L’odorant ou l’odorat? Telle est l’asperge

Une sagace lectrice de ce blog a remarqué que j’aimais bien les plantes et leurs relations avec le pipi. Elle a eu la gentillesse de m’envoyer un article du BMJ de noël sur un sujet important pour l’espèce humaine.

La question de mon titre s’applique à 40 à 50% de la population quand elle mange des asperges. Marcel Proust était un amoureux des asperges. Il avait remarqué l’odeur que donne aux urines cette tige exquise, elle lui plaisait. Toutes les personnes mangeant des asperges ne sentent pas l’odeur typique dans leurs urines. Une grave et grande question est de savoir si il s’agit d’un problème d’odorat ou de production de la substance odorante par le métabolisme humain. Un article suggère qu’il y a un peu des deux. Certaines personnes ne sont pas capables de produire de grandes quantités du parfum et d’autres sont incapables de le sentir. Les analyses génétiques conduites montraient un résultat plutôt en faveur d’une anosmie car il y avait un lien entre l’incapacité à sentir et un polymorphisme dans le gène d’un récepteur olfactif OR2M7. Il n’y avait pas de lien entre la capacité de produire la substance odorante et celle de la sentir.

L’hypothèse anosmie après cet article de 2011 reste la numéro 1. Une équipe américaine a voulu confirmer cette hypothèse anosmie en réalisant une étude de liaison génétique entre le trait phénotypique « je sens pas » et des marqueurs polymorphes du génome humain. Ils ont étudiés plus de 6909 personnes. 39,8% sentent cette puissante odeur soufré après avoir mangé des asperges et 60,3% sont anosmiques pour cette délicate odeur. Vous remarquerez ce total de 100,1%. 871 SNP (polymorphismes) sont associés à l’anosmie. Ils sont tous localisés dans une région du chromosome 1 qui porte des gènes codant pour des récepteurs olfactifs (OR2).

3 SNPs résistent à des analyses complémentaires, un est en déséquilibre de liaisons avec des mutations inactivant probablement un récepteur olfactif, OR2M7.

Cet article supporte fortement l’hypothèse anosmie comme la bonne. Elle n’invalide pas complétement l’hypothèse incapacité de produire la substance chimique. Pour y répondre de façon formelle il faudrait identifier la substance responsable de l’odeur, tester la population et refaire le GWAS. Je ne crois pas que quiconque se lancera là dedans.

L’absence de liaison avec un gène codant pour une enzyme hépatique par exemple impliquée dans le métabolisme n’élimine pas la possibilité du défaut de production. Une hypothèse à tester est la substance odorante est produite non pas par un métabolisme humain mais pas un métabolisme microbien. Un composant de l’asperge pourrait être métabolisé par un type bactérien particulier responsable de la production d’un composé porteur de l’odeur. On ne comprendrait pas pourquoi il y aurait un lien entre microbiote et des polymorphismes de récepteurs olfactifs mais comprenons nous tous les liens entre notre génome et notre microbiome.

Une expérience assez simple serait de prendre quelques volontaires sains capables de sentir l’odeur de l’asperge dans leurs urines, de faire une décontamination digestive et de voir si ceci modifie la production de l’odeur des urines. Cette approche est assez facile.

Il ne reste plus qu’à écrire le protocole, obtenir les autorisations et trouver les volontaires.

L’édition 2016 du BMJ de noël promet d’être excellente. Elle contente déjà mes perversions intellectuelles.

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Très bonne initiative d’Aix-Marseille Université pour lutter contre le harcèlement sexuel.

Source : Aix-Marseille Université lance sa campagne de sensibilisation contre le harcèlement sexuel | Direction de la Communication

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Santé mentale et études de médecine, les 11% ne sont pas une fatalité

« La tradition de toutes les générations mortes pèse comme un cauchemar sur le cerveau des vivants » Karl Marx

Lu dans un tweet d’alain Mabanckou. Je ne sais pas si c’est une bonne idée de commencer une note de blog par une citation du barbu incarnant le mal pour pas mal de gens. Elle me parait adaptée au sujet.

Le JAMA de cette semaine a, comme il en a l’habitude, fait un numéro spécial « éducation médicale ». Trois articles sur la santé mentale et le bien-être des étudiants en médecine ont retenu mon attention 00005407-201612060-00007 00005407-201612060-00012 00005407-201612060-00011. Le sujet m’intéresse pour des raisons personnelles. Il est important et il mérite de sortir des caricatures et du prêt à penser.

Le premier est une méta-analyse sur la fréquence de la dépression et des idées suicidaires chez les étudiants en médecine. Les résultats de ce travail, qui a dépouillé 195 articles incluant 129 123 étudiants dans 47 pays, montrent que 27.2% (9.3%-55.9%) des étudiants dépistés présentent des critères de dépression. Les idées suicidaires (24 études, 21 000 étudiants et 15 pays) sont présentes chez 11.1% (range, 7.4%-24.2%) des sujets étudiés.

Parmi les résultats importants, cette prévalence élevée de dépression n’a pas bougé avec le temps, de 1982 à 2015. Une donnée importante est l’évolution de la fréquence de la dépression au cours des études de médecine. Neuf études longitudinales (2432 sujets) suggèrent que cette fréquence augmente de 13,5% au cours des études avec de grandes disparités entre les études. Le fait de faire des études de médecine est  associé à  une augmentation du risque de dépression.

Enfin le résultat le plus effrayant peut être est que parmi les étudiants avec une dépression seulement 15,7% bénéficient d’un soin psychique. L’effectif est de seulement 954 personnes, mais c’est terrible de se dire qu’encore un fois les cordonniers sont les plus mal chaussés. Pour ceux qui vont me dire, mais dans cette tranche d’age est ce que ce n’est pas fréquent d’avoir des symptômes de dépression? La réponse est, le risque chez les étudiants en médecine est multiplié par 2 à 5 par rapport à une population du même age.

Après ce constat accablant, comment améliorer le bien être de l’étudiant en médecine? Une nouvelle méta-analyse essaye de répondre à cette question, seulement 28 études sont retrouvées, utilisant 7 approches différentes. Globalement, mettre en place un programme pour améliorer le bien être des étudiants semble utile à ces derniers. La qualité méthodologique n’est pas au rendez vous malheureusement, rendant les conclusions difficiles. Le gros intérêt de cet article est de montrer pour le béotien que je suis, les différentes approches possibles pour améliorer le bien être des étudiants en médecine. Un résultat, très intéressant, qui remet en cause pas mal de préjugés, est que les étudiants en médecine rapportent moins de stress ou de burn out plus ils passent de temps en clinique. A bon entendeur, salut.

Ces deux méta-analyses sont des mines sur le sujet. Je vous en conseille cette lecture. Elles sont accompagnées par un éditorial très intéressant, même si à mon avis, il ne touche qu’un aspect du problème. Il pointe les différents éléments structurels liés aux études médicales qui explique cette forte prévalence de souffrance psychique. Avant de les citer, nous, professionnels du soin allant de l’aide soignante au chef de service, devons répéter encore et encore que nous faisons un métier difficile et dur psychiquement. Nous sommes exposés à la souffrance, à la mort, au deuil, à la douleur, à la misère, au désespoir, à la violence d’une société qui ne veut pas faire de place aux plus fragiles. Nous sommes exposés en permanence à cette pression, à ce stress, qu’est de soigner le mieux possible avec le moins de temps possible, et en plus maintenant avec l’angoisse d’être pris pour des brutes. J’ai déjà écrit pourquoi je pensais que ce métier était un job un peu différent des autres. Pourquoi se coltiner avec la mort comme compagne n’est pas tous les jours faciles. Nous devons absolument et collectivement trouver des solutions pour améliorer la santé psychique des soignants, commencer au cours des études est une bonne stratégie. Ceci ne passera pas par la stigmatisation d’un lieu ou d’une catégorie. Il faut une prise de conscience du problème dans toutes ses dimensions qui vont du très individuels au très collectif qui est la structuration des études médicales. Ne s’attaquer qu’au versant individuel ou qu’au versant collectif ne résoudra rien. Nous devons envisager des mesures s’attaquant à tous les fronts. Nous devons absolument destigmatiser la souffrance psychique.

Pour revenir à l’éditorial, comme je suis universitaire et qu’il est toujours bon de balayer devant sa porte. Voici les éléments de culture des facultés de médecine qui ne font probablement pas du bien aux étudiants.

  1. La médecine est exigeante, donc pour préparer au mieux les futurs professionnels, les écoles de médecine doivent être exigeantes et rigoureuses. C’est le modèle on est des Marines ou une forme de darwinisme appliquée à l’éducation. Nous sommes probablement capable de former sans tuer psychiquement 30% des étudiants.
  2. La santé psychique est méprisée. Les facultés de médecine ont rarement un psychiatre comme doyen. Le somaticien méprise toujours  le psychiatre, même si il s’en défend. Avoir une maladie somatique fait toujours plus sérieux que la maladie mentale. La première est rarement stigmatisante, la deuxième toujours. De plus, la prévention en terme de santé mentale est rarement abordée.
  3. La structure hiérarchique des facultés avec des départements différents s’occupant de la pédagogie et des étudiants, parfois avec de la compétition pour les budgets. En France comme il n’y a de l’argent ni pour l’un ni pour l’autre, ça simplifie.
  4. L’administration des facultés de médecine ne s’intéresse pas vraiment à la santé psychique des étudiants, sauf quand c’est trop tard.
  5. Une des limites actuelles est de toujours se focaliser sur l’individu plus que sur l’aspect structurel. La prévention passe par des approches individus centrés plus que sur des modifications de la forme et du contenu de  l’enseignement. Il est nécessaire de travailler sur les deux. Ceci sous entends de penser que dans la santé mentale, l’individu est aussi important que son environnement et inversement. Vouloir trouver une solution sans prendre en compte les deux est voué à l’échec.

Il y a un énorme travail à faire sur ce sujet. Il est important pour plusieurs raisons, individuel, souffrir n’est pas une fatalité ou un rite initiatique. Tout ceux qui ont fait ou font du sport savent qu’à l’entrainement, il y a de la douleur mais elle doit être consentie et pas subie pour être constructive. Dans l’apprentissage de ce métier dur et difficile, une dose de douleur est inévitable, elle doit être anticipée, expliquée, analysée pour qu’elle ne détruise pas l’individu. Prévenir que c’est difficile, expliquer pourquoi et quand ça survient dire qu’il est important d’en parler rapidement sans tabou. Notre rôle en temps qu’éducateur est d’accompagner cette souffrance par de la générer volontairement ou involontairement. Il est aussi de notre devoir, d’aider certains à réaliser que leurs choix professionnels n’est peut être pas pertinent. A l’échelon collectif, former des professionnels qui vont bien dans leur tête ne peut qu’améliorer le soin. Le meilleur moyen de lutter contre les brutes, c’est l’éducation et la prévention de la souffrance psychique. La dépression ou les idées noires ne font pas des bons soignants. Nous devons avoir des moyens pour mieux comprendre la mécanique de l’apparition des troubles psychiques dans les facultés de médecine pour pouvoir réellement les prévenir. Le fait que depuis 40 ans la fréquence reste la même montre que probablement les mesures prises trop focalisées sur des choses qui paraissent évidentes ne sont pas les bons déterminants. Faisons de la vraie science pas du café du commerce sur un sujet grave.

Enfin pour motiver le libéral qui sommeille en vous tous, le coté financier, prévenir la dépression ou le suicide des médecins est économiquement une bonne idée. Former un médecin prend du temps et coute de l’argent. Prendre soin de lui est un bon investissement pour le système de santé dans son ensemble. Cette réflexion vaut bien évidement pour tous les autres soignants.

J’aurai encore plein de choses à écrire sur le sujet. Cette note est déjà trop longue. Je vais m’arrêter ici. J’insiste n’ayez pas honte de la douleur face à la mort d’un patient. Si vous souffrez, parlez en autour de vous, cherchez à comprendre pourquoi c’est douloureux. N’attendez pas que la souffrance vous submerge, vous engloutisse, sortir de ce trou est difficile, ne pas y tomber est mieux. A tous les gros futés qui trouvent la souffrance psychique un signe de faiblesse, laissez tomber vos attitude de machos d’un autre age, vous serez peut être un jour content d’avoir une oreille attentive quand ça vous tombera dessus. Personne n’est à l’abri.

Je finirai avec ma déclaration de conflits d’intérêts sur le sujet. J’ai fait partie des 11%.

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Anthropocène sauce islandaise

J’ai découvert l’outil timelapse de google Earth. C’est impressionnant de voir l’impact que nous pouvons avoir sur la nature en tant qu’espèce. Nous sommes bien dans l’anthropocène. Je me suis souvenu de mon dernier voyage en Islande en 2009. Nous étions dans les fjords de l’est. Si l’Islande est pluvieuse, l’est est très pluvieux.

1280px-map_of_iceland-svgIl s’agit d’une partie peu peuplée de ce pays. Quand vous voyagez un peu ici, si la nourriture est assez chère, vous réalisez vite que l’énergie est très peu onéreuse, le moindre village a une piscine en plein air chauffée. La géothermie est une source importante d’énergie à coté de celle ci vous avez l’hydroélectrique.

Un jour en nous promenant dans le un fjord près de Reydarfjordur, nous avons découvert ça.

usine_1 usineUne magnifique usine au bord d’un joli fjord. Quand on regarde vers le large, on voit ça.

usine_fjordCette magnifique usine, propriété d’Alcoa, s’appelle Fjardaál. Il s’agit de la plus grosse fonderie d’aluminium du pays et le plus gros site de production du groupe. Le minerai ne vient pas d’Islande mais d’autres pays comme le Canada ou les USA. L’intérêt de transporter du minerai au milieu de l’atlantique nord est le faible cout de l’énergie. La production d’aluminium a un gros défaut sa gourmandise en électricité.

La construction de l’usine a un peu défiguré le site, mais il permet de faire travailler plus de 300 personnes. Je me suis alors demandé d’où venez l’électricité. J’ai appris qu’il avait fallu construire un barrage à 75 km de là, en fait une série de barrages pour pouvoir nourrir le monstre d’Alcoa. Ce lieu s’appelle KARAHNJUKAR. Une rivière a été sacrifiée et un réservoir de la taille de Manhattan est le fruit de cette gourmandise énergétique. Le point rouge marque le barrage et le blanc le site de l’usine.

carteVous remarquerez la taille du lac artificiel, voici un petit Gif pour illustrer l’apparition de cette création de l’homme.

centraleDe près ça donne ça. Vous arrivez au milieu de nulle part.

contexteVous tournez le dos aux moutons et vous découvrez.

lac lac_barrageCe joli lac paisible, vous trouvez que c’est pas mal ce scandale écologique. Vous avancez sur le barrage et là vous découvrez le résultat en aval.

videJe trouve ça moins mignon, cette gorge vide. L’électricité n’est pas produite ici, il a été creusé un tunnel de 40 km qui amène l’eau après une longue chute à une usine souterraine qui produit beaucoup, beaucoup de Kw. Pour transporter l’électricité, il faut des pylônes. Nous devons reconnaitre à l’ingénieur islandais un certain sens esthétique pour le pylône.

pylone_2 pylone_1 pyloneOn dira qu’on les voit à peine dans le paysage.

La rivière ainsi asséchée pour nourrir ces beaux poteaux s’appelle Jökulsá í Fljótsdal. Elle allait se jeter dans l’Atlantique, ici.

fjordLa rivière qui se jette dans l’océan est la Lagarfljót. Sur ce gif vous pouvez voir l’impact de l’asséchement de la rivière. On constate la disparition des eaux boueuses de la rivière de gauche et son remplacement par un cours beaucoup moins important.

fjordJe n’ai pas d’idées sur l’impact environnemental de ces constructions. J’ai du mal à imaginer que ce fut neutre pour la nature islandaise. J’aimerai bien savoir si des études ont été réalisées. J’avais été impressionné par les modifications de paysage induites par l’activité humaine, je le suis toujours. Nous sommes vraiment une drôle d’espèce capable de changer aussi vite notre environnement. Notre puissance devrait nous rendre plus responsable avec cette magnifique planète qui est notre maison commune.

Ce voyage fut le dernier en Islande, je ne sais pas si la découverte de cette histoire a eu un impact pour cette absence de retour dans ce magnifique pays. Ce ne fut probablement pas neutre.

 

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Madeleine musicale

Un soir de tarot, j’ai mis un disque, « Breakfast in America » par Supertramp. Je me suis alors souvenu du premier disque que j’ai acheté, je devais avoir 12 ans. En fait, un double album en cassette, il s’agissait du live in Paris de ce même Supertramp. Cette cassette m’a accompagné jusqu’à ce que j’abandonne le walkman de Sony pour passez au lecteur de CD.

Je n’avais plus écouté ce disque depuis une éternité. Je l’ai acheté pour alimenté ma mélancolie. Je n’ai pas été déçu.

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J’aime toujours autant cette musique si année 70. J’avais le souvenir de l’intro de Breakfast in America.

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Les producteurs du double CD ont eu le bon gout de la conserver. J’avais à nouveau 12 ans. Je me souviens de cette période début des années 80 avec la peur de l’arrivée des chars russes après la victoire de la gauche, le drame de l’entrée des communistes, mes parents n’étaient pas des francs sympathisants du PS. Je ne savais plus quand cet album avait été enregistré. Il l’a été le 29 novembre 1979. Ça m’a fait drôle de voir la date. J’ai du mal à réaliser que j’ai acheté mon premier disque à cette période. Depuis j’ai accumulé quelques disques, j’ai fait l’erreur de bazarder tous mes vinyles. Je regrette surtout ma collection complète de Cure.  J’avais aussi plein de K7. Il y avait aussi les débuts du clips avec la formidable émission des « enfants du Rock ».

Il eu aussi du Cure dans le générique dans la deuxième période, formidable morceau, plus tardif.

Je n’ai plus que des CDs, certains commencent à être des pièces de collections. J’aime toujours ce support. Écouter de la musique nous ramène immédiatement à l’époque de la première audition, j’apprécie énormément cette forme de souvenirs, chacun à la bande son de sa vie. Supertramp est la musique de mes années collèges.

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En achetant ce disque et pour continuer dans le coté souvenir, j’en ai profité pour acquérir le premier disque de classique que j’avais acheté, j’étais plus vieux, fin du lycée je pense. Il s’agit des variations Goldberg de Bach par Glenn Gould. Là aussi je n’ai pas été déçu par l’interprétation gouldienne, les deux versions à 26 ans d’intervalle, l’évolution est troublante. J’avais la version 81.
Fin de la session nostalgie, putain je suis vieux.

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Des limites et de l’effort, conseils d’écoutes

Les limites du corps et de la performance dans le sport sont des questions qui reviennent régulièrement. Étienne Klein a réuni dans sa conversation scientifique quelques personnes sur le sujet. L’émission était très intéressante. Il est dommage qu’elle ne fut pas plus longue car il y avait une vraie tension entre JF Toussaint expliquant que nous avons touché les limites de nos capacités humaines sur les épreuves classiques en athlétisme par exemple et les deux autres intervenants qui défendaient une position du « no limit ». Avec un traditionnel si on veut on peut. Il y avait du grain à moudre pour une bonne heure d’émission en plus, mais la limite était touchée.

Si vous ne croyez pas que nous atteignons un pic dans la performance, je vous conseille cette lecture. Ce qui est très fort, c’est de voir que la stagnation touche les hommes mais aussi les animaux avec sur la figure suivante l’exemple du saut de grenouille. Nous avons des limites physiologiques indépassables, la biomécanique comme toutes sciences n’a qu’un but briser nos rêves.

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Les tenants, aboutissants et « solutions » sont abordés dans l’article. Pour améliorer les records, il faudra améliorer les hommes que ce soit par des approches technologiques (admirez le décrochage dans les épreuves de natation avec l’apparition des combinaisons) ou génétiques. On peut se poser la question de l’intérêt de la poursuite de cette course aux records qui ne peut conduire qu’à la tentation du  dopage.

Pour aller plus loin et poursuivre sur la problématique du pourquoi faire des efforts ? Je vous recommande l’excellente émission des nouveaux chemins de la connaissance, sur la philosophie de l’effort. La philosophe, Isabelle Queval, explique très bien l’idéologie de l’effort qui s’est développé dans le monde avec en fer de lance le sport. C’est passionnant. Je vous conseille de l’écouter en faisant une activité physique un peu intense. La mise en abyme est troublante. Je retiens de l’approche philosophique, que ce n’est pas les limites de l’espèce que nous devons rechercher mais nos propres limites dans un effort qui doit être harmonieux, comme la voie du Tao. Notre expérience individuelle de l’effort nous laisse face à nous même avec nos limites mais aussi notre désir, tension entre ubris et réalité. L’effort bien compris ne doit pas viser à sélectionner l’individu mais permettre à la personne de s’accomplir. L’effort physique nous apprend à porter attention au détail. Cette attention exacerbée appliquée à la vie doit nous permettre de profiter réellement de celle ci. Maintenant que nous avons atteints les limites de nos performances en temps qu’espèce le but du sport ne doit plus tendre vers le record mais vers un accomplissement de l’individu dans la quête du geste parfait sans que le résultat importe. Le voyage est plus important que la destination.

L’exemple du boucher du prince Wen-houei est une belle illustration de ces objectifs de perfection où l’effort disparait, mis pour y arriver que d’efforts et de répétitions.

Ces deux émissions sont très stimulantes pour la réflexion sur le sens de l’effort  et au delà de nos vies à travers la quête d’un absolu que nous avons déjà atteints comme mammifère bipède. Nous devrions concentrer nos efforts vers plus de collaboration entre nous que vers un individualisme forcené.

 

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« Je te donne son numéro d’hospit »

« Allo, c’est bien ici les avis néphro? »

« Oui, que puis je pour vous? »

« J’ai un patient qui à la créat qui monte, je peux t’en parler? »

« Oui bien sur, je… »

« Je te file son numéro d’hospit comme ça tu peux regarder les bilans. »

« Je préfère son nom et son prénom. »

Tout patient entrant en hospitalisation a un numéro. C’est le premier pas dans la structure, aller au bureau des entrées pour avoir le numéro et les étiquettes, surtout les étiquettes qui sont le sésame sans lequel rien n’est possible.

Depuis que je fais ce métier, je déteste utiliser le numéro d’hospitalisation comme je déteste qu’on me dise le monsieur de la chambre X. J’ai toujours appelé les patients par leurs noms, même si pour moi c’est difficile. J’ai une très mauvaise mémoire des noms, encore plus des chiffres. C’est devenu une habitude de demander le nom et jamais le numéro, même si je reconnais le coté pratique de la série de chiffres surtout pour les fortes homonymies. J’avais un peu oublié l’origine de cette obsession du nom.

En ce moment, je lis un formidable livre d’histoire, « l’Europe en Enfer » de Ian Kershaw.

Résultat de recherche d'images pour "l'europe en enfer"Hier soir, j’ai lu ces phrases de Primo Levi.

20161126_211435Je me suis alors souvenu d’où me venez cette angoisse devant l’anonymisation dans une structure. Que les choses soient bien claires, je n’ai jamais associé, un hôpital à un camp de concentration, les soignants à des nazis et les patients aux juifs ou aux autres victimes du système concentrationnaire. Nous utilisons les chiffres car c’est plus rapide, plus efficace pas dans le but de détruire l’individu en niant son identité. Mais cette expérience essentielle du XXé siècle nous rappelle les risques de transformer une personne avec son histoire, ses convictions, préférences, en objet. La première étape est l’anonymisation, du moins dans la culture occidentale. Il est important d’appeler les patients par leurs noms et prénoms, toujours.

Je n’ai jamais lu Primo Levi, par contre j’ai été totalement bouleversé par la lecture de « La Destruction des Juifs d’Europe » de Raul Hilberg. Je l’ai lu lors de sa parution en France, j’étais en deuxième année de médecine. L’expérience concentrationnaire y est décrite avec une précision incroyable, des racines du mal jusqu’à son acmé. La déshumanisation joue un rôle majeur pour autoriser le génocidaire. Transformer l’être humain en numéro anonyme permet d’en faire une chose, ceci rend plus facile la mise en place du processus d’industrialisation de la mort. Après cette lecture, que je ne peux que conseiller, je n’ai plus jamais pu remplacer un nom par un numéro. J’ai peut être tort d’avoir été si sensible. C’est si ancré en moi que je suis incurable. Une lecture même très aride peut changer profondément certains de nos comportements. Les nazis l’avaient bien compris eux qui ont brulé tant de livres.

Je vous conseille aussi la lecture du livre de Kershaw. Il me parait de salubrité publique en ces temps de doutes, de dérive toujours plus droitière, de plonger dans l’histoire récente de notre continent. Malheureusement, l’histoire ne nous apprend rien mais au moins nous pouvons comprendre un peu mieux ce qui s’est passé et ce qui nous arrive.

Je désamorce immédiatement les commentateurs bien intentionnés qui viendront me faire le coup du point Godwin. Je me l’accorde de très bonne grâce spontanément.

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De la courbe (de poids) en U et de son interprétation.

On me dit dans l’oreillette que mes lecteurs viennent surtout pour entendre causer de médecine, après un intermède musical, revenons à nos moutons. J’espère vous avoir convaincu que nos comportements peuvent avoir un impact sur notre vie. Dominique pense qu’être gros est une destinée. Je ne partage pas son opinion. Ce n’est pas très grave. De la diversité nait la connaissance. Tout le monde a une idée sur le poids idéal. Sur ce sujet, on ne parle, comme par hasard, jamais de conflit d’intérêt. Il faudrait que tout auteur écrivant sur le sujet donne son index de masse corporel (IMC ou BMI pour les anglophones). Une analyse des données de la littérature en fonction de cette donnée anthropomorphique de base serait très intéressante. Elle ne verra jamais le jour, mais bon je serai très curieux de voir les résultats.

La médecine, plus précisément l’épidémiologie médicale, adore les courbes en U. Juste une question de bon sens, trop ou pas assez ce n’est pas bon, tout est dans la modération. Des courbes en U partout, glycémie, pression artérielle, même le débit de filtration glomérulaire n’échappe pas à cette tendance. Une petite fille de la courbe en U est l’association inverse, le néphrologue est un grand spécialiste de ce truc. J’ai appris, il y a longtemps maintenant, à me méfier de ce dernier phénomène. Ce papier reste un modèle dans l’interprétation de ce phénomène, il cause de cholestérol et de maladie rénale chronique. Une des courbes en U les plus connues est celle du poids, bel exemple ici. Être trop maigre ou trop gros, ce n’est pas bon. Ceci est frappé par le sceau du bon sens. L’IMC normal est de 18,5 à 24,9. La majorité des études retrouvent un sur-risque de décès quand le BMI passe sous les 22. Ceci pourrait suggérer la nécessité de revoir la norme.

Des auteurs se sont intelligemment dits, cette courbe en U ne serait elle pas juste un artefact, lié à des comorbidités? Dans la méta-analyse du BMJ, il y avait un signal pour ça, car le BMI idéal pour la survie était entre 22 et 24 si vous aviez fumé et entre 20 et 22 si vous n’aviez jamais touché à la cigarette. Mais un IMC normal bas inférieur à 20 ou 22 jusqu’à 18,5 était associé à un sur-risque de décès. Sous les 18,5, il n’y a pas de discussion, la dénutrition tue et nous devons tout faire pour lutter contre. La première figure des supplementary data le montre clairement.

courbeu_grosL’hypothèse des auteurs repose sur le fait que les BMI normaux bas pourraient être le reflet de comorbidités entrainant une dénutrition. La caricature serait de mettre un patient avec un cancer métastatique dans une étude avec une analyse du BMI. Son BMI est normal bas du fait de sa pathologie, il va mourir, la dénutrition joue un rôle, mais ce qui cause la baisse de l’IMC et le décès, c’est le cancer. Il faut bien sur dans ces situations lutter contre la dénutrition. Pour explorer ce problème, ils ont décidé d’ajuster la survie en associée au BMI en découpant les groupes de BMI en fonction d’un score de vie saine.

Ils ont inclus 39 284  hommes de la HPFS et 74 582 femmes de la NHS suivi pendant 32 années. La méthodologie est de qualité, autant que je puisse en juger. Ce qui est très bien, c’est d’avoir utiliser le dernier BMI avant le décès pour l’analyse. Les déterminants d’un style de vie à faible risque sont 1) ne jamais avoir fumé, 2) Avoir une activité physique quotidienne d’intensité modérée à intense de plus de 30 mn/jour, 3) une consommation d’alcool modéré de 5 à 15 g/j d’alcool pour les femmes et de 5 à 30 pour les hommes, 4) un score AHEI (alimentation) dans les 2 quintiles les plus haut. Les comportements sont évalués tous les 2 ou 5 ans. Il sera fait des ajustements pour d’autres comorbidités.

La figure importante est celle ci.

gros_2016Le groupe de référence est BMI entre 22,5 et 24,9 sans facteur de vie saine. Dans le groupe sans comportement protecteur, vous voyez la courbe en U classique, notez que le surpoids (IMC 25-29,9) n’a pas d’impact sauf sur le risque cardiovasculaire. Dès que vous accumulez des facteurs de vie saine, vous perdez l’aspect de courbe en U, il n’y a plus de surmortalité si votre BMI est entre 18,5 et 22,4. L’essentiel de l’effet du surpoids se fait sur la mortalité cardiovasculaire. Vous voyez que pour cette dernière, si vous avez un BMI supérieur à 30 malgré 3 ou plus facteurs de vie saine, vous perdez le bénéfice de ces derniers. La même analyse faite uniquement sur les patients n’ayant jamais fumé, fait complétement disparaitre la courbe en U à tout les niveaux. L’IMC > 30 est toujours associé à une moins bonne survie.

gros_santabacSi vous avez un IMC entre 18,5 et 22,4 et que vous avez 3 ou plus facteurs de vie saine, votre risque de mourir diminue de 61% par rapport au groupe de référence IMC entre 22,5 et 24,9 sans facteur de vie saine. Perdre du poids, faire de l’exercice, manger sainement, boire un peu d’alcool et surtout ne pas fumer sont des comportements intéressants si vous voulez gagner quelques années de vie probablement en meilleure santé.

Cet article est important. Il montre bien qu’avoir une bonne hygiène de vie est toujours bénéfique. C’est un bel exemple de prise en compte des facteurs confondants. Ce serait un très beau sujet de lecture critique d’articles. Pour les étudiants qui préparent l’ECN, je rappelle qu’à partir de cette année l’article sera en anglais. Je ne peux que vous conseiller de lire des articles dans la langue de Carver.

La surcharge pondérale a un impact négatif et viser un IMC entre 18,5 et 22,4 semble un objectif intéressant en particulier pour le risque cardiovasculaire. Le début de la courbe en U du poids est morte. Bien évidement, les IMC inférieurs à 18,5 ne sont pas souhaitables et nous devons lutter avec la même énergie contre la dénutrition et l’excès de poids. Comme toujours en physiologie, tout est une question de mesure et d’équilibre.

Je ne résiste pas à vous proposer un extrait d’un album que j’ai redécouvert récemment. Le diable est dans les détails.

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« Fly me to the moon » de Bart Howard

J’aime beaucoup cette chanson. Pour tout savoir sur cette très belle composition écrite en 1954, je vous conseille la notice wikipedia en anglais.

La version la plus célèbre est celle d’un certain Frank Sinatra avec l’orchestre de Count Basie et un petit jeune comme arrangeur Quincy Jones. Je vous propose la version concert ici au Sand de Las Vegas.

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Cet album est excellent avec un Frank au sommet de son art vocal, une section rythmique  au top et Monsieur Jones proposa des arrangements redoutables. Le flutiste est pas mal. Vous avez droit en prime à un long intermède de Frankie digne du rat pack.
En 2016, voici une nouvelle version de ce monument de la musique populaire américaine. Ici, c’est Ben l’oncle soul qui s’y colle et c’est très bien.

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L’ensemble de l’album hommage à l’immense crooner américain est de très bon niveau. Le travail sur la rythmique est très chouette et revisite certains standards brillamment. Sur quelques morceaux ont retrouve une ambiance plus caraïbes que soul, sympathique clin d’œil au kid du New Jersey qui aima tant Cuba.
A propos de Cuba, ce mois de Novembre est musicalement sympathique avec le nouvel album de Roberto Fonseca. Il poursuit l’exploration de l’histoire musicale de son ile natale. J’avais déjà écrit qu’il était le digne successeur de Anga Diaz. Cet ABUC le confirme brillamment. Musique savante par certains aspects mais souvent dansante, il est un leader impressionnant de maitrise. J’aime sa manière percussive de jouer du piano. Il a une section rythmique hallucinante. L’album est très bien construit, il nous prend la main pour explorer la musique cubaine. C’est passionnant.
Pour vous mettre en appétit, une de ses compositions.

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Un autre exemple de son incroyable talent dans un style totalement différent, cette très émouvante contredanse.

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Cet album n’a pas fini de tourner. Il passe bientôt près de chez moi, j’espère pouvoir trouver des places.

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Acte manqué de la Conférence des directeurs généraux de CHU

Ce nouveau logo des DG des CHU est sublime. Nous avons la confirmation que les CHU sont un sac de nœuds. La personne qui a fait ce logo est un pur génie qui a du beaucoup trainer dans les structures hospitalières françaises.

Source : Réseau CHU: Rayonnement, interrelation, territoire – un nouveau logo pour la Conférence des directeurs généraux de CHU

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