{"id":379,"date":"2011-05-29T10:17:49","date_gmt":"2011-05-29T09:17:49","guid":{"rendered":"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/?p=379"},"modified":"2011-05-29T10:17:49","modified_gmt":"2011-05-29T09:17:49","slug":"passent-les-nuages-de-j-brodsky","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/2011\/05\/29\/passent-les-nuages-de-j-brodsky\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Passent les nuages\u00a0\u00bb de J. Brodsky"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\">Passent les nuages<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Entends-tu, entends-tu dans les taillis le chant des enfants,<br \/>\nces voix qui s\u2019\u00e9l\u00e8vent au-dessus des arbres d\u2019argent<br \/>\nse perdent dans la nuit prochaine, se taisent lentement<br \/>\net se confondent avec le ciel qu\u2019efface la nuit.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Les fils brillants de la pluie s\u2019entrelacent aux arbres<br \/>\net bruissent en silence dans l\u2019herbe blanche,<br \/>\nentends-tu leurs voix, as-tu vu leurs cheveux aux peignes rouges,<br \/>\net leurs paumes ouvertes, tendues vers le feuillage humide\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00ab\u00a0Passent les nuages, les nuages passent et meurent.\u00a0\u00bb<br \/>\nAinsi chantent les enfants et les branches noires murmurent,<br \/>\nles voix volent effarouch\u00e9es, entre les futs<br \/>\nobscurs vers la nuit prochaine, sans retour.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Les feuilles humides volent vers le vent, jaillissent<br \/>\ndes buissons, s\u2019enfuient, comme un appel venu de l\u2019automne lointain.<br \/>\n\u00ab\u00a0Passent les nuages\u2026\u00a0\u00bb chantent la nuit les enfants de la nuit.<br \/>\nDe l\u2019herbe aux sommets, le monde n\u2019est plus que battement, tremblement de la voix.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Quand passent les nuages, passe et s\u2019envole la vie.<br \/>\nNous portons en nous notre mort, nuages<br \/>\ngonfl\u00e9s de voix et d\u2019amour entre les branches noires.<br \/>\n\u00ab\u00a0Passent les nuages\u2026\u00a0\u00bb les enfants chantent le monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Entends-tu, entends-tu\u00a0 dans les taillis les chants des enfants\u00a0?<br \/>\nLes fils brillants de la pluie s\u2019entrelacent, voix sonores,<br \/>\nvoix \u00e9ph\u00e9m\u00e8res pr\u00e8s des monts \u00e9troits o\u00f9 les t\u00e9n\u00e8bres<br \/>\nnouvelles envahissent les cieux moribonds.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Passent les nuages, passent les nuages au dessus des taillis.<br \/>\nQuelque part l\u2019eau fuit, il suffit de chanter et de pleurer le long des cl\u00f4tures de l\u2019automne,<br \/>\nde regarder toujours plus haut, de sangloter sans fin, d\u2019\u00eatre un enfant de la nuit,<br \/>\nde regarder toujours plus haut, de chanter et de pleurer, d\u2019ignorer les larmes.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Quelque part l\u2019eau fuit le long des cl\u00f4tures de l\u2019automne et des arbres obscurs,<br \/>\ncri dans les t\u00e9n\u00e8bres nouvelles, il suffit de chanter et de pleurer de replier son feuillage.<br \/>\nAu-dessus de nous, une ombre passe et meurt,<br \/>\nil suffit de chanter et de pleurer, il suffit de vivre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Collines et autres po\u00e8mes<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Joseph_Brodsky\">Joseph Brodsky<\/a><\/p>\n<p>Ce po\u00e8me est une merveille.<\/p>\n<p>Que dire apr\u00e8s, rien, laisser le silence des mots dans notre esprit faire son chemin.<\/p>\n<p>Nous souvenir de notre enfance. Quand nous avions le temps de regarder les nuages, d\u2019imaginer, chateaux, dragons, chevaliers, monstres mouvants, fuyants. Et je regarde le ciel bleu translucide sans nuage, juste, quelques nu\u00e9es blanches \u00e9tir\u00e9es par le vent d\u2019ouest. Je r\u00eave de ces nuages de mon enfance o\u00f9 je voyais tant d\u2019aventures.\u00a0 J\u2019aime encore m\u2019allonger et imaginer, mais je n\u2019ai plus cette patience infinie de l\u2019enfance qui invente des histoires sans fin pour combler l&rsquo;ennui. Je vis dans un monde d\u2019adultes. Je suis un adulte. Je r\u00eave de mes nuages dragonesques, pas des nuages de Brodsky. Je r\u00eave des nuages d\u2019avant les catastrophes. La m\u00e9lancolie de l\u2019enfance est l\u2019espoir de retrouver l\u2019insouciance. Je r\u00eave de cette insouciance loin de toutes responsabilit\u00e9s, de toutes les trag\u00e9dies de ma vie.<\/p>\n<p>Je regarde le ciel bleu, nettoy\u00e9 des nuages de l\u2019enfance par le vent de la vie. Je pleure.<\/p>\n<p>J\u2019aime les nuages.<\/p>\n<p>Joseph Brodsky est un immense po\u00e8te russe. Po\u00e8te de l\u2019\u00e2me, il utilise le monde mat\u00e9riel comme contrepoint de son exploration de l\u2019imaginaire, de la mort. Quoi de plus imaginaire et tangible que la mort? Paradoxe de ce moment de l\u2019inconnu absolu. Nous ne savons rien de la mort, rien que la perte, l&rsquo;absence et la pr\u00e9sence de ce corps froid qui rapidement disparaitra. La qu\u00eate du po\u00e8te est de combler ce moment de son r\u00eave. La puissance de la po\u00e9sie est par une exp\u00e9rience sensible, ou plut\u00f4t \u00e9motionnel,\u00a0 de nous faire toucher ces lieux inexplorables par l&rsquo;intelligence.<\/p>\n<p>Brodsky aime les nuages, l\u2019automne, les cris des enfants, les collines, la for\u00eat. Ils nous parlent de nous, de nos angoisses, de la mort, du d\u00e9part, de la perte, de l\u2019amour. C\u2019est beau,une po\u00e9sie sublime par sa simplicit\u00e9 et sa sophistication formelle. Les vers sont cisel\u00e9s, sans gras, un os et du muscle. C\u2019est une po\u00e9sie du matin, de l\u2019aube. Il faut se lever \u00e0 5 heures dans la maison silencieuse. Voir le ciel qui rougeoie \u00e0 l\u2019Est, la nuit qui disparait, l&rsquo;azur qui nait. Moment suspendu de calme, o\u00f9 la vie nocturne s&rsquo;endort et les animaux de jours s&rsquo;\u00e9veillent \u00e0 peine. Lire les po\u00e8mes face \u00e0 l\u2019Orient, entendre la musique des mots et plonger dans le flux du sens. Un po\u00e8te de la mort et de la vie. Magnifique recueil que ce \u00ab\u00a0Collines\u00a0\u00bb, tr\u00e8s bien traduit, et publi\u00e9 au seuil en 1966. La po\u00e9sie est intemporelle.<\/p>\n<p>Lisez le, lisez le et regardez les nuages\u2026<\/p>\n<p>Une strophe de \u00ab\u00a0LM\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote><p>Toute vie n\u2019est qu\u2019un battement de c\u0153ur,<br \/>\nun bruit de phrase, un clapotis de fautes,<br \/>\nune nuit sur la barque du sexe<br \/>\nqui descend le ruisseau du silence.<\/p><\/blockquote>\n<p>Un vers de \u00ab Cimeti\u00e8re juif\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote><p>Et dans ce monde mat\u00e9riel comme une impasse<\/p><\/blockquote>\n<p>Brodsky a connu les ge\u00f4les sovi\u00e9tiques pour un crime que nous ne pension plus jamais revoir \u00e9voqu\u00e9 celui de parasitisme social et fain\u00e9antise. On accuse, d\u00e9j\u00e0, le po\u00e8te et celui qui d\u00e9cide d\u2019\u00eatre \u00e0 la marge du syst\u00e8me, par choix ou obligation, d\u2019\u00eatre le cancer de la soci\u00e9t\u00e9. Dommage que nos hommes politiques ne lisent pas plus de po\u00e9sie et ne maitrisent pas mieux l\u2019histoire des r\u00e9gimes qu\u2019ils imaginent combattre. Ceci leurs \u00e9viterait parfois de dire n\u2019importe quoi. Quand le soit disant lib\u00e9ralisme rejoint le soit disant communisme.<\/p>\n<p>Il aura fallu 25 ans pour que l\u2019URSS s\u2019effondre apr\u00e8s la condamnation du futur prix Nobel 87 de litt\u00e9rature.<\/p>\n<p>Lisez de la po\u00e9sie, juste pour le plaisir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Passent les nuages Entends-tu, entends-tu dans les taillis le chant des enfants, ces voix qui s\u2019\u00e9l\u00e8vent au-dessus des arbres d\u2019argent se perdent dans la nuit prochaine, se taisent lentement et se confondent avec le ciel qu\u2019efface la nuit. 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