{"id":1228,"date":"2012-11-26T17:16:51","date_gmt":"2012-11-26T16:16:51","guid":{"rendered":"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/?p=1228"},"modified":"2018-12-31T10:30:36","modified_gmt":"2018-12-31T09:30:36","slug":"erreur-le-grand-tabou-en-medecine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/2012\/11\/26\/erreur-le-grand-tabou-en-medecine\/","title":{"rendered":"Erreur, le grand tabou en m\u00e9decine"},"content":{"rendered":"<p>La m\u00e9decine est une pratique \u00e9minemment humaine. Les m\u00e9decins sont des hommes. Comme tout \u00eatre humain, ils font des erreurs, graves, b\u00e9nignes, de port\u00e9e dramatique ou sans cons\u00e9quence aucune.<\/p>\n<p>Hier, j&rsquo;ai \u00e9cout\u00e9 le <a href=\"http:\/\/www.ted.com\/talks\/brian_goldman_doctors_make_mistakes_can_we_talk_about_that.html\">discours le plus intelligent sur les erreurs en m\u00e9decine<\/a> qu&rsquo;il m&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 d&rsquo;entendre. C&rsquo;est une TED conf\u00e9rence par <a href=\"http:\/\/www.cbc.ca\/whitecoat\/\">brian Goldman<\/a>. Si vous ne comprenez pas la langue de Tolkien, vous pouvez mettre les sous-titres en fran\u00e7ais. L&rsquo;\u00e9coute ne vous prendra que 18 minutes, mais elle vous en apprendra plus sur la m\u00e9decine que de longs trait\u00e9s. Vous n&rsquo;\u00eates pas oblig\u00e9 de poursuivre votre lecture, mais regardez la vid\u00e9o.<\/p>\n<p>Nous avons, nous faisons, nous ferons tous des erreurs. On (dans le on je m&rsquo;inclus) nous a appris \u00e0 les cacher, \u00e0 les taire, \u00e0 nous comporter comme des autistes face \u00e0 elles. Nous ne les voyons pas, nous ne les appr\u00e9hendons pas dans leur complexit\u00e9, nous ne voulons pas les comprendre et apprendre. Nous vivons dans un monde fantasmatique du z\u00e9ro erreur, z\u00e9ro risque. Il n&rsquo;est qu&rsquo;un r\u00eave ce monde sans risque.<\/p>\n<p>Nous nous trompons, nous nous sommes tromp\u00e9, nous nous tromperons. Ce n&rsquo;est pas rassurant, hein, mais c&rsquo;est la v\u00e9rit\u00e9. Nombreux sont ceux qui r\u00eavent \u00e0 la disparition de tout al\u00e9a. Je fais partie de ces gens. J&rsquo;ai toujours voulu minimiser les risques pour les gens qui me confieraient leurs vies, alors j&rsquo;ai beaucoup travaill\u00e9 \u00e0 la facult\u00e9. J&rsquo;ai cru et je crois toujours, que plus j&rsquo;accumulerai de savoir moins j&rsquo;exposerai les patients \u00e0 un risque. Plus nous sommes comp\u00e9tents, plus nous sommes savants, plus nous sommes pr\u00e9cautionneux, plus nous attentifs, meilleurs nous sommes pour nos patients. Il n&#8217;emp\u00eache, vous ne serez jamais \u00e0 l&rsquo;abri d&rsquo;un erreur. Distraction, fatigue, soucis, m\u00e9connaissances, peur de passer pour un cr\u00e9tin, honte de demander un avis, mais surtout suret\u00e9 en soi. Toutes mes erreurs viennent de l\u00e0, un moment de certitude. En m\u00e9decine, le jour o\u00f9 vous \u00eates sur de vous, posez vous, r\u00e9fl\u00e9chissez deux fois plus, doutez de vous m\u00eame, souvent vous \u00e9viterez une jolie connerie. N&rsquo;esp\u00e9rez pas \u00eatre dans le confort intellectuel en faisant ce m\u00e9tier. Le confort est la voie royale vers l&rsquo;erreur.<\/p>\n<p>En sachant que nous sommes faillibles, en sachant que nous sommes prompts \u00e0 l&rsquo;erreur, nous pouvons progresser. Je me souviens tr\u00e8s bien du jour o\u00f9 je me suis d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 viser l&rsquo;excellence. C&rsquo;\u00e9tait en quatri\u00e8me ann\u00e9e de m\u00e9decine, le lendemain des examens de gastro-ent\u00e9rologie, je n&rsquo;aimais pas beaucoup \u00e7a. Je craignais de m&rsquo;\u00eatre tromp\u00e9 dans ma r\u00e9ponse. Je n&rsquo;arrivais pas \u00e0 m&rsquo;endormir, je tournais, me retournais. J&rsquo;ai cherch\u00e9 \u00e0 comprendre pourquoi je ne trouvais pas la paix. La r\u00e9ponse est apparue comme une \u00e9vidence. Comment puis je soigner des gens si je ne suis m\u00eame pas capable de soigner du papier? Je me suis lever pour travailler et \u00e7a ne m&rsquo;a plus l\u00e2ch\u00e9. De ce jour, j&rsquo;ai toujours voulu avoir le bon diagnostic, ne pas me tromper, toujours trouver, et quand je me plantais, j&rsquo;en \u00e9tais malade. Cette angoisse a failli me faire arr\u00eater je ne sais combien de fois ce m\u00e9tier.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai toujours eu peur et j&rsquo;ai encore peur de me tromper, de me planter. Je fais tout pour r\u00e9duire ce risque. Et pourtant malgr\u00e9 mes pr\u00e9cautions, mon savoir, je fais des erreurs. Elles me minent, je ne supporte pas de mettre l&rsquo;autre en danger. Avec le temps, j&rsquo;ai appris \u00e0 vivre avec \u00e7a, en le taisant. Ce n&rsquo;est pas un bon choix.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;y a pas deux sortes de m\u00e9decins, ceux qui se trompent et ceux qui ne font jamais d&rsquo;erreurs. C&rsquo;est faux. C&rsquo;est la plus grande connerie du monde m\u00e9dical que de le croire. Accepter que nous sommes faillibles pour le devenir moins. Le patient joue un r\u00f4le important.<\/p>\n<p>Il est essentiel, il nous dit:<\/p>\n<blockquote><p>\u00a0\u00bb Tu es sur que tu ne te trompes pas ? Tu es sur que ton choix est le meilleur pour moi?\u00a0\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p>C&rsquo;est peut \u00eatre \u00e7a le patient id\u00e9al, le patient expert. Il te fait confiance, mais de fa\u00e7on critique. Pas l&rsquo;aveuglement devant le savoir du Docteur, ni la suspicion syst\u00e9matique devant toutes d\u00e9cisions, non un juste milieu que j\u2019appellerai la&nbsp;confiance critique.<\/p>\n<p>Pour que cette approche fonctionne, la bienveillance r\u00e9ciproque doit \u00eatre au c\u0153ur du processus de soin. Tu es humain, tu as peur pour ta vie,&nbsp; je le comprends, je l&rsquo;accepte, je vais tout faire pour te soigner du mieux possible. Tu es humain, tu peux te tromper, je l&rsquo;accepte, tu ne sais pas tout, de moi, de ma maladie, je suis l\u00e0 pour t&rsquo;aider \u00e0 trouver la meilleure solution \u00e0 mon probl\u00e8me.<\/p>\n<p>L&rsquo;erreur ne doit pas \u00eatre un tabou, mais int\u00e9gr\u00e9e comme un ph\u00e9nom\u00e8ne normal. L&rsquo;analyse de ses conditions de survenue doit limiter les risques qu&rsquo;elle ne se produise et surtout se reproduise. Nous devons apprendre de nos erreurs. Pour apprendre de nos erreurs, nous devons les partager.<\/p>\n<p>Dire nous faisons, nous avons fait, nous ferons des erreurs n&rsquo;a pas pour but de minimiser leur port\u00e9e ou de d\u00e9douaner leurs auteurs. L&rsquo;objectif est d&rsquo;analyser ses origines pour \u00e9viter la suivante.<\/p>\n<p>Charit\u00e9 ordonn\u00e9e commence par soi m\u00eame, je vais vous raconter une de mes erreurs.<\/p>\n<p>Il a une trentaine d&rsquo;ann\u00e9es, depuis dix ans, il vit avec un syndrome n\u00e9phrotique \u00e0 l\u00e9sions glom\u00e9rulaires minimes. Il n&rsquo;a pas de chance, il est rechuteur fr\u00e9quent. Il est tr\u00e8s corticosensible, mais ne supporte plus la cortisone. Alors il a fallu trouver un traitement qui lui convient. Il n&rsquo;aime pas l\u2019h\u00f4pital, les m\u00e9decins, il en a assez d&rsquo;\u00eatre malade. Alors il arr\u00eate r\u00e9guli\u00e8rement son traitement et il arrive en catastrophe car les chevilles enflent, car le visage est bouffi, car il a pris 12 kgs en deux jours, car il ne pisse plus. Toujours entre deux, jamais au rendez vous, il est comme \u00e7a. Sa famille ne l&rsquo;aide pas beaucoup \u00e0 se stabiliser, le pauvre, il est malade alors on lui passe tout. On discute, et je lui explique que c&rsquo;est une maladie potentiellement grave le syndrome n\u00e9phrotique. Il r\u00e9pond toujours \u00e0 la reprise du traitement sans cortisone. De toute fa\u00e7on, il ne veux pas en prendre.<\/p>\n<p>Le syndrome n\u00e9phrotique se caract\u00e9rise par la perte de prot\u00e9ines dans les urines et une diminution de l&rsquo;albumine dans le sang. La complication principale du syndrome n\u00e9phrotique est la thrombose veineuse profonde (la phl\u00e9bite). Il y a une hypercoagulabilit\u00e9 qui favorise le risque thrombo-embolique surtout quand l&rsquo;albumine est inf\u00e9rieur \u00e0 20 g\/l.<\/p>\n<p>\u00c7a fait six mois que je ne t&rsquo;ai pas vu. Je sors de la consultation, tu es l\u00e0, le visage bouffi, fatigu\u00e9, les jambes comme des poteaux. Ce n&rsquo;est pas la premi\u00e8re fois que je te vois ainsi. Non pas la premi\u00e8re. Tu as encore arr\u00eat\u00e9 le MMF et tu rechutes. Je sais que tu r\u00e9ponds vite \u00e0 la reprise du traitement. Je fais une ordonnance pour ton meilleur ami que tu aimes tant arr\u00eater. Je fais un bilan, tu as 21 g\/l d&rsquo;albumine et 15 g de prot\u00e9inurie. Je ne suis pas inquiet. Tu repars. Tu reviens trois jours plus tard, les \u0153d\u00e8mes se sont aggrav\u00e9s. Tu as repris ton traitement mais pas d&rsquo;effet. Tu es g\u00ean\u00e9 par la surcharge hydro-sod\u00e9e, je rajoute des diur\u00e9tiques.Tu n&rsquo;as pas ton bilan, \u00e9videment. Je te demande si tu ne veux pas prendre un peu de cortico\u00efdes, pour que \u00e7a aille plus vite. Tu vas r\u00e9fl\u00e9chir. Je te laisse partir, sans faire de bilan.<\/p>\n<p>Je ne suis pas \u00e0 l&rsquo;aise, j&rsquo;aurai bien aim\u00e9 que tu prennes un peu de cortisone. Cinq jours plus tard, ton p\u00e8re m&rsquo;appelle. Tu as fait une embolie pulmonaire bilat\u00e9rale sans phl\u00e9bite. Tu as failli mourir. Tu es hospitalis\u00e9 dans une autre structure. J&rsquo;appelle le service. Tu vas mieux. Je conseille de rajouter des cortico\u00efdes. A l&rsquo;entr\u00e9e tu avais 15 g\/l d&rsquo;albumine. Je m&rsquo;en veux.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai fait une erreur, en fait plusieurs. La plus \u00e9vidente est de ne pas avoir mis en place un traitement anticoagulant. Manifestement, tu ne r\u00e9pondais pas comme d&rsquo;habitude, \u00e7a trainait. La deuxi\u00e8me, je n&rsquo;ai pas fait de bilan pour v\u00e9rifier ton albumine. Je m&rsquo;en veux. Je savais que tu risquais la thrombose, je le savais. Troisi\u00e8me erreur, la m\u00e8re des deux premi\u00e8res, je me suis cru trop fort.&nbsp; Je croyais trop bien te connaitre toi et ta maladie. Je m&rsquo;en veux. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 trop facile, trop sur de moi et \u00e7a ne loupe pas.<\/p>\n<p>Je peux toujours dire, tu l&rsquo;as bien cherch\u00e9, tu arr\u00eates ton traitement comme \u00e7a, tu ne fais jamais les choses dans les r\u00e8gles, tu, tu, tu&#8230; Le probl\u00e8me en fait, c&rsquo;est moi, moi qui est le savoir, moi qui connait les risque et qui ne prescrit pas l&rsquo;anticoagulation dont tu avais besoin. Je m&rsquo;en suis voulu, beaucoup, \u00e9norm\u00e9ment. Je m&rsquo;en veux encore d&rsquo;avoir mis ta vie en danger. Je m&rsquo;excuse.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai fait une erreur, elle m&rsquo;a rappel\u00e9 que dans ce m\u00e9tier, il ne faut jamais c\u00e9der \u00e0 la facilit\u00e9. Une piqure de rappel en somme, \u00eatre professeur ne prot\u00e8ge pas des fautes, malheureusement. Je suis toujours cet \u00e9tudiant de quatri\u00e8me ann\u00e9e, anxieux de ne pas connaitre toute la m\u00e9decine, pour soigner celui qui est derri\u00e8re la porte et qui attend. Deux d\u00e9cennies ont pass\u00e9 et j&rsquo;ai toujours peur de me tromper. La diff\u00e9rence, j&rsquo;ose en parler. N&rsquo;ayez pas honte de vos erreurs, partagez les, analysez les, corrigez les causes et ne vous endormez jamais sur vos lauriers. Le r\u00e9veil est toujours douloureux.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.ted.com\/talks\/brian_goldman_doctors_make_mistakes_can_we_talk_about_that.html\">\u00c9coutez Brian Goldman<\/a>, il raconte tous \u00e7a bien mieux que moi. N&rsquo;oubliez pas: \u00ab\u00a0I do remember\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La m\u00e9decine est une pratique \u00e9minemment humaine. Les m\u00e9decins sont des hommes. Comme tout \u00eatre humain, ils font des erreurs, graves, b\u00e9nignes, de port\u00e9e dramatique ou sans cons\u00e9quence aucune. 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