{"id":1024,"date":"2012-08-19T11:11:38","date_gmt":"2012-08-19T10:11:38","guid":{"rendered":"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/?p=1024"},"modified":"2012-08-19T11:11:38","modified_gmt":"2012-08-19T10:11:38","slug":"jazz-et-medecine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/2012\/08\/19\/jazz-et-medecine\/","title":{"rendered":"Jazz et m\u00e9decine"},"content":{"rendered":"<p>Dans ma derni\u00e8re note, j&rsquo;ai \u00e9voqu\u00e9 un ancien post sur mon pr\u00e9c\u00e9dent blog. Je l&rsquo;ai un peu retouch\u00e9. La voici.<\/p>\n<p>J&rsquo;\u00e9coute <a href=\"http:\/\/www.disquesdreyfus.com\/catalogue\/365702-thatre-champs-elysees.html\">M. Petrucciani<\/a> improviser sur des th\u00e8mes de Monk.<\/p>\n<p>Deux grands malades, deux grands pianistes, deux grands jazzmen, deux hommes immenses qui illuminent ma soir\u00e9e. J&rsquo;ai d\u00e9couvert le jazz lors de ma premi\u00e8re ann\u00e9e de m\u00e9decine. Mon premier disque: <a href=\"http:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Still_Live_%28Keith_Jarrett_album%29\">Keith Jarret en trio \u00e0 Munich<\/a>. Depuis cette musique ne m&rsquo;a jamais quitt\u00e9, jamais d\u00e9\u00e7u, jamais abandonn\u00e9. La m\u00e9decine non plus ne m&rsquo;a jamais quitt\u00e9e. Elle m\u2019a beaucoup d\u00e9\u00e7ue, \u00e0 la mesure de mon amour pour elle. Je la retrouve toujours, maitresse qui excite mon d\u00e9sir. En dehors de cette relation temporelle, qui m&rsquo;est personnelle, quel point commun entre m\u00e9decine et jazz?<\/p>\n<p>Je r\u00e9alise en \u00e9coutant ce nain magnifique jouant les notes de ce psychotique g\u00e9nial, qu\u2019un d\u00e9nominateur commun est l&rsquo;improvisation.<\/p>\n<p>Dans la musique de Jazz, le m\u00eame morceau peut \u00eatre jou\u00e9 cent fois de fa\u00e7on diff\u00e9rente. La partition reste la m\u00eame, mais l&rsquo;improvisation modifie le sens de la musique au gr\u00e9 de l&rsquo;humeur du musicien, de la fusion ou du rejet entre lui et son instrument, entre les membres du groupe, voir de la communion avec le public. Prenez \u00ab\u00a0autumn leaves\u00a0\u00bb, la m\u00eame m\u00e9lodie jou\u00e9e 6 ou 7 fois, du moins grav\u00e9e par the Trio, \u00e0 chaque fois la musique est diff\u00e9rente mais la m\u00e9lodie de Cosma est toujours l\u00e0\u00a0; par <a href=\"http:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Portrait_in_Jazz\">bill Evans<\/a>, enregistr\u00e9e deux fois \u00e0 plus de 20 ans d&rsquo;intervalle, deux morceaux radicalement diff\u00e9rents mais vous vous surprenez \u00e0 chantonner les paroles de Pr\u00e9vert qui flottent sur les notes. Fantastique. Vous \u00e9coutez abasourdi, surpris, choqu\u00e9 parfois, enthousiasm\u00e9, jamais d\u00e9\u00e7u quand la partition est belle, l&rsquo;interpr\u00e8te talentueux.<\/p>\n<p>La m\u00e9decine, c&rsquo;est pareil.<\/p>\n<p>La m\u00e9lodie est la maladie avec ses sympt\u00f4mes, ses signes, son histoire naturelle. L&rsquo;improvisateur de cette partition est le malade. Le sujet interpr\u00e8te la partition, improvise sur la m\u00e9lodie nosologique \u00e0 plusieurs \u00e9chelles. Il y a le niveau g\u00e9nomique, le bon vieux terrain, il y a l&rsquo;environnement, l&rsquo;histoire du patient, enfin il y a le pr\u00e9sent et le v\u00e9cu de la maladie par le sujet, avec sa subjectivit\u00e9 du moment et un niveau souvent n\u00e9glig\u00e9 qui est social. Quel est le r\u00f4le du m\u00e9decin\u00a0? Auditeur, observateur et arrangeur, comme <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/Rhythm-Ning-Evans-Laurent-Cugny\/dp\/B000008AVM\">Gil Evans<\/a>. Si vous n&rsquo;avait jamais entendu <a href=\"http:\/\/www.deezer.com\/fr\/music\/track\/2459341\">les morceaux de Jimmy Hendricks arranger par le grand Gil<\/a> vous ratez quelques choses. Il montre qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de limite au d\u00e9cryptage de la musique et peut \u00eatre de la maladie. Arrangeur, j&rsquo;aime bien cette id\u00e9e pour d\u00e9finir le r\u00f4le du m\u00e9decin. Il est l\u00e0 pour guider, conseiller, parfois dire des choses d\u00e9sagr\u00e9ables, toujours soulager et parfois guider l&rsquo;interpr\u00e8te vers la gu\u00e9rison. Le soin est la qu\u00eate d\u2019un arrangement entre un individu et une maladie, les deux sont indissociables. Mon r\u00f4le, je le con\u00e7ois comme celui d\u2019un passeur. J\u2019essaye de transmettre mon savoir et capter celui du malade pour trouver une solution la plus adapt\u00e9e au moment donn\u00e9, \u00e0 la personne en face de moi avec son histoire et sa maladie. Comme dans le jazz, la partition peut \u00eatre rejou\u00e9e, car la sensibilit\u00e9 de l\u2019interpr\u00e8te, le savoir de l\u2019arrangeur, auront \u00e9volu\u00e9es. La maladie est un agent de transformation de l\u2019homme, qui en fonction de son comportement va aussi la transformer, la modifier. Le m\u00e9decin compl\u00e8te ce duo pour que la transition se fasse du mieux possible. La maladie nous transforme et nous pouvons rarement revenir en arri\u00e8re. Elle nous change. Le plus difficile \u00e0 accepter est le deuil du Moi d\u2019avant. Il est difficile de rencontre ce nouveau Moi. \u00catre \u00e9tranger en son corps n\u2019est pas facile. Il faut s\u2019arranger, bricoler, pour vivre le mieux possible.<\/p>\n<p>Parfois pour reconnaitre la m\u00e9lodie perdue dans les m\u00e9andres de la sensibilit\u00e9 de l&rsquo;artiste, il faut beaucoup de travail \u00e0 l&rsquo;arrangeur. Le m\u00e9decin doit alors ramener l&rsquo;improvisateur vers le connu, vers l&rsquo;\u00e9crit et une nouvelle partition s&rsquo;\u00e9crit. Il y a dans la m\u00e9decine cette double tension essentielle entre le g\u00e9n\u00e9ral et le particulier. La m\u00e9decine est une science, comme les autres quand du particulier elle construit un cadre g\u00e9n\u00e9ral. Elle devient art, m\u00eame si je n&rsquo;aime pas le mot, quand du g\u00e9n\u00e9ral (le savoir livresque et empirique) elle doit aller au particulier. C&rsquo;est cet allez retour permanent entre g\u00e9n\u00e9ral et particulier qui rend la m\u00e9decine si excitante, si passionnante et si difficile. La m\u00e9decine est une science artistique ou un art scientifique comme vous voulez.<\/p>\n<p>Parfois la partition d\u00e9raille, et l&rsquo;in\u00e9luctable survient, la mort, le silence de l&rsquo;interpr\u00e8te, l&rsquo;\u00e9chec de l&rsquo;arrangeur. Il faut l\u2019accepter et l\u2019affronter. Le plus simple est d\u2019avoir donn\u00e9 le meilleur de son savoir pour aider le patient \u00e0 jouer sa partition.<\/p>\n<p>La musique ne m&rsquo;a jamais laiss\u00e9 indiff\u00e9rent, un homme malade, ne m&rsquo;a jamais laiss\u00e9 indiff\u00e9rent. J\u2019aime les deux. D\u00e9couvrir ce qu&rsquo;il y a derri\u00e8re les notes, derri\u00e8re les mots et le corps souffrant, pour comprendre, pour soulager, pour gu\u00e9rir, pour donner quelques jours, mois, ann\u00e9es de plus, dans ce sursis, l&rsquo;autre peut trouver une r\u00e9ponse, une joie, un bonheur&#8230; Comme moi quand j\u2019\u00e9coute une seconde, une minute, une heure de plus de Jazz.<\/p>\n<p>Le premier aphorisme d&rsquo;Hippocrate pourrait aussi s&rsquo;appliquer \u00e0 la musique de Jazz:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0La vie est br\u00e8ve, l&rsquo;art est long, l&rsquo;occasion fugitive, l&rsquo;exp\u00e9rience dangereuse, le jugement difficile.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans ma derni\u00e8re note, j&rsquo;ai \u00e9voqu\u00e9 un ancien post sur mon pr\u00e9c\u00e9dent blog. Je l&rsquo;ai un peu retouch\u00e9. La voici. J&rsquo;\u00e9coute M. Petrucciani improviser sur des th\u00e8mes de Monk. 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