{"id":5251,"date":"2016-10-30T18:42:37","date_gmt":"2016-10-30T17:42:37","guid":{"rendered":"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/?p=5251"},"modified":"2016-11-02T17:39:51","modified_gmt":"2016-11-02T16:39:51","slug":"lexperience-de-la-page-17","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/2016\/10\/30\/lexperience-de-la-page-17\/","title":{"rendered":"L&rsquo;exp\u00e9rience de la Page 17"},"content":{"rendered":"<p>J&rsquo;avais emport\u00e9 quelques livres pour un week-end un peu long dans la bonne ville de Lyon. Parmi ceux ci, il y avait \u00ab\u00a0Rapport sur moi\u00a0\u00bb de Gr\u00e9goire Bouillier. Je l&rsquo;avais achet\u00e9 lors d&rsquo;un d\u00e9placement loin de chez moi. Je l&rsquo;avais pris sans l&rsquo;ouvrir. J&rsquo;ai d\u00e9couvert cet auteur gr\u00e2ce \u00e0 son deuxi\u00e8me texte que j&rsquo;avais beaucoup aim\u00e9, \u00ab\u00a0L&rsquo;invit\u00e9 myst\u00e8re\u00a0\u00bb. Je vous le conseille.<\/p>\n<p>J&rsquo;ouvre \u00ab\u00a0Rapport sur moi\u00a0\u00bb et je d\u00e9couvre \u00e7a.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"SzDcob aligncenter\" src=\"https:\/\/lh3.googleusercontent.com\/hTnVRlYjZWBgkAOjIq8totox2nIG_83F19N-OSfrBpS8SiKE-hU8YerBgdAFLZ_4BKNbXzJpSYa3h_x32MaHssj8prKn2w6EKlYsLKnNPD5yK4NL0wH77vscdpyv94FVROWuwYv3zxGqnTapoW7G9PmBL2a5UZIqYd4xfr-AONJ0uViUVoJckAtNzTefUDpVmTmzjB9OTz45AfIivwgLA7snRn0fLdi4xhY1-msLNnx_NFwVLRjMVhRiWJHbfaQ07DpGV1pSNb215Sf34BWxiydbn8VRayDEzy8uYJhr_2e_4Mn-72MYxMTYsWFWegk2BRY4QQrGwMKoORAjrz3VE5XiGz8SlZ3aiea0WSuD69jgSakieKwZNsO3-81spvu-09LDQ_5iog8J-2I56lC9S8svCg37dzxC05LoU94Ok5oSc6XHIawCcuhsP4Q8e4MlLHxSTcSANifRLeRQPgmTSQeOP1z5XK0IA_L_ArXw2MIq1JRZA87vyH6-q6kEFhyK32KQgwVTIQiao7hhlMRb8xPzBpVOtXSh7GzG4btFbtEBs6T7VpoxQz6Z-ubg6EegvdqVw60oTj7XcLTkZzmWWll3VQh4UIxmXwY2q7KgY6ljoQG8=w1354-h763-no\" width=\"470\" height=\"265\" \/><\/p>\n<p>Mon exemplaire commence page 17. Il y avait deux hypoth\u00e8ses, soit le texte commen\u00e7ait vraiment \u00e0 la page 17 dans une exp\u00e9rimentation de l&rsquo;auteur, soit mon exemplaire \u00e9tait d\u00e9fectueux.<\/p>\n<p>Nous vivons une \u00e9poque formidable. J&rsquo;ai envoy\u00e9 un mail \u00e0 l&rsquo;\u00e9diteur Allia, dans l&rsquo;heure j&rsquo;ai une r\u00e9ponse me disant que c&rsquo;est la deuxi\u00e8me option qui est la bonne. Il s&rsquo;excuse et me propose de m&rsquo;envoyer un nouvel exemplaire complet. J&rsquo;accepte. A ce moment deux options, soit attendre, soit lire en commen\u00e7ant page 17. J&rsquo;ai opt\u00e9 pour la deuxi\u00e8me option. J&rsquo;ai lu et j&rsquo;ai imagin\u00e9 la teneur des 16 premi\u00e8res pages. Cette exp\u00e9rience de lecture est vraiment int\u00e9ressante.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai mod\u00e9r\u00e9ment aim\u00e9 ce livre, moins bien \u00e9crit que le second, l&rsquo;impression d&rsquo;une psychanalyse mal dig\u00e9r\u00e9e avec trop de jeux sur les co\u00efncidences. Il me restait \u00e0 savoir si mes 16 premi\u00e8res pages imaginaires \u00e9taient la r\u00e9alit\u00e9. J&rsquo;ai re\u00e7u trois jours plus tard un exemplaire intact. Je remercie vivement les \u00e9ditions Allia de leur gentillesse et de leur r\u00e9activit\u00e9 exemplaire.<\/p>\n<p>Je me suis jet\u00e9 sur le d\u00e9but du texte. Je m&rsquo;\u00e9tais enti\u00e8rement tromp\u00e9. Il \u00e9tait assez difficile d&rsquo;imaginer ce d\u00e9but, sauf \u00e0 se souvenir qu&rsquo;on explique aux apprentis auteurs, qu&rsquo;il faut que la fin reprenne le d\u00e9but. Il l&rsquo;a effectivement fait mais d&rsquo;une fa\u00e7on vraiment trop litt\u00e9rale \u00e0 mon gout. Un peu plus de subtilit\u00e9 m&rsquo;aurait plu. Je dois reconnaitre que je suis d\u00e9\u00e7u de ce bouquin, j&rsquo;avais probablement trop appr\u00e9ci\u00e9 le premier.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai fait une erreur qui m&rsquo;a rendu encore moins indulgent. J&rsquo;avais lu juste avant \u00ab\u00a0Nocturne du Chili\u00a0\u00bb de Roberto Bola\u00f1o. Je n&rsquo;aurai jamais du faire \u00e7a. Bola\u00f1o est un \u00e9crivain, Bouillier non.<\/p>\n<p>Ce texte de Bola\u00f1o est une fabuleuse exp\u00e9rience de lecture. Comme le texte de Bouillier, il s&rsquo;agit des confessions d&rsquo;un homme. Mais o\u00f9 l&rsquo;un est didactique, cherche des explications \u00e0 tout dans son enfance et nous le raconte comme si nous \u00e9tions incapables de le comprendre, le chilien sculpte son r\u00e9cit. Il laisse une place \u00e0 notre imagination. Il s&rsquo;agit de vraies confessions, laissant de cot\u00e9 les parts obscures qui ne ressortent que mieux. En une vie d&rsquo;homme sur 150 pages, le portrait d&rsquo;un pays est d\u00e9crit avec plus de force et peut \u00eatre plus de justesse que tous les trait\u00e9s de sociologie ou de g\u00e9opolitique ne le pourraient. Les aventures religio-litt\u00e9raro-politiques de Sebastian Urrutia Lacroix dit H. Ibacache, j\u00e9suite membre de l&rsquo;opus dei, homosexuel, critique litt\u00e9raire et professeur de marxisme sont \u00e9difiantes. Comme d&rsquo;habitude chez Bola\u00f1o, les h\u00e9ros racontent des histoires qui nourrissent le r\u00e9cit, paraboles brillantes et jamais gratuites. La rencontre improbable dans un Paris occup\u00e9 de J\u00fcngers, d&rsquo;un diplomate chilien et d&rsquo;un peintre guat\u00e9malt\u00e8que est un sommet. Que vient faire la colline des H\u00e9ros ici? La tourn\u00e9e des pr\u00eatres fauconniers europ\u00e9ens est une \u00e9vocation terrible de la terre d&rsquo;accueil que sera l\u2019Am\u00e9rique du sud pour les fripouilles nazies. Il \u00e9voque d\u00e8s le d\u00e9but les relations \u00e9tranges de Neruda et de Farewell, symbole d&rsquo;une collusion des intelligentsias de gauche et de droite alors que les paysans restent hors du jeu. Le seul point commun entre le h\u00e9ros chilien et G. Bouillier est l&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour la litt\u00e9rature grecque antique. L&rsquo;un s&rsquo;y r\u00e9fugiant pour \u00e9chapper \u00e0 la chienlit allendesque, l&rsquo;autre relisant sa vie comme l&rsquo;odyss\u00e9e d&rsquo;Ulysse.<\/p>\n<p>Nocturne du Chili est un texte puissant d&rsquo;une lecture dense et exigeante. Il n&rsquo;y a pas de chapitre et seulement deux paragraphes, l&rsquo;un de 153 pages, l&rsquo;autre d&rsquo;une ligne. Bola\u00f1o est un auteur majeur. Je vous recommande de lire ses \u0153uvres.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Je ne tardai gu\u00e8re \u00e0 d\u00e9couvrir qu&rsquo;il s&rsquo;agissait de ma propre voix, la voix de mon surmoi qui conduisait mon r\u00eave comme un pilote aux nerfs d&rsquo;acier, c&rsquo;\u00e9tait le surmoi qui conduisait un camion frigorifique au milieu d&rsquo;une route en flammes, tandis que \u00e7a g\u00e9missait et parlait en un argot qui ressemblait \u00e0 du myc\u00e9nien. Mon moi, \u00e9videment, dormait.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Et ensuite se d\u00e9chaine une temp\u00eate de merde.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;avais emport\u00e9 quelques livres pour un week-end un peu long dans la bonne ville de Lyon. Parmi ceux ci, il y avait \u00ab\u00a0Rapport sur moi\u00a0\u00bb de Gr\u00e9goire Bouillier. Je l&rsquo;avais achet\u00e9 lors d&rsquo;un d\u00e9placement loin de chez moi. 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