{"id":4385,"date":"2015-12-01T17:09:58","date_gmt":"2015-12-01T16:09:58","guid":{"rendered":"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/?p=4385"},"modified":"2015-12-01T17:09:58","modified_gmt":"2015-12-01T16:09:58","slug":"la-conspiration-de-paul-nizan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/2015\/12\/01\/la-conspiration-de-paul-nizan\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0La Conspiration\u00a0\u00bb de Paul Nizan"},"content":{"rendered":"<p>A Venise, si vous \u00eates en manque de livres et que vous aimez les lieux avec du caract\u00e8re, je vous conseille la librairie l&rsquo;Acqua Alta. Sp\u00e9cialiste dans la vente d&rsquo;occasion, ce lieu est assez bien organis\u00e9 sous son d\u00e9sordre apparent. Il y a un rayon litt\u00e9rature en fran\u00e7ais, qui n&rsquo;est pas mal du tout. J&rsquo;aime bien les librairies, alors je fouine un peu. Cette ann\u00e9e, j&rsquo;ai d\u00e9nich\u00e9 une \u00e9dition (Folio 1983) sans aucune valeur d&rsquo;un auteur que j&rsquo;avais envie de lire depuis quelques temps. La librairie \u00ab\u00a0en vrai\u00a0\u00bb a ceci de sup\u00e9rieure au cybermarchand, il y a une place au hasard, \u00e0 la d\u00e9couverte. J&rsquo;aime bien me perdre dans ces lieux \u00e9tranges. A Lisbonne vous avez <a href=\"http:\/\/www.lerdevagar.com\/index.php\">Ler Devagar<\/a>.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/20151026_135733.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-4389\" src=\"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/20151026_135733.jpg\" alt=\"20151026_135733\" width=\"4160\" height=\"2340\" srcset=\"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/20151026_135733.jpg 4160w, https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/20151026_135733-300x169.jpg 300w, https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/20151026_135733-1024x576.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 4160px) 100vw, 4160px\" \/><\/a>Je ne sais plus pourquoi je voulais lire Nizan, un vague souvenir d&rsquo;une \u00e9coute d&rsquo;\u00e9mission sur France Culture. Quand je suis tomb\u00e9 sur ce livre aux pages jaunies sentant le renferm\u00e9 avec pour seule trace du pr\u00e9c\u00e9dent possesseur, une marque de stabilo boss rose \u00e0 la page 68 et 70, j&rsquo;ai vu un signe du destin. Je me demande comment ce livre s&rsquo;est retrouv\u00e9 \u00e0 Venise. J&rsquo;avais d&rsquo;autres lectures en cours, j&rsquo;ai un peu attendu avant de le commencer.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai eu du mal \u00e0 rentrer dans le texte, j&rsquo;ai failli abandonner, la seule chose qui m&rsquo;a pouss\u00e9 \u00e0 poursuivre ma lecture fut l&rsquo;\u00e9criture, le style impeccable de Paul Nizan. Cette premi\u00e8re partie, qui probablement, il y a 20 ans m&rsquo;eut plus, ne m&rsquo;a pas port\u00e9. Ces fils de grands bourgeois essayant de se donner le frisson de la r\u00e9volution m&rsquo;ont ennuy\u00e9. Heureusement, le talent litt\u00e9raire est l\u00e0. Le sens de la formule m&rsquo;a fait poursuivre. Je reconnais que le personnage de Simon, espion rat\u00e9 mais menteur de talent, m&rsquo;a aid\u00e9 \u00e0 finir cette partie, comme le dernier chapitre, le carnet de Laforgue.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 r\u00e9compens\u00e9 de ma t\u00e9nacit\u00e9, par la deuxi\u00e8me partie.<\/p>\n<p>Son premier chapitre, le XI, est une merveille. Il parle de la Gr\u00e8ce magnifiquement, vous y \u00eates. J&rsquo;ai rarement lu des pages aussi belles sur ce pays, sur la m\u00e9diterran\u00e9e. Il faut le lire d&rsquo;une traite, superbe. Et Rosenthal, devient un autre homme, il est capable d&rsquo;amour lui l&rsquo;intellectuel, le normalien, froid gardien de la r\u00e9volution. Ce chapitre est parfait, il marque le passage de la conspiration \u00e0 l&rsquo;amour. Brutalement, vous comprenez la premi\u00e8re partie, cette aridit\u00e9, cette haine de tous contre tous, ce chapitre fait de douceur et d&rsquo;amour fraternel est une merveille. La suite du roman se d\u00e9vore, elle est magnifique, amour, trahison, une trag\u00e9die antique \u00e0 la sauce bourgeoise. Vous ne pouvez plus l\u00e2cher le livre et vous aimeriez rester, encore, avec les personnages. Aucun n&rsquo;est sympathique, ils sont tous d&rsquo;une fantastique humanit\u00e9. Nizan analyse, d\u00e9crit brillamment ce monde, les affres de la jeunesse, l&rsquo;amour, la haine, surtout celle de soi, le cauchemar que peut \u00eatre la famille, rien n&rsquo;est \u00e9pargn\u00e9, tout en prend pour son grade.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit d&rsquo;un tr\u00e8s grand roman fran\u00e7ais. On ne peux que regretter la mort trop pr\u00e9coce de Paul Nizan. Je vous conseille vivement cette lecture. J&rsquo;ai particuli\u00e8rement aimer son sens de la formule et un humour noir redoutable. Il fallait oser que Rosenthal se suicide au Gardenal. \u00c7a me fait penser \u00e0 une chanson de Gainsbourg.<br \/>\n<iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/_rgAK5vfSXk\" width=\"420\" height=\"315\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p>Si vous voulez comprendre ce qu&rsquo;est le d\u00e9sir mim\u00e9tique, il faut lire ce roman. C&rsquo;est un roman du d\u00e9sir mim\u00e9tique, il n&rsquo;y a que des trios. On d\u00e9sire \u00eatre comme l&rsquo;autre pour mieux l&rsquo;aimer ou le ha\u00efr. Catherine, Claude, Bernard; Pluvinage et ses camarades; rien n&rsquo;est apais\u00e9, il n&rsquo;y a que cette tentation permanente d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;autre ou de vouloir ce qu&rsquo;a l&rsquo;autre, si cher \u00e0 ren\u00e9 Girard.<\/p>\n<p>Quelques exemples du talent de Paul Nizan:<\/p>\n<p>p30: \u00ab\u00a0Ils ne savaient pas encore comme c\u2019est lourd et mou le monde, comme il ressemble peu \u00e0 un mur qu\u2019on flanque par terre pour en monter un autre beaucoup plus beau, mais plut\u00f4t \u00e0 un amas sans queue ni t\u00eate de g\u00e9latine, \u00e0 une esp\u00e8ce de grande m\u00e9duse avec des organes bien cach\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>p73: \u00ab\u00a0A cause de cette pluie et du Dimanche, Paris \u00e9tait vide: les m\u00e9duses brillantes des parapluies flottaient entre deux eaux; des m\u00e9nages allaient faire des visites qui ne les amusaient pas et giflaient les enfants; des rafales de vent mouill\u00e9 rabattaient les vendeurs de journaux sous le porche de l&rsquo;Abbaye o\u00f9 trois mendiants guettaient les fid\u00e8les des V\u00eapres.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>p123: \u00ab\u00a0Les femmes ne donnent jamais de vacances aux hommes qu&rsquo;elles aiment\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>p127: \u00ab\u00a0j&rsquo;imagine une \u00e9poque o\u00f9 la grandeur sera moins dans le refus que dans la l&rsquo;adh\u00e9sion, o\u00f9 il y aura quelque gloire \u00e0 se sentir conforme. Toutes les grandeurs humaines n&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 maintenant que n\u00e9gatives.<\/p>\n<p>p129: \u00ab\u00a0retarder la mort par la fureur\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>p161: tout le d\u00e9but du chapitre<\/p>\n<p>p190: \u00ab\u00a0Il tombait dans des r\u00e9flexions sans fin sur l\u2019existence, le destin\u00a0; il ne songeait plus qu\u2019\u00e0 sauver Catherine, \u00e0 la contraindre \u00e0 \u00eatre heureuse selon l\u2019id\u00e9e qu\u2019il avait du bonheur. C\u2019est ainsi que sont tous les hommes\u00a0: ils trouvent rarement des femmes qui tol\u00e8rent ces bonheurs impos\u00e9s. Bernard allait tout perdre, s\u2019il pensait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 organiser l\u2019avenir,<strong> on ne sauve l\u2019amour qu\u2019en l\u2019accueillant les yeux ferm\u00e9s<\/strong>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>p194: \u00ab\u00a0Tout cela manque de r\u00e9alit\u00e9 et il est difficile d\u2019aimer passionn\u00e9ment des fant\u00f4mes\u00a0; ils m\u2019inspirent cependant une esp\u00e8ce de piti\u00e9 que mon p\u00e8re me rend en affection et en m\u00e9pris.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>p197: \u00ab\u00a0C&rsquo;\u00e9tait une femme qui \u00e9tait dans l&rsquo;amour comme ces gens que la musique bouleverse \u00e0 la minute qu&rsquo;ils l&rsquo;entendent, mais qui ne retiennent pas les airs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>p229: \u00ab\u00a0Comme c&rsquo;est puissant et inflexible, une famille ! C&rsquo;est tranquille comme un corps, comme un organe qui bouge \u00e0 peine, qui respire r\u00eaveusement jusqu&rsquo;au moment des p\u00e9rils, mais c&rsquo;est plein de secrets, de ripostes lentes, d&rsquo;une fureur et d&rsquo;une rapidit\u00e9 biologiques, comme une an\u00e9mone de mer au fond d&rsquo;un pli de granit, tranquille, nonchalante, inconsciente comme une fleur, qui laisse flotter ses tentacules gorge de pigeon, en attendant de les refermer sur un crabe, une crevette, une coquille qui coule&#8230;. \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>p245: \u00ab\u00a0la photographie ne partit jamais, resta dans les papiers de Laforgue, comme la derni\u00e8re apparition d\u2019un Rosenthal \u00e9ternellement jeune, \u00e9ternellement d\u00e9\u00e7u, soustrait au temps, aux m\u00e9tamorphoses de la vie \u2014\u00a0aussi longtemps que persistent un papier, des traces fix\u00e9es de lumi\u00e8re\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>p266:\u00a0\u00bbComme ces fils d\u2019industriels ou d\u2019ing\u00e9nieurs qui font leurs premiers d\u00e9coupages dans des catalogues de machines-outils, j\u2019ai d\u00e9coup\u00e9 dans ma petite enfance des mod\u00e8les de catafalques, de corbillards et de caveaux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>p267: \u00ab\u00a0Je sais aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;il est dangereux de vivre une vie qui se d\u00e9roule dans les coulisses de la vie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>p269: \u00ab\u00a0Je n&rsquo;ai jamais rencontr\u00e9 que des m\u00e9decins pour savoir constamment passer du monde des rebuts au monde o\u00f9 l&rsquo;existence a de l&rsquo;orgueil.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>p308: \u00ab\u00a0Il ne pleurait que sur lui-m\u00eame: tout le monde s&rsquo;y trompa.\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A Venise, si vous \u00eates en manque de livres et que vous aimez les lieux avec du caract\u00e8re, je vous conseille la librairie l&rsquo;Acqua Alta. 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