{"id":5136,"date":"2016-09-17T09:07:02","date_gmt":"2016-09-17T08:07:02","guid":{"rendered":"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/?p=5136"},"modified":"2016-09-17T09:07:02","modified_gmt":"2016-09-17T08:07:02","slug":"lectures-en-vacance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/2016\/09\/17\/lectures-en-vacance\/","title":{"rendered":"Lectures en vacance"},"content":{"rendered":"<p>Un gros avantage quand on a des b\u00e9quilles d\u00e8s le troisi\u00e8me jour de ces vacances, c&rsquo;est que le programme de visites et sportif doit \u00eatre sacr\u00e9ment revu \u00e0 la baisse. Ce qui permet de faire d&rsquo;autres choses surtout quand acte manqu\u00e9 remarquable on a oubli\u00e9 le chargeur de son ordinateur portable loin de son lieu de vill\u00e9giature.<\/p>\n<p>Alors on lit.<\/p>\n<p>Heureusement, nous avions emport\u00e9 quelques provisions pour les yeux et les neurones.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai commenc\u00e9 avec <a href=\"http:\/\/www.franceculture.fr\/oeuvre\/la-vie-errante-suivi-de-sur-l-eau\">\u00ab\u00a0Sur l&rsquo;eau\u00a0\u00bb<\/a> de Guy de Maupassant. Un court texte autobiographique racontant un trajet sur la cote d&rsquo;azur, un t\u00e9moignage sur la naissance de ce lieu de vill\u00e9giature et des r\u00e9flexions sur le monde litt\u00e9raire et sa solitude. L&rsquo;\u00e9criture de Maupassant est toujours un plaisir.<\/p>\n<p>Je suis tomb\u00e9 sur un petit livre qui train\u00e9 \u00e0 la maison \u00ab\u00a0R\u00eaves de r\u00eaves\u00a0\u00bb d&rsquo;Antonio Tabucchi. J&rsquo;aime bien Tabucchi et ses jeux avec les fronti\u00e8res de la conscience. Il imagine le r\u00eave d&rsquo;une personnalit\u00e9, il suit un ordre chronologique et nous allons de D\u00e9dale \u00e0 Freud. C&rsquo;est brillant et parfois d&rsquo;une rare justesse. Un exercice litt\u00e9raire passionnant et tr\u00e8s r\u00e9ussi.<\/p>\n<p>Une lecture de ferry, pour 24 heures de travers\u00e9e parfait, \u00ab\u00a0Silo g\u00e9n\u00e9ration\u00a0\u00bb de Hughes Howey. La fin de la trilogie, je suis un peu d\u00e9\u00e7u par ce dernier tome. J&rsquo;avais trouv\u00e9 le premier vraiment tr\u00e8s bon, le deuxi\u00e8me aussi, celui ci est un peu poussif, comme si l&rsquo;auteur ne savait pas vraiment comment il voulait achever son \u0153uvre. Une fois, la d\u00e9cision prise autour de la page 150, c&rsquo;est mieux. La fin est cousu de fil blanc, mais l&rsquo;ensemble reste un bon texte de SF. Si vous appr\u00e9ciez le genre, les personnages sont tr\u00e8s attachants et l&rsquo;intrigue fonctionne bien.<\/p>\n<p>J&rsquo;aime bien <a href=\"http:\/\/www.zulma.fr\/\">Zulma<\/a>, je l&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 dit, je le redit. J&rsquo;aime la politique \u00e9ditoriale. J&rsquo;ach\u00e8te les livres sans lire le quatri\u00e8me de couverture et je d\u00e9couvre faisant confiance au gout de cette formidable maison. J&rsquo;ai pu d\u00e9couvrir ainsi \u00ab\u00a0Mes seuls dieux\u00a0\u00bb d&rsquo;Anja Appachana. Ce recueil de nouvelles est remarquable. Des histoires de femmes en Inde, le drame d&rsquo;\u00eatre une femme dans ce pays. C&rsquo;est dur, violent, avec quelques notes d&rsquo;un espoir t\u00e9nu. Vous ne pourrez pas l\u00e2cher ce livre une fois commenc\u00e9. Heureusement, entre les viols, morts, avortements, folies, il y a une respiration burlesque avec les aventures d&rsquo;un rond de cuir fain\u00e9ant. Une s\u00e9rie de miniature au vitriol de l&rsquo;Inde remarquablement traduit, Anja Appachana est une tr\u00e8s grande novelliste. Je vous recommande chaudement cette lecture.<\/p>\n<p>En pr\u00e9vision de ce voyage, apr\u00e8s avoir d\u00e9couvert Goliarda Sapienza gr\u00e2ce au <a href=\"http:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/fictions-le-feuilleton\/pages-arrachees-goliarda-sapienza-15\">feuilleton de france culture<\/a>, j&rsquo;ai lu \u00ab\u00a0Moi, Jean Gabin\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Les certitudes du doutes\u00a0\u00bb. Grand \u00e9cart entre les deux extr\u00eames de la vie de cette femme \u00e9crivain, le premier relate son enfance un peu folle dans les rues de Catane, le deuxi\u00e8me, la derni\u00e8re? exp\u00e9rience amoureuse apr\u00e8s sa sortie de prison \u00e0 la fin de sa vie. Les deux textes sont beaux, Goliarda Sapienza a du style, de la classe, un souffle. Quand elle court dans les ruelles au sol noir de Catane, quand elle marche dans Rome se transformant, vous adapter votre respiration \u00e0 son pas, vous vibrez comme elle. Il y a de la magie dans son \u00e9criture. Les deux textes sont des explorations sans concession de nos int\u00e9rieurs, du grenier de nos \u00e2mes. Le premier est jubilatoire comme un enfant de 9 ans, le deuxi\u00e8me est triste comme un \u00eatre sentant la fin de sa vie arriver. Je suis tr\u00e8s heureux de cette d\u00e9couverte. Je vais continuer l&rsquo;exploration de son \u0153uvre. Comme Anja Appachana, elle montre comme il est difficile d&rsquo;\u00eatre une femme dans ce monde d&rsquo;hommes. Il s&rsquo;agit de textes importants \u00e0 lire pour lutter contre la tentation de certains de dire que les hommes sont des victimes des m\u00e9chantes femmes. Non et non, il y a encore beaucoup de chemin \u00e0 faire et il ne faut surtout pas baisser la garde. Goliarda Sapienza a toujours voulu avoir le contr\u00f4le de son corps, de son esprit contre la dictature, contre le totalitarisme. J&rsquo;y vois un bel exemple pour les femmes \u00e9cras\u00e9es d&rsquo;Appachana.<\/p>\n<p>Est ce que je peux passer des vacances sans lire <a href=\"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/?p=1688\">du Carver<\/a>? Manifestement non, j&rsquo;ai encore d\u00e9vor\u00e9 un recueil, \u00ab\u00a0Parlez moi d&rsquo;amour\u00a0\u00bb, qui reprend des nouvelles pour la majorit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 lu. Que dire, rien, il faut juste lire Carver pour comprendre pourquoi 28 ans apr\u00e8s sa mort, nous voyons un combat pas tr\u00e8s excitant pour la pr\u00e9sidentielle 2016, entre un homme sans id\u00e9es et une femme sans charisme, apr\u00e8s un pr\u00e9sident brillant. Ses nouvelles sont sans gras, juste de l&rsquo;os et du muscle, c&rsquo;est redoutable. Apr\u00e8s certaines vous devez arr\u00eater juste pour reprendre votre souffle. Les femmes sont encore maltrait\u00e9es, les faibles sont \u00e9crabouill\u00e9s sans vergogne, la folie ordinaire est l\u00e0. Vous vous y reconnaissez parfois et vous \u00eates oblig\u00e9s de r\u00e9fl\u00e9chir. Un grand auteur qui n&rsquo;a pas fini de m&rsquo;impressionner.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s toute cette noirceur, il fallait une respiration optimiste, joyeuse ce fut \u00ab\u00a0Une com\u00e9die humaine\u00a0\u00bb de William Saroyan. Cet \u00e9crivain am\u00e9ricain trop m\u00e9connu <a href=\"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/?p=3500\">est excellent<\/a>. Ce texte est encore une fois lumineux avec cette croyance chevill\u00e9e au corps que nous pouvons toujours nous reconstruire apr\u00e8s des drames. Il a raison. Ce texte raconte la vie sur la cote ouest, pendant la seconde guerre mondiale d&rsquo;une famille sans p\u00e8re. Carver a lu Saroyan, j&rsquo;en suis sur, il y a un souffle identique,l&rsquo;un solaire, l&rsquo;autre d\u00e9sabus\u00e9, une description de cette Am\u00e9rique de l&rsquo;ouest qui est similaire. Ce roman est une exp\u00e9rience, comment vivre avec la mort des gens qu&rsquo;on aime. Le parti pris est celui de la substitution. J&rsquo;appelle \u00e7a le syndrome de \u00ab\u00a0Qui a peur de Virginia Woolf?\u00a0\u00bb. On comble le vide insupportable de l&rsquo;absence de l&rsquo;\u00eatre aim\u00e9 soit par la folie de penser qu&rsquo;il est encore l\u00e0, soit par une personne. Est ce que nous ne faisons pas que \u00e7a, remplacer les absents par d&rsquo;autres pour combler le vide? Sous son apparente l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, c&rsquo;est un texte grave et profond.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai ensuite enchain\u00e9 avec les \u00ab\u00a0Suicides exemplaires\u00a0\u00bb de Enrique Vila-Matas. Ce recueil de nouvelles peut \u00eatre tr\u00e8s dr\u00f4le, il faut avoir un certain gout de l&rsquo;humour noir. Vila-Matas est un tr\u00e8s bon \u00e9crivain, aucun doute, Borg\u00e9sien bien \u00e9videment. Il a un talent pour vous faire plonger dans des mondes improbables, dans les \u00e2mes les plus noires, un explorateur de nos mauvais sentiments, de nos angoisses, de nos comportements les plus inavouables. Il arrive, avec ce mat\u00e9riau souvent peu reluisant, \u00e0 montrer combien nous sommes attach\u00e9s \u00e0 la vie. Il arrive \u00e0 nous faire sourire parfois rire quand on voit les situations de ces h\u00e9ros malheureux. Son regard ac\u00e9r\u00e9 sans concession est profond\u00e9ment humain. Quelques nouvelles sont des bijoux, \u00ab\u00a0Rosa Schwarzer revient \u00e0 la vie\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Puisqu&rsquo;on me demande de me pr\u00e9senter\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Nuits de l&rsquo;iris noir\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Le couple \u00e9lectrique\u00a0\u00bb. Nous sommes toujours aux fronti\u00e8res de la folie avec ces nouvelles. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une belle exp\u00e9rience litt\u00e9raire.<\/p>\n<p>J&rsquo;avais emport\u00e9 dans ma valise un livre que je ne comptais pas lire. Cette ann\u00e9e \u00e0 Avignon a \u00e9t\u00e9 mont\u00e9 un truc qui m&rsquo;insupporte, l&rsquo;adaptation th\u00e9\u00e2trale d&rsquo;un roman, comme si le r\u00e9pertoire n&rsquo;\u00e9tait pas suffisamment important, passons. Il a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 un spectacle de 12 heures, 2666. Ma femme a achet\u00e9 le roman. Je l&rsquo;ai pris car j&rsquo;avais \u00e9cout\u00e9 une adaptation radiophonique <a href=\"http:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/avignon-2016-fictions\/derniers-crepuscules-sur-la-terre-de-roberto-bolano\">d&rsquo;une nouvelle de Bola\u00f1o<\/a>, justement \u00e0 Avignon. \u00ab\u00a02666\u00a0\u00bb, c&rsquo;est 1300 pages, un pav\u00e9. J&rsquo;avais du le prendre pour faire du lest dans le bateau. J&rsquo;\u00e9tais arriv\u00e9 au bout de ma collection de livre. Il restait une semaine. J&rsquo;ai h\u00e9sit\u00e9 et je me suis lanc\u00e9 dedans. J&rsquo;ai plong\u00e9 dans ce texte, comme j&rsquo;avais plong\u00e9 dans <a href=\"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/?p=4166\">Don Quichotte<\/a>. Le choc litt\u00e9raire fut le m\u00eame. Je n&rsquo;ai pas r\u00e9ussi \u00e0 le l\u00e2cher. Il fallait lire, lire,lire. Bola\u00f1o est un auteur majeur. Il a saisi notre monde, il l&rsquo;a captur\u00e9, il l&rsquo;a dig\u00e9r\u00e9 et il le met en mots. Il a un style brillant, du grand art, des phrases musculeuses, pas de gras. Les mots sont choisis, ils sont l\u00e0 car ils doivent \u00eatre l\u00e0 et pas ailleurs. Il y a des auteurs auxquels vous accrochez imm\u00e9diatement, ce fut le cas comme avec Borg\u00e8s. J&rsquo;ai enfin compris pourquoi je n&rsquo;\u00e9crirai jamais. Rien que pour cette r\u00e9v\u00e9lation, je suis heureux d&rsquo;avoir lu ce monumental ouvrage. \u00ab\u00a02666\u00a0\u00bb, c&rsquo;est du Cervant\u00e8s saupoudr\u00e9 de Borg\u00e8s d\u00e9bordant de po\u00e9sie. Comme dans le Quichotte les r\u00e9cits s\u2019ench\u00e2ssent, les histoires se m\u00ealent, chacune \u00e9tant l\u00e0 pour donner un nouvelle \u00e9clairage \u00e0 l&rsquo;intrigue principale. Les protagonistes racontent des histoires comme si ils \u00e9taient chacun une partie de l&rsquo;auteur. La trame narrative peut paraitre l\u00e2che, elle est en fait d&rsquo;une rigueur impressionnante. La construction est d&rsquo;une robustesse formelle qui laisse pantois. \u00ab\u00a02666\u00a0\u00bb est divis\u00e9 en cinq parties qui comportent en elles des sous histoires avec un foisonnement de personnages incroyables. C&rsquo;est un roman d&rsquo;aventure, la poursuite d&rsquo;un \u00e9crivain mythique\u00a0<b>Benno von Archimboldi.<\/b> La premi\u00e8re partie m&rsquo;a fait pense \u00e0 du Lodge, mais un Lodge sous amph\u00e9tamines. L&rsquo;histoire du peintre contemporain est un must, le c\u0153ur de cette partie des critiques. Bola\u00f1o montre le capitalisme dans sa brutalit\u00e9 et sa nudit\u00e9 et comment logique pouss\u00e9e \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame il ne peut que conduire \u00e0 la folie. Dans cette partie nous d\u00e9couvrons les h\u00e9ros importants de la suite, l&rsquo;air de rien, vous croyez que vous n&rsquo;en reverrez pas certains, erreur. La deuxi\u00e8me partie, Amalfitano, est l&rsquo;histoire d&rsquo;une fuite, fuir la folie ou la chercher, c&rsquo;est un r\u00e9sum\u00e9 des ann\u00e9es 80 pour une partie de la jeunesse europ\u00e9enne. Quand vous n&rsquo;en pouvez plus vous arrivez au fronti\u00e8re du d\u00e9sert \u00e0 Santa Teresa et vous suspendez \u00e0 une corde \u00e0 linge, un livre, juste pour lui apprendre les bonnes mani\u00e8res, mais la litt\u00e9rature est robuste, tr\u00e8s robuste. La troisi\u00e8me partie, Fate, encore un Oscar (voici une cl\u00e9), il sauve la fille, Rosa, d&rsquo;Amalfitano du mal de Santa Teresa. Errance, hasard, mort, alcool, drogue, sexe, tout s&rsquo;entrelace, nous quittons d\u00e9finitivement les rives proprettes de l\u2019Europe pour arriver dans la folle violence am\u00e9ricaine. La quatri\u00e8me partie la plus longue, la plus dure, le fil rouge (mauvais jeu de mots, je sais) est la chronique du meurtre de 112 femmes sur une p\u00e9riode de quelques ann\u00e9es. La description des corps et la courte rubrique n\u00e9crologique de ces femmes alterne avec l\u2019enqu\u00eate polici\u00e8re totalement d\u00e9cousu et peu efficace entrelac\u00e9 d&rsquo;histoires d&rsquo;amour ou de non-amour. Il ne peut pas y avoir de solution unique \u00e0 cette accumulation de meurtres, sauf une seule, le peu de place faite \u00e0 la vie humaine des plus faibles, et peut on \u00eatre plus faible qu&rsquo;une femme, ouvri\u00e8re pauvre ou prostitu\u00e9e ou coll\u00e9gienne dans cet endroit enti\u00e8rement d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la production (licite ou illicite) \u00e0 destination du grand fr\u00e8re am\u00e9ricain, en ce d\u00e9but de XXI\u00e9 si\u00e8cle, qu&rsquo;est Santa Teresa. Les femmes sont des objets, objet de jeu pour des tueurs en s\u00e9rie, objets de vengeance pour la frustration d&rsquo;hommes rat\u00e9s, objet de jalousie se finissant par la mort. Cette partie est un constant terrible sur la condition f\u00e9minine qui est loin d&rsquo;\u00eatre merveilleuse dans notre monde. <a href=\"http:\/\/enattendanth5n1.20minutes-blogs.fr\/archive\/2016\/09\/16\/shit-eating-grin-931503.html\">Ceux<\/a> qui croient, qu&rsquo;ils sont des m\u00e2les castr\u00e9s par des m\u00e9chantes femmes, devraient lire ce texte. Il donne effectivement tr\u00e8s envie de couper les attributs de pas mal de mecs. La derni\u00e8re partie, retour en Europe, qui est Benno von Archimboldi? Vous allez enfin le savoir. Vous allez savoir o\u00f9 est nait la folie qui irrigue Santa Teresa et le monde, ici dans notre continent polic\u00e9 et cultiv\u00e9, au c\u0153ur du XX\u00e9 si\u00e8cle. Cette derni\u00e8re partie, vous voudriez qu&rsquo;elle ne finisse jamais, vous aimeriez qu&rsquo;il vous raconte encore et encore les aventures de ces personnages traversant ce si\u00e8cle de violence et de mal. Que dire, du talent, du travail, encore des personnages, encore des histoires qui nourrissent la trame narrative. Tout se met en place, tout s&rsquo;agence, mais il reste un myst\u00e8re, car la grande litt\u00e9rature nous laisse combler les interstices, le livre n&rsquo;appartient plus \u00e0 l&rsquo;auteur mais au lecteur, au lieu, aux conditions de la lecture, au moment. J&rsquo;ai particuli\u00e8rement aim\u00e9 sa version de Sisyphe, p\u00e8re d&rsquo;Ulysse et rus\u00e9 des rus\u00e9s trompant m\u00eame la mort, bien loin du personnage philosophique un peu triste de Camus. J&rsquo;ai lu ces 1300 pages d&rsquo;une traite, je vous conseille cette lecture de 2666, immersion totale, formidable exp\u00e9rience, je sais que je le relirai, mais cette fois ci en picorant.<\/p>\n<p>Durant la remont\u00e9e de la botte, j&rsquo;ai lu \u00ab\u00a0la vie en cinquante minutes\u00a0\u00bb de Benny Barbash, apr\u00e8s 2666, le d\u00e9but fut un peu fade, en fait c&rsquo;est un excellent roman. 300 pages d&rsquo;association libre qui r\u00e9sume la vie affligeante d&rsquo;une femme en Isra\u00ebl. Le parti pris de la faire raconter sur le divan \u00e0 nous mais pas \u00e0 son analyste est assez bien trouv\u00e9. Une autre vision de la condition f\u00e9minine qui ici s&rsquo;enferme seule comme une grande. Pour tout ceux qui ne comprennent pas comment on devient radical dans ses choix religieux, ils devraient lire cet ouvrage. Malheureux m\u00e9lange de pression sociale et n\u00e9vrose personnelle, tout le monde ne s&rsquo;appelle pas Goliarda Sapienza. Une lecture d&rsquo;une actualit\u00e9 brulante en ces moments o\u00f9 certains d&rsquo;une fa\u00e7on ou d&rsquo;une autre veulent maitriser le corps des femmes. Le p\u00e8re Freud \u00e9tait loin d&rsquo;\u00eatre une cloche.<\/p>\n<p>Arriv\u00e9 en France, j&rsquo;ai enchain\u00e9 avec \u00ab\u00a0le gaucho insupportable\u00a0\u00bb\u00a0 de Bola\u00f1o, des nouvelles et deux conf\u00e9rences. Une illustration courte de son talent, la nouvelle \u00e9ponyme est formidable, quand les\u00a0 monthy python d\u00e9barque dans la pampa, le monde est fou mais r\u00e9jouissant bien que toujours un peu inqui\u00e9tant. Le \u00ab\u00a0policier des souris\u00a0\u00bb, une r\u00e9flexion\u00a0 brillante sur le meurtre et l&rsquo;origine du mal est la plus forte des nouvelles. Des deux conf\u00e9rences, celle intitul\u00e9e \u00a0\u00bb Litt\u00e9rature + maladie = maladie \u00a0\u00bb devrait \u00eatre une lecture obligatoire pour toute personne d\u00e9sirant \u00eatre un jour un soignant. Ce texte est profond\u00e9ment masculin. Il est mort trois semaines apr\u00e8s avoir donn\u00e9 le manuscrit \u00e0 son \u00e9diteur.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai fini mes vacances, apr\u00e8s avoir lu, une italienne, une indienne, des am\u00e9ricains, un chilien, un espagnol, un isra\u00e9lien, avec un fran\u00e7ais bien de chez nous Jacques Rebotier et son g\u00e9nial \u00ab\u00a0Contre les b\u00eates\u00a0\u00bb. Une lecture jubilatoire sur nous et notre rapport aux animaux, aux autres, une lecture in\u00e9galable au c\u0153ur de notre anthropoc\u00e8ne, \u00e8re g\u00e9ologique qui risque d&rsquo;\u00eatre courte. Pour vous donnez envie, le mieux est de faire gouter.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Certains s&rsquo;\u00e9tonneront peut \u00eatre que l&rsquo;omme propose \u00e0 l&rsquo;admiration de ses enfants des animaux m\u00eame qu&rsquo;il s&rsquo;applique \u00e0 massacrer. L&rsquo;amour est plein de ces myst\u00e8res&#8230; Pourtant, examinant les \u00e9tiquettes, on constatera avec bonheur que ces animaux destin\u00e9s \u00e0 des enfants de moins de sept ans sont fabriqu\u00e9s par des enfants de moins de huit ans.<\/p>\n<p>Tout est ordre, schizophr\u00e9nie, harmonie.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>J&rsquo;ai d\u00e9couvert Rebotier gr\u00e2ce \u00e0 <a href=\"http:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/jacques-bonnaffe-lit-la-poesie\/avec-rebotier-sur-le-dos-de-la-langue-24-contre-les-betes\">l&rsquo;excellent Jacques Bonnaff\u00e9<\/a> que j&rsquo;\u00e9coute \u00e0 la fin de la meilleure \u00e9mission de France culture en ce moment <a href=\"http:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/la-compagnie-des-auteurs\">\u00ab\u00a0la compagnie des auteurs\u00a0\u00bb<\/a>. Ce qui tombe bien car la semaine prochaine ce sera une semaine portant sur Roberto Bola\u00f1o.<\/p>\n<p>Si vous cherchez un truc tr\u00e8s bien \u00e0 \u00e9couter en ce moment, petit conseil d&rsquo;ami, le dernier <a href=\"http:\/\/www.dhaferyoussef.com\/\">Dhafer Youssef,<\/a> Diwan of Beauty and Odd.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un gros avantage quand on a des b\u00e9quilles d\u00e8s le troisi\u00e8me jour de ces vacances, c&rsquo;est que le programme de visites et sportif doit \u00eatre sacr\u00e9ment revu \u00e0 la baisse. 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