{"id":1666,"date":"2013-09-05T06:35:07","date_gmt":"2013-09-05T05:35:07","guid":{"rendered":"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/?p=1666"},"modified":"2013-09-04T20:36:17","modified_gmt":"2013-09-04T19:36:17","slug":"lectures-de-vacances","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/2013\/09\/05\/lectures-de-vacances\/","title":{"rendered":"Lectures de vacances"},"content":{"rendered":"<p>J&rsquo;ai lu pendant mes vacances. J&rsquo;aimerai avoir la m\u00eame facilit\u00e9 \u00e0 \u00e9crire. Je resterai un lecteur jamais un \u00ab\u00a0\u00e9criveur\u00a0\u00bb. Plus un spectateur qu&rsquo;un acteur, j&rsquo;en ai trop l&rsquo;habitude pour changer maintenant. Je suis \u00e9clectique dans mes choix. Je me laisse guider par mes gouts mais aussi par le hasard, pour faire chic on dirait s\u00e9rendipit\u00e9, ce n&rsquo;est qu&rsquo;un nom de l\u2019errance intellectuelle heureuse.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai commenc\u00e9 par un <a href=\"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/?p=1653\">magnifique recueil de po\u00e8me d&rsquo;Anise Koltz<\/a>, puis un PF Hamilton le premier tome des aventures de Mandel. Il est tr\u00e8s fort pour tisser des mondes, mais il a toujours un peu de mal \u00e0 boucler l&rsquo;intrigue. C&rsquo;\u00e9tait agr\u00e9able de retrouver cet immense auteur de SF, grand sp\u00e9cialiste de space opera qui se lance ici dans une uchronie anglaise, que certains ont qualifi\u00e9 de n\u00e9o-lib\u00e9rale, pas d&rsquo;une originalit\u00e9 folle mais du bon boulot.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une d\u00e9couverte, <em>l&rsquo;origine de l&rsquo;homme<\/em> de Christine Mondalbetti. Sans la <a href=\"http:\/\/www.franceculture.fr\/emission-la-fabrique-de-l-histoire-la-prehistoire-14-2013-06-17\">fabrique de l&rsquo;histoire<\/a>, je n&rsquo;aurai jamais lu ce livre paru il y a dix ans. Il est tr\u00e8s bien, ce n&rsquo;est en rien une biographie de\u00a0Jacques Boucher de Cr\u00e8vec\u0153ur de Pertheso mais un v\u00e9ritable exercice litt\u00e9raire tr\u00e8s bien men\u00e9 et passionnant. Comment \u00e9crire un livre? Quel r\u00f4le pour le narrateur, ses rapports au h\u00e9ros, au lecteur? Ce qui pourrait \u00eatre et ne sera pas car hors du champ du r\u00e9cit, bien que fort int\u00e9ressant. En lisant, j&rsquo;ai eu\u00a0 l&rsquo;impression d&rsquo;une s\u00e9rie de photographies.<\/p>\n<p>Quand je regarde des photos, des bons clich\u00e9s, je me demande toujours ce qui se passe avant et apr\u00e8s. Ici, elle tente de r\u00e9pondre \u00e0 ces questions. Elle photographie une sc\u00e8ne et la diss\u00e8que, imagine les possibles autours et parfois les avants et apr\u00e8s. Son style est d\u00e9routant et n\u00e9cessite un v\u00e9ritable effort au d\u00e9but. Ceci traduit probablement l&rsquo;existence d&rsquo;un vrai style. Apr\u00e8s la phase d&rsquo;apprentissage, vous finirez le livre avec regret. J&rsquo;ai tr\u00e8s envie de d\u00e9couvrir d&rsquo;autres textes de Mme Mondalbetti.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s je me suis r\u00e9gal\u00e9 avec<em> les liaisons culinaires<\/em> d&rsquo;Andreas Staikos, je connais tr\u00e8s mal la litt\u00e9rature grecque mais les deux exemples (Les Sept Vies des chats d&rsquo;Ath\u00e8nes par <a href=\"http:\/\/www.librarything.fr\/author\/theacuteodoropoulost\">Takis Th\u00e9odoropoulos<\/a>) de cette ann\u00e9e me font regretter ce manque. Ils sont fous, mais vraiment compl\u00e9tement allum\u00e9s. Si vous voulez passer un moment r\u00e9jouissant lisez ce formidable petit livre d&rsquo;amour, ou plut\u00f4t de jalousie doubl\u00e9 d&rsquo;un bon livre de recettes grecques (j&rsquo;en ai test\u00e9 quatre), un d\u00e9lice \u00e0 savourer mais que j&rsquo;ai malheureusement englouti.<\/p>\n<p>Comme la litt\u00e9rature grecque, je ne connais pas bien, pour ne pas dire pas du tout la litt\u00e9rature japonaise. J&rsquo;ai lu par radinerie <em>Naufrages<\/em> de Akira Yoshimura.<\/p>\n<p>J&rsquo;explique pourquoi par radinerie. J&rsquo;ai re\u00e7u une offre d&rsquo;un vendeur d&rsquo;origine sud-am\u00e9ricaine, pour l&rsquo;achat de deux livres d&rsquo;actes sud, il m&rsquo;en offrait un troisi\u00e8me. Je n&rsquo;avais pas d&rsquo;id\u00e9e alors j&rsquo;ai laiss\u00e9 le hasard choisir et ce fut ce grand choc litt\u00e9raire. Depuis longtemps je n&rsquo;avais pas \u00e9t\u00e9 happ\u00e9 par un texte \u00e9trange de cette fa\u00e7on.<\/p>\n<p>Nous suivons les aventures quotidiennes d&rsquo;un gar\u00e7on de 11 ans sur un rivage japonais dans une p\u00e9riode ind\u00e9termin\u00e9e. La vie est rude, un combat incessant contre la mis\u00e8re et le climat. La survie et l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de la communaut\u00e9 passe par la transformation des habitant en naufrageurs. Ils allument des feux sur la plage pendant les mois d&rsquo;hiver pour attirer les bateaux imprudents, horrible condition de la survie de ce village. Il y a une tension entre la joie des naufrageurs et la terreur des naufrag\u00e9s, l&rsquo;histoire est terrible et pourtant on comprend les villageois. Nous avons de l&#8217;empathie pour ces pauvres gens. Il faut \u00e9viter que les p\u00e8res et les filles ne se vendent pour nourrir la famille. Le roman est sous tendu par une tr\u00e8s belle r\u00e9flexion sur l&rsquo;acquisition de la connaissance et l&rsquo;importance du savoir, m\u00eame dans ces lieux tr\u00e8s isol\u00e9es. La mer est la source du bien et du mal. C&rsquo;est la derni\u00e8re partie du roman. Elle est effrayante et illustre comment l&rsquo;absence de savoir tue. Comment l\u2019app\u00e2t du gain tue. Une belle all\u00e9gorie de notre \u00e9poque qui laisse songeur et un peu sonn\u00e9. Ce texte est \u00e2pre, fort et d&rsquo;une tr\u00e8s grande po\u00e9sie. Les descriptions de la mer, du rivage, de la for\u00eat sont d&rsquo;une puissance d&rsquo;\u00e9vocation rare avec un \u00e9conomie de moyens toute nippone. Vous lisez deux lignes et vous sentez l&rsquo;odeur de la mer, vous voyez le vert, le rouge, le bleu, la mer qui se brise sur les rochers. Ce texte r\u00e9ussit l&rsquo;alliance rare entre po\u00e9sie et r\u00e9flexion philosophique, une \u0153uvre riche, tr\u00e8s riche. Probablement un livre qu&rsquo;aurait aim\u00e9 le h\u00e9ros de ma lecture suivante.<\/p>\n<p>Une fois de plus j&rsquo;ai d\u00e9couvert ce livre gr\u00e2ce \u00e0 France Culture, <em>Martin Eden<\/em>, de Jack London. Ce roman a une puissance qui vous laisse sans voix et sans mots, juste l&rsquo;envie d&rsquo;applaudir l&rsquo;auteur. Le h\u00e9ros est sans limite, illustration de la puissance du vouloir, mais aussi fragilit\u00e9 de l&rsquo;homme seul, un livre sur l&rsquo;humanit\u00e9, sa solitude, les \u00e9checs, la r\u00e9ussite, l&rsquo;amour, l&rsquo;amiti\u00e9 et la folie. Un roman sur la force de la volont\u00e9, comment partir de rien pour arriver au sommet et plonger. Un roman cent fois imit\u00e9 jamais \u00e9gal\u00e9, le talent suinte \u00e0 chaque page. Un grand texte sur la beaut\u00e9 de l&rsquo;apprentissage, sur le plaisir d&rsquo;apprendre. Martin Eden est un monument de la litt\u00e9rature, un souffle qui vient du large vous emporte, vous entraine, vous remue. Vous touchez la mis\u00e8re, vous sentez l&rsquo;excitation du savoir, vous vibrez en \u00e9crivant, la main et les baisers de ruth vous \u00e9lectrise. Vous connaissez le bonheur, la d\u00e9pression, la douleur, la chaleur, la faim. Gr\u00e2ce \u00e0 Jack London, vous devenez Martin Eden. Votre r\u00e9ussite ne vous apporte rien, car vous \u00eates seul. Vous n&rsquo;avez pas chang\u00e9, personne ne vous aimait et vous voil\u00e0 adul\u00e9, vous creviez de faim et on vous gave, pourtant vous n&rsquo;avez pas chang\u00e9, seul le regard de la soci\u00e9t\u00e9 s&rsquo;est modifi\u00e9. Vous \u00eates pass\u00e9 de rien \u00e0 un g\u00e9nie, sans rien faire de nouveau. Cr\u00e9ateur on vous m\u00e9prisait, \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat de la cr\u00e9ation, on vous v\u00e9n\u00e8re. Vous travailliez d&rsquo;arrache-pied, on vous n\u00e9gligeait, vous ne produisez plus rien, on vous adule. Injustice de ce monde m\u00e9diatis\u00e9 et bourgeois, sensibilit\u00e9 g\u00e9niale de London. Ce roman a une actualit\u00e9 \u00e9tonnante, l&rsquo;industrie du spectacle est d\u00e9mont\u00e9e, il est fabuleux.<\/p>\n<p>La fin est splendide. Le suicide de martin est atroce et magnifique, de la grande, tr\u00e8s grande litt\u00e9rature, vous coulez avec lui. Bouleversant, \u00e9mouvant, prodigieux, je le comprends tant martin. Je vous conseille en passant <a href=\"http:\/\/www.franceculture.fr\/emission-l-atelier-de-la-creation-le-passage-du-nord-ouest-2013-05-16\">l\u2019\u00e9mission qui m&rsquo;a souffl\u00e9<\/a> cette lecture.<\/p>\n<p><em>Petite enqu\u00eate sur le plagiaire sans scrupules <\/em>de h\u00e9l\u00e9ne Maurel-Indart, une lecture amusante et un peu fade apr\u00e8s les deux romans pr\u00e9c\u00e9dents. Un questionnement int\u00e9ressant sur la limite flou entre cr\u00e9ation et plagiat en litt\u00e9rature, la fronti\u00e8re est beaucoup plus claire en science. Vous aurez toutes les ficelles pour plagier san vous faire prendre, ce qui est maintenant assez difficile. La conclusion que j&rsquo;en tire est, si vous voulez \u00eatre un tr\u00e8s bon plagiaire et \u00e9viter de vous faire prendre la main dans le sac, vous allez devoir passer beaucoup de temps et d\u00e9penser pas mal d&rsquo;\u00e9nergie. Vous feriez mieux d&rsquo;utiliser ces deux ressources pour faire preuve de cr\u00e9ation. Le conseil semble bon.<\/p>\n<p><em>Quattrocento<\/em> de Stephan Greenblatt. Un passionnant essai sur un personnage inconnu, de moi, de la renaissance italienne, le Pogge. Un grand universitaire nous montre ce magnifique si\u00e8cle qui entrainera la d\u00e9couverte des si\u00e8cles pa\u00efens de l&rsquo;antiquit\u00e9. C&rsquo;est bien \u00e9crit, tr\u00e9pidant, intelligent, dr\u00f4le, brillant.<br \/>\nCet essai est un roman de l&rsquo;intelligence. Comment des hommes passionn\u00e9s par la forme ressortent des textes capitaux par le fond. Ma premi\u00e8re lecture d\u2019\u00c9picure m&rsquo;avait laiss\u00e9 pantois. J&rsquo;\u00e9tais devenu \u00e9picurien. La relecture r\u00e9guli\u00e8re des maximes me rempli toujours de joie et de plaisir.<br \/>\nCet essai me donne envie de lire Lucr\u00e8ce. Je fais mes humanit\u00e9s. C&rsquo;est une tr\u00e8s belle introduction \u00e0 l&rsquo;\u00e9picurisme. Le plaisir, la lutte contre la douleur, l&rsquo;atomisme, c&rsquo;est excitant et toujours d&rsquo;actualit\u00e9. Il est troublant de lire comme la lutte contre l&rsquo;obscurantisme est permanente, comme les ressorts sont toujours les m\u00eames. Il est fascinant de voir comme les enjeux persistent, libert\u00e9 de pens\u00e9e, lutte contre la dictature de la police de la pens\u00e9e religieuse ou de la norme bien pensante. J&rsquo;\u00e9coute parall\u00e8lement <a href=\"http:\/\/www.franceculture.fr\/emission-grande-traversee-elvis-presley-doc\">une vie d&rsquo;Elvis Presley<\/a>, les \u00e9chos sont \u00e9tonnant entre ces moments si \u00e9loign\u00e9s et sans lien \u00e9vident sauf celui de la lutte contre la b\u00eatise humaine et tentative de concilier le plaisir et les contraintes de la croyance religieuse.<br \/>\nL&rsquo;histoire des papes de cette p\u00e9riode ne pouvait que donner envie de croire en autre chose, la d\u00e9couverte de Lucr\u00e8ce ne pouvait que donner envie, malgr\u00e9 les risques, de propager cette pens\u00e9e profonde et brillante. Ce livre nous rappelle la fragilit\u00e9 de la culture, comment les biblioth\u00e8ques, Alexandrie par exemple, ont disparu sous les coups de boutoir de l&rsquo;intol\u00e9rance et de l&rsquo;ignorance, comment de tout temps les livres sont les cibles de tous les int\u00e9grismes. Le livre est un outil de grande subversion.<br \/>\nSi vous voulez savoir qui est l&rsquo;ennemi de l&rsquo;intelligence, qui veut \u00eatre le dictateur, chercher le destructeur de livres. Je vous laisse le chercher en nos temps troubl\u00e9s.<br \/>\nCet essai est une ode \u00e0 la beaut\u00e9, \u00e0 l&rsquo;intelligence, \u00e0 la tol\u00e9rance, \u00e0 l&rsquo;amour des textes, \u00e0 la puissance de l&rsquo;esprit humain, grandiose.<br \/>\nComme quoi des universitaires peuvent sortir de leur tour d&rsquo;ivoire et transmettre une vision du monde passionnante et excitante. Lisez \u00e7a.<\/p>\n<p><em>Habitations imaginaires<\/em>, trois court textes de Poe, des exercices de style sans int\u00e9r\u00eat. <em>Le cabinet de curiosit\u00e9s,<\/em> une s\u00e9rie de courtes nouvelles ou plut\u00f4t des contes par Kubin, pas passionnant.<\/p>\n<p>Enfin, j&rsquo;ai fini mes trois semaines de vacances par<em> Cryoburn<\/em>, un nouvel \u00e9pisode de la saga de Miles Vorkosigan. Ce n&rsquo;est pas le meilleur de la s\u00e9rie mais il est tellement agr\u00e9able de retrouver le nabot galactique, qu&rsquo;on pardonne facilement certaines faiblesses. Un boulot honn\u00eate de Lo\u00efs McMaster Bujold, elle a du m\u00e9tier, une valeur sur. Si vous n&rsquo;avez pas encore lu cette fabuleuse s\u00e9rie r\u00e9compens\u00e9e \u00e0 de multiples reprises (prix Hugo et Locus), vous pouvez vous jeter dessus et d\u00e9vorer. Un seul probl\u00e8me, pendant quelques jours vous ne pourrez rien faire d&rsquo;autres que tourner les pages. Je vous ai pr\u00e9venu.<\/p>\n<p>Des lectures diverses et vari\u00e9es qui m&rsquo;ont aid\u00e9 \u00e0 passer cette p\u00e9riode agit\u00e9e et difficile. Lire et encore lire, tournez des pages, pour s&rsquo;\u00e9vader, pour r\u00e9fl\u00e9chir, pour le plaisir. Sentir le grain du papier aux bouts des doigts, l&rsquo;odeur du livre neuf. Mesurer sa fragilit\u00e9 quand il prend l&rsquo;eau. S&rsquo;extasier encore et toujours devant ce miracle qu&rsquo;est le langage, un nombre limit\u00e9 de lettres, de mots pour transmettre tout le champs des \u00e9motions et des sensations, quelle merveille. Les livres sont mes compagnons depuis l&rsquo;age de 5 ans, j&rsquo;ai l&rsquo;impression que je ne suis pas pr\u00e8s de les abandonner.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;ai lu pendant mes vacances. J&rsquo;aimerai avoir la m\u00eame facilit\u00e9 \u00e0 \u00e9crire. Je resterai un lecteur jamais un \u00ab\u00a0\u00e9criveur\u00a0\u00bb. Plus un spectateur qu&rsquo;un acteur, j&rsquo;en ai trop l&rsquo;habitude pour changer maintenant. Je suis \u00e9clectique dans mes choix. 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