{"id":5125,"date":"2016-07-30T10:45:23","date_gmt":"2016-07-30T09:45:23","guid":{"rendered":"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/?p=5125"},"modified":"2016-07-30T10:45:23","modified_gmt":"2016-07-30T09:45:23","slug":"un-peu-de-karl-kraus-et-damos-gitai","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/2016\/07\/30\/un-peu-de-karl-kraus-et-damos-gitai\/","title":{"rendered":"Un peu de Karl Kraus et d&rsquo;Amos Gita\u00ef"},"content":{"rendered":"<p>Deux petits conseils pour occuper les premiers jours d&rsquo;Aout. Le premier d&rsquo;\u00e9coute, Amos Gita\u00ef a mis en sc\u00e8ne \u00e0 Avignon, une adaptation th\u00e9\u00e2trale du dernier jour de Itzhak Rabin. Vous pouvez <a href=\"http:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/avignon-2016-fictions\/yitzhak-rabin-chronique-d-un-assassinat-de-amos-gitai\">l&rsquo;\u00e9couter sur France Culture<\/a>. L&rsquo;assassinat de Rabin est racont\u00e9 par sa femme avec la voix de deux r\u00e9citantes, d&rsquo;une pianiste et d&rsquo;une violoncelliste. Le travail est remarquable. Cette \u00e9coute est totalement d&rsquo;actualit\u00e9. Elle montre comment pour des raisons bassement politiques, en d\u00e9non\u00e7ant violemment un homme, en le transformant en monstre, en lui retirant son humanit\u00e9, la porte s&rsquo;ouvre au meurtre. Si nous ne prenons garde \u00e0 respecter l&rsquo;autre comme \u00eatre humain, si nous entretenons la peur, la haine, nous faisons le lit de la mort. Il y aura toujours un malheureux pour croire les mots de haine et assassiner. Ce spectacle est remarquable dans sa forme, il d\u00e9monte la m\u00e9canique implacable qui conduit au meurtre. Les mots ont un sens, les mots ont un poids, surtout quand ils sont r\u00e9p\u00e9t\u00e9s ad nauseum. A cot\u00e9 de cette dimension tr\u00e8s actuelle, il existe au c\u0153ur du texte, une description de la sid\u00e9ration qui accompagne la mort de l&rsquo;aim\u00e9 d&rsquo;une justesse incroyable. Je conseille \u00e0 tous les m\u00e9decins, \u00e9tudiants, soignants et futurs soignants de bien \u00e9couter les mots de L\u00e9a Rabin sur son exp\u00e9rience du deuil. C&rsquo;est exactement \u00e7a, vide, \u00e9puisement, absence. Si le th\u00e9\u00e2tre ou la litt\u00e9rature ont une utilit\u00e9, c&rsquo;est celle ci, nous transmettre une exp\u00e9rience que nous n&rsquo;avons pas v\u00e9cu pour \u00eatre plus empathique avec l&rsquo;autre. Je ne sais pas pourquoi je suis si optimiste.<\/p>\n<p>Mon deuxi\u00e8me conseil est <a href=\"http:\/\/agone.org\/centmillesignes\/monologuesduraleuretdeloptimiste\/\">\u00ab\u00a0Monologues du R\u00e2leur et de l&rsquo;Optimiste\u00a0\u00bb de Karl Kraus<\/a>. En ces temps tourment\u00e9s, lire ces textes \u00e9crits pendant et au sortir de la Grande Guerre est une \u0153uvre d&rsquo;hygi\u00e8ne mentale. Vous serez surpris par l&rsquo;actualit\u00e9 des analyses de Kraus. Il d\u00e9nonce la guerre, ceux qui la conduise sans risque, les profiteurs, le bourrage de crane par les m\u00e9dias. Il a des mots durs mais d&rsquo;une v\u00e9racit\u00e9, d&rsquo;une acuit\u00e9 cent ans plus tard qui font de ces monologues dialogu\u00e9s des classiques. Il d\u00e9crit avec acuit\u00e9 cette guerre o\u00f9 la machine devient l&rsquo;outil essentiel et l&rsquo;homme juste une victime de la machine. Il d\u00e9crit le complexe militaro-industriel et au del\u00e0 la capacit\u00e9 destructrice du capitalisme qui nie l&rsquo;humain d&rsquo;une fa\u00e7on brillante. Karl Kraus a le sens de la formule. C&rsquo;est ce qui rend cette lecture d\u00e9primante si attrayante. Une le\u00e7on pour r\u00e9sister au pr\u00eat \u00e0 penser, \u00e0 l&rsquo;absence de recul, une fa\u00e7on de lutter contre la peur qui obscurcit tout. Une ode \u00e0 l&rsquo;utilisation de sa substance grise et \u00e0 l&rsquo;esprit critique que ces cent mille signes publi\u00e9s chez Agone.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0C&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;ombre de l&rsquo;id\u00e9al que le mal prosp\u00e8re le mieux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La guerre m\u00e9tamorphose la vie en une chambre d&rsquo;enfant o\u00f9 c&rsquo;est toujours l&rsquo;autre qui a commenc\u00e9, o\u00f9 toujours l&rsquo;un se vante des crimes qu&rsquo;il reproche \u00e0 l&rsquo;autre d&rsquo;avoir commis, et o\u00f9 la bagarre prend l&rsquo;aspect de jeux guerriers.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous serions les commis-voyageurs des usines d&rsquo;armement, cens\u00e9s t\u00e9moigner , non pas avec leur bouche des performances de leur entreprise, mais avec leur corps de l&rsquo;inf\u00e9riorit\u00e9 de la concurrence?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L&rsquo;homme est incapable de b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;un progr\u00e8s sans en tirer vengeance. Il retourne imm\u00e9diatement contre la vie ce qui \u00e9tait cens\u00e9 l&rsquo;aider \u00e0 se relever. Il se rend la vie difficile avec ce qui \u00e9tait cens\u00e9 la faciliter.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Deux petits conseils pour occuper les premiers jours d&rsquo;Aout. Le premier d&rsquo;\u00e9coute, Amos Gita\u00ef a mis en sc\u00e8ne \u00e0 Avignon, une adaptation th\u00e9\u00e2trale du dernier jour de Itzhak Rabin. Vous pouvez l&rsquo;\u00e9couter sur France Culture. 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