{"id":555,"date":"2011-10-02T15:33:57","date_gmt":"2011-10-02T14:33:57","guid":{"rendered":"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/?p=555"},"modified":"2011-10-02T15:33:57","modified_gmt":"2011-10-02T14:33:57","slug":"repas-de-morts-dimitri-bortnikov-et-le-lanceur-de-des-mahmoud-darwich","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/2011\/10\/02\/repas-de-morts-dimitri-bortnikov-et-le-lanceur-de-des-mahmoud-darwich\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Repas de morts\u00a0\u00bb Dimitri Bortnikov et \u00a0\u00bb Le lanceur de d\u00e9s\u00a0\u00bb Mahmoud Darwich"},"content":{"rendered":"<p>Un commentateur m&rsquo;a sugg\u00e9r\u00e9 la lecture de Dimitri Bortnikov. Je suis souvent les conseils de lecture de ceux qui laissent un petit mot surtout quand le livre est paru chez Allia. Il est russe et \u00e9crit en fran\u00e7ais.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/41lUUF576eL._SL500_AA300_.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-557\" title=\"41lUUF576eL._SL500_AA300_\" src=\"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/41lUUF576eL._SL500_AA300_.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/41lUUF576eL._SL500_AA300_.jpg 300w, https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/41lUUF576eL._SL500_AA300_-150x150.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p>J&rsquo;ai failli abandonner d\u00e8s la premi\u00e8re page, d\u00e8s le premier paragraphe. Une premi\u00e8re page facile, complaisante avec le voyeurisme contemporain, une exhibition pornographique sans int\u00e9r\u00e8t. Encore un auteur contemporain qui croit que la litt\u00e9rature se limite \u00e0 montrer sa bite de pr\u00e9f\u00e9rence en voyant un porno zoophile. J&rsquo;ai tourn\u00e9 la page. J&rsquo;ai continu\u00e9.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai bien fait. Son \u00e9criture est int\u00e9ressante, pas forc\u00e9ment facile, mais j&rsquo;y suis rentr\u00e9 ais\u00e9ment. Ce texte est une belle exp\u00e9rience stylistique. Il y a un vrai travail sur les mots, le rythme. Des phrases sans verbe, multiplication des points de suspension, phrases bancales qui basculent vers l&rsquo;avant nous tirant, scansion des paragraphes. Le style est au service des images. L&rsquo;\u00e9criture est \u00e0 la fronti\u00e8re entre prose et po\u00e9sie. Les images sont fortes et certaines pages sont de vrais po\u00e8mes nous emmenant tr\u00e8s loin.<\/p>\n<p>Le th\u00e8me de l&rsquo;ouvrage est la mort et son antidote ou du moins ce qui fait diminuer ou oublier l&rsquo;angoisse, le sexe. Le texte raconte la qu\u00eate de celui ou celle qui fermera nos paupi\u00e8res, qui nous accompagnera jusqu&rsquo;au bout du chemin. En retour il pr\u00e9sente le narrateur comme celui qui porte les morts, une boucle. La litt\u00e9rature ne sert peut \u00eatre qu&rsquo;\u00e0 \u00e7a faire vivre nos morts \u00e0 travers mille vies \u00e9ternelles. J&rsquo;aimerai avoir un peu de talent pour faire rendre vie aux miens.<\/p>\n<p>Je partage son opinion. C&rsquo;est malgr\u00e9 ses forces une oeuvre \u00e9prouvante. La mort et la sensualit\u00e9 pas tr\u00e8s gai du narrateur sont fatigantes. J&rsquo;ai aim\u00e9 l&rsquo;exp\u00e9rience stylistique, mais j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 content de fermer le recueil \u00e0 la 180\u00e9 pages. Je relirai certaines pages tr\u00e8s belles qui ont une force po\u00e9tique rare dans la litt\u00e9rature contemporaine. A cot\u00e9 du sujet, qui m&rsquo;est assez familier. Je retiendrai surtout les grands espaces. Il est tr\u00e8s russe. Les russes comme les am\u00e9ricains, mais encore plus que ces derniers ont l&rsquo;habitude de se coltiner avec l&rsquo;immensit\u00e9 du paysage. Il rend tr\u00e8s bien cette sensation face \u00e0 la steppe, face au d\u00e9sert, face \u00e0 la mer, angoissant et rassurant. Il y a la Volga, immense fleuve au milieu de l&rsquo;immensit\u00e9, ces pages sont tr\u00e8s belles comme celles sur le grand nord. En contrepoint, les espaces clos, cette alternance est pour moi typique de la litt\u00e9rature russe, face au gigantisme on se r\u00e9fugie dans la chambre, la prison, le cimeti\u00e8re. L&rsquo;\u00e9criture de Bortnikov est faite de rupture entre les images et il le fait bien, c&rsquo;est beau.<\/p>\n<p>Un auteur int\u00e9ressant, je ne regrette pas la d\u00e9couverte. Je suis convaincu qu&rsquo;il peut encore faire mieux, en diluant un peu moins, j&rsquo;ai trouv\u00e9 que le souffle diminuait, ou alors \u00e9tait ce ma lassitude, dans le dernier quart du livre. J&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;il continuera sur cette voie stylistique, dans cette po\u00e9sie \u00e9trange et captivante, sans c\u00e9der \u00e0 la facilit\u00e9 de la premi\u00e8re page.<\/p>\n<p>Dans la foul\u00e9e, j&rsquo;ai lu un recueil de Darwich qui est \u00e0 mon chevet depuis deux mois. Darwich aurait eu 70 ans cette ann\u00e9e. C&rsquo;est un tr\u00e8s beau recueil magnifiquement publi\u00e9 par la remarquable maison <a href=\"http:\/\/www.actes-sud.fr\/intro\">\u00ab\u00a0Actes Sud\u00a0\u00bb<\/a>. Les po\u00e8mes sont ponctu\u00e9s de photos de Palestine d&rsquo;Ernest Pignon-Ernest. Il est un des plus grands po\u00e8tes contemporains, peut \u00eatre le plus grand. Si Bertnikov a parfois du mal \u00e0 maitriser sa langue, Darwich est impressionnant de contr\u00f4le tout en nous faisant croire \u00e0 la spontan\u00e9it\u00e9 de son verbe. Il touche le sublime. Il est magnifiquement traduit en fran\u00e7ais par Elias Sanbar.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/51K8Cf3aMLL._SL500_AA300_.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-558\" title=\"51K8Cf3aMLL._SL500_AA300_\" src=\"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/51K8Cf3aMLL._SL500_AA300_.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/51K8Cf3aMLL._SL500_AA300_.jpg 300w, https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/51K8Cf3aMLL._SL500_AA300_-150x150.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Il est tr\u00e8s difficile de parler de po\u00e9sie. Il faut la lire pour saisir l&rsquo;exp\u00e9rience sensuelle du texte. Je vais juste essayer de vous donner envie.<\/p>\n<p>Le po\u00e8me qui donne son titre au recueil est un monument de po\u00e9sie, d&rsquo;intelligence, de sensibilit\u00e9 et de profondeur. Darwich, dans la deuxi\u00e8me partie de son \u0153uvre, est le po\u00e8te de la mort et de la survie. C&rsquo;est un survivant. <a href=\"http:\/\/kystes.blog.lemonde.fr\/2008\/09\/21\/murale\/\">Murale<\/a> abordait d\u00e9j\u00e0 le sujet. Le lanceur de d\u00e8s est une autobiographie de toutes les fois o\u00f9 il aurait du mourir et o\u00f9 le hasard le sauve. Notre vie n&rsquo;est qu&rsquo;une succession de rencontres rat\u00e9s avec la camarde, jusqu&rsquo;\u00e0 la derni\u00e8re. Il fait le compte de toutes celles qui aurait pu faire d\u00e9railler le train de sa vie. Nous sommes sur des rails et parfois il y a des embranchements et des hasards, un r\u00e9veil qui ne sonne pas, une incapacit\u00e9 \u00e0 se lever, nous sauvent.<\/p>\n<p>Ce po\u00e8me est une merveille, sur la beaut\u00e9 et la fragilit\u00e9 de la vie. Darwich a une sensualit\u00e9 unique, j&rsquo;aime les images qu&rsquo;il g\u00e9n\u00e9rent. Les images de sa terre, les fleurs d&rsquo;amandiers, les odeurs de la terre sainte brulante. J&rsquo;aime sa po\u00e9sie, elle est sensuelle. Chaque strophe est une image de la m\u00e9dit\u00e9ran\u00e9e, terre aride, concentrant les saveurs, olive, grenade, \u00e9pices et la lumi\u00e8re sublime de cette mer berceau.<\/p>\n<p>Darwich aime les femmes, sa terre, son peuple, combattant d&rsquo;une cause, porte drapeau d&rsquo;une diaspora qui devra retrouver sa terre. En explorant son intimit\u00e9, il \u00e9claire le g\u00e9n\u00e9ral. C&rsquo;est la marque du po\u00e8te de g\u00e9nie, transformer son angoisse existentielle en art de port\u00e9e universelle.<\/p>\n<p>Lisez Darwich, vous serez r\u00e9conciliez avec l&rsquo;humanit\u00e9. Il y a dans ce recueil d&rsquo;autres tr\u00e8s beaux po\u00e8mes. Vous pouvez aussi \u00e9couter la voix de Darwich et entendre la merveilleuse musicalit\u00e9 de sa po\u00e9sie dans la langue originale gr\u00e2ce \u00e0 un tr\u00e8s beau disque hommage du <a href=\"http:\/\/www.letriojoubran.com\/fr\">trio Joubran<\/a> : A l&rsquo;ombre des mots.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/41+6MLGtr9L._SL500_AA300_.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-556\" title=\"41+6MLGtr9L._SL500_AA300_\" src=\"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/41+6MLGtr9L._SL500_AA300_.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/41+6MLGtr9L._SL500_AA300_.jpg 300w, https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/41+6MLGtr9L._SL500_AA300_-150x150.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a> Je me demande si Darwich connaissait le po\u00e8me de Mallarm\u00e9: \u00ab\u00a0Un coup de d\u00e8s n&rsquo;abolira jamais le hasard\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Enfin je finirai avec un dernier conseil d&rsquo;\u00e9coute. Il s&rsquo;agit de la remarquable \u00e9mission de la Fabrique de l&rsquo;histoire sur <a href=\"http:\/\/www.franceculture.com\/emission-la-fabrique-de-l-histoire-emission-speciale-24h-jerusalem-la-longue-marche-vers-l-etat-pale\">la construction de l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un \u00e9tat palestinien<\/a>, indispensable si on veut un peu mieux comprendre la r\u00e9gion.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un commentateur m&rsquo;a sugg\u00e9r\u00e9 la lecture de Dimitri Bortnikov. Je suis souvent les conseils de lecture de ceux qui laissent un petit mot surtout quand le livre est paru chez Allia. Il est russe et \u00e9crit en fran\u00e7ais. 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