de retour. L’espionnage informatique m’a permis de voir que le patient était en globe vésical… Il a retrouvé rapidement sa créatinine de base.

J’étais en forme en cette fin d’après midi, assez zen. Je ne me suis pas énervé comme à mon habitude quand on me demande de jouer à la Madame Soleil de la créatinine. Le néphrologue devrait pouvoir lire dans sa boule de cristal pourquoi l’insuffisance rénale apparait. J’aimerai pouvoir le faire, j’aimerai… Malheureusement, je ne sais pas faire. J’ai besoin d’un minimum de données pour évoquer des pistes et tenter de trouver des solutions.

Alors par pitié, pour ne pas faire perdre de temps au patient, mais aussi à vous, demandeur d’avis rognonologique, donnez quelques éléments de débrouillage.

Devant une augmentation de la créatininémie, après avoir éliminé les urgences, nous avons besoin:

  1. Des créatininémies antérieures (vous pouvez envoyer le patient avec ses bilans sur 10 ans, je serai plus heureux d’avoir un tas de papiers à trier que rien).
  2. La liste des traitements en cours et ceux arrêtés avec leur chronologie. L’éventuel exposition à un produit de contraste iodé.
  3. Des chiffres de tension artérielle, de diurèse, et l’état d’hydratation (idéalement la variation du poids, je rêve).
  4. Rechercher systématiquement un globe vésical
  5. Dans le sang, j’aurai besoin d’une réserve alcaline, d’une chlorémie en plus du ionogramme de base, d’une calcémie, d’une phosphorémie, d’une protidémie et d’une albuminémie au minimum et bien sur d’une NFS.
  6. Une imagerie rénale et vésicale avec une mesure du résidu post mictionnel (obstacle, toujours traquer l’obstacle)
  7. Un bilan urinaire sur échantillon, j’insiste sur échantillon. Après avoir fait une BU, il faudra demander un ionogramme, une urée, une créatinine, une protéinurie et un ECBU.

Avec ça, tout néphrologue normalement constitué devrait pourvoir proposer quelques pistes sur l’origine de l’augmentation de la créatinine et une démarche thérapeutique. Sans ces éléments, il est très compliqué de réfléchir. Le nombre de lit dans les services de néphrologie sont limités, nous avons des cohortes importantes de dialysés, de transplantés, d’insuffisants rénaux chroniques fragiles, il est de notre devoir de gérer notre ressource de façon raisonnée. J’aimerai pourvoir prendre toutes les augmentations de créatininémie, toutes les hyponatrémies et autres troubles hydroélectrolytiques pour m’en occuper, mais c’est impossible.

La gestion d’une insuffisance rénale aiguë fonctionnelle est de l’ordre du soins primaires.

Arrêtez des diurétiques et des IEC chez un patient avec la diarrhée, perfuser un peu de sérum salé ou de bicarbonate n’est pas l’affaire d’un spécialiste mais de tout médecin.

Avoir une démarche raisonnée et systématique permet de ne pas passer à coté d’un diagnostic plus complexe qui sera du ressort du néphrologue.

Pour les troubles hydro-électrolytiques, la seule chose dont j’ai vraiment besoin pour dire quoi faire est au moment du trouble,pas après sa correction, d’avoir la mesure de l’ion et d’une créatinine dans les urines  sur un échantillon. Ceci permettra de savoir si la réponse rénale est adaptée ou pas.

J’espère que cette petite liste sera utile et qu’elle simplifiera vos relations avec les néphrologues qui peuvent être des gens charmants.

Je vous remets un arbre pour vous orientez devant une augmentation de la créatinine.

IRA arbrePour le centenaire de « The Voice », M. Franck Sinatra, un extrait d’un magnifique album de ce grand chanteur de Jazz. « Sinatra at the Sands » est un bijou avec Count Basie et son orchestre, aux arrangements et à la direction, un petit jeune, Quincy Jones.

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

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CMYK joke

Red Car

Je la lis et je me marre, je la relis et je ris encore plus.

Je dois avoir un problème.

Allez lire le texte caché sur le site de XKCD pour l’avoir en version petit chimiste.

Source : xkcd: Red Car

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Le cardiologue rêve des femmes

Manifestement les cardiologues depuis quelques années envient les gynécologues. Ils en ont assez de voir des hommes entre deux ages bedonnants et clopants. Il veulent de la femme jeune, de la chair fraiche. J’avais déjà relevé une campagne de publicité assez mythique. La précédente campagne qui date de 2013 n’ayant pas porté ses fruits, ils repartent dans cette quête féministe avec un clip encore plus racoleur.

Il s’accompagne d‘une jolie page web qui suggère, sans le dire, que les femmes serait devenues les premières victimes d’infarctus du myocarde.

SFCfemme _hommeConcernant cette assertion sur la progression des IDM entre 2002 et 2008, je suis allé regarder. Je reproduis une figure de l’article de l’INVS.

risque IDMEffectivement, le risque d’infarctus pour les femmes entre 45 et 54 ans augmente pour les femmes alors qu’il diminue chez les hommes. Regarder les chiffres bruts permet de recadrer le débat. En 2008, le taux d’IDM hospitalisé pour les hommes est de 162/100000 contre 29/100000 chez les femmes. Si les femmes font plus d’IDM qu’avant, elles sont encore loin d’atteindre les taux masculins. Ce serait bien de donner une information complète. C’est moins spectaculaire certes mais la confiance passe par la vérité.

Oui, l’infarctus du myocarde existe chez la femme de moins de 55 ans.

Oui, il faut y penser devant toute douleur thoracique chez une femme.

Oui, il faut lutter contre les facteurs de risque en particulier le tabagisme, mais il ne faut pas baisser la garde chez les hommes. Même si le risque à un peu diminué chez les hommes, il reste 5 fois plus important que chez les femmes. Ce genre de message pourrait faire croire que le combat est gagné chez les producteurs de testostérone, clairement non.

Je ne suis pas sur que cette vidéo totalement outrancière, on nous montre une jeune femme plutôt svelte, sans clope au bec, qui a moins de trente ans, serve le but attendu, surtout sans message expliquant que le tabac est le principal facteur de risque dans ce cas. Elle fait du sensationnalisme. Cibler les vraies femmes à risque en prenant un peu plus de temps pour expliquer m’aurait paru plus judicieux.

Au moins cette fois ci on évite de dire aux femmes de 40 ans d’aller toutes voir un cardiologue. Par contre les gynécologues et les médecins généralistes sont activement incités à sensibiliser les femmes à ce problème. Je trouve très bien que soit mis en avant les règles hygiéno-diététiques, sans parler de médicaments.

« Une bonne hygiène de vie est la solution la plus efficace contre la maladie cardio-vasculaire.
Elle passe par une alimentation saine, variée et équilibrée, zéro cigarette, une activité physique régulière, une gestion adaptée du stress. J’incite activement tous les médecins généralistes et tous les gynécologues à sensibiliser et accompagner leurs patientes dans ce sens… »
Pr Claire Mounier-Vehier, Présidente de la Fédération Française de Cardiologie.

Sinon est ce que vous saviez que l’incidence du cancer du sein chez les hommes avaient explosé de 25% entre 1973 et 1998? Ça fait peur hein.

hommekseinD’un coup vous êtes plus détendu. Ce graphe est digne de Fox news, j’ai honte, mais il est comme ça dans l’article.

Afficher l'image d'origine

PS: si on peux m’expliquer ce qu’est une incitation passive, je suis preneur.

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Notre planète bleue respire, elle devient verte.

Cette vidéo présente le rythme annuel de notre biosphère sur plusieurs années. La Terre est vivante. Elle suit le rythme des saisons aussi bien sur les continents que dans les océans.

Ces images sont émouvantes.

Même si elle nous survivra quoi que nous fassions, Gaïa mérite un peu de notre attention et de notre bienveillance. Je vous conseille l’écoute de la très bonne conversation scientifique avec Gilles Ramstein à propos du climat. La mise en perspective sur la longue durée de notre histoire climatique montre qu’en croyant nous préoccuper de notre planète c’est avant tout de nous dont nous nous inquiétons.

Nous sommes vraiment dans l’anthropocène anthropocentré.

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Avant de reprendre une information, toujours la vérifier.

J’imagine que cette carte pourrait faire un chouette buzz sur les réseaux sociaux.

Fecal concentration of the World’s oceans [1,208px × 620px ]CLICK HERE FOR MORE MAPS!thelandofmaps.tumblr.com

Il s’agirait de la concentration en matières fécales des océans. On l’imagine bien accompagné d’un « Avant de vous baigner dans l’océan indien regardez ça ». Bien évidement en ce moment de COP21, où chacun veut laver plus blanc que son voisin, elle peut prendre une dimension politique. Les pays émergents bordant l’océan indien ne prendraient pas soin de l’eau.

J’étais à deux doigts de balancer l’image, mais je la trouvais trop belle pour être honnête. Je ne comprenais pas le lien entre tsunami (dans le lien) et caca et l’expression de la merde en ppm m’a paru louche. J’ai cherché la source. Le lien renvoie un message d’erreur. J’ai retrouvé l’image grâce à un moteur de recherche d’images, confirmant mes soupçons de bidouille.

false color map of the sumatra-andaman tsunami waveheight

Il s’agit en fait d’une image montrant l’amplitude des vagues après le tsunami du 26 décembre 2004.

Je trouve odieux d’utiliser cette image qui reflète la tragédie vécue par ces populations pour les accabler.

Il faut toujours vérifier ses sources avant de les partager. Si tous les utilisateurs du Web appliquaient cette pratique de bon sens, nous entendrions moins de conneries et le monde se porterait peut être un peu mieux. J’en avais donné un autre exemple ici.

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Thé vert et rein

Le thé est une boisson largement consommé dans le monde. Camellia sinensis est riche en de multiples composés chimiques. Il est paré de nombreuses vertus en particulier dans sa version verte, dans un monde obsédé par le green washing rien d’étonnant. Cette panacée, si elle est consommée excessivement, peut causer quelques problèmes en particulier au niveau rénal du fait de sa richesse en oxalate. Vous en avez un exemple ici.Afficher l'image d'origine

Les effets de la consommation de thé vert sur des transporteurs au niveau du tubule rénal viennent d’être montrés. Il s’agit d’un travail expérimental. Les auteurs ont rendu des rats insuffisants rénaux (modèle adénine, 28 animaux) et leur ont fait consommer du thé vert à différentes doses (je n’ai pas saisi comment ils dosent. La préparation de l’infusion: 2 à 4 g de thé pour 50 ml d’eau infusé 30 minutes à 98-100°, ils n’aiment pas le thé je suis d’accord). La consommation du thé vert à la plus forte concentration s’accompagne d’une dégradation plus rapide de la fonction rénale et d’une accumulation de toxines urémiques comme l’indoxyl sulfate. Cette toxine est connue pour avoir des effets cardiovasculaires délétères. Ces animaux buvant du thé accumulent des toxines quand ils boivent du thé. Les catéchines contenus dans le thé seraient responsable de l’effet. Certains de ces composés inhibent les transporteurs de l’indoxyl sulfate dans le tubule proximal rénal, OAT1 et OAT3. Les auteurs de l’article montrent in vitro que le thé vert inhibe ces transporteurs au même niveau que le probenecide, l’inhibiteur de référence. Cet effet inhibiteur pourrait être bénéfique pour le rein en bloquant l’entrée des toxines dans le tubule rénale comme suggéré par ce travail. L’effet observé sur la fonction rénale pourrait être juste hémodynamique. Par contre l’accumulation de toxines pourrait favoriser les phénomènes de thrombose.

Vous me diriez, tu es bien gentil volatile coloré, mais en dehors du néphrologues toxinophiles qui ceci intéresse? Je jaboterai que les OAT ne transportent pas que mes chères toxines urémiques mais aussi de nombreuses molécules. Le probenecide, un uricosurique bien connu, agit en inhibant ces transporteurs. Les OAT sont sur la membranes basolatérales et assurent le transporteur des anions organiques en échange le plus souvent du cétoglutarate. Parmi les anions organiques que vous utilisez en pratique clinique quotidienne, il y a les diurétiques de l’anse et les thiazidiques. Ces diurétiques sont sécrétés par le tubule proximal pour atteindre leur cible au pole apical de l’anse de Henlé ou du tubule distal. Si vous bloquez les OAT1 et 3 vous diminuez l’efficacité du furosémide par exemple. D’un coup vous commencez à être intéressé. Ces OAT transportent bien d’autres médicaments une liste non exhaustive est présentée dans la figure suivante. Pour aller plus loin, je vous conseille la lecture de l’article d’où elle est tirée. Le thé vert pourrait ainsi modifier la pharmacocinétique de nombreux médicaments. Il serait très intéressant d’explorer chez l’homme la pharmacocinétique de certaines molécules lors de la prise de thé.

OAT1_3

Mon honnêteté intellectuelle m’oblige à vous parler d’un article découvert après une recherche intense dans une obscure revue. Une équipe indienne a fait consommer à des rats, des extraits de thé vert (100 g de thé infusé dans un litre d’eau à 70° pendant 10 minutes, il est rare qu’on utilise autant de thé…) et en  même temps de l’hydrochlorothiazide (10 mg/kg, ce qui est une posologie énorme, chez l’homme on donne une dose fixe de 25 mg/jour sans tenir compte du poids). L’hydrochlorothiazide est bien un diurétique, le thé vert à une action diurétique aussi et la prise concommitante augmente l’effet du thiazidique allant totalement à l’encontre d’une interaction sur les OAT 1 et 3 du thé vert, ou alors on nous a toujours menti et le thazidique passe par une autre voie. Le thé a un effet diurétique dont il faut peut être tenir compte. Notons que les auteurs n’ont pas regardé si il y avait des catéchines dans leurs extraits. Comment réunir les deux articles, je trouve que le premier est de meilleure qualité scientifique. La préparation du thé est différente, température, temps d’infusion pouvant expliquer les différences de niveau de métabolites actif.

Ces deux articles montrent que le thé n’est pas un produit neutre. Il serait intéressant d’avoir plus de données sur les interactions thé-médicaments, les diurétiques seraient une belle piste de travail initial.

Ces articles rappellent que les fonctions d’élimination du rein ne passent pas que par la filtration glomérulaire mais aussi par la sécrétion tubulaire. Une équipe américaine vient de le découvrir et nous propose l’évaluation de l’excrétion de certaines toxines urémiques pour mieux stratifier le risque de mortalité ou de dégradation de la fonction rénale indépendamment de l’estimation du débit de filtration glomérulaire. Je suis convaincu que le message du papier est important et vrai. J’ai un biais je travaille sur certaines de ces toxines. Par contre je ne suis pas convaincu par les données. Je suis épaté qu’ils aient réussi à le faire passer dans JASN. Je ferai une note à part pour parler de cet article, tant il y a à dire.

En attendant, je vais finir mon thé.

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« La Conspiration » de Paul Nizan

A Venise, si vous êtes en manque de livres et que vous aimez les lieux avec du caractère, je vous conseille la librairie l’Acqua Alta. Spécialiste dans la vente d’occasion, ce lieu est assez bien organisé sous son désordre apparent. Il y a un rayon littérature en français, qui n’est pas mal du tout. J’aime bien les librairies, alors je fouine un peu. Cette année, j’ai déniché une édition (Folio 1983) sans aucune valeur d’un auteur que j’avais envie de lire depuis quelques temps. La librairie « en vrai » a ceci de supérieure au cybermarchand, il y a une place au hasard, à la découverte. J’aime bien me perdre dans ces lieux étranges. A Lisbonne vous avez Ler Devagar.

20151026_135733Je ne sais plus pourquoi je voulais lire Nizan, un vague souvenir d’une écoute d’émission sur France Culture. Quand je suis tombé sur ce livre aux pages jaunies sentant le renfermé avec pour seule trace du précédent possesseur, une marque de stabilo boss rose à la page 68 et 70, j’ai vu un signe du destin. Je me demande comment ce livre s’est retrouvé à Venise. J’avais d’autres lectures en cours, j’ai un peu attendu avant de le commencer.

J’ai eu du mal à rentrer dans le texte, j’ai failli abandonner, la seule chose qui m’a poussé à poursuivre ma lecture fut l’écriture, le style impeccable de Paul Nizan. Cette première partie, qui probablement, il y a 20 ans m’eut plus, ne m’a pas porté. Ces fils de grands bourgeois essayant de se donner le frisson de la révolution m’ont ennuyé. Heureusement, le talent littéraire est là. Le sens de la formule m’a fait poursuivre. Je reconnais que le personnage de Simon, espion raté mais menteur de talent, m’a aidé à finir cette partie, comme le dernier chapitre, le carnet de Laforgue.

J’ai été récompensé de ma ténacité, par la deuxième partie.

Son premier chapitre, le XI, est une merveille. Il parle de la Grèce magnifiquement, vous y êtes. J’ai rarement lu des pages aussi belles sur ce pays, sur la méditerranée. Il faut le lire d’une traite, superbe. Et Rosenthal, devient un autre homme, il est capable d’amour lui l’intellectuel, le normalien, froid gardien de la révolution. Ce chapitre est parfait, il marque le passage de la conspiration à l’amour. Brutalement, vous comprenez la première partie, cette aridité, cette haine de tous contre tous, ce chapitre fait de douceur et d’amour fraternel est une merveille. La suite du roman se dévore, elle est magnifique, amour, trahison, une tragédie antique à la sauce bourgeoise. Vous ne pouvez plus lâcher le livre et vous aimeriez rester, encore, avec les personnages. Aucun n’est sympathique, ils sont tous d’une fantastique humanité. Nizan analyse, décrit brillamment ce monde, les affres de la jeunesse, l’amour, la haine, surtout celle de soi, le cauchemar que peut être la famille, rien n’est épargné, tout en prend pour son grade.

Il s’agit d’un très grand roman français. On ne peux que regretter la mort trop précoce de Paul Nizan. Je vous conseille vivement cette lecture. J’ai particulièrement aimer son sens de la formule et un humour noir redoutable. Il fallait oser que Rosenthal se suicide au Gardenal. Ça me fait penser à une chanson de Gainsbourg.

Si vous voulez comprendre ce qu’est le désir mimétique, il faut lire ce roman. C’est un roman du désir mimétique, il n’y a que des trios. On désire être comme l’autre pour mieux l’aimer ou le haïr. Catherine, Claude, Bernard; Pluvinage et ses camarades; rien n’est apaisé, il n’y a que cette tentation permanente d’être l’autre ou de vouloir ce qu’a l’autre, si cher à rené Girard.

Quelques exemples du talent de Paul Nizan:

p30: « Ils ne savaient pas encore comme c’est lourd et mou le monde, comme il ressemble peu à un mur qu’on flanque par terre pour en monter un autre beaucoup plus beau, mais plutôt à un amas sans queue ni tête de gélatine, à une espèce de grande méduse avec des organes bien cachés. »

p73: « A cause de cette pluie et du Dimanche, Paris était vide: les méduses brillantes des parapluies flottaient entre deux eaux; des ménages allaient faire des visites qui ne les amusaient pas et giflaient les enfants; des rafales de vent mouillé rabattaient les vendeurs de journaux sous le porche de l’Abbaye où trois mendiants guettaient les fidèles des Vêpres. »

p123: « Les femmes ne donnent jamais de vacances aux hommes qu’elles aiment »

p127: « j’imagine une époque où la grandeur sera moins dans le refus que dans la l’adhésion, où il y aura quelque gloire à se sentir conforme. Toutes les grandeurs humaines n’ont été jusqu’à maintenant que négatives.

p129: « retarder la mort par la fureur »

p161: tout le début du chapitre

p190: « Il tombait dans des réflexions sans fin sur l’existence, le destin ; il ne songeait plus qu’à sauver Catherine, à la contraindre à être heureuse selon l’idée qu’il avait du bonheur. C’est ainsi que sont tous les hommes : ils trouvent rarement des femmes qui tolèrent ces bonheurs imposés. Bernard allait tout perdre, s’il pensait déjà à organiser l’avenir, on ne sauve l’amour qu’en l’accueillant les yeux fermés. »

p194: « Tout cela manque de réalité et il est difficile d’aimer passionnément des fantômes ; ils m’inspirent cependant une espèce de pitié que mon père me rend en affection et en mépris. »

p197: « C’était une femme qui était dans l’amour comme ces gens que la musique bouleverse à la minute qu’ils l’entendent, mais qui ne retiennent pas les airs. »

p229: « Comme c’est puissant et inflexible, une famille ! C’est tranquille comme un corps, comme un organe qui bouge à peine, qui respire rêveusement jusqu’au moment des périls, mais c’est plein de secrets, de ripostes lentes, d’une fureur et d’une rapidité biologiques, comme une anémone de mer au fond d’un pli de granit, tranquille, nonchalante, inconsciente comme une fleur, qui laisse flotter ses tentacules gorge de pigeon, en attendant de les refermer sur un crabe, une crevette, une coquille qui coule….  »

p245: « la photographie ne partit jamais, resta dans les papiers de Laforgue, comme la dernière apparition d’un Rosenthal éternellement jeune, éternellement déçu, soustrait au temps, aux métamorphoses de la vie — aussi longtemps que persistent un papier, des traces fixées de lumière… »

p266: »Comme ces fils d’industriels ou d’ingénieurs qui font leurs premiers découpages dans des catalogues de machines-outils, j’ai découpé dans ma petite enfance des modèles de catafalques, de corbillards et de caveaux. »

p267: « Je sais aujourd’hui qu’il est dangereux de vivre une vie qui se déroule dans les coulisses de la vie. »

p269: « Je n’ai jamais rencontré que des médecins pour savoir constamment passer du monde des rebuts au monde où l’existence a de l’orgueil. »

p308: « Il ne pleurait que sur lui-même: tout le monde s’y trompa. »

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