Comment faire des frites plus croustillantes en 2014

Ce matin, j’ai lu libération, survolé serait le bon mot.

La une du supplément est l’An Foiré 2013. C’est un ramassis des échecs de 2013. Une drôle de façon pour finir l’année et commencer la nouvelle. Passons sur cette passion de l’échec, du déclin, du mauvais qu’entretient Libération et le reste de la presse française depuis quelques années. Une passion française que la critique systématique de ce que nous faisons. Passons sur le jeu de mot digne d’un enfant de 10 ans.

Ce qui m’irrite le plus c’est d’avoir l’impression de lire une tweet list. Snowden au même niveau que Nabilla, la Syrie a droit à une plus petite photo que les défenseurs des blaireaux britanniques, le drame de Fukushima mis en parallèle avec De Caunes. Je comprends mieux pourquoi ce journal perd des lecteurs. Ce n’est pas en se mettant au niveau d’un flux twitter que la rédaction remontera son audiance. C’est un peu déprimant. J’attends de la presse écrite, une mise en perspective, de l’investigation, de l’analyse, comme ce qu’on peut voir dans le NYT. Là rien, un vide intersidéral qui mélange les genres et se rapproche de Voici. Il n’y a aucune hiérarchisation. De peur de rater une pépite de la culture pop, on met tout et n’importe quoi. On ne stimule pas le lecteur, on le tire vers le bas, vers la médiocrité. La presse française a force de parler de déclinisme se met au diapason et va dans le néant.

Quand je vois les énormités qui peuvent être écrites dans la presse grand public sur la médecine, je suis de plus en plus circonspect sur le reste des informations dans les domaines que je ne connais pas un peu, c’est à dire tout sauf la médecine. Un exemple  qui m’a fait sourire, dans le Nouvel Observateur, vous savez un de ces hebdo qui classent les hôpitaux.

Baqn5peCcAE1EDFPour les non médecins, la fibrillation auriculaire est responsable d’embolie non dans l’artère pulmonaire mais dans les branches de l’aorte. La fibrillation auriculaire est une cause d’accident vasculaire cérébraux. Quand on voit ce genre d’énormité publié, on ne peut être après un sourire qu’avoir peur. Et dire que ces personnes osent juger ce qui est bien et mal ou mérite d’être mis en avant dans le domaine médical.

Heureusement, ma première journée de l’année 2014 a été éclairée par un article publié en Novembre que j’ai découvert grâce à l’excellent site de science.

  1. Lioumbas, John S., et Thodoris D. Karapantsios. « Effect of increased gravitational acceleration in potato deep-fat frying ». Food Research International 55 (janvier 2014): 110‑118. doi:10.1016/j.foodres.2013.10.044.

Les auteurs de cet article montrent que pour augmenter le croustillant des frites, à température et temps de cuisson constant, il faut le faire à une gravité qui est trois fois celle de la terre. J’ai appris beaucoup sur la physique de la cuisson de la pomme de terre dans un bain d’huile (évaporation, convection, importance des bulles et de la flottaison), ce qui est un sujet de recherche pour le moins original.

La lecture de l’article est amusante et instructive. Pour étudier l’impact de la gravité, ils ont construit une friteuse spéciale qui s’adapte dans une centrifugeuse de l’agence spatiale européenne.  Elle permet de cuire une frite calibrée (9.8 × 9.8 × 20.0 mm). Il mesure la température et filme sa cuisson en temps réel. L’épaisseur de la croute est évaluée par deux méthodes (ici en microphotographie).

croute frite

Je suis franchement incapable de savoir si le papier est de qualité ou pas, car les concepts analysés me dépassent. J’ai trouvé impressionnant les moyens mis en œuvre « juste » pour analyser de façon précise la cuisson des frites. Je ne sais pas si ceci aura un impact sur notre quotidien. Mon petit doigt me dit que le modernist cuisinist ne va pas pouvoir rester insensible à cette stratégie de cuisson en hypergravité. Je vous conseille la lecture des commentaires sur le site de science, qui montre que même ici, certains commentent sans avoir tout lu…

Je vais me permettre une remarque, sur le choix de l’huile et sa température. Ils ont opté pour de l’huile d’olive ce qui est étonnant pour la cuisson de frites. Franchement, je n’aurais jamais eu cette idée, je pense que gustativement c’est un très mauvais choix. Pour le deep frying, il faut à mon humble avis une huile plus neutre. Nous pouvons nous poser des questions sur la reproductibilité de ce travail à nos latitudes et je ne parle même pas de ceux qui font des frites avec du gras de bœuf.

Pour la température, 150°C, ce n’est pas assez pour des frites.

La science m’étonnera et me fascinera toujours. Je trouve important que des scientifiques s’intéressent à des sujets aussi farfelus que la cuisson de la pomme de terre en hypergravité. Ceci semble n’avoir aucun intérêt, peut être qu’ils vont révolutionner notre manière de cuisiner, un jour.

J’espère que cet article recevra un Ig Nobel, à mon sens il le mérite pleinement.

Je vous souhaite une bonne santé pour cette nouvelle année 2014. J’espère qu’elle sera pleine de découvertes et de plaisirs scientifiques.

Reflet new year

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Greetings from Istanbul

Pour la fin de cette année, nous avons décidé d’aller à Istanbul. Je ne reviendrai pas sur les péripéties de notre départ en deux temps.

Cette ville est particulière, complexe, multiple et unique. Elle mérite d’être découverte, juste pour comprendre que la Turquie est un pays européen, très européen, mais aussi oriental. Son entrée dans la communauté européenne est une chance pour nous.

On aime ou on déteste et parfois les deux dans la même journée voir demie-journée ou heure. Cette ville vibre et déborde d’énergie. J’aime ce lieu-frontière.

istanbul modern

Je vous propose une petite promenade totalement subjective et non exhaustive. Pour me guider, j’ai trouvé une nouvelle amie.

nouvelle amieElle va nous accompagner dans les rues d’Istanbul, où il y a des campeurs avec un gout certain pour les jolies vues.

mosquéée et tenteMais aussi des pandas.

pandaIls sont parfois en colère contre le pouvoir actuel. Ils s’attaquent à son symbole, l’argent.

distributeurDans les rues d’Istanbul, il y a des palais.

palaisIl y a aussi une tour qui veille.

galataSur les mouettes d’Istanbul.

cabine mouetteCar dans les rues d’Istanbul, il y a de terribles prédateurs.

chatQui paressent à l’ombre des minarets.

minarets mosquée bleueDans les rues d’Istanbul, il y a un sous-marin.

sousmarinIl surveille les pêcheurs, qui sait s’ils ne sont pas des espions.

pecheur corne d'orHeureusement la police protège Istanbul contre toutes ces menaces.

policeDans les rues d’Istanbul, on croise des marchands qui font provisions de denrées, ici.

boulangerieLes rues d’Istanbul peuvent être calme et paisibles.

rue sogukescemeEt brutalement, vous entrainer vers une foule invraisemblable de touristes.

queue trésorA Istanbul, le désherbage est chemical-free.

desherbage à la turqueDans les rues d’Istanbul, il y a une mosquée au pied d’un cimetière qui occupe une colline. Au sommet un café porte le nom d’un écrivain français.

mosquée du dimancheLoin de cette foi, un autre dieu moins spirituel est célébré en recouvrant la rue de lumière.

rue lumineuseTout était déjà peut être dit, il y a quelques siècles en arrière, dans cette rare trace survivante de church-art byzantin.

christLes rues d’Istanbul ne sont jamais aussi belles que poudrées de lumière vespérale, malheureusement, c’est parfois de gaz lacrymogène.

galata viewLe soleil illumine de ces derniers feux ce trait d’union entre deux continents qu’est Istanbul.

istanbul couchezAlors je vous laisse et vous souhaite avec cet écrivain des rues, au regard acerbe et cynique sur notre société.

voeux d'istanbulSurtout, surtout, n’ayez pas peur, ne cédez pas au pessimisme. Nous vivons une époque formidable, riche, passionnante d’une aventure intellectuelle excitante qu’est la science contemporaine.

Nous avons la chance de lire, voir, écouter ce que l’homme a  produit de plus beau pendant 5000 ans. Osez sans peur, créez, donner vous à vos passions, vos envies et partagez.

Cette note est pour ma femme et mes filles qui donnent au monde une saveur incomparable et m’ouvrent à chaque fois les yeux sur sa beauté. Elles sont ma source première d’inspiration et d’envie.

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La réponse de la veille de Noël

Les images étaient assez parlantes.

Sur les premiers clichés sans injection, il fallait voir une aéroportie (le noir dans le foie) et une prise de contraste spontanée au niveau du cæcum (le blanc dans le caecum), évoquant un saignement.

Les clichés injectés permettaient de voir une ischémie cæcale avec une probable perforation devant les petites bulles d’air autour de lui. Le reste du tube digestif souffrait mais il était encore vascularisé. Si vous étiez observateur vous deviez avoir vu de l’air dans la veine mésentérique devant la grande courbure de l’estomac.

Le diagnostic final était celui d’une ischémie mésentérique.

Le patient a été opéré le jour même, résection colique droite et iléostomie. Il est encore vivant.

L’aéroportie est un marqueur de mauvais pronostic. Si vous voulez en voir une encore plus belle, c’est ici.

Un conseil, surtout pour les plus jeunes, osez… Réfléchissez à cette remarque d’un énorme travailleur laborieux.

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Epissage et insuffisance rénale chronique

L’insuffisance rénale chronique se caractérise pas l’accumulation de toxines urémiques qui sont normalement épurées par le rein. Les mécanismes moléculaires conduisant ces petites molécules aux complications sont mal connus. Certaines toxines modulent l’activation d’un facteur de transcription comme AHR modifiant ainsi l’expression des gènes au niveau transcriptionnel, l’homocystéine modifie la méthylation des gènes et ainsi joue sur la transcription. Il existe finalement peu de données expliquant comment l’urémie modulent l’expression génique en dehors d’un contrôle transcriptionnel.

Un niveau important de la régulation post-transcriptionnelle est la modulation du phénomène d’épissage. Comme vous le savez, les gènes sont composés d’introns et d’exons. Les exons codent l’information qui permettra la production d’une protéine. Les introns, s’ils sont transcrits, ne seront pas traduits. L’ARN messager doit « murir ». Les introns sont enlevés pour mettre bout à bout les exons et produire une information facilement traduisible. Les cellules sont capables d’épisser alternativement les ARNm prémessager. Ceci augmente de façon très importante la complexité de l’information codée par un nombre limité de gènes. Il est estimé qu’en moyenne il existe trois à quatre formes épissées alternativement par gène. 75% des gènes humains sont épissés. La cellule multiplie ainsi par trois sa capacité informationnelle de façon assez simple.

L’épissage est rencontré en pathologie essentiellement dans les maladies génétiques. Des mutations des sites consensus d’épissage peuvent entrainer des anomalies d’épissages qui vont conduire à la production d’un ARNm qui ne codera plus la bonne information et pourra ainsi être responsable, essentiellement par défaut de production de la protéine, d’une maladie génétique.

En dehors des maladies génétiques, c’est essentiellement dans le domaine du cancer que des anomalies de l’épissage ont été identifiées. Ceci à pu conduire certaines sociétés à proposer cette approche comme aide au diagnostic et à la prise en charge. En dehors du cancer et de la réponse à des médicaments, les modifications du transcriptome induites par une perturbation de la machinerie d’épissages a été peu ou pas étudiées en pathologie.

Un article, publié récemment, analyse un possible rôle des anomalies d’épissage dans l’insuffisance rénale chronique.

Sallée, Marion, Michel Fontès, Laurence Louis, Claire Cérini, Philippe Brunet, et Stéphane Burtey. « Alternative Splicing Events Is Not a Key Event for Gene Expression Regulation in Uremia ». PLoS ONE 8, no 12 (16 décembre 2013): e82702. doi:10.1371/journal.pone.0082702.

Il s’agit du premier article s’intéressant à ce problème. Les auteurs ont identifié un épissage alternatif de PKD1 dans les leucocytes de patients insuffisants rénaux chroniques. Cette découverte est du au hasard. Lors de la mise au point d’une nouvelle stratégie, par RT-PCR, pour identifier des mutations de ce gène responsable de la polykystose rénale autosomique dominante, un des auteurs a constaté que l’exon 30 était absent chez les patients hémodialysés mais présent chez les membres d’une même famille sans insuffisance rénale mais porteurs de la maladie. Cette anomalie de l’épissage n’était pas responsable de la PKD.

Pour confirmé ce phénomène, les auteurs ont recherché la présence de l’épissage dans un groupe de patients hémodialysés chroniques, où il est présent dans 100% des cas, de patients avec une insuffisance rénale chronique, il est présent dans 75% des cas et enfin dans un groupe contrôle, l’épissage est présent dans 30% des cas. Cet épissage est significativement plus fréquemment rencontré chez les patients insuffisants rénaux chroniques que chez les contrôles.

Les auteurs ont décidé de réaliser une étude in vitro à la recherche de nouveau épissage. La technique choisie a été celle des puces exoniques, il s’agit de microarrays d’expression sur lesquelles l’ensemble des exons est présent. Grâce à un traitement bio-informatique, il est possible de définir entre deux conditions si il existe des épissages alternatifs présents. Les auteurs ont comparé des fibroblastes exposé à un pool de sérum urémique (fonds de tube de 30 hémodialysés chroniques) à des cellules exposées à un sérum contrôle indemne d’insuffisance rénale chronique. Après trois jours de culture, les ARN sont extraits et hybridés sur les puces. Les résultats sont décevants car un seul épissage alternatif a pu être identifié. Le gène différentiellement épissé est ADH1B.

Si l’insuffisance rénale chronique peut être associée à l’apparition d’épissage alternatif de certains gènes, ce n’est pas un phénomène fréquent. Il est probable que cette voie de régulation de l’expression génique joue un rôle limité.

La publication de résultats négatifs reste rare et difficile. Elle est néanmoins importante car elle peut éviter à d’autres groupes de se lancer dans des expériences futiles. Les expériences négatives font aussi avancer la connaissance.

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Le quizz du dernier dimanche d’asteinte de l’année

Ce matin, j’arrive aux soins intensifs. Relève avec l’interne de garde de la veille, on commence la visite avec celui du jour. L’infirmière nous appelle dans un box. Mr Mal_au_ventre a mal au ventre et il a des rectorragies.

Nous allons voir Mr MAV. Son abdomen est douloureux dans l’ensemble surtout en épigastrique, pas de défense, bon hémodynamique, bonne saturation, bonne diurèse. Il est juste hypotherme. Nous l’avons reçu, un peu par erreur, ce patient la veille. Il est âgé, pas d’antécédents, diabète, cardiopathie valvulaire, insuffisance rénale chronique, mais surtout une diagnostic de lymphome B de haut grade pour lequel une corticothérapie a été débutée récemment. Elle est responsable d’un joli syndrome de lyse. Elle s’est compliquée d’une insuffisance rénale aiguë dont l’origine est en partie fonctionnelle mais aussi d’une magnifique hépatite avec une insuffisance hépato-cellulaire (facteur V à 20%). Nous l’avons gardé pour le week end.

Il a mal au ventre. Il vomit du sang. Il ne déglobulise pas, sa cytolyse s’améliore, sa fonction rénale est stable, de même que son hyperlactatémie initiale. Nous mettons du sang en réserve, nous lui passons du plasma pour corriger ses troubles de la crase sanguine. Mise à jeun, inhibiteur de la pompe à protons à la seringue électrique et antibiothérapie. L’interne veut faire une fibroscopie, je demande un scanner abdominal injecté malgré les 350 µmol/l de créatinine.

Voici quelques coupes significatives, votre mission, si vous l’acceptez, est de donner le diagnostic.

On commence par du non injecté.

sanssans1sans2

Après injection d’iode,

 

 

 

artériel (2)

amésentérieA un temps plus tardif

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Un autre plan de coupe,

portal1 portal2

A vous de jouer.

 

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Est ce que la déshydratation peut être responsable d’une maladie rénale chronique?

Cette question est une véritable provocation.

Elle est soulevée par l’épidémie de néphropathie méso-américaine dont je vous ai déjà parlée. L’idée défendue par certains est que cette maladie rénale chronique qui se caractérise par une néphrite interstitielle chronique avec une glomérulosclérose pourrait être due à une déshydratation chronique chez les travailleurs de cette région. Il n’a jamais été montré que des épisodes répétés de déshydratation puissent être responsable d’une insuffisance rénale chronique.

Il est fréquent d’entendre qu’il faut boire, boire de l’eau, que c’est bon pour les reins. Ceci ne repose sur pas grand chose, pour ne pas dire rien. Il faut boire à sa soif ce qui est bien suffisant. La soif est un stimulus puissant auquel il est difficile de résister et d’apparition précoce quand l’osmolalité plasmatique augmente. Il n’y a aucun rationnel, sauf pour prévenir les lithiases rénales ou peut être dans la polykystose rénale autosomique dominante, à se forcer à boire. Le message marketing des marchands d’eau, n’est qu’un message publicitaire sans aucun rationnel scientifique. Je rappelle qu’anticiper sa soif peut être responsable d’hyponatrémie sévère quand on court un marathon.

Ma curiosité fut fortement piqué quand j’ai vu ce papier dans Kidney international.

Roncal Jimenez, Carlos A., Takuji Ishimoto, Miguel A. Lanaspa, Christopher J. Rivard, Takahiko Nakagawa, A. Ahsan Ejaz, Christina Cicerchi, et al. « Fructokinase Activity Mediates Dehydration-Induced Renal Injury ». Kidney International (11 décembre 2013). doi:10.1038/ki.2013.492.

Vous pouvez vous faire une opinion comme des grands, il est en accès libre.

Avant de parler du fond du papier, quelques remarques préliminaires, que certains jugeront perfides. Cet article est d’accès libre, ce qui est très bien et lui donnera une bonne visibilité. Le sponsor qui a payé le travail sera satisfait. Cette étude est entièrement financé par Danone. Ce groupe est un peu intéressé par le marché de l’eau minérale. C’est le numéro 2 mondial avec pour cible les pays émergents. Certains auteurs ont de plus un brevet sur l’utilisation d’inhibiteurs de la fructokinase pour prévenir les maladies rénales. Enfin pour finir avec les possibles conflits d’intérêts, le dernier auteur a des liens financiers déclarés avec deux sociétés amway et questor. Une de ces deux sociétés est probablement très intéressée par son brevet.

Après cette longue introduction, que nous apprend cet article. Le but des auteurs est de montré qu’induire une déshydratation chronique a des souris entrainent des modifications morphologiques au niveau du parenchyme rénal et potentiellement une insuffisance rénale chronique. Cet effet serait du à l’activation de la fructokinase dans le tubule proximal.

Les auteurs on répartis 36 souris en 6 groupes. Il y des souris sauvages et des souris KO pour le gène de la fructokinase. 6 souris vont subir une déshydratation avec la possibilité de boire pendant l’épreuve, 6 souris vont subir une déshydratation sans la possibilité de boire pendant l’épreuve et 6 souris ne subissent rien. Les animaux sont sacrifiés à la fin de l’épreuve de déshydratation de la 5é semaine. Les animaux sont déshydratés en les plaçant dans une cage chauffée à 39,5° pendant 30 minutes par heure pendant 7 heures, 5 jours sur 7 pendant 5 semaines. Les animaux transpirent en pratique. Les auteurs analysent leur perte de poids, l’osmolalité urinaire, la créatininémie, des marqueurs urinaires de souffrance tubulaire, font un peu d’anatomopathologie et de biochimie sur les reins.

Qu’observent il?

A la fin des sept heures, les souris libres de boire (WAT) perdent 7% de leur poids contrent plus de 15% pour les souris non libres (WAN). Elles rattrapent leur retard d’hydratation dans la nuit comme les souris WAT. Il faut noter que le poids ne varie pas sur les 5 semaines. Les animaux subissent bien une épreuve de déshydratation à répétition pendant 5 semaines.

Les WAN ont un niveau de perte de poids plus important que les WAT. La déshydratation est essentiellement intracellulaire chez les WAN car l’osmolalité sanguine augmente plus en fin d’épreuve que chez les WAT. Pour ces dernières, elles compensent assez bien la perte intra-cellulaire, il est possible que la perte de poids soit du à un déficit sodé. Il est dommage que nous n’ayons pas les ionogrammes urinaires des animaux. C’est une des faiblesses de l’étude.

En passant, il faut noter que les souris sont des animaux nocturnes. L’épreuve est faite durant la phase diurne où normalement elles sont le moins actives, le biais me semble non négligeable. Il explique probablement pourquoi les animaux WAT ne compensent pas complétement le déficit. C’est comme si on vous réveillez la nuit pour vous faire subir la même épreuve au lieu de la faire de jour.

Les animaux WAN ont une augmentation de leur concentration en sorbitol et en fructose dans le parenchyme rénal traduisant une activation de l’aldose reductase qui produit le sorbitol. Le fructose produit par la sorbitol déshydrogenase peut alors être dégradé par la fructokinase rénale. Une chose que je n’arrive pas à comprendre est pourquoi chez les animaux WAN invalidés pour la fructokinase, nous n’observons pas une augmentation du sorbitol. Il faudrait comprendre ce phénomène.

Le reste de l’article montre une atteinte rénale, lésions du tubule proximal, augmentation de la créatinine, de la pression artérielle, ébauche de fibrose interstitielle, minime inflammation rénale uniquement chez les WAN (souris déshydratées à répétition) alors qu’elle est absente chez les souris pouvant boire et chez les souris invalidés pour le gène de la fructokinase. Il est amusant de constater que l’invalidation du gène ne protège pas les WAN contre une augmentation de la pression artérielle.

Le niveau de lésion rénale observée est faible. Les lésions histologiques sont vraiment minimes. Pour la créatininémie augmentée chez les WAN, ceci traduit simplement une insuffisance rénale aiguë fonctionnelle, elles ont quand même perdu 15% de leur poids corporel. La chose vraiment étonnante est que les WAN KO n’aient pas cette augmentation de la créatininémie, en voulant faire trop beau ça devient suspect.

Comment expliquer les lésions décrites? Tout passe par la fructokinase. L’augmentation du fructose entraine une consommation d’ATP importante par la fructokinase pour le dégrader. Ceci s’accompagne d’une production d’agents oxydants et d’une inflammation tubulaire proximale pouvant faire le lit de l’insuffisance rénale. Ces auteurs ont largement publiés sur le sujet. En passant, deux autres groupes n’arrivent pas à montrer que le fructose induit le même type de lésions dans la lignée de souris (C57/Bl6) qu’ils utilisent. Ceci limite beaucoup la force de leur travail.

Je ne suis pas convaincu par les résultats de cette étude. L’hypothèse est très belle, intéressante et mérite d’être testée. Malheureusement, je pense que l’approche expérimentale ne répond pas à toutes les questions. Le biais du rythme circadien est à prendre en compte. Il aurait été intéressant d’avoir des chiffres de créatininemie chez des animaux après la première manip de déshydratation, pour savoir si ce qui est décrit n’est pas qu’un phénomène bien connu d’insuffisance rénale aiguë fonctionnelle. Il aurait aussi été intéressant d’avoir un groupe d’animaux déshydratés qu’on laisse tranquille pendant quelques semaines pour savoir si les lésions persistent ou pas. Je trouve dommage que les reviewers n’aient pas demandé ces contrôles importants.

Cet article est intéressant, malgré ses limites. Il donne envie d’en savoir plus. J’espère qu’un groupe indépendant va se lancer dans la duplication des résultats avec plus de contrôle.

Je ne vais pas encore changer mes cours pour dire que la déshydratation peut induire une insuffisance rénale chronique. Si vous voyez les industriels de l’eau utilisé cette étude pour justifier le gavage à l’eau, vous avez, je pense, quelques arguments pour vous défendre.

Concernant l’épidémie de néphropathie méso-américaine, je ne suis pas du tout convaincu par l’hypothèse déshydratation et ce papier ne change rien. Danone ou Nestlé se feraient une belle pub en donnant de l’eau à ses pauvres travailleurs pauvres pour tenter de prévenir cette terrible maladie, en plus nous aurons une réponse définitive.

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Une insuffisance rénale aigue, pensez aux cerises…

J’adore les cerises. Quand j’ai lu un article sur leur efficacité pour prévenir les crises de goutte, je me suis dis: « intéressant pour mes patients ». Vous me direz que ça apporte du potassium, je suis d’accord, la prudence s’impose. J’ai trouvé un essai non publié dans clinicaltrials sur leur utilisation en rhumatologie.

L’effet antiinflammatoire des cerises passent probablement par leur richesse en anthocyanines. Les polyphénols jouent aussi un rôle. J’ai un peu plus de mal à comprendre leur effet hypouricémiant.  Les anthocyanines inhibent les cyclooxygénases, comme les antiinflammatoires non stéroidiens (AINS). Des produits fortement concentrés en jus de cerises pourraient avoir les effets secondaires des AINS. Ce risque est théorique, bien sur.

Souvent on me pose la question est ce que les AINS sont responsables d’insuffisance rénale? Un article donne la réponse, je trouve de façon assez convaincante. La réponse est oui. La consommation d’AINS pendant quelques jours entraine une diminution du débit de filtration glomérulaire (DFG) mesuré, même chez des personnes sans insuffisance rénale au départ. Il s’agit d’un effet hémodynamique qui passe par une levée de la vasodilatation de l’artériole afférente. Si en plus, il y a prise d’un inhibiteur de l’enzyme de conversion(IEC), qui lève la vasoconstriction de l’artériole efférente, l’effet sur le DFG peut être très important. L’anomalie se corrige à l’arrêt.

Pour revenir aux cerises, je vous conseille la lecture de cet article récent d’AJKD. C’est un simple cas clinique. Il suggère, que chez certains patients, la consommation de fortes doses de jus de cerises concentrés peut être responsable de poussées d’insuffisance rénale aiguë, comme ce qui est observé avec les AINS. L’histoire est simple. Un patient insuffisant rénal prenant un traitement standard, diurétique et IEC pour son HTA, se présente avec une poussée d’IRA. Il n’a rien changé dans sa vie sauf la prise de jus de cerises concentré. Il n’a pas de signes de deshydratation extra-cellulaire. Le néphrologue arrête le jus, les IEC et les diurétiques. La fonction rénale s’améliore. Il reprend le traitement de fond. La créatinine reste stable. Ceci ressemble étrangement à ce que l’on peut voir quand un patient prend des AINS. Le cas est crédible. On aurait aimé une épreuve de réintroduction de la boisson à base de cerises.

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L’auteur s’est amusé à évaluer la dose d’anthocyanine quotidienne ingérée par son patient et à la convertir en équivalent-AINS. Le patient prenait une dose correspondant à une posologie d’ibuprofene de 600 à 1200 mg.

Je vous conseille la lecture de ce cas clinique qui est vraiment très, très bien écrit. Un modèle du genre.

Cette histoire nous rappelle que les produits dit naturels sont composés de produits actifs avec leurs effets secondaires et leurs risques propres. Il faut être prudent quand on consomme des alicaments qui bien souvent n’ont jamais été validés dans de bonnes études. Croire qu’on ne peut avoir que des bénéfices sans risque est d’une immense naïveté.

Si vous prenez des médicaments modifiant l’hémodynamique intra-rénale, comme des IEC, des sartans, des diurétiques, faites attention au jus de cerises concentré. Sa consommation pourrait entrainer une dégradation de votre fonction rénale, je vous rassure réversible à l’arrêt.

Le jus de cerises concentré est facile à trouver sur internet. Avant d’en consommer, demandez conseil à votre pharmacien ou votre médecin pour connaitre sa compatibilité avec votre traitement habituel.

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Nager pour oublier

Il y a 10 ans, j’ai appris à nager.

J’ai découvert l’eau, enfant, de façon traumatique et pas très intelligente. Mon père m’a simplement jeté dans la mer. Ensuite, il m’a appris à nager, pas très bien. J’ai toujours aimé l’eau mais la natation ne faisait pas partie de ma culture sportive. Alors, je nageais peu et mal.

Il y a 10 ans, Oscar est mort.

Ce fut une période difficile, très difficile. Pendant 6 mois, je fus un peu à la dérive, je mangeais seul dans mon bureau, ruminant, ou je ne mangeais pas. Après des vacances américaines, ma femme a recommencé à nager. Elle m’a trainé. J’ai découvert la piscine publique entre midi et deux. Une forme de jungle, où il faut se battre pour survivre. J’ai commencé à nager. J’ai tout de suite aimé être dans l’eau pour échapper à mes angoisses.

Un gros avantage de la natation par rapport à la course à pied, c’est le geste. Il est si peu naturel qu’il faut se concentrer pour flotter et ne pas se noyer après quelques longueurs. Un autre avantage non négligeable, si vous pleurez, personne ne le remarque. Je partais de très loin. Pendant un mois, j’ai nagé sans lunettes. Après avoir eu les yeux rouges et irrités, j’ai compris leur utilité.  Pleurer dans des lunettes de piscine, je vous déconseille. Je nageais, trois fois par semaine, au bout de deux mois, j’avais un peu de foncier, ça commençait à me plaire. J’ai rapidement compris que ma technique était nulle. Je n’avais pas le courage de prendre des cours, temps, timidité, pas envie. Je savais que sans technique, je ne progresserai pas. J’ai fait ce que je sais peut être le mieux faire, une bibliographie. J’ai utilisé internet pour apprendre des bases de techniques. J’en ai vu des sites et des vidéos. J’ai lu tout ce que je trouvais pour améliorer le geste. Savoir comment poser sa main, comment tirer sur ses bras, comment respirer. J’ai croisé les sources, pour trouver ce qui me convenait. Je me suis concentré sur le crawl.

La quête du geste permet de ne pas se penser, sauf au geste. Lancer le bras pour chercher l’eau loin devant. Laisser reposer l’avant bras pour moins se fatiguer. Tirer sur le bras et aller loin derrière. Tenir son bassin et ses épaules dans l’axe pour ne pas rouler. Travailler le gainage, essentiel, pour avoir une base qui permet de générer une force de bras et de jambes suffisante pour avancer. J’aime l’exigence globale de ce sport. Tout le corps participe au bon équilibre de la nage. L’apprentissage et le perfectionnement oblige à se concentrer,  à ne penser qu’à ça. Progressivement, j’ai amélioré ma gestuelle, j’ai commencé à glisser en crawlant. J’ai découvert le plaisir de la glisse en nageant. Il arrive ce moment où vous sentez que tout est bon, la respiration dans la vague, le mouvement de bras, le battement de pied, le corps bien en ligne. Pendant 25 à 50 mètres, vous avez du plaisir, la sensation de faire un avec l’élément liquide qui vous entoure. Ce n’est plus un ennemi qui s’oppose à vous, mais un support qui vous propulse. Le plaisir est si intense, que j’ai continué à nager juste pour revivre et prolonger ces moments où je me croyais un dauphin.

L’eau n’est plus une masse froide prête à vous engloutir mais une surface amie où vous reposez, dans laquelle vous glisser. Elle s’ouvre devant vous, s’écoule le long de votre corps et se referme. Elle vous accompagne. Le plaisir est là, sentir du bout de ces doigts jusqu’à ces orteils, l’eau filer. Une fois découverte, vous rechercherez toujours cette sensation.

J’ai beaucoup nagé, quasiment tous les jours, 45 minutes, le maximum que je pouvais prendre entre midi et deux. Durant 4 ans, ma vie a été rythmée par cette contrainte/plaisir de la nage. La contrainte de l’entrainement, même quand tu n’as pas envie, que tu préférerais rester devant ton écran d’ordinateur, est essentielle pour progresser. Le sport apprend ça, la contrainte donne une immense liberté quand on arrive à la dépasser, la détourner. Les obligations sont importantes pour permettre à l’individu de trouver sa propre voie vers la liberté. Le sport apprend aussi l’importance de la répétition pour maitriser le geste. La natation m’a permis de vivre avec un peu moins d’angoisse les deux grossesses suivantes. Je savais que l’eau était mon amie.

J’ai progressé. Je n’ai pas une technique parfaite, loin de là, mais elle me suffit pour prendre du plaisir. Il me manquera toujours le regard d’un professeur pour corriger mes multiples défauts. J’ai arrêté de nager de façon assez brutale, plus de travail, plus de réunions et moins de besoin d’oublier physiquement, l’absence d’oscar. J’arrivais à nouveau à m’évader dans le travail intellectuel.

La natation m’a permis de traverser le deuil. Je suis sur que cet engagement, cette envie de faire de l’eau une compagne, m’a permis de survivre. Elle a participé à mon mieux être. J’aime l’eau, j’aime son contact, j’aime nager. Je ne nage pas assez souvent, mais ce n’est pas grave. J’ai du plaisir après avoir avaler mes deux kilomètres de glissade deux fois par semaine. J’ai moins d’automatismes. Je suis obligé de me concentrer, ce qui permet de se vider la tête très efficacement. Je ne peux pas m’engager plus car me connaissant je serai capable d’en faire trop au détriment du reste. J’ai envie que ça reste un plaisir, rien de plus.

Je conseille à tous mes patients qui cherche un sport, de nager. J’ai un très fort conflit d’intérêt, je le concède. C’est peut être le plus beau sport à pratiquer, une véritable expérience de la vie. Alors, nagez.

L’idée de cette note est venue des questionnements de Rémi, j’espère qu’il trouvera sa voie aquatique. Mon conseil, ne fait pas comme moi, prends quelques cours, tu gagneras du temps.

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Les treize arguments fallacieux des médecines alternatives

Bientôt noël et l’heure des treize desserts, en hommage à cette tradition provençale, une note largement inspirée d’un excellent article trouvé dans le numéro de décembre de l’EMBO reports par E. Ernst.

Que les choses soient claires, je n’ai rien contre les médecines alternatives. Je pense qu’elles peuvent aider certains patients en apportant un mieux être, ce qui fait aussi parti du soin. Il s’agit de thérapeutiques complémentaires qui ne doivent pas se substituer à des traitements validés. Je suis totalement contre les ériger en seuls traitements de maladies graves, on ne parle plus de soins complémentaires mais alternatifs. Si prendre des granules de sucre (homéopathie) ou se faire planter des aiguilles à tricoter pour traiter son rhume ne me dérange pas (quoique sur le plan intellectuel, le manque de preuves de l’efficacité me laisse insatisfait), il aurait guéri tout seul, dans certaines affections mettant en jeu la vie des individus, il faut de vrais traitement qui ont subi une véritable évaluation.Il est regrettable que les partisans de ces approches thérapeutiques souvent fort sympathiques refusent quasi systématiquement une évaluation scientifique de leurs pratiques. Edzard Ernst est un exemple de rigueur et de désir de faire avancer ces pratiques soignantes dans la lumière de la science.

Je lis déjà les commentaires, tous vendus à big pharma, on peut rien croire, scientistes, etc. Je crois avoir montré sur mon blog que je pouvais être très critique sur les résultats des essais thérapeutiques et leurs limites. Il reste que le choix d’une thérapeutique devrait toujours reposer sur la réalisation d’un essai randomisé en double aveugle contre la molécule de référence si il en existe une.

Les défenseurs des médecines alternatives ou complémentaires ont développé avec le temps un ensemble d’argumentaires, toujours les mêmes. Il les partagent avec les anti-vaccins, et d’autres antis-système en général. Vous pouvez utiliser ces arguments dès que vous voulez attaquer quoi que ce soit, ou si on vous attaque, essayez de démasquer ces charlatans.

1)     L’argument, le plus utilisé surtout en ces temps de 2.0, tous ne peuvent pas se tromper. C’est la loi du nombre et de la majorité. La science est parfois une approche dictatoriale, on peut avoir raison contre tous. La démocratie en science est un bon moyen de faire du sur place. Il ne faut pas s’enfermer dans son raisonnement car si personne n’arrive à répliquer vos résultats, c’est que probablement vous faites fausse route. La science est conservatrice et pour la faire avancer, il faut parfois se battre. L’argument du nombre est totalement irrecevable. La médecine est faite de croyances, on a fait des saignées pendant des siècles en pensant que c’était très bien, tous le monde saigné et se faisaient saigner, en dehors des OAP je ne vois pas où la saignée peut apporter un mieux… L’argumentum ad populum est à rejeter, si il n’est pas soutenu par une approche scientifique.

2)    L’argument suivant est:  « ça a marché pour moi, ma grand-mère, mon chat, la copine de la voisine, la belle sœur de la concierge ». C’est l’argument post hoc, ergo propter hoc. Le pire des trucs qui existe: « Ça a marché, une fois ». Nous l’utilisons parfois en médecine traditionnelle, uniquement dans des cas où nous n’auront jamais l’expérience suffisante et avec un certains rationnel. Dans des maladies fréquentes, il y a toujours la place pour faire un essai randomisé. La causalité reste une des choses les plus difficiles à produire. Il faut reproduire les résultats. Ce n’est pas parce que la prise d’un produit à amélioré un symptôme chez une personne, que c’est l’intervention qui a agi. Il faut que dans un nombre important de cas similaires, ça marche à peu près à chaque fois.

Un exemple du week end, on reçoit une suspicion de syndrome hémolytique et urémique, une maladie grave. L’histoire ne me satisfait pas, nombreux sont ceux qui auraient commencé les échanges plasmatiques. Je décide d’attendre, l’évolution montre que j’ai eu raison. La symptomatologie s’est améliorée spontanément. Si j’avais commencé l’échange ou pire l’eculizumab, il était facile de dire c’est ça qui a marché et continuer. Une expérience individuelle ne fait pas la réalité d’une approche thérapeutique généralisable simplement car l’évolution peut être spontanément favorable. Il faut résister à la construction du faux diagnostics parfois en toute bonne foi.

Quand vous commencez à titiller les alternativistes sur ce versant, ils vont vous dire qu’ils savent que c’est un placebo mais comme l’effet placebo existe, c’est pas grave. Eux savent donner le sucre en poudre, la manière fait la différence. Un argument insupportable, car ceci voudrait dire que le placebo ne marche que si on donne du vide, en fait non. Le placebo marche aussi avec des molécules actives et il est probable que la manière de prescrire va profondément modifier la réponse thérapeutique. L’effet placebo n’est pas l’apanage des thérapeutiques alternatives. Il joue un rôle dans la médecine traditionnelles. Les alternativistes n’ont pas le monopole du cœur, le médecin allopathe peut être empathique. De plus d’un plan philosophique, est ce que mentir au patient est bien? Je vous renvoie à la note récente de farfadoc.

3)    Un grand classique est: « Plein d’autre médicaments ne sont pas bien évalués et pourtant on les prescrit ». C’est vrai. Il ne faut pas tout prescrire. Il faudrait idéalement se limiter aux molécules qui ont montré leur efficacité. Les pouvoirs publics ont un rôle à jouer. L’exemple des veinotoniques est la bonne marche à suivre. Des trucs inutiles, dont les femmes et certains hommes adoraient se gaver, le jour où se fut dé-remboursé plus de prescriptions. Les jambes lourdes ne s’en portent pas plus mal. L’auteur de l’article a une comparaison amusante: il ne faut pas prendre le train sur des voies non entretenues, simplement parce qu’il y a des embouteillages sur les routes. Ce n’est pas la peine de rajouter au fatras existant des pseudo-médicaments, de nouvelles thérapeutiques non évaluées.

4)    Les méchants-effets-secondaires des méchantes drogues de big pharma contre les gentils-sans-effets des gentils approches alternatives. La réflexion doit tenir compte non pas du risque absolu mais de la balance bénéfice-risque. Pour une maladie grave rapidement mortelle comme une leucémie aigue on accepte de prendre le risque de chimiothérapies lourdes aplasiantes qui peuvent être responsables de décès. Nous n’acceptons pas ça dans un rhume. Nous aimerions tous avoir des médicaments efficaces sans effets secondaires, malheureusement, c’est rarement le cas. Ceci ne veux pas dire qu’il ne faut pas tout faire pour améliorer les traitements actuels et les rendre plus tolérables. Il ne faut pas nier les effets secondaires et en faire une fatalité. Mais il n’est pas acceptable de défendre un traitement parce qu’il n’a pas d’effets secondaire, si il n’a pas d’effet bénéfique prouvé. Dans des maladies graves, son effet secondaire est de ne pas avoir d’effets.

5)    Un argument classique quand on montre que l’acupuncture ne marche pas ou que l’homéopathie ne fait pas mieux qu’un verre d’eau sucrée: notre approche sort du champ de la science classique. Je ne connais pas d’autre science que la science, sinon on parle de magie. En dehors de mon plaisir à lire de la fantaisy, je ne crois pas à la magie. Les magiciens la défendent car « eux », ils ont une approche holistique individualisé, tenant compte des énergies, des forces, etc. C’est une immense fumisterie, nous avons tout a fait les outils pour évaluer une réponse thérapeutique. Dire qu’une traitement défie l’expérience scientifique est au minimum une immense méconnaissance de ce qu’est la science (ignorance) au pire une volonté d’échapper à toute évaluation simplement car on en a peur (escroquerie).

6)    Les praticiens de ces thérapeutiques alternatives se présentent comme les gentils. C’est souvent le cas, ils sont ouverts, empathiques, à l’écoute. Comme beaucoup de leurs collègues non alternavistes. Ceci ne suffit pas à faire un bon soignant. Je préfère me faire opérer par un fieffé connard brillant avec un bistouri dans la main, plutôt que par un amour de chirurgien qui à la main qui tremble et met deux heures au bloc à savoir quoi faire. Le mieux est d’avoir les compétences et d’être sympathique, soucieux du bien être du patient, mais à choisir, en fonction des problèmes, je sais où aller même si je ne partirai pas en vacances avec ce collègue. Il y a des médecins traditionnels qui font de la bonne médecine et qui sont humains, comme on dit. Je rappelle que même le plus con est aussi un être humain. C’est un autre débat, mais déshumaniser les cons ne les rend pas moins cons.

7)    Un argument traditionnel et éculé est l’épreuve du temps. Une approche thérapeutique qui dure depuis des siècles est forcement bonne et efficace. On choisit l’épreuve du temps plutôt que la science. C’est la promotion à l’ancienneté plus qu’au mérite si chère à l’administration française. Je dirais juste un mot : saignée…

8)    Les défenseurs des thérapeutiques alternatives adorent l’argument d’autorité. Regardez Rica Zarai fait des bains de siège, c’est bon. Regardez telle tête couronnée le fait, ce footballeur se fait injecter des cellules souches de lézard péruvien, un prix Nobel un peu sénile dit que c’est trop bien. Des preuves, on veux des preuves pas du dieu l’a dit. En parlant de conflit avec une tête couronnée, E. Ernst sait de quoi il parle.

9)    Un grand classique: « c’est naturel donc c’est bon ». Une immense connerie, l’amanite phalloïde est naturelle, le lion affamé est naturel, l’ours sortant d’hibernation est naturel, la ciguë est naturelle… Un très bel exemple c’est bien sur la levure de riz rouge qu’on oppose sans cesse aux statines alors qu’elle en contient. La nature n’est ni bonne ni méchante, elle ne fait de choix moraux. Je rappelle en passant que se planter des aiguilles dans le corps n’est pas un acte très naturel.

10) La théorie du complot. Big pharma ne veut pas qu’on en parle car sinon elle perdrait de l’argent. Souvent les gros laboratoires pharmaceutiques ont une filière naturopathie qui les fait bien vivre, en particulier les vitamines et autres compléments alimentaires. Big Pharma n’est pas une poétesse Natura Pharma non plus… Tous ces braves alternativistes qui travaillent uniquement pour le bien du patient, devrait le faire gratuitement juste pour se démarquer de ces méchants médecins allopathes qui s’enrichissent. J’ai rarement vu un iridologue refuser du liquide…

11) La théorie du complot bis. Les médecins n’en veulent pas, sinon ils n’auraient plus de patients et ne gagneraient plus d’argent. Franchement, je ne connais pas un néphrologue qui ne serait pas ravi de ne pas avoir à parler de dialyse à ses patients si il avait un médicament miracle qui faisaient repousser les reins. J’aimerai tellement avoir le médicament qui guérit tout… Ne croyez pas aux miracles, ils n’existent pas surtout dans ce domaine.

12) L’absence d’évidence n’est pas l’évidence d’une absence d’effet. C’est vrai. Un argument fort utilisé par les charlatans, les praticiens des médecines alternatives. C’est vrai pour les effets bénéfiques mais aussi pour les effets secondaires.

Quand on me lance triomphalement: « Ça n’a pas d’effets secondaires ».

Je dis: « Prouvez le moi ».

On me dit: « Il n’y a pas d’évidence de la présence de problèmes ».

Je réponds perfide: « L’absence d’évidence n’est pas l’évidence d’une absence d’effets… secondaires ».

Il n’est pas éthique d’utiliser des traitements qui n’ont pas été évalués selon les standards de la science. Si ça ne marche pas dans un essai bien fait, c’est que l’effet est marginal.

13) Enfin, quand vous avez résisté à tous les arguments suivants en vous défendant pied à pied, arrive les attaques ad hominem. Vous êtes un vendu, probablement communiste, pédophile, peut être  zoophile et vous faites des sabbats en buvant du sang humain. C’est le point Godwin de l’homéopathe: « tu es vendu à big pharma ». Quand on en arrive là, la fin de la discussion est proche.

Ces treize arguments des tenants pratiquants des médecines alternatives sont facilement démontables. Il n’est pas si facile d’exposer les réponses et de défendre une position scientifique dans un monde qui n’aime pas la science. La science tue les licornes, le geocentrisme, et plein d’autre fariboles. La science demande du temps, la science nous fait douter, la science est un perpétuel recommencement, la science dérange nos convictions. La science est la plus belle des activités humaines. Elle est un immense pan de la culture.

science_large_grandeLe seul rempart contre cet obscurantisme moderne est l’enseignement de la démarche scientifique dès le plus jeune age et le plus tard possible.

Si le dessin vous plait, achetez le tee shirt là.

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Deux livres qui resteront indissociables

Parfois les lectures se suivent dans le bon ordre, malgré leurs styles différents, leurs genres sans rapport, elles se croisent et se parlent. Ceci fait partie des bonheurs simples de la vie, quand deux livres se succèdent et font écho.

J’ai eu de la chance en cette rentrée 2013 de lire deux très beaux livres. Le premier est un essai, un récit, un biographie transgénérationnelle, il s’agit de « Quelle histoire » de Stéphane Audoin-Rouzeau. Le deuxième est un roman, une épopée, un mythe, un conte, une légende, un immense texte: « Une Rançon » de David Malouf superbement traduit par Nadine Gassie.

Le premier est un texte émouvant sur l’angoisse de filiation, un texte de l’exploration du non-dit. L’auteur, je crois, ne dit pas, continue à ne pas dire les mots, il effleure, alcoolisme du père, dépression du grand père, paranoïa de l’arrière grand père.
Est ce que mettre en mots la « folie » de nos parents risque de nous faire porter la malédiction familiale ? Nous tentons d’éviter les rivages de la folie dans notre famille, comme si nous avions peur d’y sombrer. Contrairement à cette lignée de gens en tension entre leur désir profond et leur vie, stéphane Audoin-Rouzeau semble avoir réussi à combler ce fossé.
Il fait de l’histoire. Il est un spécialiste incontesté de la grande guerre. Il est au sommet de l’historiographie française. Et pourtant malgré cette réussite sociale qui semble en accord avec ses aspirations profondes, il a peur, peur de la folie familiale, peur de tomber dans ce rejeu permanent, peur d’une réponse pathologique, angoisse de savoir si finalement il n’a pas cédé à la tentation familiale de n’être que dans la réaction, sans la compréhension de son histoire. Nous avons tous peur d’être uniquement dans la réaction à notre scène primitive. On peut imaginer que si il n’y a pas réussi, il est sur la bonne voie, sinon il n’aurait pas fait ce livre.

Un beau travail d’introspection sur le ressort de l’histoire personnelle et la quête de la compréhension du personnel par le général. Une approche très médicale finalement, connaissance du normal et du pathologique en terme générique pour aller explorer la maladie d’un individu. Il se fait maïeuticien de l’histoire de ses ancêtres par sa connaissance de l’histoire de ce début de XXé siècle.

Il nous emporte sur le souffle de la guerre, sa haine, le drame du secret, du non-dit, de la posture, peur de se dévoiler, de ne pas être l’homme, de ne pas être le héros de ne pas coller à l’image produite par l’imaginaire médiatique. Mais comme d’habitude tous ressort dans le non verbal dans la souffrance des corps, dans la ligne de vie chaotique, ce que certains appelleraient la destinée, alors qu’il ne s’agit probablement que d’actes générés par l’inconscient, réponses à des souffrances que nous n’osons pas affronter. Impossibilité de faire le deuil de nous même de façon consciente. Nous voyons comment se construit le stress post traumatique de Robert et son impact personnel, puis transgénérationnel.

On peut se demander si mettre des mots sur les failles permet de les combler, si mettre en verbe les blessures, les cicatrisent. Je le crois. A la fin de la lecture, je ne suis pas sur que l’auteur est tout exploré, tout dit , mais peut on tout dire, tout affronter seul. Je le vois comme un bel exemple de la capacité à rompre la force du destin. J’y suis sensible car je ne veux pas croire à la prédestination.  Les atrides ne sont que des figures littéraires. Le XXe siècle, nous a montré la puissance du verbe pour le pire (propagande, totalitarisme) et pour le meilleur (psychanalyse). Mettre  des mots, démonter l’histoire pour trouver la scène primordiale et tenter d’expliquer les failles pour ne pas y sombrer. C’est un livre passionnant car il y a de la place pour le lecteur, pour l’interprétation. J’espère que l’écriture a soulager son auteur du poids mythique de la destinée. Voir la multitude pour comprendre le particulier, j’aime cette approche.
Quelques pages m’ont marqués

« Je suis mort en Aout mil neuf cent dix-huit sur ce coin de terroir, Ça va faire pour moi bientôt trente huit ans que tout est fini » Aragon. p54

« Comme Pierre, nombreux furent les contemporains de la guerre qui crurent prolonger un peu l’existence des disparus en chargeant les vivants du poids des morts. » p80

Cette phrase me ramène à une terrible angoisse. Elle oblige à réfléchir à ce que nous faisons avec nos morts, nos vivants, nos survivants.

La scène cruciale est racontée p118, c’est la montée en ligne, en 1916, de robert, sa première rencontre avec le feu, avec la mort. Le traumatisme initial, dont il ne se remettra jamais. Incapable d’en parler, le stress post traumatique le détruira.

Il y a un bel  hommage à l’importance de l’insignifiant, ici les objets. C’est un bel hommage au père, le remboursement d’une dette par ces mots.

« On m’a appris à voir. A voir le détail, surtout. Depuis , plus les choses sont petites plus elles paraissent insignifiantes, et plus faire de l’histoire avec elles se charge de sens. » p140.

Il y beaucoup d’autres pages superbes, des lettres, des récits. Une lecture importante pour comprendre la guerre, ses traumatismes et leurs ondes de choc à travers les générations si personne ne prend le temps de dire… Un beau témoignage sur l’importance de la science et comment elle peut nous aider à mieux appréhender la complexité du monde et des êtres et peut être à vivre.

Si le mot littérature veut dire quelque chose, « Une rançon » de David Malouf, en est une des plus belles illustrations. Ce livre est une superbe expérience de lecture, une fois achevé, l’envie de le relire est immédiate. L’écriture est belle, sensuelle, profonde, subtile. La construction est parfaite. Je suis sous le charme. Sa tentative est aussi belle est réussi que l' »Oedipe sur la route » de Bauchau. C’est la quête d’un corps, du corps du fils par le père. La rencontre de deux folies, de deux destinées, l’un acceptera, l’autre pour être père malgré la mort de son fils va rompre le fil. Il y a quatre acteurs Achille, le corps d’hector, Priam et Somax.

Chapitre I. La fureur/folie d’achille. Achille en manque de sa mère (ici le français est fabuleux). Achille rencontre patrocle. Achille aime Patrocle. Achille tue hector, humilie le corps. Achille est face à son destin. Pourquoi devient il enragé? Pour supporter le deuil de l’aimé ou pour supporter le destin annoncé, celui de sa mort. Destin qu’il affronte tel le héros grec qu’il est. Il y a de l’Epicure chez David Maalouf.

« Car à la fin, nous abordons au rivage de ce temps, chaque battement de cœur , à chaque seconde de notre vie, a lentement œuvré à rapprocher la mort que nous portons en nous depuis l’origine, depuis notre premier souffle. » p 86

Chapitre II. Priam ne dort pas, il a une vision. Il voit la possibilité d’un Hasard dans l’intention de la destinée. Priam raconte le traumatisme fondateur, une guerre encore et toujours, la rencontre avec Hercule, la perte de son nom (Podurcis). Il raconte son choix, un choix impossible : esclave en restant soi, roi en devenant Priam. Garder son nom ou devenir autre. Pour survivre, il devient un usurpateur. Il n’est plus lui, il est le roi.

Enfant-roi devenu esclave puis roi et il se retrouve homme pour être père.

Dans ce chapitre, il y a une réflexion passionnante sur la déshumanisation qu’entraine la fonction, ici royale, mais ceci est aussi vrai de toute profession. La fonction nous transforme, nous ne sommes plus des hommes, mais une fonction. Nous n’existons que par elle. Ici dans le cas de Priam, il s’agit d’un cas limite, il nous oblige à réfléchir dans l’investissement que nous avons dans notre fonction sociale qui parfois tue l’individu et parfois plus grave l’être humain.

Il n’y aura pour ce voyage que des rebaptisés. Le compagnon de Priam, le charretier, doit changer de nom, somax devient Idée (p95)

Chapitre III La route

Priam se découvre derrière la représentation royale. La paternité reconnu le faire redevenir homme. Il découvre son altérité en découvrant celle de Somax/Idée. Il découvre, la matière, le bruissement incessant de la vie qui disparait dans le formalisme de la royauté. La multitude, des courtisans, esclaves, ministres, est le meilleur rempart à soi même. Cette rencontre de l’autre (Somax/Idée) est avant tout une rencontre de soi. Peut on rencontrer l’autre si on ne se connait pas. Les détails de la vie quotidienne, de la nature rebondissent, cascadent, éclatent en joie simple.

P122-123, il y a l’histoire de la crêpe. La crêpe est la littérature. Derrière un objet du quotidien banal, le conteur nous fait voir les ingrédients, le savoir faire, le coup de main, mais aussi, la femme qui a fait la crêpe, le matin heureux où s’est fait la crêpe, l’ammour, l’histoire de la femme, du conteur. Une expérience d’épuisement, l’histoi

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