{"id":5130,"date":"2016-09-04T11:18:44","date_gmt":"2016-09-04T10:18:44","guid":{"rendered":"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/?p=5130"},"modified":"2016-09-04T11:18:44","modified_gmt":"2016-09-04T10:18:44","slug":"suite-dune-annonce","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/2016\/09\/04\/suite-dune-annonce\/","title":{"rendered":"Suite d&rsquo;une annonce"},"content":{"rendered":"<p>Ce matin, je vois ce tweet.<\/p>\n<blockquote class=\"twitter-tweet\" data-lang=\"fr\">\n<p dir=\"ltr\" lang=\"en\">How to Tell a Mother Her Child Is Dead <a href=\"https:\/\/t.co\/8gJMQQytEo\">https:\/\/t.co\/8gJMQQytEo<\/a><\/p>\n<p>\u2014 Jean-Marie Vailloud (@grangeblanche) <a href=\"https:\/\/twitter.com\/grangeblanche\/status\/772332579047497728\">4 septembre 2016<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p><script async src=\"\/\/platform.twitter.com\/widgets.js\" charset=\"utf-8\"><\/script><\/p>\n<p>Je vais lire <a href=\"http:\/\/www.nytimes.com\/2016\/09\/04\/opinion\/sunday\/how-to-tell-a-mother-her-child-is-dead.html?smid=tw-share&amp;_r=0\">l&rsquo;article sur le site du NYT<\/a>. Bien \u00e9crit, des conseils de bons sens, ceux qu&rsquo;on connait quand on fait ce boulot depuis quelques temps. Ceux que donne l&rsquo;exp\u00e9rience dans cet exercice toujours difficile, annoncer la mort.<\/p>\n<p>Elle ne dit pas une chose importante, ne jamais jouer au blas\u00e9. La mort de l&rsquo;autre est un moment compliqu\u00e9 qui doit le rester. Nous ne devons jamais nous blinder contre les \u00e9motions qu&rsquo;il remue. Nous devons apprendre \u00e0 ne pas \u00eatre d\u00e9truit \u00e0 chaque mort. Pour \u00e7a je ne connais qu&rsquo;un moyen, donner le meilleur de soi en \u00e9tant le meilleur possible. La camarde est plus forte que nous, mais de temps en temps nous pouvons la tromper, la d\u00e9tourner, l&rsquo;amadouer pour qu&rsquo;elle oublie notre patient pendant quelques ann\u00e9es. Le plus fort, celui qui devrait \u00eatre notre\u00a0 maitre \u00e0 tous, m\u00e9decins, est le g\u00e9nial Sisyphe.<\/p>\n<p>Cette lecture m&rsquo;a fait penser \u00e0 une vieille note que j&rsquo;avais repris <a href=\"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/?p=403\">ici<\/a>. La lecture de l&rsquo;article de Naomi Rosenberg m&rsquo;a laiss\u00e9 un gout d&rsquo;inachev\u00e9. Ce n&rsquo;est pas aussi simple que \u00e7a. Si vous lisez ma note vous verrez que j&rsquo;ai fait plut\u00f4t pas mal. J&rsquo;ai beaucoup parl\u00e9, beaucoup expliqu\u00e9, revu les parents, r\u00e9expliqu\u00e9, donn\u00e9 la raison du d\u00e9c\u00e8s. J&rsquo;avais le sentiment d&rsquo;avoir plut\u00f4t fait le job. Quelques mois plus tard, mon chef de service pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 me convoqua. Nous venions de recevoir une injonction \u00e0 donner le dossier de la jeune fille. La famille portait plainte. Je fus un peu choqu\u00e9, triste, \u00e9puis\u00e9. Toute cette \u00e9nergie pour devoir aller d\u00e9fendre notre approche th\u00e9rapeutique devant un expert. Nous avons revu le dossier, fait les photocopies et tout envoy\u00e9 \u00e0 un de nos coll\u00e8gues. On me demanda gentiment mais fermement qu&rsquo;il fallait que le jour de la restitution de l&rsquo;expertise je sois pr\u00e9sent. Impossible de refus\u00e9, ce fut ma premi\u00e8re exp\u00e9rience de ce genre.<\/p>\n<p>Quelques semaines plus tard, je pris le train t\u00f4t pour aller au nord de la Loire et me retrouver quelques heures plus tard dans un des temples de la n\u00e9phrologie fran\u00e7aise face \u00e0 un PU-PH, deux avocats et \u00e0 la famille de la patiente. J&rsquo;\u00e9tais \u00e9nerv\u00e9 apr\u00e8s la phase abattement initial. \u00c9nerv\u00e9, alors que j&rsquo;avais le sentiment d&rsquo;avoir fait le maximum, de me retrouver comme mis en accusation. J&rsquo;arrivais les poings faits pr\u00e8s \u00e0 me battre. Quand je vis le visage de la m\u00e8re, quand je l&rsquo;entendis parler, je compris. Je compris qu&rsquo;elle ne voulait pas de coupable, pas de bouc \u00e9missaire, elle voulait juste comprendre ce qui s&rsquo;\u00e9tait pass\u00e9 pour sa fille qui \u00e9tait morte \u00e0 18 ans. La lumi\u00e8re se fit dans\u00a0 ma t\u00eate dure. J&rsquo;\u00e9tais ici avec un autre n\u00e9phrologue pour \u00e0 nouveau expliquer ce que j&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 dit il y a 4 ou 6 mois, rien de plus, rien de mois.<\/p>\n<p>Je repensais \u00e0 mon exp\u00e9rience du deuil. Oui elle avait raison. J&rsquo;avais tout bien fait pas de probl\u00e8me. Mais la sid\u00e9ration, le traumatisme, le gouffre de l&rsquo;absence qui s&rsquo;ouvrait devant elle avaient rendu impossible l&rsquo;entendement de mes explications. Elle avait \u00e9cout\u00e9, elle avait entendu mais ceci n&rsquo;avait pas pu percer la carapace que la perte brutale de l&rsquo;enfant aim\u00e9 avait fait surgir. Il fallait maintenant que le trauma initial \u00e9tait plus loin recommencer les explications, repartir sur les d\u00e9tails, la maladie complexe, les quelques jours pr\u00e9c\u00e9dents le d\u00e9c\u00e8s, les heures de lutte pour la garder du cot\u00e9 des vivants. Je voyais ses larmes, je cachais les\u00a0 miennes, mal. Elle comprenait. A deux nous avons essay\u00e9 d&rsquo;\u00eatre le plus pr\u00e9cis, honn\u00eate possible. Apr\u00e8s ces quelques heures hors du temps, enti\u00e8rement d\u00e9di\u00e9es \u00e0 la m\u00e9moire de sa fille, elle nous remercia. Je n&rsquo;oublierai jamais son regard, j&rsquo;avais fini le boulot.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai appris ce jour l\u00e0 que nous n&rsquo;avons jamais fini de raconter, d&rsquo;expliquer. Il faut donner du temps aux endeuill\u00e9s. Depuis cette journ\u00e9e, je dis toujours, si vous avez des questions, besoins d&rsquo;explications m\u00eame dans quelques semaines, mois n&rsquo;h\u00e9sitez pas venez, on parlera, nous nous souviendrons ensemble. Rares sont les familles qui reviennent, quand elles le font c&rsquo;est souvent des moments humainement passionnants, intenses.<\/p>\n<p>Je compl\u00e9terai les conseils de l&rsquo;article du NYT par ce dernier, laissez la porte ouverte pour une nouvelle discussion et surtout dites le.<\/p>\n<p>Merci \u00e0 Jean-Marie de m&rsquo;avoir permis de me souvenir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce matin, je vois ce tweet. How to Tell a Mother Her Child Is Dead https:\/\/t.co\/8gJMQQytEo \u2014 Jean-Marie Vailloud (@grangeblanche) 4 septembre 2016 Je vais lire l&rsquo;article sur le site du NYT. 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